‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 91 sur 105 · liv · texte numérisé non relu

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Il ressort assez de cette situation que c’était du capital que l’on demandait et non pas du crédit. La composition seule du portefeuille signalait la gravité des embarras. Depuis le 24 janvier le portefeuille avait doublé de 15,800,000 liv. à 31,300,000 liv. : sans doute les effets escomptés dominaient, mais les avances à échéances déterminées et indéterminées y entraient, toute proportion gardée, pour une plus forte part: par exemple, les avances à échéances déterminées de 0,900,000 liv. s’élevaient à 3,800,000 liv., et les avances à échéances indéterminées de 8,600,000 liv. à 1 0,200,000. Ces deux sortes d’avances réunies formaient près du tiers de l’augmentation totale du portefeuille. Comme nous l’avons déjà vu en étudiant les avances sur valeurs', le total annuel des avances à échéances indéterminées de 1 1,000, 000 liv. en

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1856 s’élevait à 23,700,000 liv en 1857, tandis que le total annuel de l’escompte du papier de commerce n’augmentait que de 30,900,000 liv. à 49,100,000 liv. C’est donc en grande partie en dehors des effets de commerce que l'on cherche de nouveaux secours, ce qui prouve bien que les produits par suite de la hausse des prix n’ont pas été vendus.

Les dépôts en comptes courants privés ont beaucoup augmenté, de 1 0,800,000 liv. à 1 4,900,000 liv. (1 8 juillet 25 novembre), ce qui prouve encore qu’une partie des demandes ne devait pas répondre à des besoins immédiats; on se préparait une réserve pour l’avenir.

La Banque en aliénant une partie de ses fonds publics disponibles avait cherché à se procurer des ressources. Cet article du bilan ( government securities ) avait baissé de 10,500,000 à 5,800,000 liv. sans pouvoir maintenir la position.

En F rance, au même moment, du 1 5 octobre au 1 G novembre, la situation était des plus critiques, non pas tantà cause de l’accroissement du portefeuille, mais surtout à cause du drainage des espèces qui avait réduit l’encaisse à 1 81 millions fr., quoique la somme des effets escomptés eût baissé de 628 millions à 588, et la somme des billets en circulation de 622 a 575 millions fr. Les avances sur valeurs n’ont pour ainsi dire pas varié , mais les dépôts en comptes courants des particuliers ont baissé en même temps que les escomptes.

Pendant cette situation critique le change sur Londres

a toujours été défavorable, variant de 25 fh 35 c. à 25 fr. 40 c. Ce qui prouvait qu’il y avait des demandes et que le papier sur l’Angleterre était recherché, puisque pour un souverain ne valant que 25 fr. 20 c. il fallait payer 25 fr. 40 c. en monnaie française.

Aussitôt que dans les deux pays la hausse de l’escompte eut forcé les produits à rentrer dans la circulation, par suite de l’obligation où l’on se trouvait placé de les livrer ou de supporter des renouvellements onéreux à 1 0 0/0, une baisse de prix se manifesta et les espèces que l’on voulait détourner de leur rôle ordinaire refluèrent vers les banques en France et en Angleterre. Dès le mois de décembre, l’encaisse en se reconstituant permit d’abaisser le taux de l’escompte à 5 0/0, en France le 29 décembre, et en Angleterre le 1 1 janvier

La liquidation de la crise se trouvait déjà bien avancée avant la fin de l’année 1 858, car dès le 1 7 juin à la banque de France le portefeuille s’était presque vidé ; l’encaisse s’était reconstituée; les comptes courants divers étaient revenus au niveau des maxima antérieurs; la circulation des billets était restée stationnaire. Elle-n’a donc pas pour seul rôle de venir au secours du crédit public, même quand elle est moins demandée de ce chef, elle reste néanmoins dans la circulation pour les transactions au comptant. Les mêmes changements se remarquaient quelques mois plus tard en Angleterre (18 novembre 1858). Le portefeuille s’était affaissé de 31,000,000 liv.

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à 14,600,000, et la réserve métallique de 6,400,000 s’était relevée à 18,500,000 liv., la réserve des billets de

581.000 à 1 1,300,000 liv.; les comptes courants divers avaient plutôt fléchi, la circulation des billets n’avait pas varié.

Le change sur Paris avait varié de 25 fr. 40 c. à 25 fr. 05 c.

La crise était liquidée, le mouvement de reprise allait se manifester, et, à la suite d'une série d’heureuses années, amener aux embarras de 1 864.

