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CONCLUSION

Nous avons passé en revue les divers articles dont se composent les bilans des banques, nous avons étudié le mécanisme selon lequel ils s’influencent réciproquement, et l’observation des faits nous prouve que les banques ne peuvent qu’aider la circulation du papier fiduciaire, c’est-à-dire des effets de commerce créés à la suite des opérations réellement effectuées. Il est vrai que leur concours pour engager les affaires est aussi indispensable que le chemin de 1er pour déplacer les produits, et leur donner une valeur d’appropriation sans cependant avoir contribué à leur création. La circulation d’un produit, qu’elle ait lieu à l'aide d’un chemin de fer ou d’un effet de commerce escompté par une banque, peut donner les mômes bénéfices.

Les avances sur valeurs que les banques peuvent faire ne doivent représenter qu’une partie de leur capital, et alors c’est un prêt direct, ce n’est plus une circulation

de crédit. Le véritable rôle des banques consiste à faire du comptant en échangeant une promesse de payera terme contre une autre promesse de payer à vue ; un pas de plus, et le billet de banque lui-même est supprimé, tout se borne à la compensation directe des effets de commerce à l’aide des dépôts en comptes courants confiés aux banques. Les clearing-houses de Londres et de New-York prouvent bien que tout se passe ainsi. En France, en l’absence de cette institution, les effets au comptant encaissés par la Banque pour ses clients conduisent d’une manière plus compliquée au même résultat.

L’écart entre la circulation et l’encaisse très-variable ne saurait être fixé législativement; pourvu que le billet de banque circule au pair avec l’or, ce qu’indiquent les cours du change, il n’y a aucune mesure à prendre, et d’ailleurs nous l’avons vu, la hausse du taux de l’escompte fournit le meilleur moyen de mettre les prix des métaux précieux dans le même rapport que celui des autres produits.

On s’est demandé à ce sujet s’il y avait une solidarité entre les divers marchés et de quelle nature elle était. Au point de vue des engagements commerciaux, la simultanéité des embarras aux États-Unis, en Angleterre et en France ne permet pas de nier le fait. Mais sous quelle influence se produit ce résultat? La différence seule du taux de l’intérêt suffit-elle pour entraîner le déplacement du capital? Sans doute; mais le capital sous forme métallique ne s’exporte que quand tout le

papier fiduciaire (lettres de change, effets de commerce ii long et à court terme), aura été épuisé. La répartition des métaux précieux obéit à des lois qui maintiennent dans chaque région une somme d’espèces en rapport avec les opérations du commerce, surtout avec le développement du crédit et la pratique plus ou moins perfectionnée des compensations en banque qui en économisent l’usage. Cette somme est tout à fait indépendante du taux de l’intérêt ; c’est ainsi qu’en temps normal des différences sensibles entre diverses places peuvent s’observer sans déterminer un drainage des espèces d’une place sur une autre.

Les métaux précieux sont sous la dépendance la plus complète des cours du change, et le change lui-même est le reflet le plus fidèle de la situation des engagements du commerce.

La solidarité entre les encaisses des banques d’émission a toujours existé ; le développement actuel des relations internationales a pu la rendre plus apparente, mais cette solidarité est complètement subordonnée aux cours du change. Si la solidarité des marchés de Paris et de Londres a paru moins sensible à d’autres époques, c’est que les relations étaient beaucoup moins étendues et que les deux pays ne possédaient pas le même étalon monétaire.

On cite encore plusieurs exemples de banques, dont les encaisses n’éprouvent pas les effets du drainage que l’on observe dans les banques des grands centres

d’affaires. Le fait est vrai, parce qu’elles sont en dehors des opérations de change.

On oublie trop souvent que se composant presque toujours d’arbitrages et de compensations, on a tout fait dans chaque pays pour les concentrer sur quelques points privilégiés par leur position et leurs relations commerciales, afin de trouver facilement au milieu d’une grande quantité de demandes et d'offres, une contre-partie facile: c’est ainsi qu’en Europe on compte un très- petit nombre de places ou les opérations de change se fassent sur une grande échelle. En dehors de Londres, Paris, Amsterdam, Hambourg, le marché est très-restreint; les affaires se compensent sur la place la plus voisine et en suivent toutes les oscillations, c’est là surtout que s’accumulent les espèces dans les réservoirs des banques, c’est donc là que l’on ira tout d'abord puiser. On a vu à Londres en 1857 l’inlluence des demandes des banques d’Ecosse sur l’encaisse de la Banque d’Angleterre : du 24 octobre au 2 1 novembre pendant les plus grands embarras, voici les variations de la circulation des billets et de l’encaisse.

1857. Circulation. Encaisse.

24 octobre... 4.200.000 liv. 1 .000.000 liv.

24 novembre. 4.300.000 2.000.000

A 1 00,000 liv. près la circulation est restée stationnaire, mais au moment où la somme des avances faites aux banques d’Écosse enlevait 2,000,000 liv. en or, à la

Banque d’Angleterre, l’encaisse n’augmentait que de 400,000 liv. Dans l’incertitude générale il fallait des espèces pour se libérer puisque le billet de la Banque d’Angleterre n’était pas alors (il l’est aujourd’hui), monnaie légale en Écosse. En dehors de l’exportation des espèces il en fallait encore un plus grand nombre pour remplacer la circulation fiduciaire intérieure ébranlée, quoique les banques locales aient porté à 50 0/0 la proportion de l’encaisse à la circulation. Puisque l’ensemble des demandes d’espèces retombe sur la Banque centrale, il y a un désavantage manifeste à ce qu’une grande quantité de numéraire soit disséminée sur toute la surface du pays pour former les réserves des banques d’émission; cette réserve pourrait plus économiquement être représentée par des billets de la Banque d’Angleterre.

On a prétendu qu’en Belgique, grâce à une direction intelligente qui réservait toujours en portefeuille une somme considérable d’effets sur l’étranger, afin de rectifier l’action du change, l’encaisse avait été respectée au moment où celles des banques de France et d’Angleterre étaient épuisées. Il suffit de rapprocher deux bilans de 1 857 pour se convaincre qu’il n’en a pas été ainsi.

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