‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 70 sur 105 · Tableau n* C · texte numérisé non relu

Tableau n* C

La suspension des payements en Angleterre en 1 797, au moment d’une crise commerciale intense, diminua le drainage des métaux précieux; malheureusement nous ne possédons pas les relevés du change à celte époque, déjà la suppression des assignats en France avait rétabli la circulation métallique. En Angleterre, si on en juge par les premiers cours qui furent cotés en 1801 , la liquidation de la dernière crise était déjà terminée et la suspension ne paraissait pas avoir apporté une grande perturbation, du moins pendant la première année. En 1 802 ils varient de 24 fr. 11 c. à 23 fr. 1 0 c. : la dépréciation, au milieu des guerres du continent, n’était pas en rapport avec la difficulté des échanges et l’entretien des armées. Avant la paix d’Amiens ils étaient déjà revenus presque au pair, à 25 fr. 02 c. (30 décembre 1803); en 1 804, ils se balancent entre 25 fr. 1 0 c. et 24 fr. 1 4 c. Jusqu’en 1807 on ne s’éloigne pas de ces cours, mais aux approches de la crise de 1810, sous l’influence de l’augmentation de l’émission des banques de province dont le nombre s’accroît chaque jour, celle de la Banque d’Angleterre restant stationnaire et variant à peine de liv. 16,000,000 à liv. 17,000,000, de 25 fr. 10 c. le change tomba :

En 1807 i> 23 fr. 18 c.

en 1808 à 21 fr. 16 c.

en 1809 à 19 fr. 60 c.

en 1810 à 19 fr. 60 c.

en 1811 à 17 fr. 60 c.

ea 1812 à 20 fr. 06 c.

La baisse du change continue jusqu’en 1811, et elle se trouve aggravée par l’excès des émissions des billets de la Banque d’Angleterre qui de liv. 1 7,400,000 s’étaient élevés à liv. 24,000,000, en 1810; cependant une fois la liquidation terminée, le change remonte à 23 fr. 40 c. en 1814, au moment où la paix parait assurée. Le retour de Napoléon de file d’Elbe, en 1815, le précipite à 18 fr. 30 c. (19 mai). La paix, conclue de nouveau, le ramèneà 24 fr. 10 (29 décembre); mais ce fut seulement après la liquidation de la crise de 1815-16 qu’il put atteindre et dépasser même le pair (26 fr. 10 c., 15 octobre 1818). Jusqu’à la reprise des payements, en 1821, il oscille de 23 fr. 50 c. (janvier 1819), à 25 fr. 85 c. (juin 1821). Au milieu des énormes déplacements de capitaux, conséquence des emprunts, que les relations commerciales, interrompues depuis longtemps et à peine reprises, ne permettaient pas de solder autrement, ces écarts ne doivent pas surprendre. La circulation de la Banque d’Angleterre, qui s’était élevée à liv. 29,000,000 en 1 817, ne remplaçait que pour une faible part la somme des billets des banques de province qui avait disparu pendant la crise et sa liquidation en 1816 et 1817. Les bank-notes, malgré la suppression des payements, étaient revenues au pair et suffisaient à peine au mouvement commercial qui se manifestait avec un tel entrain que les crises de 1819 et de 1825 purent à peine le modérer.

Pendant la crise de 1825, si nous tenons compte de

la prime de l’or, le change de Londres sur Paris se maintient aux environs du pair, de 25 fr. 50 c. à25 fr. 1 5 c. 11 en fut de même pendant la double crise de 1837-39. Déjà en 1 837 les relations des deux marchés étant plus grandes, malgré la différence de l’étalon monétaire, le marché de Londres demanda du numéraire à la place de Paris et le change s’éleva à 25 fr. 75 c.; en 1839 il ne dépassa pas 25 fr. 50 c. Cette différence des cours se manifesta d’une manière très-sensible sur l’encaisse de la Banque de France; car pendant qu’il baissait de 203 millions à 90 (1 835 à 1 836), de 1 838 à 1 839 il lléchissait à peine de 301 millons à 207. Aussitôt la liquidation de la crise, le change retomba à 25 fr. 20 c. (1840).