Crise de 1864. • — La cherté des céréales en 1862, la guerre des États-Unis, la disette du coton, rien n’avait pu arrêter le développement des affaires pendant les premières années; la persistance des hauts prix amena enfin un défaut de balance dans la compensation du papier, signalée par des changes défavorables qui attaquèrent les réserves métalliques des Banques de France et d’Angleterre. La pression sur le marché se fit sentir un peu plus tôt en France qu’en Angleterre : du 21 mai au 12 novembre 1863, le portefeuille augmentait de 475 à 681 millions fr. ; l’encaisse baissait de 403 à 205 millions fr.

En Angleterre elle ne se fit sentir qu’un peu plus tard, au commencement de décembre. Du 1 er juillet au 9 novembre, quoique le portefeuille se soit abaissé de

25.300.000 à 21,800,000 liv., la réserve métallique a fléchi de 1 5,000,000 à 1 3,000,000 liv., et la réserve des

billets de 7,700,000 à 6,700,000 liv. Quoique le chiffre du portefeuille soit moindre, ce ne sont pas les mêmes besoins qu’il faut satisfaire; la baisse des dépôts en comptes courants de 16,200,000 à 12,900,000 liv. prouve bien que ce sont des besoins extérieurs pour lesquels le concours des métaux précieux est nécessaire. Le cours du change de Londres sur Paris, de 25 fr. 25 c. s’est élevé à 25 fr. 40 c. ; le taux de l’escompte qui avait été porté en France à 7 0/0 le 1 2 novembre subit la même hausse en Angleterre le 3 décembre, et le lendemain est élevé à 8 0/0. Les demandes persistaient toujours et selon qu’elles augmentaient ou qu’elles diminuaient, le taux de l’escompte variait de 7 à 8 0/0.

A la Banque de France, c’est à la fin de janvier 1 864 que les recours à la Banque furent les plus nombreux. Le portefeuille s’éleva à 79 1 millions fr. ; la réserve métallique tomba à 1 52 millions fr. En Angleterre, le portefeuille avait un phu fléchi; mais les deux réserves des espèces et des billets ne s’étaient pas améliorées.

Au mois de mai, sans que la somme des escomptes ait. augmenté, la nature des effets menace encore la réserve métallique et la réserve des billets qui se trouvent réduites à 12,400,000 et à 4,900,000 liv.; le taux de l’escompte qui avait été abaissé à 6 0/0 le 25 février, dut de nouveau être porté à 9 0/0 le 5 mai. Les demandes diminuent bientôt, le 1 6 juin on peut l’abaisser à 6 0/0 ; mais dès le mois d’août, les demandes affluent à la Banque, et l’encaisse qui s’était relevée à 1 4,300,000 liv.

en juin fléchit de nouveau à 12,800,000 liv., la réserve des billets de 8,1 00,000 à 4,800,000 liv. ; il faut porter le taux de l’escompte à 8 0/0 pour les protéger.

Les embarras en France avaient déjà diminué; le portefeuille de 791 millions en janvier était redescendu à 645 millions fr., et la circulation des billets de 839 millions à 786. La réserve métallique, au contraire, de 152 millions fr. était remontée à 277 : à un grand trouble avait déjà succédé un grand calme. Le change en portait la trace, de 25 fr. 40 c. il était tombé au pair.

En Angleterre, grâce à l’énergie avec laquelle le taux de l’escompte fut maintenu à 9 0/0, du 8 septembre au 10 novembre, on parvint à sauvegarder la situation de la Banque. Le portefeuille, tant les demandes étaient pressantes, s’éleva, il est vrai, à 23,000,000 liv. ; mais les deux réserves des espèces et des billets ne tombèrent pas aussi bas qu’au 4 mai. Quoique le cours du change ne fût pas menaçant, la Banque de France maintint le taux de l’escompte à 1 0/0 d’écart avec celui de Londres. Dès le mois de décembre, sur les deux places le portefeuille se vidait et l’encaisse se remplissait. Le 8 décembre, le taux de l’escompte se trouvait ramené à 5 0/0 en France, et le 15 du même mois à 6 0/0 en Angleterre. La liquidation de la crise était déjà commencée.

