liv. à 7,1 00,000 liv
L’influence si directe du marché des États-Unis sur celui de la Grande-Bretagne n’est plus qu’indirecte sur celui de la France, quoiqu’il en reçoive le contre-coup. Tandis que les embarras se manifestent à Londres dès le mois de juillet par la baisse des réserves métalliques et l’accroissement du portefeuille, en France, jusqu’en juin,
l’encaisse se maintient au chiffre maximum et le portefeuille au chiffre minimum. En septembre ces deux articles s’ébranlent, mais c’est en novembre comme en Angleterre que les bilans des deux banques présentent les mêmes caractères de gravité.
En France l’encaisse baisse de 173 millions fr. à 90 En Angleterre — de 8 millions £. à 3.8
Le maximum du portefeuille est déjà presque atteint en France (147 millions.) Les véritables maxima pour les deux pays s’observent dans le mois de janvier 1 837.
En Angleterre le portefeuille s’élève de 10.9 millions £. à 19.9 En France — de 90 millions fr. à 1 59
Dans les deux pays, la circulation à ce moment a déjà baissé :
En Angleterre de 19.1 à 17.0 En France de 233 à 207
Les comptes courants divers ont à peine varié en Angleterre, en France ils se sont élevés de 39 à 58 millions fr.
Dans les deux pays les comptes courants du Trésor se sont améliorés au moment le plus critique.
L’encaisse lui-même ne présente pas de dépression plus considérable au moment où le portefeuille est le plus chargé.
11 est déjà remonté de 3,8 à 4, ‘2 en Angleterre et de 90 à 1 05 en France.
Néanmoins le 31 janvier 1 837, au moment où le porte-
feuille a déjà fléchi de 10,9 à 15,4, l’encaisse baisse de 4,2 à 3,8 sans que le même mouvement se fasse sentir en France, ce qui prouve l’action d’une influence locale.
Les cours du change de Londres sur Paris se sont toujours maintenus en 1836 de 25,75 (26 janvier) à 25,45 (15 novembre) et en 1837 du 25,75 (11 avril) à 25,55 (6 juin), sans que le plus grand écart coïncidât avec le drainage le plus rapide des espèces. Il suffisait qu’il y eût quelques centimes de bénéfice pour que les opérations pussent se continuer sur une grande échelle.
A la nouvelle de l’élévation de l’escompte en Angleterre, les banques suspendirent leurs payements aux États-Unis. Leurs bank-notes perdirent de 10 à 20 0/0 et le change sur la France et l’Angleterre monta de 22 0/0.
La baisse des prix au milieu de cette perturbation générale des affaires commença en novembre 1 836 et se continua pendant le premier semestre de 1837, parallèlement l’encaisse se reconstituait et le portefeuille se vidait.
L’encaisse de 3,800,000 liv. au 31 janvier 1837 se relève bientôt à 9,000,000 liv., pendant que le portefeuille de 1 9,900,000 liv. tombe à 9,200,000 liv. la circulation restant stationnaire (29 novembre). En 1838 la liquidation de la crise est complète, l’encaisse se trouve reconstituée (13 mars 10,500,000 liv.) en présence du portefeuille presque vide (7,900,000.)
Le même mouvement se produit en France : aussi-
tôt le maximum des escomptes touché, au même moment qu’en Angleterre, nous les voyons décroître en même temps que la réserve métallique se reconstitue ; de 1 59 millions ils tombent à 93 pendant que cette dernière de 1 05 millions se relève à 251 (21 décembre 1 837), et l’année suivante à 301 millions le 18 juin 1838. La circulation en présence de ces oscillations ne varie que de 207 à 209 millions de fr.
