OBSERVATION I P. BRUNON
A la fin de janvier 1000, je suis appelé auprès d’un enfant de 7 ans, chétif, présentant un état de courbature généralisée et d’anorexie ; mon attention est attirée sur de grosses adénites de la région sous-maxillaire gauche; pas de dou- Jeurs à la palpation. Aucune inflammation dans la bouche, ni sur les amygdales. Le nez n'offre rien extérieurement. Je porte le diagnostic de scrofulose. Trois semaines plus tard, les adénites sous-maxillaires existent toujours. Dans la bouche,je trouve une petite plaque blanchâtre sur la gencive; sur le thorax, existe une roséole magnifique. Le diagnostic de syphilis s'impose donc ; mais quelle est la porte d'entrée de la maladie? A la mère je fais part de ines regrets d'être obligé de Ini dire que son enfant est atteint d’une maladie rare à son âge. Le père, mis au courant, vient se soumettre à mon examen, pour se disculper de toute contagion de sa part. Je ne trouve aucune trace de vérole, ni récente, ni ancienne. Quelques jours plus tard, à un nouvel examen de l'enfant, je trouve un ganglion, de la grosseur d'une noisette, au niveau de l'os hyoïde gauche. Celui de droite est moins gros mais assez apparent. Or ces ganglions sont tributaires des Iymphatiques de la muqueuse pituitaire ; J'interroge les parents sur les symptômes qu'aurait pu présenter l'enfant du côté du nez; ils m'avouent qu’à la première visite, l'enfant souffrait d’un coryza très net, qu'ils
(1) P. BruNN. — Chancre syphilitique du cornet inférieur chez un enfant de 7 ans (Loire Médicale, 15 décembre 1903, p. 287).
ou
avaient remarqué sur son oreiller plusieurs fois un écoulement muco-sanguinolent; qu'il avait présenté de la gêne respiratoire, qu'il ronflait et se plaignait de céphalée. Je fis aussitôt l'examen au spéculum.
A un centimètre er demi environ de l'orifice nasal, en écartant légèrement le cornet inférieur, qui était venu s'adosser à la cloison médiane, je découvre sur ce cornet une petite ulcération en saillie, rouge vif, à bords assez bien taillés à pic. Il est difficile de constater l’induration de cette ulcération. Plus de doute, cette petite écorchure était bien un chancre syphilitique du cornet nasal; c'était là le point d'entrée du virus. Je recherche alors si le ganglion axoïdien, lui aussi tributaire de la muqueuse nasale est engorgé. Je ne constate en enfonçant le doigt dans le cavum, aucune tumeur de ce genre. Cette découverte de la porte d'entrée de la vérole amena de la part des parents des révélations complémentaires qui jetèrent un jour complet sur le mode de contamination de notre petit malade. Celui-ci avait l’habitude de se gratter et de se mettre les doigts dans le nez; de plus, par amusement « pour jouer à l'éléphant » comme il l'avouait naïvement, il introduisait toutes sortes d’objets dans son appendice nasal, porte-plumes, crayons, pointes, morceaux de bois, etc.
OBSERVATION II Ch. Davip (1)
Homme, 42 ans, palefrenier, entre pour céphalée nocturne. A l'examen général, il présente une tuméfaction de l'angle gauche du maxillaire inférieure, indolente, grosse comme un œuf de pigeon.
(1) Ch. Davin. — Chancre du cornet nasal inférieur. La syphilis, fÉVHÉTOO) p.129:
te Du côté des fosses nasales, gêne de la respiration par la narine gauche. Coryza assez prononcé.
A l'examen : Narine gauche élargie. Aile du nez déjetée en dehors. À la rhinoscopie, muqueuse nasale tuméfiée. Profondément sur le cornet inférieur, volumineuse saillie rouge vif, luisarte, de consistance cartilagineuse; sa basé est implantée sur la partie inférieure du cornet inférieur. Pas d’ulcération. Indolence absolue.
L'étiologie est inconnue. Dix jours plus tard, roséole, plaques muqueuses du pharynx. Rétrocession de tous les phénomènes par le traitement mercuriel.