Embarras de mai 1 866 en Angleterre. — La liquidation de la crise commencée en décembre 1864 était déjà terminée; au point de vue commercial la situation

était bonne, les prix ne présentaient aucune exagération; mais la loi de 1862, en supprimant les entraves qui s’opposaient à la fondation des sociétés à responsabilité limitée, avait ouvert la carrière et on s’y était précipité avec frénésie. Un grand nombre de sociétés, de banques surtout, s’étaient fondées en adoptant cette forme si commode qui permet de recueillir des profits illimités avec une perte limitée. Déjà ébranlées par la crise de 1 864, le plus grand nombre se soutenait à grand’peine à l’aide d’une publicité effrontée et par l’appàt de gros intérêts qu’elles offraient sur les dépôts qu’on leur confiait. Sur une base aussi fragile tout se maintenait tant que la confiance ne leur faisait pas défaut, et que leur papier circulant facilement leur permettait de faire face à toutes les compensations. La fin de la guerre des États-Unis avait apporté un trouble terrible dans l’immense spéculation sur les cotons qui en avait été la conséquence; le contre-coup ne tarda pas à se faire sentir à Londres. C’est là que se concentre une partie du commerce du monde, et le commerce de l’Angleterre se concentre dans la Cité. Une des premières maisons entre les mains desquelles s’opéraient les compensations des affaires, la maison Overend, Gurney et comp., dont la bonne réputation avait étendu le crédit dans le monde entier, à ce point que le chiffre de ses dépôts s’élevait à plus de 200,000 millions, suspendit ses payements le 10 mai. Dans un pays où tout le mécanisme du crédit est si bien organisé que les compensations de toutes les

immenses affaires engagées se font pour ainsi dire directement par le simple échange des effets de commerce ou des lettres de change, avec la plus faible intervention d’espèces et de bank-notes, on comprend que quand un des rouages de cette ingénieuse machine manque, par un contre-coup inévitable les engrenages ne se correspondant plus, tout s’arrête, et il faut de nouveaux instruments pour remplacer ceux qui font défaut. C’est en effet ce qui est arrivé : à la nouvelle de la suspension de la maison Overend, Gurney et comp., la terreur fut universelle; on se précipita aussitôt sur les banques et les établissements d’escompte afin de combler le vide qui venait de se produire. Avant ce sinistre quelques banques avaient déjà suspendu, mais aussitôt connu il serait trop long d’énumérer le nombre de celles qui s’écroulèrent. Nous signalerons dans le nombre la maison Morton- Peto et Belts dont les engagements s’élevaient à 100 millions fr. Des faillites de .moindre importance éclataient partout à Londres et dans les provinces; dans ce désarroi universel le papier d’un seul établissement avait conservé tout son crédit par suite de sa convertibilité à vue en espèces : on eut donc recours à la Banque d’Angleterre.

Depuis le mois d’octobre de l’année précédente, la circulation du papier fiduciaire était devenue difficile : à plusieurs reprises, des demandes d’avances accompagnées du retrait des espèces métalliques avaient obligé la Banque d’Angleterre à prendre des mesures défen-

sives; on sentait un défaut de balance que de temps en temps elle devait combler. Le taux de l’escompte, de 3 0/0 en juin 1 865, avait dû être relevé à 5 et 7 0/0 le 2 et le 7 octobre ; les demandes se ralentissant on l’abaissa à 6 0/0 le 23 novembre; mais la fin de l’année les ayant ramenées, il fallut le porter à 8 0/0 le 4 janvier 1866. Tout s’apaisa encore, et le 15 mars on put rétablir le taux de 6 0/0.

Pendant le même espace de temps en France il n’avait varié que de 3 0/0 à 5 0/0(1" juin 1865,4 janvier 1 866), et de 5 0/0 à 3 1 /2 0/0 (4 janvier-22 mars 1 866).

A la veille même de L’explosion de la panique, le 2 mai, le bilan de la Banque présentait de grandes différences avec celui du 21 février.

AUGMENTATIONS

Portefeuille . ... de 18.000.000 à 50.000.000 liv. Dépôts privés ... 12.500.000 13.500.000

Circulation 20.900.000 23.300.000

DIMINUTIONS

Encaisse .de 13.800.000 à 1 3.500.000 liv.

Réserve des billets. 7.400.000 4.800.000

La gravité de la situation était signalée par l’accroissement de la circulation et la diminution de la réserve des billets.

La réserve métallique n’avait presque pas été touchée, mais les demandes croissantes d’avances pouvaient faire craindre un drainage irrésistible ; dès le 3 mai le taux de

l’escompte fut porté à 7 0/0, et le 8 mai à 8 0/0. L’accroissement de la circulation faisait pressentir que le papier de commerce circulait difficilement, puisque le portefeuille augmentait sans que les dépôts en compte courants participassent au mouvement; aussi le 11 mai, quand la maison Overend, Gurney suspendit ses payements, la place ne pouvait déjà plus se liquider. Le signal donné, les suspensions se succèdent et jettent partout l’alarme, des doutes s’élèvent sur la valeur du papier que l’on possède en portefeuille, on veut à tout prix de nouveaux moyens de circulation, et on se précipite sur sur la Banque d’Angleterre. Réduite à toute extrémité par l’épuisement de la réserve des billets, à cette dernière demande elle obtient la suspension de l’acte de 1 844.