Dans les années prospères qui précèdent la crise de 1847 il varie de 25 fr. 25 c. à 25 fr. 67 c. ; en 1845 il s’élève même à 25 fr. 82 c., et en 1 847, au moment de la crise, il ne dépasse pas 25 fr. 85 c. Ces deux cours s’observent dans les deux années où les maxima et les minima de la réserve métallique se sont, rencontrés, ce qui prouve bien que dans l’observation des cours, ce n’est pas tant le chiffre lui-même dont il faut tenir compté, mais surtout la durée de son action et l’importance des sommes sur lesquelles on opère. Chaque année le niveau de l’encaisse des banques s’élève et s’abaisse sous l’influence des demandes intérieures et extérieures, il n’est donc pas surprenant que chacun de ces mouvements soit déterminé par les variations du change. 11 n’est pas nécessaire que le plus grand écart se manifeste au moment

où la réserve métallique est au plus bas, il suffit qu’il dépasse le pair et laisse un bénéfice à l’exportation des métaux précieux, et alors il ne manquera pas de banquiers qui s’empresseront de le recueillir.

Depuis qu’en France l’or s’est répandu dans la circulation, la prime sur ce métal, comparé à l’argent, a disparu, et le cours du change de Londres sur Paris n’a plus présenté ces écarts qu’un peu de réflexion permettait d’expliquer, mais qui étonnaient toujours au premier abord. Il ne s’éloigne plus du pair que de 20 à 25 cent, et est toujours défavorable dans les moments où le drainage des espèces menace les réserves métalliques des banques. — Dans les années qui ont précédé les crises de 1 857 et de 1 8G4, et dans l’année môme de la crise, il s’est élevé à 25 fr. 40 cent., 24 fr. 47 cent., dépassant ainsi le pair de 20 cent, seulement; il n'en fallait pas plus pour épuiser l’encaisse déjà amoindri par les demandes faites sous les mêmes influences dans les années précédentes. Ce qu'il faut noter, c’est que, quand les changes sont défavorables, ils le sont à la fois dans les trois grands pays où l’usage.du crédit est le plus répandu : en Angleterre, aux États-Unis et en France. — Les abus qu’en peuvent faire les peuples qui en sont le plus heureusement doués amènent inévitablement, par suite de la hausse des prix, un défaut de balance avec ceux qui ne possèdent pas au môme degré ce merveilleux levier de toute l’industrie moderne, et dès que les produits ne circulent plus, c’est de l’or qu’il faut envoyer; les réserves

métalliques des trois plus grands marches du monde ne suffiraient pas à toutes les demandes, si une baisse de prix ne venait pas rétablir la circulation des produits.

Cours des changes aux Etats-Unis. - — La dernière guerre a encore entraîné l’émission du papier-monnaie et la suspension des payements en espèces, et par suite, les mêmes phénomènes, si bien expliqués par le Bullionreport de 1810, se sont identiquement reproduits. Plus éclairée l’opinion publique en a de suite reconnu la cause et n’a pas cherché, comme par le passé, à les expliquer par de vaines théories, aux applaudissements des assemblées publiques.

Les troubles apportés dans la circulation furent trèsprofonds, et parurent même contradictoires. Au premier abord, en présence d’un large courant d’importation de métaux précieux bientôt suivi d’un courant contraire d’exportation, l’opinion publique hésita un instant sans se rendre bien compte des causes apparentes ou cachées qui les produisaient. Troublée par les conditions dans lesquelles ces mouvements avaient lieu, elle en cherchait l’interprétation. Très-bien développée dans le Traité des changes étrangers de M. Goschen, traduit par M. Léon Say, qui a ainsi rendu un véritable service à la science, nous essayerons d’en donner un résumé pour l'intelligence des faits.

