CHAPITRE
Evolution. — Pronostic
Le chancre externe du nez peut laisser à sa suite une cicatrice, par contre, le chancre muqueux intranasal se cicatrise rapidement et ne laisse pas trace de son passage sur les tissus. Les accidents syphilitiques primitifs de la pituitaire restent donc exempts de tout accident sérieux.
Il suffit, de parcourir avec attention toutes Îles observations que nous avons rassemblées pour constater qu'à part deux ou trois cas, tous les chancres muqueux ont évolué sans complication aucune, et leur guérison s’est effectuée sans laisser de séquelles. La syphilis a évolué sous forme d'accidents secondaires, mais le chancre, en tant que lésion isolée intranasale n’a causé aucun dommage.
Il faut cependant distinguer les chancres de Îà
cloison des chancres des cornets.
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Les premiers sont les plus bénins; sauf fe cas de Yerwant dans lequel la lésion laissa après elle une légère obstruction nasale, causée par du tissu cica— triciel, ils disparurent tous sans traces, en un temps variant entre 15 jourset un mois, suivant l'intensité du traitement. |
C'est là d'ailleurs, l'opinion de tous les auteurs.
Duplay et Reclus affirment ne jamais avoir constaté de déviations de la cloison consécutives à des chancres.
Seul Jullien (1) prétend avoir observé lui-même dans le service de Lailler en 1874, une perforation de la cloison qu'il attribua à un ancien chancre syphilitique. Mais il n’a pas vu l'accident primitif et Dupond a contesté avec raison ce cas.
Fournier cite aussi comme complications au cours de l'évolution des chancres intranasaux [a Iymphite en nappe, voire même pariois une [ÿmphite érysipélatoide s'étalant sur la surface externe du nez, où elle se traduit par la rougeur des tés'iments, une tuméfaction et de la douleur.
Comme nous avons eu l’occasion de le dire déjà à propos des symptômes, ce sont ià des phénomènes que l'on voit très souvent au cours des chancres de la pituitaire et qui peuvent presque être considérés comme faisant partie de la symptomatologie normale de ces lésions. L'épiphora passager que l’on trouve relaté dans certaines observations parmi
(1) Traité des maladies vénériennes, ed. 1866, p. 527-585.
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ARRET UE lesquelles celle de Yerwant, les douleurs otiques du
malade de Pautet ne constituent pas à proprement parler des complications.
Froment prétend qu'il peut y avoir des abcès de la cloison. Cela est possible, mais aucune observation ne vient confirmer cette hypothèse.
Les chancres de la cloison sont donc les plus bénins. Au contraire, les chancres des cornets peuvent s'accompagner de véritables complications. Cela s’expliquera très facilement si l’on se rappelle les rapports des cornets et des méats avec les diverses cavités accessoires des fosses nasales.
Dans le méat inférieur aboutit le canal nasal.
Le méat moyen communique avec les sinus frontal et maxillaire.
Dans le cas de Campbell, il y a du simple larmoiement, mais celui de Guichard est plus intéressant. I! s'agissait d’un chancre de la tête du cornet inférieur, qui s'accompagnait d'un épiphora très intense. Une fois guéri, il laissa une synéchie du cornet inférieur et de la cloison, amenant ainsi une légère déviation du septum. Il existait, d'autre part, un rétrécissement du méat inférieur avec adhérences étendues ayant englobé l'orifice inférieur du canal nasal ; la disposition de cet orifice sous la tête du cornet inférieur favorisait évidemment sa lésion.
L’'abcès des voies lacrymales, qui a été signalé dans un cas de chancre des narines dû à Nettleship, était dû à une infection secondaire ayant remonté jusqu'au méat inférieur.
Chancre du cornet moyen. — Ici, le voisinage immédiat des orifices des sinus maxillaires et frontaux, débouchant dans le méat moyen, peut aisément expliquer l'infection de ces cavités nasales accessoires.
Dans notre cas unique de chancre du cornet moyen, la réaction inflammatoire de la pituitaire avait épargné le sinus maxillaire, mais avait envahi le sinus frontal du côté malade, qui présentait tous les signes d'une infection avec rétention purulente (céphaiée sus-orbitaire, obscurité à la transillumination, décharge purulente intermittente). Cette complication revêtait même une allure si aiguë qu'elle fut considérée, avant l'apparition des accidents secondaires,comme une affection primitive, alors qu’en réalité, elle n'était qu'une lésion accessoire sous la dépendance du chancre primitif du cornet moyen.
D'ailleurs, l’évolution même du chancre n’en fut guère influencé, puisque sous l'influence d’un traitement intensif par le 606, tous les accidents rétrocédèrent rapidement.
Toutefois, il persista après guérison une légère adhérence du cornet moyen à lo cloison par plusieurs petites synéchies peu serrées.
Ce sont là des accidents de voisinage pour ainsi dire. Mais le siège même du chancre a-til une itifluence sur l’évolution ultérieure de la syphilis.