Du 9 au 1 6 mai voici la situation.

AUGMENTATIONS

Portefeuille .... de 20.800.000 à 30.900.000 liv.

Dépôts privés . . . 43.500.000 48.600.000

Circulation 22.800.000 26.600.000

DIMINUTIONS

Réserve métallique. de 43.400.000 à 42.300.000

Réserve des billets. 4.900.000 700.000

La Banque d’Angleterre dut en quelques jours avancer au commerce une somme de plus de 10,000,000 liv., et voici à l’aide de quelles ressources :

I,s eircalation des billet» fournit 3.800.000 liv.

Les comptes courants divers — 5.100.000

L'encaisse — 800.000

Malgré la hausse de l’escompte porté à 1 0 0/0, contrairement à ce qu’on avait observé dans les crises précédentes, la circulation des billets augmente sans que la réserve métallique soit atteinte, les comptes courants divers s’accroissent comme toujours en pareille circonstance ; mais ce qui indique bien sous quelle influence, c’est la différence que l’on remarque entre les deux articles. Au moment où toute la circulation fiduciaire se trouvait ébranlée,, on ne demanda à la Banque d’Angleterre, sur les 1 0,000,000 liv. qu’elle mit à la disposition du public, que 3,800,000 liv. en bank-notes. La plus grande partie fut portée au crédit des comptes courants divers qui s’élevèrent de 5,1 00,000 liv.

On manquait de moyens de circulation par suite de la suspension d’un certain nombre de grands établissements de crédit ; les 3,800,000 liv. en bank-notes vinrent combler le vide, mais le meilleur témoignage de l’inquiétude qui régnait alors, ce fut l’empressement du public à réclamer par des avances la disponibilité de sommes qui, sans sortir de la banque, venaient grossir les comptes courants, afin de pouvoir faire face à toutes les éventualités. Les joint-stock-banks qui, en temps ordinaires, ne possèdent qu’une réserve insignifiante en espèces et en bank-notes, puisque toutes leurs opérations se liquident à l’aide des chèques, se trouvèrent très-

embarrassés, et durent chercher à remplacer ce moyen de circulation discrédité pour le moment. On s’adressa à la Banque d’Angleterre, et on lui fit réescompter ou avancer tout à coup pour 1 0,000,000 liv. Mais ce n’était pas du capital sous forme métallique que l’on demandait; les bank-notes et les comptes courants répondaient à tous les besoins.

Le même mouvement se continua jusqu’au 30 mai où le portefeuille atteignit 33,400,000 liv. et les dépôts privés 20,400,000 liv. La circulation des billets resta immobile ; seules les deux réserves des billets et des espèces ont fléchi, la première de 700,000 liv. à 400,000 liv., la seconde de 12,300,000 liv. à 11,800,000 liv. A partir de ce moment, les embarras diminuent, l’encaisse se reconstitue, quoique les recours à la Banque maintiennent le chiffre du portefeuille à 30,000,000 liv. jusqu’au 4 juillet; alors seulement il commence à fléchir. Réduit à 25,200,000 le 1 5 août, on essaye timidement d’abaisser le taux de l’escompte à 8 0/0 ; mais ce ne fut que le 6 septembre que le taux de 5 0/0 se trouva rétabli, le portefeuille s’étant abaissé à 22,000,000 liv.

Dans un pays où la plus grande partie de la circulation fiduciaire a lieu à l’aide des chèques, il était peut-être difficile de s’imaginer les perturbations que la moindre inquiétude sur la valeur de ce papier pouvait jeter dans toutes les transactions. Les chèques, par suite de l’ébranlement et de la suspension d’un certain nombre de banques se trouvant discrédités, il fallut chercher à les

remplacer à tout prix. On se tourna aussitôt vers la Banque d’Angleterre, et à l’aide des bank-notes et des virements en comptes courants, on parvint avec de grands efforts et de grands sacrifices à se procurer une partie de ce qui manquait à la circulation.

Ce qui caractérisait la situation des affaires en mai 1866, c’était, comme dans toutes les crises précédentes, l’augmentation du portefeuille et la baisse de la réserve des billets; mais là se bornait l’analogie. Comme les demandes d'avances ont eu lieu pour répondre à des besoins intérieurs, tout le mouvement a porté sur l’augmentation de la circulation des bank-notes et surtout des comptes courants; l’encaisse si impressionnable dans des circonstances semblables a légèrement fléchi ; il n’en eût pas été de même s’il eût fallu répondre à des besoins extérieurs.