Au début de la guerre, en 1 86 1 , le large courant de numéraire qui s’est produit vers les États-Unis a de

suite été révélé par les cours du change, et dans les explications que l’on cherchait à en donner, on a été longtemps à reconnaître que ce courant d’espèces était simplement la conséquence des engagements antérieurs. On pouvait croire, il est vrai, que les capitalistes anglais, dans ces moments de trouble, se livraient à des spéculations sur les valeurs américaines; cette cause de trouble pouvait intervenir dans une certaine mesure, mais ce qui était vrai, c’est que les Américains tiraient plus tôt que d’habitude pour recouvrer leurs créances sur l’Angleterre, suspendaient leurs ordres d’achat en produits anglais et envoyaient leurs produits en Europe dans une proportion qui n’avait plus rien de naturel ; ils exportaient jusqu’à des articles qui n’étaient pas demandés. Ce mouvement d’exportation était encore favorisé par la récolte exceptionnelle de blé et de coton. En dehors même de toute crise politique, l’Europe aurait eu une balance en numéraire à payer.

A l’origine, on pensa qu’il s’agissait d'une simple spéculation, et l’on s’étonnait de ces envois d’or qui devaient, disait-on, revenir par le retour des mêmes navires. On aurait dû réfléchir que le numéraire ne pouvait faire retour que dans les circonstances suivantes : ou bien le numéraire serait revenu en Europe parce que les Américains nous auraient dû de l’argent, ou bien il nous aurait été envoyé contre de nouveaux ordres d’achat, ou bien il aurait été remis comme prêt à des capitalistes du continent dans la prévision que l’argent devait y être

plus cher. Laquelle de ces opinions était elle-même probable? Le retour rapide du numéraire après la crise de 1 857, comme après toutes les crises, avait induit en erreur. Mais alors on sortait d’une crise commerciale, tandis qu’en 1 862, en Amérique, on se trouvait en présence d’une crise politique des plus dangereuses, et au milieu de ces inquiétudes, on était pressé de recevoir ce qui était dû, et d’anticiper plutôt que de différer le règlement des créances. Le créancier a donc tiré ses traites avec l’ardeur que donne une panique. Malgré des changes favorables l’incertitude et la crainte étaient telles que tous ceux qui avaient des billets à vendre étaient pressés de les offrir au rabais ; afin d’obtenir un payement immédiat ils acceptaient un prix beaucoup au-dessous de celui qu’ils auraient obtenu s’ils avaient envoyé leurs effets en Angleterre pour les échanger contre de l’or. Malgré un change exceptionnellement favorable, l’attente jusqu’à l’échéance paraissait trop périlleuse, on voulait de l’argent comptant à tout prix.

A cette baisse extraordinaire dans le prix des effets étrangers à New-York, succéda bientôt une hausse rapide et extraordinaire, la situation avait été retournée. La hausse des changes avait de beaucoup dépassé le pair des espèces, par conséquent, il faut chercher un autre élément de valeur dont l’action ne soit pas limitée par les frais de transport : nous le trouvons dans la dépréciation de l’agent de la circulation.

La loi qui suspendait les payements en espèces et au-

lorisait le gouvernement à émeltre du papier-monnaie inconvertible avait déplacé la limite normale du pair des espèces. L’étendue delà hausse devenait une question indéterminable : on pouvait atteindre 50, 100 et 200 0/0.

Dans les États du Sud, le change sur Londres monta à 400 0/0.

