‹ Du chantChapitre 17 sur 41 · ENT · texte numérisé non relu

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on de. Darcier, un Se de Monte.

verde et un air de Grétry, une page de Mozart et une page de M. Debussy. Cependant, si une personne chante bien un air de Bach, si elle le chante avec la sobriété d’ expression qu’on s’accorde à exiger dans l’ “interprétation de ce maïitre, on n'hésite pas à déclarer que cette personne a « du style », — même si elle chante fort mal ensüite une mélodie de Schumann.

Pourquoi? De quel droit refuse-t-on à la fantaisie, à l’accent passionné, qui convient à Schumann le nom destyle, et pourquoi l’accorde-t-on

à l’accent contenu, à la coloration « en teintes

plates » qui conviennent le plus souvent à Bach?

Ne siérait-1l pas de dire plutôt : Cette personne comprend le style de Bach et ne comprend pas

le style de Schumann? Ou bien : Cette personne chante mieux la musique classique que la musique romantique ?

Mais, point du tout; on dit : ES a mal.

chanté cette mélodie de Shan mais elle

a admirablement chanté l’air de Bach. D’ al-. D. elle a beaucoup de style. »

Voilà pourquoi je ne comprends pas bic ce:

qu’on entend par avosw du style.

Ou plutôt, Je crois comprendre qu’on PR |

à faux le mot « style » ; on s’imagine que ce. mot signifie simplicité, correction, sobriété, : et — ainsi qu'il arrive toujours, par une exagération simpliste -— on va jusqu’à s’imaginer que plus on chante sobrement, plus on a de style ; que moins on fait de nuances, plus on a de.

style ; que moins on accorde de véhémence à l'accent, que plus l’on semble austère, ou simplement indifférent aux contingences de ce monde = (en prononçant pourtant des paroles ardentes, »

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douloureuses, tendres, furieuses, caressantes ou

passionnées), que plus on les dit de façon uniforme, que moins on se permet de liberté ou de variété dans le ton, que plus, en un mot,

on est sec et froid, plus on a de « style ». On

a entièrement oublié que le mot de s/yle ne …

sionifie- simplicité, sobriété, correction que dans les cas où la correction, la sobriété et la simfaut D éco de lee du caprice, c’est précisément par le caprice, l’afféterie et le mamiérisme qu’on parvient au « style ». Il n’y a pas plus de mérite à savoir chanter en style simple, en style « à plis droits », qu'en style picaresque ou qu’en style apprêté ; 1l est tout aussi difficile d’évoquer Falstaff, Don Quichotte ou Manon, qu’Orphée, Agamemnon ou Alceste; il est aussi difficile, pour une basse, de bien chanter l’air du Tambour-Major, dans Le Caïd, que l’air de la Cantate Dieu est mon Roi, de Bach. Mais voilà ce que beaucoup de gens ne savent pas. Ils semblent croire que le degré de talent impliqué par l'interprétation dite classique est plus élevé, plus digne de considération que les autres degrés du talent vocal et dramatique. D’ailleurs, ils oublient que les musiciens classiques ont souvent mis en scène des personnages vulgaires ou grotesques auxquels 1l faudrait donc — sous prétexte qu'ils font partie du répertoire classique — donner le même ton qu'aux personnages nobles de ce même réper-

toire!

Se

Il y a là toute uné confusion qu’il serait présomptueux de vouloir éclaircir aujourd’hui;

qu'il y a non: sul É à caux, Mais presque d'auteurs divers et d’œ - res diverses. . je - La première difficulté consistera done .. savoir quel style adopter. es + Cest pourquoi je prétends et je m 'entêt | à dire qu’il est nécessaire, pour un chanteur, : d’avoir « des clartés de tout », non. seulement :

en ce qui concerne Île chant et les différents

| genres de musique vocale, mais aussi des don

nées sur l’histoire, sur V'art, sur tous les arts 7 à travers les périodes successives de la civili-