La crise n’était donc ni une crise commerciale, ni une crise monétaire, mais plutôt une crise de la circulation ( fiduciaire, qui fut limitée à l’Angleterre.

Que se passait-il au même moment en France? Pendant que dans les deux derniers mois de 1 865 et le premier de 1 866, le taux de l’escompte était élevé de 4 1 /2 à 8 0/0 en Angleterre, il variait en France de 4 à 5 0/0. En mars il était abaissé à 3 1 /2 0/0, quoiqu’en Angleterre il fût encore maintenu à 6 0/0. Depuis le commencement de l’année la situation de la banque s’était améliorée de 742 millions fr. (17 janvier). Le portefeuille avait fléchi à 528 millions (23 mars), et la réserve mé-

tallique s’était relevée de 383 millions à 506 millions fr.; la circulation des billets de 988 millions était tombée à 856 millions, les dépôts en comptes courants divers de 192 millions fr. étaient descendus à 135 millions.

Cette diminution des escomptes ne dura pas : un mois avant les embarras du marché de Londres les demandes d’avances reparaissent ; à la veille de la suspension le 9 mai, le portefeuille de 531 millions s’élève à 664 millions, et à la fin de mai à 762 millions. Les dépôts en comptes courants qui déjà de 135 millions avaient atteint 220 millions présentent le chiffre de 370 millions fr. ; la circulation des billets augmente bien un peu de 857 à 9 1 9 millions fr. (28 mars -3 1 mai), sans toutefois approcher du chiffre de 971 millions fr. observé au commencement de janvier. Les avances sur valeurs restent invariables, mais ce qui donne un caractère tout particulier à la situation c’est le mouvement de la réserve métallique. Au moment où l’on demande de tels secours à la Banque, de 383 millions elle s’élève à 521 ; à la veille du 10 mai et au milieu de la perturbation du marché anglais, elle continue à s’accroître jusqu’à atteindre 563 millions fr. le 31 mai, alors qu’en Angleterre elle est presque au plus bas; le même mouvement se continue jusqu’au moment où le chiffre maximum de l’année fut touché, 748 millions fr. (8 septembre), mais déjà le portefeuille de 760 millons fr. était tombé à 600 millions et les dépôts en comptes courants de 422 millions fr., le 6 juillet, étaient descendus à 325 millions fr.

La crise fiduciaire anglaise avait retenti sur le marché français et la même conduite des affaires avait pu s’observer. On faisait escompter son papier et on faisait créditer son compte courant sans cependant en disposer en dehors de la Banque, c’est ainsi que les deux sommes se balançaient à une cinquantaine de millions près.

Quant à l’encaisse, il n’y avait aucune précaution à prendre pour la sauvegarder; un change exceptionnellement favorable non-seulement ne permettait pas la sortie du numéraire de France, mais aurait plutôt rendu l’exportation de Londres avantageuse.

Plus la situation était critique, plus le change de Londres sur Paris devenait défavorable à l’Angleterre et favorable à la France ; tandis que dans les crises précédentes on observait un résultat tout contraire. D’ailleurs dans les deux pays, malgré la gravité des faillites, il n’y avait ni crise commerciale, ni crise monétaire; le papier fiduciaire seul était frappé de discrédit, une grande partie faisait défaut , et pour le remplacer on a eu recours à la Banque d’Angleterre d’une manière si soudaine et sur une telle échelle, que la suspension de l’acte de 1844 a été inévitable. L’écart entre les taux de l’escompte sur les deux places a fait craindre un instant qu’on ne suivît l’exemple de l’Angleterre dans cette voie, mais malgré une velléité dans ce sens, le 1 1 mai le taux de l’escompte de 3 1/2 0/0 avait été porté à 4 0/0; le gouverneur de la Banque de France s’appuyant sur l’observation attentive du bilan et des cours

du change, fit maintenir ce taux malgré une différence de 6 0/0 entre les deux places, et dès le 26 juillet le taux de 3 1/2 0/0 put être rétabli. Il ne faudrait pas conclure de là que toute solidarité était rompue, mais les cours du change favorables à la France, ce qu’on n’avait jamais vu dans les crises commerciales précédentes, indiquaient que l’encaisse loin de baisser augmenterait plutôt; c’est en effet ce qui fut constaté.

Bilan* dea banque* de France et d'Angleterre circulation, de la réserve métallique et de*

BANQUE DE FRANCE

(Millions de fr.)

ANNÉES

DATES

circulation. |

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