La théorie se trouva confirmée par la pratique; mais ce qui a surpris, c’est que la hausse ne s’est produite que longtemps après le moment où l’on devait s’y attendre, de sorte que l’on pensait pouvoir faire marcher impunément la planche au papier-monnaie. À quelles causes peut-on attribuer ce retard? La première, c’est que pendant les premiers mois de l’émission de ce papier-monnaie par le Gouvernement, les banques privées ont fait rentrer leurs billets, de sorte que la circulation totale ne s’est pas augmentée comme on aurait pu s’y attendre; la seconde c’est que l’espace sur lequel se répand la circulation américaine est si vaste que les effets de l’émission n’ont pu se faire sentir de suite. La contraction du crédit a été la cause de la rentrée des billets de banque, et les énormes dépenses de guerre ont absorbé la plus grande partie du papier émis par le Gouvernement. L’illusion du reste fut de courte durée ; quand la circulation se trouva peu à peu saturée, une hausse sans précédent se produisit sur les changes américains.

La circulation ainsi dépréciée avait été bientôt accompagnée d’une hausse de prix de tous les articles de commerce, numéraire compris. Cette hausse était nominale,

il est vrai, mais le prix des effets de commerce étrangers devait s’élever dans la même proportion, et la perte du papier-monnaie constituait la prime de l’or. Quand on examine les prix, on voit en effet que les deux prix des effets étrangers et de l’or ont constamment monté et baissé ensemble.

Avant que la circulation ne fût dépréciée, le pair effectif du change, pour les effets sur l’Angleterre, s’exprimait par le chiffre de 1 09. Voici la base du calcul : 40 dollars équivalent à 9 liv. sterl., de sorte que le dollar vaudrait 4 s. G d.; mais ce pair fictif du change ne coïncide pas avec la valeur réelle de l’or dans le dollar et dans le souverain, les 9 liv. sterl. valant 9 0/0 de plus que les éO dollars, poids pour poids d’or, ce qui réduit la valeur du dollar à environ 4 s. 1 '/» d- Quand on achète des effets sur l’Angleterre, on rectifie le calcul en ajoutant 9 dollars par chaque 1 00 dollars employés à l’achat. De telle sorte que, aussi longtemps qu’une circulation en or a existé des deux côtés de l’Atlantique, les prix effectifs du change, entre New-York et Londres, se traduisaient par une prime de 9 0/0, ou, pour employer les expressions techniques, les effets sur Londres se maintenaient à 109 quand les changes étaient au pair. La prime de compensation de 9 0/0 se trouvait modifiée selon l’état du marché. Quand l’émission du papier eut apporté une perturbation dans les prix exprimés en dollars de papier, qui ne représentaient pas des dollars en or, il était inévitable que la différence de 9 0/0, dont nous venons de

parler, se trouvât augmentée dans la proportion de la prime de l’or.

Si donc, avant l’émission du papier-monnaie, l’acheteur d’un effet sur l’Angleterre le payait 1 00 dollars, plus 9 dollars, il devait payer, dans le cas d’une hausse de 50 0/0 sur la prime de l’or :

1 ° 150 dollars au lieu de 100.

2° 1 3 */2 dollars au lieu des 9 de prime ; c’est-à-dire la moitié en sus de ce que l’on peut appeler la prime de correction.

Certains actes législatifs, qui intervinrent dans le libre commerce de l’or, eurent pour conséquence de faire varier de temps en temps la valeur relative des effets et du numéraire à cause des charges nouvelles qui étaient imposées.

Avant la guerre, le change sur Londres.variaiten 1 860 de 1 08 à 1 09 dollars ; le prix de l’or était coté à 1 00 dollars.

En janvier 1 862, les cours étaient pour ainsi dire les mêmes : change 1 1 0, prix de l’or 1 01 . L’or ne faisait encore que 1 0/0 de prime. Après les énormes emprunts de février 1 862, les variations sont encore modérées : change 1 1 5, prix de l’or 1 09, mais à partir de ce moment le change et le prix de l’or s’élèvent sans cesse.

Change.

Pris' de l’or.

Janvier . • Février . .

Janvier . .

Juin. . . .

Juillet. . .

Octobre . .

Décembre .

Janvier . .

Février . .

Février . .

Août. . • .

Juillet. . .

Octobre . .

Novembre .

Novembre.

Janvier . .

Janvier . .

Juin. . . .

