‹ Du champ de bataille à la TrappeChapitre 25 sur 44 · Pater... non niea voluntas sed tua fiât. (Luc, xxn · texte numérisé non relu

Pater... non niea voluntas sed tua fiât. (Luc, xxn

nant souvenir. Laissons-le nous la redire luimême dans une conversation qu'il eut avec le P. Alexandre de Saint- Joseph et que ce dernier nous a pieusement conservée :

Tu sais, tout n'est pas rose dans la vie religieuse : et dès le début, j'y ai eu des épreuves terribles ! Malaise, énervement, langueur, voilà pour le corps ! Peines, afflictions, craintes, angoisses, tentations, difficultés, voilà pour l'âme ! Je priais, je pleurais, je m'ensanglantais. Dieu restait sourd et me laissait toujours dans sa grotte de Gethsémani. Un jour pourtant que, plus malheureux que jamais, je lui criais : « Mon Dieu, ayez donc pitié de moi ! que voulez-vous que je fasse ?» je crus entendre une voix intérieure qui me dit très distinctement : Aime Marie ! Aime Marie ! — Et en même temps ces paroles allumaient dans mon cœur un véritable incendie d'amour, qui gagnait bientôt mes sens et tout mon corps. Et je me mis à l'aimer comme jamais je ne l'avais aimée, à l'aimer comme il ne m'était pas possible de l'aimer davantage ! — Et dès ce moment c'en fut fait de mes épreuves. Non seulement plus de craintes, plus d'angoisses, plus de difficultés, plus de peines; mais des joies et toujours des joies, parce que la Vierge, ma toute bonne et céleste Mère, changée! tranforme tout en délices ! Tout ! jusqu'aux humiliations les plus amères, jusqu'aux sacrifices les plus sanglants ! J'ai le ciel sur la terre et il m'est impossible de faire pénitence, moi qui ai été si pécheur !

— Et ce disant, ajoute le Père dans ses souvenirs, de grosses larmes sillonnaient ses joues amaigries.

Ah ! que je voudrais, continuait-il, être apôtre, comme toi ? J'irais dans les villes, les villages, les hameaux, partout où il y aurait une âme ! et je crierais et ne cesserais de crier : « Aimez Marie ! Aimez Marie ! »

L'amour de Marie, c'est le train de plaisir pour le ciel !

— Il fallait le voir et l'entendre dans ces moments-là, dit le P. Alexandre. Sa voix, ses yeux, ses gestes, ses mouvements, son corps, tout devenait éloquence, pour me passer sa conviction et m'embraser de l'amour qui le dévorait.

Certainement jusqu'à ce jour la Aie de Gabriel a été illuminée par son amour pour Marie. Mais à partir de ce moment cet amour prend un caractère nouveau qui est celui des ardeurs de tous les saints, parce qu'il est celui de Dieu lui-même. C'est le zèle pour les âmes, c'est le feu du dé<ir de donner les âmes à Marie et Marie aux âmes.

Gabriel a été le chevalier de Marie. Le frère Gabriel va être l'apôtre de Marie.

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