‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 96 sur 105 · MANQUE NATIONALE · texte numérisé non relu

MANQUE NATIONALE

1857. Circulation. F.ucaisse. Portefeuille. Comptes courants.

Janvier.. 101 51 86 32*

Octobre.. 101 43 102 33

Sur une moindre échelle, le même mouvement qu’en

ET DE LA LIBERTÉ D'ÉMISSION. kn

France et en Angleterre se manifeste : baisse de l’encaisse, accroissement du portefeuille. Si le mouvement n’est pas plus sensible, c’est que Bruxelles n’est pas une place importante pour le change; la plus grande partie des opérations sont intérieures, et la preuve c’est que le papier sur l’étranger qui avait joué un certain rôle en 1853 et 1 854, puisqu’il s’élevait alors à 1 74 et 179 millions lr., était descendu à 22 millions fr. en 1857. Pendant la liquidation de la crise en 1 858, il se relève à 120 millions fr., mais depuis ce moment il n’a pas dépassé 33 millions ( I SGG) et pendant la crise de 1 8G4 1 2 millions fr. Il faut donc abandonner l’espoir qu’on attachait à celte pratique, car comment attribuer à une aussi faible somme une pareille efficacité.

Ainsi partout les encaisses des banques augmentent ou diminuent sous l’influence du change. Si en dehors du principal marché les mouvements sont moins appréciables, c’est que les banques de province n’y dirigent pas leurs demandes. Les affaires sont tellement liées qu’on ne peut se rendre compte des contre-coups souvent très-éloignés.

Dans les enquêtes anglaises, on a toujours reproché aux banques de province de n’ôtre pas sensibles aux variations des changes, tant qu’un établissement central fonctionne. Il y a ainsi plusieurs réservoirs d’espèces à la disposition du public, un grand et d’autres moindres; on ne pourrait s’adresser à ces derniers qu’en déplaçant le marché du change. Il suffit qu’une banque ou des

banques se trouvent en dehors de son rayon, pour que leur réserve métallique n’éprouve que des mouvements insensibles, pendant que les banques centrales voient la leur fondre et s’écouler, sous l’influence des demandes qui affluent de toutes parts.

11 ne saurait en être autrement: aussitôt qu'une traite arrive à échéance, on la dirige sur le marché où les compensations sont les plus faciles, et s’il est nécessaire d’avoir recours à une exportation d’espèces, on puisera dans la réserve de la banque centrale ou du lieu de rembarquement ; les autres banques départementales ou les succursales ne s’apercevront même pas de la demande qui aurait dû les atteindre, quoique ce soit pour satisfaire à un besoin local auquel elles devaient répondre.

En 1857, on a pu suivre, en Écosse et en Angleterre, la marche de ces accidents. Pendant que la réserve métallique des banques écossaises fléchissait à peine, les demandes d’espèces affluaient à la Banque d'Angleterre, et des sommes énormes furent expédiées pour le compte des principales banques qui opéraient ainsi le règlement de leur papier sur Londres.

C’est ce qui a toujours fait redouter les abus de l’émission par les banques libres, insensibles aux variations du change dont les banques centrales seules supportent tout le poids. Pouvoir le partager entre toutes, et le problème de la liberté d’émission serait résolu. On y est déjà presque arrivé dans la Grande-Bretagne par l’institution du clearing-bouse, dont les mille canaux, en mettant en

communication constante tousles établissements de crédit permettent au papier de circuler, il est vrai, avec la plus grande facilité d’un bout du territoire à l'autre, mais en même temps en maintiennent partout le niveau égal par l’échange journalier des effets de commerce et des banknotes; il en est de même aux États-Unis.

Il n’y a donc à redouter ici aucun des inconvénients que peut entraîner la liberté d’émission; la circulation du papier est très-restreinte, puisque les banques, en dehors de leur rayon, se chargent d'effectuer les payements au moyen de leurs comptes courants avec les autres banques des États ou des villes. La concurrence entre les divers établissements de crédit existe sans doute, mais elle trouve un correctif nécessaire et naturel dans le contrôle réciproque qu’ils exercent entre eux par la compensation de leurs engagements.

On a reproché à la liberté d’émission de tendre plutôt à l’élévation qu’il l’abaissement du taux do l’escompte. L’objection est très-forte et il faut convenir que les faits paraissent la confirmer. Mais, si on se rappelle ce qui a été démontré dans les enquêtes parlementaires anglaises (et nous commençons à en avoir la preuve en France), à savoir que le taux moyen de l’intérêt est en raison du bénéfice que produit le capital prêté, bien loin de regretter cette cause apparente d’infériorité du principe de la liberté d’émission, on y verra la preuve des avantages et des profits qu’il procure.