Juillet. . .

Juillet. . .

Octobre . .

Septembre.

Novembre.

Janvier . .

Mai. . . .

Juin. . . .

Juin. . . .

Novembre.

Août. . . .

Décembre .

Décembre .

Janvier . ,

Mars . . .

Juin. . . •

Décembre .

De 11 5, en février 1 862, le change s’élève à 1 88 en février 1863 en présence du papier-monnaie que l’on émettait conjointement avec les emprunts. Il fléchit à 1 38 aussitôt que les émissions diminuent, mais bientôt, en présence de la prolongation de la lutte et des dépenses qu’elle occasionne, il se relève et enfin atteint le chiffre maximum en juillet 1 864. Il fallait jusqu’à 298 dollars au lieu de 109 pour représenter 9 liv. sterl. Le prix de 1 00 dollars en or s’éleva à 285.

A partir de ce moment pour éviter, en partie du

moins, les perturbations que les variations (lu change et du prix de l’or amenaient dans les affaires, on convint de coter le prix du change en or. Pour se rendre compte de la somme en papier il faut ajouter la prime de l’or.

Depuis lors le change varie de 110 à 1 07, selon les besoins de compensation, entre les États-Unis et l’Angleterre, l’écart se traduit surtout par la prime de l’or.

Prime de l'or. — Le prix de l’or, estimé en papier, a subi les mêmes variations que les cours du change :

De 1 0 1 , en janvier 1 802, il s’est élevé à 1 72, en février 1863, pendant que le change montait à 188; il a fléchi à 122 en même temps que ce dernier à 138, puis s’est relevé à 235 en même temps que le change à 298, juillet 1 804.

Malgré les excès de l’émission, il s’abaisse à 191 en septembre 1 804 pour atteindre de nouveau 200 en novembre. Les succès des armées du Nord, en laissant entrevoir l’issue prochaine de la lutte, en font baisser le prix à 1 28 en mai i 805. Depuis ce moment la dépréciation du papier, aux États-Unis, se traduit par une prime sur l’or, dont le prix varie de 148 à 124. Un moment seulement, en juin 1860, elle s’est relevée à 107.

On pouvait s’attendre à ce que l’excès des émissions ayant produit la hausse, la diminution dût amener une baisse correspondante. On convertissait bien une partie des greenbacks en consoüdés, mais cette mesure était neutralisée par des émissions nouvelles.

La véritable cause de la baisse de l’or, ce fut l’espoir des temps meilleurs que l’on commençait à entrevoir et par suite de la diminution des dépenses, la suppression des nouvelles émissions. Cette croyance, justifiée ou non, impressionna vivement les esprits. On commença à avoir confiance; l’or reparut un peu. Le gouvernement ne fut pas étranger à cet événement, en jetant sur le marché des sommes importantes qu’il s’était procuré pour cet objet.

Les États-Unis nous ont montré une fois de plus, si cela était nécessaire, les conséquences de l’excès d’émission du papier. Ce peut être un moyen de crédit pour un gouvernement auquel manque toute autre ressource, mais si on se rendait compte du trouble apporté dans toutes les transactions, de la hausse des prix qui l’accompagne inévitablement et qui dépasse toujours de beaucoup, dans la crainte de l’avenir, celle que le papier émis en excès devait produire, on reconnaîtra qu’il n’y a pas de moyens plus onéreux de se procurer ce dont on manque et dont on a un besoin immédiat. On engage non-seulement les revenus actuels, mais encore les revenus futurs des peuples, à moins qu’on n’ait recours à la banqueroute partielle, déjà produite par la dépréciation que les billets supportent dans leur passage de main en main, mais qui frappe surtoutles derniers détenteurs.

