I. Tableaux 1 et
somme en espèces que toute banque doit conserver pour faire face au remboursement des billets payables à vue et au porteur qu’elle émet.
A l’origine cette somme est très-faible, la plus grande partie du capital de fondation ayant déjà été prêtée pour obtenir le privilège, ou immobilisée en fonds publics comme garantie. La Banque répond aux demandes d’escomptes et d’avances en émettant des billets, ces billets représentent donc assez bien le chiffre des affaires, et l’intérêt des directeurs est de ne refuser aucune demande sérieuse aussi longtemps qu’ils circulent ; bientôt ils doivent dépasser dans une notable proportion la somme en espèces qui doit faire face au remboursement, mais déjà le mécanisme seul des opérations alimente l’encaisse.
Ainsi la Banque donne des billets, puis à l’échéance, quand on lui rembourse ses avances, au lieu de lui rendre tous les billets qu’elle a émis, le public en garde une partie parce qu’ils sont plus commodes à transporter et à compter, il acquitte sa dette en espèces; c’est ainsi librement et volontairement que se constitue la réserve métallique. Bientôt, il est vrai, pour d’autres besoins, il réclame en échange des billets les espèces qu’il adonnées, et c’est alors que l’on remarque ces oscillations en hausse et en baisse si caractéristiques, qui indiquent des situations bien différentes.
En Angleterre et en France, depuis 1800, on observe sur la réserve métallique des mouvements croissants et décroissants qui se succèdent dans chaque période avec
une régularité parfaite. Une fois le maximum touché, le mouvement décroissant commence, et réciproquement; de sorte que ce flux et ce reflux des métaux précieux, simultané dans les deux pays, paraît se faire sous les mêmes influences, sinon par les mêmes causes.
Quoique les demandes d’espèces puissent se produire au même moment pour l’intérieur et pour l’extérieur, néanmoins il y a un fait constant, c’est que l’encaisse n’est réellement menacée que sous l’influence des changes défavorables qui déterminent l’exportation des métaux précieux. Quand les demandes sont intérieures, et on les remarque chaque année au moment des récoltes, les espèces sorties un instant des banques ne tardent pas à y revenir ; au contraire, le drainage des espèces, sous l’influence des changes défavorables, ne cesse et ne permet à l’encaisse de se reconstituer que pendant la liquidation des crises sous l’influence heureuse des changes favorables. Ainsi, quelle que soit la cause, si elle doit amener des changes contraires ou défavorables, on peut annoncer la baisse de la réserve métallique ; la hausse, au contraire, s’ils doivent être favorables. C’est donc un défaut de balance dans la circulation du papier fiduciaire qui, pour combler la différence, entraîne inévitablement une exportation d’espèces.
Ces alternatives de changes favorables et défavorables se remarquent chaque année, et chaque année la réserve métallique éprouve des oscillations; mais ce qu’il faut noter, c’est que le mouvement commencé dans un sens
ou dans un autre, malgré des réactions en sens contraire, présente chaque année des inaxima et des minima supérieurs ou inférieurs à ceux qui ont précédé (voir les tableaux des banques de France et d’Angleterre à la fin du volume). Ainsi, dans la dernière période 1857-64, la réserve métallique qui, en trois années s’était relevée de 1 52 à 646 millions, s’abaisse de nouveau, dans les cinq années suivantes, à 1 52 millions. Dans les mouvements de hausse les maxima et les minima annuels sont toujours supérieurs à ceux de l’année précédente, de même que, dès que le mouvement de baisse commence, les maxima et les minima sont inférieurs ou égaux à ceux qui ont précédé. Malgré le retour passager des changes favorables les métaux précieux ne reviennent pas encore; leur niveau baisse chaque année jusqu’à ce que, réduits par rapport à la circulation des billets, à la proportion du tiers qq’on regarde encore à tort comme réglementaire, une nouvelle saignée peut tout compromettre. Prenant alors des mesures tardives pour se défendre, les banques, en élevant le taux de l’intérêt, en réduisant les échéances, en refusant, ou en faisant un choix dans les bordereaux d’escompte , paraissent donner le signal de la crise, tandis qu’elles ne font que réfléter et traduire la situation du marché auquel la circulation fiduciaire ne peut plus suffire, puisqu’on a recours aux espèces.