La crise était terminée dans les deux pays, mais la liquidation des grandes opérations entreprises par la spéculation n’était pas complète. A la fin de 1 838 la Banque de Belgique suspend ses payements ou puise du numéraire sur les deux places de Londres et de Paris. En Amérique, M. Biddle, directeur de la banque des États- Unis, quoique très-ébranlé par la secousse de 1 837, était paryenu à se maintenir à l’aide du crédit que sa position lui donnait, ce qui lui avait permis de nouer des relations avec les principales villes d’Europe. Il prétendait surtout s’assurer le monopole du colon. Il opérait comme commissionnaire, et servait d’intermédiaire aux planteurs qui consignaient leur marchandise à ses agents au Havre et à Liverpool. On en accumula ainsi de grandes masses, ce qui releva les prix. M. Biddle faisait le commerce du papier et profitait de la différence du taux de l’intérêt et du change entre les deux places. Il payait les planteurs en papier que la banque fournissait à l’infini, et en échange du coton il touchait de l’argent en Europe. Bientôt il joignit les banques du sud dans le cercle de ses
ml... ...... - -
opérations et jeta tout ce papier sur le marché de Londres où il était très-recherché, par suite de la bonne opinion du public à la vue de l’amortissement rapide des dettes de l’Union, On tira ainsi des sommes énormes; le stock du coton au compte de la banque augmentait toujours : de juin à juillet il s’élève de 58 à 90 millions de balles. Les prix ne purent se maintenir et cependant on continuait d’emmagasiner. Dès que M. Biddle vit l’arrêt, il chercha à le dissimuler par l’extension des affaires. La vente avait diminué et bientôt les maisons lloltinguer et Ilope d’Amsterdam protestèrent une partie du papier américain. L’impression fut grande; la bourse de Londres était inondée de papier non vendable, il fallait cependant payer aux États-Unis, de là des demandes d’espèces qui réduisirent l’encaisse de 9,000,000 liv. à 2,400,000 liv. (("janvier, 3 septembre 1839). Au même moment le portefeuille s’élève de 10,600,000 liv. à 1 2,000,000, augmentation bien modérée si on la rapproche de celle qui eut lieu pendant la crise 1 836-37. Quant à la circulation elle reste invariable.
Ainsi à une baisse de la réserve métallique de G, 600,000 fr. correspond une augmentation des escomptes et avances de 2,500,000 liv. Rien ne prouve mieux que les embarras n’étaient pas intérieurs sur le marché anglais. C’est pour répondre à des besoins pressants aux États-Unis que l’on s’est adressé à la réserve métallique de la Banque, mais on a puisé plutôt par le retrait des dépôts que par l’accroissement des avances.
DU CIIANGE
La Banque d’Angleterre avait essayé de faire lace à l’orage en vendant une partie de ses fonds disponibles qui du 3 septembre au 8 octobre baissèrent de 12,500,000 à 8,800,000 liv. C’est seulement quand elle ne trouva plus preneurs qu’elle se tourna vers la Banque de France. Une hausse insuffisante du taux de l’escompte, qui, de 4 0/0 (15 février 1838), avait été porté à 5 0(0, le 1 6 mai 1 839, à 5 1/2 le 20 juin, à 6 0/0 le 1 " août n’empêcha pas l’encaisse de baisser toujours jusqu’à 2,400,000 liv. septembre et octobre 1839.
La crise dans ce cas a été plutôt une crise monétaire déterminée par la liquidation d’une spéculation étrangère. Cette appréciation est confirmée par l’observation de ce qui s’est passé en France au même moment.
La liquidation de la crise de 1 836-37, déjà bien avancée dans l’année même, puisque le portefeuille avait fléchi de 159 à 93 millions fr. (9 janvier, 21 décembre
1837) , était complète le 18 juin 1838, l’encaisse s’étant élevée de 90 à 301 millions (1 0 novembre 1 836-1 8 juin
1 838) . La reprise des affaires ramène bientôt les effets de commerce pour, l’escompte : en septembre 1838 1e portefeuille contient pour 1 39 millions d’effets, la suspension de la Banque de Belgique à la fin de l’année l’élève à 228 millions (31 janvier 1839) avant môme qu’aucun embarras ne se soit fait sentir sur la place de Londres. La réserve métallique en présence de cette augmentation baisse seulement de 277 à 21 4 millions. Le 7 juin, il ne reste plus trace de cette pression pas-
sagère, le chiffre du portefeuille est descendu à 1 63 millions fr., l’encaisse s’est relevée à ‘257 millions au moment où les embarras du marché anglais commencent. Au plus fort de la crise, le 3 septembre, les escomptes et l’encaisse en France se maintiennent presque au même chiffre déjà observé au mois de juin (172 et 251 millions fr.). Le 25 novembre un léger mouvement abaisse l’encaisse à 207 millions, mais déjà la reprise s’est manifestée à Londres. Il n’y a pas eu comme en 1 836-37 une simultanéité presque complète entre les divers articles du bilan des deux banques. Les cours du change ont présenté de moins grands écarts et ont varié de 25 fr. 35 c. à 25 fr. 50 c., ce qui, en tenant compte de la prime de l’or, ne laissait pas une large marge à l’exportation.