L’Amérique nous a prouvé que la puissance d’acheter, qu’on se procure par cet expédient, est des plus onéreuses, et tout le trouble qu’elle entraîne retombe sur la

population. Dans les échanges intérieurs, elle peut, jusqu’à un certain point, s’en préserver par la hausse des prix, mais elle devra toujours payer les intérêts et rembourser la dette ainsi contractée. Quant aux étrangers, les cours du change, en signalant la valeur du papier, leur donnent la mesure de la dépréciation, et, malgré un ralentissement d’affaires par l'incertitude des prix, dans les opérations à court terme, leurs intérêts sont ainsi sauvegardés.

Dans ces conditions et sous cette menace, la méfiance est telle qu’on exagère toujours le danger: les cours du change et du prix de l’or nous en ont donné la preuve. Après s’êlre élevés de 1 1 0 à 1 88 et de 1 01 à 1 72 ( janvier J862 à février 1863), la même apnée, sous l’iniluence des mêmes causes toujours en action, nous les voyons baisser à 1 38 et 1 22, sans que la somme du par pier émis et des emprunts ait diminué, seulement dans pu espoir bientôt déçu ; car la hausse reparaît et ne s’arrête pour le change et pour le prix de l'or qu’à 298 et 285 en juillet 1 864.

La guerre terminée, le prix de l’or, dès qu’on p’entrevoit pas de nouvelles c.apses de dépréciation, de novembre ! 8fi4 à mai J 865, tombe dé 2£0 à 1 28 dollars, et cependant il n’y avait encore eu apeun retrait appréciable de papier-monnaie, apeun amortissement de la dette ; mais la cessation des dépenses de la guerre avait diminué la somme des lettres de change sur l'étranger ; l’or n’était plus demandé à topt prix, Le prédit avait

reparu, on avait confiance dans les engagements contractés , les promesses de payer étaient tenues pour bonnes, et le prix de for se rapprochait du pair. On s’explique comment la hausse ou la baisse des cours du change et du prix de l’or ne dépendent pas exclusivement de l’abondance du papier émis, quand la suspension des payements empêche de se rendre compte de sa valeur exacte. Selon le jugement qu’en porte le public, l’écart peut être plus ou moins considérable, et ce sont eqs brusques variations qui amènent un grand trouble dans les affaires.

Moyens de s'opposer au drainage des espèces selon les causes qui le détermine. — Sans subir l’influence de demandes aussi pressantes, les espèces métalliques dans les pays où le papier qui circule est toujours remboursable à vue sont toujours sous l’impression d’un double mouvement de flux et de reflux, qui tantôt les entraîne et tantôt les ramène dans les coffres des banques. Ces oscillations ont une double origine, souvent méconnue : elle a été la cause de regrettables erreurs. Il faut distinguer les demandes d’espèces, selon que ces demandes sont intérieures ou extérieures. Dans le dernier cas elles sont amenées par l’état des changes avec l’étranger; dans le premier, elles peuvent résulter soit d’une demande pour des besoins intérieurs, soit même d’une panique.

Dans tous les cas, il faut se préoccuper de sauvegar-

der l’encaisse des banques, mais d’une manière bien différente.

Dans les cas de panique, à la suite de révolutions, d’émeutes intérieures, il n’y a qu’un seul remède violent comme la cause contre /laquelle il faut réagir : la suspension des payements.

Dans les cas où les demandes d'espèces faites aux banques sont destinées à alimenter les canaux de la circulation intérieure, demandes quelquefois grandes et soudaines, occasionnées par un manque de confiance parsuite de l’ébranlement, de la chute môme de quelques grandes institutions de crédit, les espèces ne font que remplacer la circulation fiduciaire en papier qui joue un si grand rôle dans le règlement des échanges, et qui, pour le moment, par suite du discrédit dont elle est frappée, circule moins aisément. 11 est donc facile de modérer les effets de ce drainage, si on possède un papier dont le crédit, intact jusqu’ici, pourra prendre la place de celui qui, pour le moment, à cause de sa dépréciation, ne peut plus circuler. En pareille circonstance une augmentation judicieuse de l’émission de la Banque d’Àngleterre,a fait merveille, en produisant de suite une détente sur le marché qui manquait des instruments ordinaires destinés à compenser ses affaires.