Une fois le maximum touché, le niveau de l’encaisse, malgré de fréquentes oscillations, baisse toujours, et ne
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peut se relever qu’après la crise, pendant sa liquidation ou dans les années qui suivent. De même le minimum atteint, la reprise suit inévitablement et d’une manière beaucoup plus rapide ; tandis qu’il faut cinq à six années pour épuiser les réserves métalliques, deux ou trois années suffisent pour les reconstituer. Ces llux et reflux, quoique très-réguliers, ne se produisent pas dans le même espace de temps, ce qui prouve bien que la monnaie métallique ne sert jamais que d’appoint : elle s’écoule peu à peu, chaque année, pour remplacer un certain nombre de produits qui n’ont pu s’échanger contre d’autres produits; le nombre augmente jusqu’au moment de la crise alors que la hausse des prix gêne et arrête même la compensation, en l’absence des effets de commerce qui n’ont pu être le résultat des échanges. La circulation fiduciaire se trouve ainsi interrompue, et l’intervention des espèces devient indispensable. Rien ne pourra y suppléer jusqu’à ce que les produits aient repris leur rôle ordinaire, c’est-à-dire au lieu de rester en magasin soient rentrés dans la circulation. La crise, en abaissant les prix, facilite cette reprise des échanges, et aussitôt la circulation fiduciaire, suffisant pour compenser les dettes envers les divers pays, les métaux précieux deviennent la remise la plus avantageuse et le reflux des espèces les accumule de nouveau dans les coffres des banques d’où elles vont bientôt s’écouler pour satisfaire à de nouveaux besoins en reproduisant la même série d’accidents. Ce prompt retour des espèces
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au moment de la dépression des prix, indique bien sous quelle influence il se produit.
La hausse des prix se fait, peu à peu, pendant un certain nombre d’années: parallèlement les réserves métalliques baissent jusqu’à ce qu'une crise éclate.
La baisse des prix, au contraire, est brusque, la dépression arrive de suite à ses dernières limites et au même moment le reflux des espèces se produit avec une telle intensité, qu’en deux ou trois années l’encaisse se trouve rétabli.
Ces mouvements s’observent simultanément en Angleterre, en France et aux États-Unis, c’est-à-dire dans les trois pays où l’on fait le plus grand usage du crédit : on ne peut donc pas, comme il arrive souvent, les accuser tour à tour d’être la cause et l’origine de tous les embarras, puisque, malgré un déplacement énorme de capitaux métalliques, le flux et le reflux s’observe au même moment sur les trois places.
Comme il est impossible de déterminer dans quelle proportion il faut maintenir l’encaisse des banques par rapport à la circulation, tant qu’il n’y a aucune irtquiétude sur le remboursement à vue, on ne suit pas assez attentivement les niveaux de l’encaisse, et ce n’est qu’au moment où il peut être compromis par de nouvelles demandes, que l’on s’aperçoit d'un abaissement qui n’est pas seulement le résultat des demandes actuelles, mais surtout de toutes celles qui ont précédé, de sorte que les causes déterminantes, celles qui portent le der-
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nier coup et que l’on regarde comme les causes pre mières ne sont, le plus souvent, que des causes occasionnelles, dont l’action serait peu sensible si la situation du marché n’était déjà dans un équilibre instable que le moindre choc devait renverser.
Causes (lu drainage des espèces métalliques. — On accuse les dépenses destinées à répondre à de nouveaux besoins imprévus : ainsi, les guerres, les disettes de céréales ou d’autres produits, comme le coton, pendant la lutte des États du Nord contre les États du Sud aux États- Unis, ont été regardées comme les principales causes du drainage des espèces, et par suite des crises commerciales. Il est certain qu’on ne peut nier leur funeste influence, mais il ne faut pas non plus négliger de remarquer que tout était déjà disposé pour que la moindre secousse vînt suspendre le mécanisme des échanges. D’ailleurs, si les disettes et les guerres ont coïncidé quelquefois avec les crises, le plus souvent elles les ont précédées ou suivies sans apporter aucune perturbation sensible dans les atfaires. Un grand nombre de crises en France, en Angleterre, aux États-Unis, ont éclaté en dehors de leur influence.
Une guerre étrangère amène -t-elle toujours une large exportation de métaux précieux ? On peut pourvoir aux dépenses de bien des manières. Les relations qui existent maintenant entre toutes les nations civilisées permettent d’y faire face par une exportation plus considérable de marchandises. On peut encore y subvenir en
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ralentissant l’importation des marchandises étrangères destinées à la consommation intérieure, ou bien en agissant sur les crédits avec l’étranger, ou bien encore en exportant des valeurs.
Cependant on ne peut pourvoir à cette dépense par l’exportation des marchandises que dans le cas d’un accroissement soudain du commerce proportionné à l’accroissement des dépenses causées par la guerre.
En fait, une guerre étrangère oblige à faire, au dehors, une dépense considérable et entraîne toujours une exportation notable de métaux précieux. Cependant la crise de 1857 éclata en France et en Angleterre une année après la guerre de Crimée, et elle débuta par les États-Unis qui étaient restés en dehors de ces complications européennes. En France et en Angleterre, le minimum de l’encaisse s’observe après la guerre, la paix déjà conclue en 1856.
En France, de 628 millions il était tombé à 1 52.
En Angleterre, de liv. 22,2 millions, il était tombé à liv. 6,4.
L’inllucnce des disettes, céréales ou coton, n’a pas non plus toute l’influence prépondérante qu’on a voulu leur attribuer.
Ainsi, en France, les trois dernières, quoique ayant toujours pesé sur le marché pendant plusieurs années, ont réclamé des sommes bien différentes.