D'après les conclusions de Stourme {1}, on peut
(1) Srourue. — Essai sur le pronostic des chancres céphaliques indurés. Thèse, Lyon 1888-1880.
te affirmer que les chancres céphaliques en général ne présentent pas une gravité plus grande que les autres au point de vue de l'évolution de la syphilis. L'apparition des phénomènes secondaires cependant est, en général, plus précoce; ceux-ci se manifestent, en effet, souvent avant la guérison de l’accident primaire. De plus ils sont plus bruyants, plus disséminés et l’éruption prédomine, en général, à la face. | Malgré cela la syphilis n'est pas plus grave dans le cas de chancres des fosses nasales que dans ceux de chancres de la verge. Les cas signalés de syphilis grave doivent être attribués plutôt à l’existence d’un terrain affaibli par des maladies antérieures. Tel est le cas du Dr Juliano Moreira de Bahia : il s’agissait d’une syphilis maligne consécutive à un chancre de la cloison chez un individu débilité par le saturnisme.
CHAPIPRE-VI
Traitement
Les chancres syphilitiques de la pituitaire ne nécessitent pas de traitement spécial. Ce n'est pas contre l’accident en lui-même que lon devra lutter, mais contre la diathèse syphilitique, c'est-à-dire contre l'infection générale : c’est donc le traitement de toute syphilis au début, que l’on devra avant tout instituer.
Le traitement Îocal, surtout si le chancre ne présente aucune complication septique, n'aura qu’une faible importance puisque ce dernier tend naturellement vers la guérison. Toute intervention pouvant contrecarrer cette disposition sera au contraire écartée. L’on pourra employer l’eau bouillie à 42-45°, les insufflations de poudres antiseptiques à l’airol, l'aristol, etc. On évitera les topiques irritants,
5 2 tels que le chlorure de zinc ou le nitrate d'argent. Le calomel est un bon agent cicatrisant du chancre, mais comme l'ont fait remarquer quelques auteurs, il présente un inconvénient dans les ulcérations de nature douteuse pour lesquelles le diagnostic est incertain, car il provoque une induration artificielle de l’ulcération qui peut-être une cause d'erreur. Quant aux réactions inflammatoires du nez et des régions voisines,elles seronttraitées simplement par les applications de compresses humides.
- L’excision du chancre, dont le principe paraît de prime abord assez juste, puisqu'elle a pour but de débarrasser l'organisme d'un foyer virulent, où pullulent les tréponèmes et d’où partent de nombreuses toxines, na pas paru en prâtique donner les résultats merveilleux que l’on en attendait; ce qui s'explique par ce fait, que, peu de temps après l'apparition du chancre, la dissémination dans le sang de l'agent pathogène et de ses toxines s'effectue. Il ne nous appartient pas de discuter la valeur de cette intervention que la plupart des syphiligraphes considèrent actuellement comme inutile. Nous dirons seulement qu'en ce qui concerne les chancres de la muqueuse nasale, nous ne pouvons que citer trois cas où l'excision ait été pratiquée : ceux de MM. Garel, Pusateri et Pautet. Mais ce qui importe le plus c’est l'infection générale syphilitique, contre laquelle le traitement antispécifique ordinaire devra être opposé. La médication mercurielle est la médication de fond cet de choix, que le mercure soit administré sous forme de
Pr es sels solubles ou insolubles. Ce traitement dans Île cas de chancre de la pituitaire, comme d’ailleurs dans tous les cas de chancres céphaliques devra être énergique et intensif. Aussi la voie buccale, au début tout au moins, sera-t-elle insuffisante, et seule la voie sous-cutanée devra être employée.
Parmi les sels solubles,on aura le choix entre le benzoate de Hg ou le biiodure de Hg, pour ne citer que les plus usités. Ces sels solubles ont une efficacité très rapide et devront être employés toutes les fois qu'on le pourra.
Parmi les insolubles nous citerons l'huile grise à 40 0/0, l'huile au calomel. Ce mode d'administration du Hg. est moins actif, mais ne nécessite que des séances hebdomadaires. |
Ce traitement mercurie] sera continué comme dans toute syphilis grave.
L’Iodure de K n’est qu’un adjuvant du Hg. Cependant, 1l sera, à doses faibles, et de préférence associé au Hg, d’un usage très utile, contre les violentes et tenaces céphalées qui accompagnent ordinairement les chancres de la pituitaire.
Parmi les traitements nouveaux que l’on a opposés à la vérole, nous devons dire quelques mots du 606 ou salvarsan.
Certes, ce dernier n'exclue pas la médication mercurielle, qui reste le traitement de fond de la syphilis; mais c'est là un remède d'attaque très précieux, qui blanchit rapidement les individus contaminés.
L'une de ses principales indications réside dans son emploi avant l'apparition des accidents secon-
SP HN daires, aussitôt que l'existence du chancre a été constatée. On peut espérer, dans ces conditions, produire une véritable stérilisation de la syphilis. Au 606, qui offre quelques difficultés dans la préparation de ses solutions et qui, même,a pu présenter des dangers réels pour certains malades, beaucoup de syphiligraphes préfèrent, à l'heure actuelle, le néosalvarsan, neutre, soluble, pouvant s’employer en injections concentrées (méthode de Ravaut-
Duhot) et n'ayant pas les mêmes inconvénients que le 606 (1).
(1) Consulter pour plus de détails :
René Coffiney. Contribution à l'étude clinique du Néosalvarsan. Thèse, Lyon (1913-14).
OBSERVATIONS I. — Chancres de ia cloison OBSERVATION I FourNIER (1) :
Sujet de 29 ans. Chancre de la cloison des fosses nasales. 1 Roséole. Plaques muqueuses amygdaliennes. Adénopathie *}
cervicale postérieure. #