‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 69 sur 105 · Tableau n° ti · texte numérisé non relu

Tableau n° ti

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Aux yeux d’un observateur superficiel, ces variations pourraient paraître un simple effet ‘du hasard et de la spéculation, et cependant, en réfléchissant un instant, il est facile de s’en rendre compte.

Pendant la suspension des payements, malgré une dépression considérable en rapport avec la dépréciation de la bank-note sur les marchés anglais, on voit le change se rapprocher du pair en même temps que la valeur du papier-monnaie, surtout après la crise de 1816, puis s’en éloigner encore pendant la crise de 1819. L’or ayant disparu de la circulation en présence du papiermonnaie, on ne pouvait en exporter pour rectifier le change et diminuer les écarts qui n’existent pas en temps normal. Cependant, quoique singulièrement abaissés depuis la reprise des payements en espèces, les cours maximase sont toujours maintenus jusqu’en 1851, bien au-dessus de la somme nécessaire pour payer les frais de transport d’une place sur une autre ', mais alors, au lieu d’ètre défavorables à l’Angleterre, ils lui ont toujours été favorables.

Ainsi, toujours défavorable à l’Angleterre de 1 800 à 1821, toujours favorable de 1821 à 1850, le change de Londres sur Paris, depuis 1 850, est devenu alternativement favorable et défavorable, selon la balance des payements entre les deux pays, et dans des proportions qui n’ont aucun rapport avec tout ce qui avait précédé.

1. Variations des cours maxima, de 1821 à 1848, de 25 fr. 95 c. à 25 fr. 40 cent.

La cause de ces anomalies apparentes était cependant toujours la même, la difficulté d’expcdier de l oi là où il était demandé.

De 1 800 à 1 821 , le change de Londres sur Paris était défavorable à l’Angleterre, parce qu’on ne pouvait pas expédier de l’or qui avait disparu de la circulation en présence du papier.

De 1821 à 1850, le change était devenu favorable à l’Angleterre, parce que la France ayant une circulation métallique en argent, l’or faisant prime sur le marché intérieur, on ne pouvait s’en procurer une somme suffisante pour rectifier les écarts du change. Il fallait donc subir les exigences de la situation et laisser le cours du change s’élever au-dessus de la somme des frais de transport, car l’argent n’ayant pas cours en Angleterre audessus de quarante schellings, on ne pouvait songer à se libérer par ce moyen; d’ailleurs le pair du change en argent n’était évalué qu'à 24 fr. 73 cent, au lieu de 25 fr. 20 cent, en or. Les écarts pendant toute la période rendent bien compte de cet obstacle, qu’on ne pouvait vaincre.

Le rapport entre les deux métaux fixé par la loi ne s'était pas maintenu, et l’or n’avait pas tardé à faire prime sur le marché français. On se rappelle encore qu’avant les importations d’or il fallait payer une prime qui variait de 20 à 40 cent, pour une pièce d’or. Au contraire, depuis 1 850, le rapport a de nouveau été changé, et l'argent faisant prime à son tour a été exporté du marché français.

A l’aide des importations de la Californie et de l’Australie les remises de Paris sur Londres ont pu se faire en or, et alors les rnaxima des cours du change ne portant plus la trace de la prime de l’or, n’ont jamais dépassé 25 fr. 40 c. 25 fr.47 cent., oscillant seulement en hausse ou en baisse de 20 à 25 cent, par livre sterling, somme plus que suffisante pour engager les opérations sur les métaux précieux à l’importation et à l’exportation.

En 1848, pendant la suspension des payements en France, le change s’élève à 26 fr. 70 cent., chiffre en rapport avec la dépréciation des billets de banque; la panique disparue, il se rapproche de la dépréciation ordinaire eu égard aux deux étalons monétaires : l’or en Angleterre, l’argent en France. Cet écart qui s’est maintenu de 1821 à 1850, n’apportait pas dans les transactions les troubles qu’on aurait pu redouter, le commerce en était averti et basait ses prix en conséquence.