Reste enfin le dernier cas dans lequel le drainage des espèces métalliques se produit sous l’influence des ■ changes défavorables. Alors, bien loin d’essayer d’augmenter l’émission, il faut se demander si les émissions

de papier ne sont pas excessives, et ici par émission nous comprenons, non-seulement le papier émis par les banques, mais encore tout le papier mis en circulation par le commerce pour le règlement de ses opérations ; il faudra chercher à réduire cet excès de circulation, et cette réduction, véritable remède pour ce cas particulier, eût été impuissante dans le cas précédent, elle eût même augmenté les demandes intérieures.

Si les changes avec l’étranger donnent la meilleure mesure des excès de la circulation fiduciaire, peut-on régler cette circulation sur les cours du change, et en cas d’exportation d’espèces par suite des changes contraires diminuer la circulation?

Cette diminution produit le même effet qu’une diminution du numéraire, et ce n’est pas dans un pays la somme du numéraire qui a le plus d'importance, ce qui est capital pour toutes les branches d’industrie, c’est de savoir si cette somme augmente ou diminue. Ici il faut reconnaître que les banques n’ont d’action que sur leur propre émission et non pas sur les billets qui se trouvent entre les mains du public. Elles ont encore moins d’action sur le papier fiduciaire émis par le commerce et qui circule en dehors de leur contrôle. Tous leurs efforts ne peuvent porter que sur leur émission, car quant aux bank-notes qui se trouvent dans les mains du public, elles ne ressentent que faiblement l’effet des restrictions les plus sévères. En présence des fluctuations énormes de la réserve métallique, elles se maintiennent presque au

même niveau. La circulation ne suit donc pas les fluctuations de la réserve métallique comme le prétendaient les promoteurs de l’acte de 1 844.

L’expérience ayant appris que les banques ne pouvaient agir d’une manière directe sur les bank-notes, dès qu’elles sont en circulation, on a cherché par un moyen indirect à réduire, non-seulement la circulation des banques, mais encore l’ensemble de la circulation fiduciaire, et ce moyen, on l’a trouvé dans la hausse de l’escompte. Pour nous rendre compte de son action, rappelons un moment le mécanisme des compensations dans les affaires.

Dans les transactions des peuples entre eux les produits s’échangent contre des produits phr l’intermédiaire des traites et des lettres de change; quand les métaux précieux interviennent, les importations et les exportations se font toujours sous l’influence d’un change favorable ou défavorable, sauf dans les rapports directs avec les pays producteurs dont c’est le seul moyen d’échange.

Les modes adoptés pour le transfert des créances d’une nation à une autre au moyen des opérations de change sont si variés, si compliqués, que de ce fait que l’or ne s’est écoulé que vers un seul pays, il ne faut pas conclure que les embarras proviennent seulement de ce côté. Ce sont souvent des arbitrages qui, par une voie détournée, établissent une balance que l’on ne pourrait obtenir par d’autres moyens.

Les métaux précieux, quoique affluant le plus souvent en Angleterre, tendent aussi à certains moments à s’en

échapper. Us s’écoutent peu à peu, non pas en une semaine, en un mois, mais en cinq ou six années. Le change indique le pays vers lequel ils sont attirés tout d’abord, sans pouvoir permettre de préjuge*- leur destination ultérieure. Tant que l’exportation n’a lieu que sur l’excédant métallique inutile à la circulation, c’est un * mervefltewx moyen pour engager tes affaires, mais aussitôt que, par suite d’un défaut de balance dans la compensation des lettres de change sur tes .divers marchés il faut puiser dans les réserves métalliques des banques, ce besoin en fait hausser 1e prix sur tous tes marchés du monde. On écrit à ses correspondants : Pour toutes les remises que vous avez à faire, envoyez- nous des espèces, ne nous envoyez ni lettres de change, m effets publics, ni marchandises, envoyez-nous des espèces, e’est la remise La plus profitable.

