‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 45 sur 105 · M8GS · texte numérisé non relu

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Le premier coup d’œil jeté sur ce tableau nous montre combien les variations des comptes courants du trésor sont considérables dans les deux pays. Les maxima et les minima se succèdent à de très-courts intervalles et la dépression est telle que souvent il ne reste au crédit de l’État que quelques millions. Ces fluctuations sont même très- sensibles , et presque régulières en Angleterre au moment du payement des dividendes.

En France, dans les mêmes circonstances, la diminution du compte courant est moins marquée et souvent les recettes courantes suffisent au payement des intérêts de la dette.

Ici nous sommes bien en présence de comptes courants espèces, car l’escompte des bons du trésor, quand il a lieu, est destiné à des besoins pressants et non pas à augmenter le solde du compte courant. En Angleterre de même, les billets qu’on avance en pareille circonstance entrent de suite dans la circulation, c’est ce qui explique la mobilité excessive de cet article du bilan qui, n’étant alimenté que par le produit des impôts, dans certains moments, quand une dépense imprévue se présente, se trouve réduit à des proportions telles que l’on pourrait craindre une suspension des payements de l’État, si on ne comptait sur la rentrée continue des revenus publics.

Les fluctuations des maxima aux minima sont les mêmes dans les deux pays, et se produisent à une ou deux années près comme ceux des comptes courants privés.

Les maxima s’observent pendant la liquidation des crises ou aux époque prospères: quant aux minima, s’ils coïncident souvent avec les crises, ils ne diffèrent cependant que de quelques millions de ceux observés dans les années précédentes, qui n’avaient amené aucun trouble dans la réserve métallique des banques. Si l’on porte plus loin ses investigations, on s’aperçoit bientôt que ce minimum ainsi mêlé aux crises n’est qu’un accident, car alors on ne l’observe pas au milieu des plus grands embarras, quand le portefeuille étant au plus haut, la réserve métallique est au plus bas.

L’observation de la situation des comptes courants sur les bilans des banques de France et d’Angleterre, nous prouve que bien loin de précéder ou même d’accompagner la baisse des réserves métalliques, ils suivent plutôt le développement des escomptes, et si leur chiffre maximum ne se présente pas à ce moment, c’est du moins celui où il s'en rapproche le plus.

SITUATION DES DÉPÔTS EN COMPTES COURANTS PUBLICS ET PRIVÉS, LE JOUR DES MAXIMA ET DES MINIMA DES ESCOMPTES.

En France et en Angleterre, les dépôts en comptes courants privés, sauf une seule exception en Angleterre, en 1847, sont toujours plus élevés au moment où les maxima des escomptes et les minima des réserves métalliques sont atteints. Il y a donc une liaison étroite entre les escomptes et les dépôts en comptes courants. Quant à

■ l’encaisse, elle parait se trouver en dehors de leur influence, puisqu’au moment où ces derniers augmentent elle diminue.

Par une heureuse coïncidence les dépôts en comptes courants du trésor suivent les mêmes mouvements, de telle sorte que l’ensemble des dépôts au moment des plus grands embarras, pendant les crises, est plus considérable que dans les mois qui les précèdent, alors que le marché, quoique déjà un peu lourd, ne présente rien de menaçant.

L’observation des faits en France et en Angleterre ne confirme pas l’influence fâcheuse sur le drainage des espèces métalliques que la théorie attribuait aux retraits des dépôts en comptes courants pendant les crises.

Les variations des minima aux maxima, comme un est à trois en France et comme un est à deux en Angleterre, avaient attiré l’attention. En présence d’aussi grands écarts, quelques économistes, et celte opinion est encore très-répandue aujourd’hui, ont pensé que la diminution de la réserve métallique des banques était la conséquence du retrait des dépôts en comptes courants aux époques de crise. Un examen superficiel du bilan des banques avait induit en erreur. Sans prendre la peine de distinguer les diverses natures de dépôts, les comptes courants espèces et les comptes courants escomptes, on s’était borné à constater que dans les banques des États-Unis, ces derniers étaient surtout déprimés pendant ies crises, et on avait conclu que cette dépression indiquait le retrait des es-

pèces, tandis qu’au contraire, comme pour les effets au comptant en France, cette diminution des comptes courants pendant que le portefeuille augmente indique que les compensations ne se font plus par virements comme en temps normal, mais que l’on exige de nouveaux moyens de circulation : des billets d’abord pour obtenir de l’or ensuite, ce qui détermine bientôt la suspension des payements, tout dans l’organisation de ces banques étant combiné pour l’escompte et la compensation et non pour l’émission.

Dans les Banques de Fiance et d’Angleterre, au contraire, la proportion des dépôts en comptes courants au portefeuille est beaucoup plus faible, parce que la plus plus grande partie des compensations se fait au dehors. N’étant pas salmis aux mêmes influences, loin de diminuer pendant les crises, ils resteront stationnaires, augmenteront plutôt, alors que la réserve métallique continue de baisser. Dans le tableau suivant on a réuni les variations des comptes courants en France et en Angleterre pendant les trois dernières crises. Les deux premières colonnes donnent les maxima et les minima de la réserve métallique; la troisième et la quatrième donnent la situation des comptes courants le jour même où les maxima et les minima de l’encaisse ont été atteints; enfin la dernière indique les différences des deux articles.

RAPPORT DES VARIATIONS DE L’ENCAISSE ET DES DÈroTS EN COMPTES COURANTS.

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