Il y a donc place pour les deux systèmes.

l)ü CHANGE

Au début, quand dans un pays les transactions sont naissantes, les opérations se font d'abord au comptant; mais, aussitôt que le crédit intervient, les avantages des banques, de leurs succursales et de l'émission de leur papier se font sentir, et la pluralité des institutions de crédit rend alors les plus grands services. Plus tard, c’està-dire dés que, par l’escompte des effets de commerce, l’usage des comptes courants est entré dans les habitudes, le billet de banque, qui remplissait un double rôle et comme agent de circulation, et comme capital éphémère intervient de moins en moins sous celte dernière forme. Le peu qui reste dans les mains du public sert comme monnaie de compte, à payer les achats de tous les jours, que l'on ne solde pas par un simple virement à l’aide des dépôts en comptes courants.

En présence d’un portefeuille (escomptes et avances) qui augmente sans cesse et prend des proportions inconnues jusqu’ici, la somme des billets en circulation reste stationnaire ou plutôt diminue, et la somme des dépôts en comptes courants augmente jusqu’à égaler la somme des avances accordées par les banques. Cette balance obtenue, le mécanisme des banques ne laisse plus rien à désirer, et le papier, qui a permis d’atteindre par degrés ce résultat, a déjà presque disparu. La portion restée en circulation ne sert plus qu’à solder au comptant les échanges directs qui ne se compensent pas en banque.

En Angleterre, comme aux États-Unis, pour arriver à

cette puissance suprême du crédit à laquelle toutes les nations doivent aspirer, on a dû, pendant les premiers temps au moins, et dans les districts éloignés des principaux centres industriels, recourir à l’émission du papier. Cette émission avait moins pour but de répandre ainsi artificiellement le crédit que de répondre aux besoins de la circulation à l’aide d’un instrument moins coûteux que les espèces métalliques, et qui permit, quoique prêté à un taux d’intérêt modéré, de donner au capital engagé dans les opérations de banque un profit suffisamment rémunérateur. 11 était, en effet, difficile que des banques avec peu d’affaires et un assez grand nombre de succursales, pussent faire l’escompte exclusivement avec leur capital. L’addition à ce capital d’une certaine quantité de papier pouvait seule leur permettre de fonctionner à bas prix là où le capital était rare, et de créer des comptoirs ou des succursales dans des centres de population trop peu importants pour que le capital des grandes villes se détournât à leur profit.

Le chiffre de l’émission de chacune de ces banques ou de ces comptoirs est d’ailleurs si minime, les coupures des billets au-dessus de 5 livres si nombreuses que l’on est bien forcé de reconnaître que les billets ne représentent qu’une très-petite partie du crédit qu’elles accordent. En Écosse même, il est démontré que ces coupures servent, dans les relations ordinaires de la vie, aux besoins des échanges en remplacement des espèces métalliques dont elles économisent l’usage. Dans tous les cas,

leur circulation ne s'éloigne pas d’un cercle très-restreint, puisque, deux fois chaque semaine, les banques échangent entre elles leurs billets et acquittent leur solde en bons de l’Échiquier.

Pourquoi la Banque de France, si bien placée pour le faire à l’aide de ses succursales, ne prendrait-elle pas l’initiative d’un grand clearing-house où tout le papier fiduciaire émis chaque jour, chaque jour retournerait à sa source, ce qui ne permettrait aucun abus. Les succursales, sans en avoir la responsabilité, et sans en supporter les frais, concentreraient un immense mouve ment d’affaires; l’usage des comptes courants se répandrait dans les plus petites localités à l’aide des comptoirs intéressés comme en Belgique, ou des banques libres.

Dans le principe, à l’aide d’une faible émission, on favoriserait la circulation des effets de commerce, par conséquent on donnerait naissance à des échanges qui ne peuvent avoir lieu en dehors de tout moyen de circulation. Nous avons constaté ce résultat en étudiant le dé veloppement des effets escomptés par les succursales de la Banque de France entre elles et le mouvement des affaires aux États-Unis. Dès qu’une banque, au delà des besoins de ses clients, aurait mis en circulation des billets, ils se présenteraient au clearing-house et on les retournerait de suite à leur source. La situation de chaque banque serait ainsi signalée chaque jour, et comme la Banque de France devrait fournir le supplément de crédit s’il

était nécessaire, elle serait en mesure d’obliger les banques à se ménager une réserve propre, ou du moins en élevant le taux de l’escompte elle ferait payer l’or son prix si les changes contraires en faisaient sentir le besoin. Les cours du change et les bilans de la Banque de France donnant la véritable situation du marché, on laisserait à l’initiative privée le soin et la responsabilité de faire pénétrer la circulation du papier fiduciaire dans toutes les parties de l’empire en dehors de son rayon d’action et de celui de ses succursales. Éprouvant la première l’influence des opérations de change qui de tous les points du territoire se concentrent et convergent à Paris, elle signalerait le danger, et par Ja hausse de l’escompte maintiendrait la circulation fiduciaire au pair.

El N.

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