: sation. Un compositeur, comme tout artiste, est À : à la fois une force créatrice et le reflet du

temps et du milieu où il a vécu; pour ne pren-

dre que Gluck (parce que tout le monde, plus où moins, est renseigné sur Gluck), il est indis-

pensable ‘de savoir que s’il a merveilleusement traduit les sentiments de certains personna-, | ges et représenté certaines scènes de l’anti

quité grecque, Gluck n’en reste point, malgré tout, un homme du XVII et qu il conçoit l’anne tiquité et la Grèce comme un homme du XVI

C'est à ce prix qu’on interprète Gluck dans son d ue He de même que pour RE

; il. avait commencé par être nat à RO rence et que toujours il garda de ces. com:

mencements-là quelque chose de facétieux, un - goût du burlesque, une propension aux ma mifestations extérieures quon ne oublier si l'on veut être un interprète cop

sk

D no ire

plet de ses œuvtes, Il faut se rappeler encore qu’1l insistait Sans cesse pour que les chanteurs eussent én chantant un accent vrai, hu- Main ; qu'il disait à üne cantatrice : « S1 vous voulez bien chanter ma musique, allez écouter M'° Champmeslé »; enfin, que, sous son ample perruque, bouillonnait un cerveau inquiét et fiévreux. Il faudra donc, tout en respectant l’allure extérieure de sa musique, qui est noble et pompeuse, faire sentir ce qu’elle dissimule de fougue et de sensibilité,

ce

Si vous chantez bien une belle mélodie de Schubert, La Cloche des A gonisants, par exemple, Le Sos d'Hiver ou bien Le Voyageur, il faut, certes, que votre chant évoque ce qui est retracé dans ces pages ; mais 1l faut que ce soit avec un style, c’est-à-dire une façon de prononcer, de chanter, de vous exprimer enfin, toute différente de celle que vous auriez eue en chantant du Lully ou du Gluck et que vous me rappéliez, par ce moyen, l’époque, l'atmosphère où a vécu Schubert; 1l faut que je perse confu-

sémént, eñ vous écoutant, à un salon de Vienne

éclairé par des globes opaques, où quelques femmes en robes claires et des hom-

mes portant des redingotes pincées, de lar-

ges cravates au-dessus de plastrons à jabot, sont attentifs au chant voilé mais pénétrant d’un gros jeune homme blond qui, des lunettes d’or

sous un front bombé encadré de cheveux cré-

pus, est assis au piano. De même qu’en écoutant L'Amour d’une Femme, de Schumann, je veux; en înême temps que je païtage les émotions de cette « femme », pouvoir instantanément, si j’en

aile désir, m’imaginer Schumann lui-même, tantôt souriant, le cœur embaumé des myrtes d'un premier amour, tantôt hagard et dé-

sespéré. Le chant n'est beau que s’il est poétique, évocateur, hallucinant; que s’il arrive, par une multitude harmonieuse et insaisissable d’allusions et, pour ainsi dire, de ramiñcations étymologiques, à des suggestions précises. Un vrai chanteur sait donner un sens aux arabesques

mêmes de la vocalise et les faire servir à la

figuration esthétique d’un sentiment ou d’une

image. C’est l’ensemble de tout cela qui com-

pose le s/yle et non cette sévérité dont bien

des gens exigent à tort qu’on revête l'interpré-

tation de la musique ancienne. Il suffit qu’un ouvrage mérite l'appellation « « d’ancien » pour que ces gens-là veuillent qu'on le chante d’un air compassé, avec des nuances à peine percep- tibles, une allure froide et pudique. Je n’a jamais pu partager cette manière de voir.

Avant d’être « ancienne », la musique ancienne

a été « moderne », et la musique d'aujourd'hui, si moderne qu’elle soit, sera ancienne un jour ;

faudra-t-il alors la chanter autrement que nous.

la chantons à présent ? Le jour où l’on chantera 7 71stan et Y seulf avec froideur, avec modération, avec circonspection, — sous prétexte que « ce sera de la musique ancienne », — on commettra un non-sens ridicule, tout comme on. en commettrait un en « pontifiant » dans la sérénade de Don Juan. , +

La raison d’être de Gluck consiste. précisément dans le changement qu'il fit subir à la déclamation dramatique. Jusqu'à son avènement, le chant dramatique gardait je ne sais

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