‹ Du champ de bataille au cielChapitre 34 sur 38 · AU CIEL ILS SONT HEUREUX · texte numérisé non relu

AU CIEL ILS SONT HEUREUX

La plupart des peuples ont exalté la mort de leurs guerriers et imaginé pour eux un paradis où ils reçoivent la récompense de leur courage. Les vieux Germains dans leurs chants de guerre célébraient les merveilles et les délices de ce paradis dos braves qu'ils appelaient le YYalhalla. Mais la félicité qu'ils s'y promettaient se ressentait de leur nature sauvage. Les héros continuaient à faire couler le sang dans des batailles furieuses ; ils guérissaient miraculeusement de leurs blessures; puis, dans de vastes salles, dont les murs étaient revêtus de boucliers, de lances et d'épées sanglantes, ils s'asseyaient avec Odin autour d'une table où, en des orgies sans fin, ils buvaient, dans les crânes de leurs orme mis, l'hydromel servi par les Walkyries. Ces \\ alkyries les avaienl guidés et encouragés pen-

dant les combats de la terre, où elles leur apparaissaient à cheval au milieu des nuages. Après la mort, elles devenaient leurs échansonnes, et faisaient l'ornement du paradis par leur éclatante beauté.

Ce paradis germanique, que les partisans du néo-odinisme célèbrent encore dans l'Allemagne de nos jours, est immoral, puisqu'il suffit, pour y être admis, d'avoir bien combattu sur la terre, eût-on l'âme chargée de tous les crimes. Avec ses tueries et ses orgies, il est grossier et barbare. Il contient cependant une part de vérité, quoique bien défigurée. Il exprime l'idée que le courage et le patriotisme sont des vertus naturelles, dignes d'une récompense spéciale. Le christianisme honore, lui aussi, ces vertus; mais il les élève, les purifie et les surnaturalise comme toutes Jes autres, et par là les rend dignes de l'immortalité.

Dieu approuve les guerres justes et il bénit le courage des guerriers. Il s'intéresse à leur formation. Le psalmiste s'écrie, en effet : « Béni soit le Seigneur mon Dieu qui exerce mes mains au combat et mes doigts à la guerre1. » L'Esprit- Saint loue les Macchabées parce qu'ils ont vaillamment lutté pour leur religion et

1 Benedictus Dominus Deus meus, qui docet manus meas ad prœlium et digitos meos ad bellum. Ps. cxliii.)

leur patrie. David chante, dans un cantique superbe, la flèche de Jonathas, le glaive de Saùl, le bouclier des forts qui sont tombés sur les montagnes1.

Ou peut dire dans un sens qu'il y a un paradis des braves; non pas qu'il suffise d'être brave pour y entrer comme au Walhalla, mais parce que la bravoure, mise au service de la justice et rehaussée par le sentiment religieux, y reçoit une récompense particulière. L'Eglise nous montre un grand nombre de soldats couronnés dans la gloire : saint Longin, qui perça le côté du Sauveur en croix ; les martyrs d'Àgaune, saint Maurice et ses six mille compagnons de la légion Thébaine ; les quarante martyrs de Sébaste ; saint Sébastien et saint Georges, officiers sous Dioclétien ; saint Victor de Marseille ; saint Martin , qui porta les armes avant de porter la crosse ; Charlemagne que Jeanne d'Arc canonisait; saint Guillaume de Gellone, duc d'Aquitaine, le héros de la bataille des Aliscamps ; saint Louis et enfin Jeanne d'Arc elle-même. Tous, ces héros et bien d'autres sont montés au ciel par le chemin des armes.

Nos chers soldats qui sont morts en état de grâce jouissent ou jouiront un jour de la même

1 Au 2e livre dos Rois, chap. ier.

gloire. Vous qui les aimiez, vous vous proposiez de fêter joyeusement leur retour au foyer, de leur faire une vie belle et heureuse : eh bien, Dieu s'en est chargé. La récompense qu'il leur donne est infiniment plus brillante et plus douce que ne l'eussent été vos attentions les plus tendres. Mais en quoi consiste- t-elle?

La principale source de la félicité céleste, c'est la vision et l'amour de Dieu. L'Ecriture se sert de mots étonnants, adaptés à notre nature sensible, pour nous faire comprendre l'excès de la béatitude dont jouissent les élus. C'est une ivresse sublime, inebriabiinlur ab uberlate dormis tuœ ; c'est un torrent de volupté où ils s'abreuvent, torrente voluptatis polabis eos. Mais ce sont là de simples images qui ne peuvent nous donner une idée de la réalité incompréhensible. La meilleure définition se trouve dans saint Paul , mais sous une forme négative : « L'œil de l'homme n'a rien vu , son oreille n'a rien entendu , son cœur rien imaginé qui soit comparable au bonheur dont Dieu comble ses élus. » Et cependant l'œil de l'homme a vu des choses bien belles, son oreille a entendu des paroles bien douces, son cœur a connu des amours qui l'ont exalté jusqu'à la folie! Eh bien, non, tout cela n'est rien auprès des extases dont jouit mon enfant,

mon époux, mon frère, mon ami. Je ne le vois pas . mais je le crois !

Et ce n'es! pas seulement l'âme qui sera glorifiée. Le corps lui aussi aura sa récompense. Ce pauvre corps qu'ont déchiré d'horribles blessures sera refait, transfiguré, par la main de Dieu. Nous reverrez vos bien-aimés, mais infiniment plus beaux cpie durant cette vie et reflétant . comme un miroir sans tache, la splendeur divine. Vous les entendrez chanter : « Refloruit caro mea, ma chair a refleuri. » Et cette gloire de la chair configurée, comme dit l'Apôtre, à la clarté du corps du Christ, mettra le comble à la gloire de l'âme.

0 bonheurs de la terre , pauvres petits bonheurs dont nous sommes fous, auprès de la lumière éternelle, comme nous le disait tout à l'heure un père chrétien, vous n'êtes qu'une ombre l

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