Les deux places de Londres et de Paris ont été ébranlées, mais par des causes diverses. La chute de la banque de Belgique n’a guère retenti qu’en France. La chute de la banque des États-Unis dont M. Biddle était le directeur et la faillite de l’immense spéculation sur les cotons dont il était l’àme ont au contraire porté un trouble profond dans le pays où ces opérations étaient engagées. La Banque d’Angleterre fut môme forcée d’avoir recours à la Banque de France qui lui prêta son assistance par l’intermédiaire des principales signatures de Paris jusqu’à concurrence de 50 millions de fr. Dans tous les cas, ce ne fut qu’une simple circulation de crédit dont la plus grande partie fut escomptée en dehors de la
Banque et n’eut aucun effet sur son bilan. Un regard jeté sur le tableau des comptes rendus en donne la preuve : le chiffre des escomptes, de l’encaisse et de la circulation ne présente aucune trace des secours que l’on demandait. Les cours du change n’ont pas du non plus favoriser des déplacements notables d’espèces, puisqu’ils ont varié de 25 fr. 35 c. à 25 fr. 50 c.
Le trouble apporté dans les affaires et dans la circulation métallique fut si profond qu’il fallut plusieurs années pour reconstituer l’encaisse. Au lieu de se relever de suite comme après la crise de 1 837 (de 3,800,000 liv. à 10,500,000 liv. 1837-38), réduite à 2,400,000 liv. en 1839, au moment le plus critique, elle ne peut se relever au-dessus de 4 à 5,000,000 liv. en 1 840 et 1 841 . Ce n’est qu’en 1 842 que le chiffre de 1 838 se trouve un peu dépassé (11,100,000 liv.). En France la dépression a été beaucoup moins sensible puisque le minimum de l’encaisse de 301,000,000 fr. n’est pas descendu au-dessous de 207,000,000 fr. ( 1 838-37) ; l’année suivante, en 1 840, il est déjà remonté à 26 1 ,000,000 fr. Mais le maximum de 1838 (301,000,000 fr.), n’est de même atteint et dépassé qu’en 1845 (320,000,000 fr.).
Crise de 1847. — Nous ne voulons pas entrer dans l’historique de la crise, nous nous attachons seulement à la comparaison des bilans. Il nous suffit de rappeler que le taux de l’escompte en Angleterre de 6 0/0 (1er août 1839) fut ramené à 5 0/0 dès le mois de jan-
vier 1840, aussitôt les embarras terminés. Le 7 avril 1842, la liquidation étant accomplie, on l’abaisse à 4 0/0. Le mouvement des affaires reprend sans que l’on ait recours au crédit de la Banque. La réserve métallique égale la somme des escomptes et avances; dans cette situation on abaisse le taux de l’escompte à 2 '/, 0/0. Les années 1 845 et 1 84G se passent sans grandes variations; jusqu'au 14 janvier 1 847 il varie de 3 à 3 ‘/2 : à ce même moment, le taux de l’escompte qui, en France depuis le 13 janvier 1820 avait toujours été maintenu à 4 0/0, même pendant les crises, se trouve porté à 5 0/0.
Les embarras s’étaient manifestés plutôt en France qu’en Angleterre, à en juger par les bilans des deux banques.
En France, du 4 juin au 31 décembre 1846, les escomptes s’élèvent de 182 à 320 millions fr., la circulation des billets de 258 à 208 millions fr.; mais l’encaisse a baissé de 258 à 90 millions fr. Au moment où le conseil de la Banque prit la détermination de porter à 5 0/0 le taux de l’escompte (14 janvier 1847), le portefeuille avait un peu fléchi, de 320 à 298 millions fr. ; mais l’encaisse surtout s’était encore abaissée de 90 à 78 millions fr. en présence d’une circulation de 282 millions fr. La situation devenait critique et justifiait les mesures prises. Cependant le prix moyen de l’hectolitre de froment n’était encore que de 24 fr. et devait s’élever à 29 fr. en 1847. Ce qui confirmerait les observations déjà faites, dans lesquelles on a vu qu’en cas de disette et
d’importation d’un produit de première nécessité, les premiers envois seulement se payent en numéraire, c’est qu’à partir du 1 5 janvier 1 847, quoique les prix pendant toute l’année aient été supérieurs à ceux de l’année précédente, néanmoins la réserve métallique s’est toujours élevée jusqu’à la fin de l’année de 78 à 143 millions fr., le portefeuille ayant lui-même baissé de 298 à 192 millions fr. (21 juin) et enfin à 169 millions fr. le 24 décembre.
