OBSERVATION XLIII
PAUTET (1)
Mme X..., sage-femme, 23 ans, vient à ma consultation le 4 juillet r901. Depuis trois semaines, elle se plaint d’une glande qui apparut dans la région sous-maxillaire droite. Cette glande atteignit vite le volume d’un œuf. A la même époque, la malade eut un écoulement nasal, parfois légèrement sanguinolent. Voix nasonnée et quelques douleurs lancinantes dans l'oreille droite.
A l'examen du nez, je constate, sur un léger éperon de a cloison une petite tumeur rouge foncée.ulcérée en cratère, suintant légèrement. Je fais aussitôt le diagnostic de chancre induré et fais pari de mes doutes à la malade. Celle-ci dont la conduite est irréprochable et qui, de plus, est une sagefemme très avertie, arrive à se rappeler que le 2 mai, en faisant un accouchement chez une femme syphilitique, sa figure fut inondée par un jet de liquide amniotique et qu’en s’essuyant elle se gretta le nez. Nous décidons d'’exciser le chancre en même temps que le léger éperon, ce qui est fait aussitôt. Sur la demande de Mme X..., que mon diagnostic effraie, nous avons avec le D' Y... une consultation. Le
(1) G. PauTET. — Chancre syphilitique de la cloison nasale (Revue hebdomadaire de laryngol., etc., 11 ectobre 1913).
11 juillet, chez mon coufrére, je fais constater sur la poitrine et les bras de la malade une éruption à caractère roséolique. Pas de plaques muqueuses. L'adénopathie sous-maxillaire n’a pas diminué. Mon confrère se range à mon diagnostic et nous ordonnons à la malade un traitement mixte.
À quelques jours de là, celle-ci ne voulant pas être convaincue, va consulter le Dr Y..., pour un gonflement des malléoles dû à un peu d'iodisme. Le Dr Y...se laisse influencer,se déjuge et conseille à la sage-femme de ne plus faire aucun traitement. [Il lui confie même par la suite de nombreux accouchements et, quand elle même accouche d’un fils en 1904, il autorise son envoi en nourrice sans la moindre restriction.
Depuis cette époque, Mme X....bien que persuadée de mon erreur de diagnostic, ne m'avait pas retiré sa confiance et j'eus l’occasion de soigner son mari et son fils chez lesquels je ne trouvai jamais trace de syphilis. Or, le 15 mars 1913, Mme X..., vient se faire examiner la gorge; elle se plaint depuis plus d'un mois de douleur à la déglutition, sans que les divers gargarismes l’aient soulagée. A l'examen, je trouve, en abaissant fortement la langue, une ulcération gommeuse,qui occupe le côté gauche du pharynx; elle a une forme d'amande; ses contours sont rouges et la partie centrale fortement ulcérée. La réaction de Wassermann est nettement positive. La malade confondue, se soumet à trois injections de 606 qui amènent très rapidement la cicatrisation de la lésion.
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