En 1850, au moment où l’exportation de nos produits en Angleterre avait pris un grand développement, sans trouver leur contre-partie dans les importations, le change tombe à 24 fr. 85 cent. ; mais bientôt l’influence des mines de la Californie se fait sentir, l’or se répand partout et celte différence des deux étalons qui plaçait la France dans une position défavorable par rapport à sa circulation monétaire, se modifie tout à coup. Le maximum des cours du change qui ne s’était jamais abaissé au-dessous de 25 fr. 50 c. tombe au-dessous de 25 fr.25c., et le chiffre minimum de la période précédente est à

peine atteint comme chiffre maximum de la dernière. Depuis cette époque, les plus hauts cours n’ont pas dépassé 25 fr. 50 cent., oscillant seulement en hausse ou en baisse de 20 à 25 cent, par livre sterling.

Ces oscillations se reproduisent chaque année sans qu’il faille s’en effrayer ni attacher une trop grande importance aux cours extrêmes. De même que chaque année il y a des importations et des exportations de métaux précieux, de même chaque année il y a des cours du change qui sont favorables et d’autres défavorables. La cote officielle indique les opérations faites sans spécifier la quantité; on comprend donc que, dans certains besoins en hausse et en baisse, il se produise des écarts. Il suffit qu’il y ait un bénéfice à l’importation ou à l’exportation des métaux précieux pour qu’aussitôt l’industrie s’en empare et continue à l’exploiter jusqu’à ce qu'il ait disparu. Ces mouvements sont sans gravité, tant que les banques ne «sont pas assaillies par des demandes d’escompte qui prennent cette forme pour atteindre la réserve métallique. Pendant la liquidation des crises et les premières années de la reprise des affaires, les cours du change sont toujours favorables ou au pair, ce n’est que plus tard dans les années qui précèdent les embarras qu’ils deviennent défavorables.

Il n’est pas nécessaire qu’ils soient plus élevés l’année même de la crise, il suffit que les demandes soient plus nombreuses, plus pressantes. Dès que la différence égale les frais de transmission du métal, le commerce se pré-

sente, puis la concurrence tend à réduire le bénéfice en raison môme de l’importance des opérations. Aussi n’estce pas toujours en ce moment que l’on observe les plus grands écarts.

La hausse des cours du change ne suffirait pas seule pour signaler le péril de la situation; il faut observer en môme temps les mouvements des escomptes et de la réserve métallique et alors, quand ils coïncident avec des demandes toujours croissantes du commerce pour l’escompte du papier d’abord, puis pour le retrait des espèces métalliques, il n’y a pas à hésiter, la situation est grave, il faut se hâter d’y porter remède.

Nous avons pris Londres pour exemple, parce que c’est le plus grand marché et celui sur lequel se règle la plus grande partie des affaires du monde.

On oublie trop souvent que les opérations de change se composant presque toujours d’arbitrages et de compensations, on a tout fait dans chaque pays pour les concentrer sur quelques points privilégiés par leur position et leurs relations commerciales, afin de trouver facilement, au milieu d’une grande quantité de demandes et d’offres, une contrepartie facile. C’est ainsi qu’en Europe on compte un très-petit nombre de places où les opérations de change se fassent sur une grande échelle. En dehors de Londres, Paris, Amsterdam, Hambourg, le marché est très-restreint, les affaires se compensent sur la place la plus voisine et en suivent toutes les oscillations.

Les marchés sont donc solidaires, et, si on signale

quelques exceptions apparentes, il est facile des’en rendre compte.

Ainsi, en France, on s’est beaucoup étonné de la fixité de l’encaisse de la Banque avant la crise de 1847, alors que dans les crises précédentes en Angleterre, les changes défavorables auraient dû l'absorber en entier; ce qui n’aurait pas manqué d’arriver si l’or au lieu de l’argent eût circulé en France. On demandait de l’or et on ne pouvait envoyer que de l’argent qui, audessus de 40 shellings, n’était pas monnaie légale : quoi de surprenant qu’on n’eût pas recours à ce moyen?

Maintenant que l’or circule partout on sait à quoi s’en tenir, la baisse des réserves métalliques parle assez clairement.

Cours du change Londres sur Paris1. — 11 est assez tlilficile de se procurer les cours officiels avant 1800 : de 1 794 à 1 801 , c’est-à-dire pendant le régime des assignats en France, il y a une lacune. Pour retrouver le change au pair il faut remonter à 1791 : depuis ce moment il devient de plus en plus défavorable; la dépréciation était déjà telle, le 1er janvier 1793, au début même de l’émission, que 25 fr. 20 payables en assignats à Paris ne représentaient plus que 1 7 fr. à Londres, et le 4 août de la môme année 4 fr. ! Réduits à ce point les cours ne sont même plus cotés.

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