Crise de 1 847 en Angleterre '. — Que se passait-il au même instant en Angleterre? En observant les bilans, nous ne voyons pas de traces d’embarras dans le dernier trimestre de 1846. Du 31 octobre 1846 au 2 janvier 1847, l’encaisse se maintient, augmente même un peu de 1 4,800,000 liv. à 1 4,900,000 liv., la réserve des billets de 6,900,000 liv. à 8,200,000 liv. Il est vrai qu’à côté le portefeuille s’élève de 1 2, 1 00,000 liv. à 1 5,000,000 liv.; mais dès le 6 février il était redescendu à 1 4,000,000 liv., et la circulation des billets de 21,300,000 liv. avait fléchi à 19,600,000 liv. Pendant qu’en France les embarras étaient grands puisqu’on prenait une mesure qui avait été négligée pendant 27 ans, en Angleterre la situation ne présentait rien qui fit pressentir un danger immédiat. La Banque de France eut même recours à la Banque d’Angleterre du 4 au 24 janvier 1 847, elle acheta
i. Voir le tableau à la fin du chapitre.
pour liv. 850,000 d’argent, non par suite des changes défavorables, mais à cause de la situation et de ses besoins. En Angleterre on demandait plutôt de l’or; la proportion des deux métaux établie par la loi sur la Banque se trouvait troublée, et si la Banque de France n’eût acheté l’argent il eût fallu le vendre sur le marché. Ce calme apparent et trompeur ne devait pas être de longue durée; un accident faillit faire éclater la crise au mois d’avril. La publication du bilan de la Banque produisit une panique. On se rappelle qu’au moment du payement des dividendes, le Trésor, quand son compte courant n’est pas en état d’y faire face, a recours à la Banque et lui emprunte la somme nécessaire sur un dépôt de bons de l’Échiquier, c’est ce que l’on désigne sous le nom du deficiency bills.
Or au mois d’avril 18 47, malgré cette avance, le compte courant du Trésor s’était abaissé de 9,900,000 liv. (2 janvier 1 847) à 4,900,000 liv., quoique la Banque fût venue à son secours; mais la réserve des billets en portait la trace d’une manière inquiétante. Cette demande du Trésor, jointe aux demandes du commerce qui déjà avaient porté le portefeuille de 14,000,000 liv. (9 février) à
1 8.000. 000 liv. (10 avril) avait entraîné un abaissement notable de la réserve métallique de 12,200,000 liv. à 9,800,000 liv. et un affaissement presque complet de la réserve des billets. La circulation avait à peine varié de
1 .000. 000 liv. tandis que la réserve des billets, qui s’élevait encore à 8,200,000 liv. le 2 janvier, déjà réduite à
5.800.000 liv. le 6 février, n’était plus que de 2,800,000 liv. le 10 avril. L’avance réclamée par le Trésor s’était élevée à 3,500,000 liv., ce qui obligea la Banque d’Angleterre à emprunter 1 ,200,000 liv. sur consolidés et à réduire le crédit et les échéances. Une circulaire fut adressée à ses succursales pour les engager à restreindre' l’émission du papier, et par conséquent les escomptes et les avances en réduisant de moitié les bordereaux présentés. Les prêts furent même limités à 60, 30, 20 et enfin 1 0 jours ; le taux de l’escompte fut élevé à 5 0/0. Aussitôt que l’on s'aperçut que les ressources légales de la Banque étaient sur le point d’être épuisées, pour se ménager des ressources, les négociants firent escompter une partie de leurs effets de commerce; de là l’augmentation simultanée du portefeuille de la Banque et des dépôts en comptes courants des particuliers qui de 7,900,000 liv. s’étaient élevés à
11.200.000 liv. le 10 avril. Les dépôts du Trésor au contraire s’abaissaient toujours, et au 1 er mai furent réduits à 2,200,000 liv. Cependant, dès que l’on cessa de réclamer de nouvelles avances pour les alimenter , les besoins seuls du commerce laissèrent un peu de repos à la Banque sans toutefois permettre à l’encaisse de se reconstituer. Le change sur Paris qui variait de 25 fr. 50 c. à 25 fr. 70 c. en avril et en mai s’était pourtant amélioré et était tombé à 25 fr. 35 c. Le 4 septembre, le portefeuille avait fléchi de 18,100,000 liv. à 17,500,000, et néanmoins l’encaisse avait baissé de 9,800,000 à