L'intérêt du banquier étant de rechercher toujours les remises les plus avantageuses, il n’hésitera pas àenvoyer ou à demander des métaux précieux, aussitôt que sur te marché le cours du change lui permettra cette opération ; ces métaux précieux, on les puisera dans la circulation métallique du pays et surtout dans l’encaisse des banques; ces dernières doivent ainsi alternativement, selon tes mouvements de flux et de reflux, donner ou recevoir.

On se demande si au milieu de ces efforts pour rectifier te change, il n’y en aurait pas de contraires pour le fausser? M. Rothschild assure qu’on ne peut influer

sur le change que pendant un temps très-court ; la balance seule des payements avec les pays étrangers fixe le taux du change. L’or est alors exporté parce qu’il constitue la marchandise que l’on peut exporter à meilleur marché sans se dessaisir des produits. On puisera donc dans les réserves métalliques des banques jusqu’à entier épuisement si on ne s’empresse d’y mettre obstacle en faisant rentrer les produits dans la circulation et en ne permettant pas que l’on y substitue l’or et l’argent.

Un fait curieux a donné, en 1847, la démonstration pratique de cette théorie : à Liverpool, un navire venait d’être chargé d’or pour l’exportation; on apprend la hausse de l’escompte à Londres ; aussitôt le débarquement fut opéré et les espèces furent déposées dans les caisses de la Banque. Le bénéfice de l’exportation étant réduit par l’élévation du taux de l’escompte qui relevait le prix de l’or, on préférait y substituer des produits dont le prix avait fléchi. Le seul moyen d’attirer l’or dans un pays, c’est par la modération des prix d’engager l’étranger à se fournir sur le marché.

Pour rectifier les changes, il suffit d’augmenter la valeur des espèces; ce qui limite les transactions et réduit les prix. Il n’y aura plus lieu d’importer, mais on . trouvera du profit à exporter ce qui, en facilitant les compensations en papier, rétablira les changes au pair.

Le but que l’on veut atteindre quand on élève le taux de l’escompte, c’est d’élever le prix de l’or- dans le même

rapport que celui des marchandises, afin que dans les échanges il n’y ait plus d’hésitation à employer ces dernières. Il ne s’agit pas de balance du commerce, mais de balance des engagements du commerce.

Quand les prix des produits trop élevés ralentissent les affaires et amènent l’exportation des espèces métalliques dont les prix n’ont pas varié, la hausse de l’escompte fournit le seul moyen de rétablir l’équilibre et de les niveler. Cette restriction des moyens de crédit accordés par les banques au moyen de l’élévation du taux de l’intérêt, amène le placement à l’étranger des effets de commerce. Les commerçants restreignent le crédit accordé jusque-là aux commerçants étrangers. Cette même cause détermine l’expédition de marchandises, qui, autrement, n’auraient pas été exportées; c’està-dire que ces marchandises sont expédiées quels que soient les prix, pourvu que les expéditeurs puissent tirer sur les destinataires; elle arrête donc l imporlation. En résumé, cette restriction a pour effet de contraindre le capital sous sa forme la plus nette et la plus commode, qui est l’or, à rester dans le pays au lieu de s’écouler au dehors.

On arrête les imprudents engagés dans des affaires à terme qui, ne pouvant compenser leur dette à l’échéance, essayent, par des renouvellements et par l’intermédiaire de la réserve métallique des banques, de transformer une opération à crédit en une opération au comptant. La baisse des prix, conséquence des mesures prises par les

banques, détermine la crise sans doute ; mais une observation superficielle seule pourrait leur attribuer la cause de tons les embarras. Les Banques changent de conduite parce que le public* au lieu de leur demander seulement do faire circuler son papier sous le couvert des bank-notes, leur réclame des espèces, ce qui transforme une opération à terme en une opération au comptant, complètement en dehors de leur rôle.

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