‹ Du chantChapitre 20 sur 41 · livre au désespoir le plux affreux. Entou · texte numérisé non relu

livre au désespoir le plux affreux. Entou

réé : de. ses. jeunes prétresses, elle sanglote, elle crie, elle hurle; et c’est un manque de goût, de savoir, de sincérité, c’est une con-

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dicton dieule ae biameble, que de honte Sa avec sobriété cette musique effrénée où Gluck a eu soin de mettre, jusque dans la distribution pour ainsi dire distendue, écartelée des

syllabes, une sorte de paroxysme de douleur,

de déchirement presque physique et qui, vers. la fin, atteint, semble-t-il, aux limites extrêmes de la névrose. Je crois qu’à ce moment, Iphigéme ne se connaît plus, qu’elle-se raidit dans la souffrance, que ses muscles se durcissent, que son regard devient fixe, qu'elle est glacée, en proie à un état morbide causé par le chagrin et qu’elle répète sans cesse, en criant, les mêmes mots, sur des notes aiguës, à côté desquelles Gluck a mis des dissonances qui font mal, des secondes mineures qui, reproduites sans cesse, appuyées, martelées, semblent vouloir vous bricer le cœur par leur dureté forcenée. En vérité c’est une scène épouvantable où les jeunes prêétresses, gagnéés peu à peu par la fièvre de ïa douleur, aident Iphigénie à crier son désespoir. Elles deviennent des espèces de pleureuses et de hurleuses autour de la grande figure d'Iphigénie.

À ce moment-là, il faut que l'artiste oublie et sa voix, et sa respiration, et le son, et tout. Mais comme on ne doit pas songer à chanter Iphigénie que lorsqu'on est en possession d’un talent complet, cette artiste pourra, sans danger, abandonner toute préoccupation technique, et se livrer entièrement à la formidable nes S1 elle manque de souffle, tant pis ! qu’elle respire n'importe comment, entre les mots, s’il le faut, avec des hoquets, par saccades ; si sa voix est sourde ou trop stridente, qu importe ! Tout cela est conforme à cet accent de douleur éper-

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1i0 ; : de. DU CHANT.

- due qu’il s’agit de figurer. Plus elle sera désor-

donnée, plus elle semblera hors d’elle, plus elle sera dans la vérité de Gluck.

Mais je m'aperçois que je dis sans cesse :

Pour chanter ceci ou cela, 1l faut se rappeler telle ou telle chose.

Or, pour se rappeler une chose, il faut

d’abord la savoir. Et la plupart des chanteurs.

ne savent rien.

En admettant même qu’ils sachént chanter, ce qui est souvent contestable, ils ne savent rien de ce qui rend le chant intéressant ou émouvant. On m’objectera, peut-être, que ce n’est pas de leur faute, puisqu’on ne le leur apprend pas. On aura tort : 1l y a des professeurs intelligents qui essaient de leur apprendre quelque chose. Il y a eu de tout temps, au Conservatoire, une classe de littérature dramatique et une classe d’histoire de la musique, auxquelles 1ls n’assistent jamais ; et, quand on les en blâme, comme J'ai parfois essayé de le faire, ils trouvent — notamment dans la presse — des gens, des flatteurs pour prendre leur défense.

Il y a deux ans, après un concours du Conservatoire, J'écrivais de. le Journal :

« Le plus grand nombre des élèves ne semble

pas avoir la moindre notion des particularités

Listoriques ou poétiques des personnages dont ils tentent er tee Les Aïda n’ont pas lu Maspéro; les Didon ne soupçonnent pas

Virgile ; les Salammbô voient cette héroïne

bien plus à travers M Caron ou M'®° Bréval (x)

(1) Prendre pour modèle une artiste illustre ou émiñente, c’est encore très bien. Malheureusement, ces exem-

TE ; es Henti’ VIIL ignorent ne et aber les Roméo manquent ‘ de ]j jeunesse ; les Juliette se croient des HEenues . parce qu "elles sont sopranos. » | | Ces lignes inoffensives eurent pour effet d’indigner l’un de mes confrères.

I1 me plaisanta agréablement, trouvant ridi- Ne cule d'exiger que des Jeunes filles devant chanter Aïda se missent à lire Maspéro, que celles qui devaient chanter Didon dussent compulser en. …. Virgile, etc. etc. Mon confrère prenait trop à . Ja lettre ce que je disais. Certes, je ne pense .__ pas qu'il soit nécessaire d’aller fouiller dans - des documents et se bourrer d’érudition avant

- de chanter une scène ou un fragment de rôle. Ce . que j'ai voulu dire, — et mon spirituel confrère

LS sait très bien, — c’est qu'il faut donner à . une interprétation ce je ne sais quoi qu’on ap- pelle vulgairement — et d’un terme peu élé-

- gant, mais que tout le monde comprend —- » couleur locale, :

Je n’en demande pas plus ; mais je demande ncelo. Je ne crois pas qu’une jeune fille qui - chante un fragment d’Aïda, par exemple, puisse me communiquer — ne fût-ce qu'un ins ” tant — l’impression que la scène qu’elle chante … se passe en Egypte, si elle n'a pas dans les - yeux, en chantant, ou si elle n’a pas eu dans les #6 yeux, en travaillant, des visions de TEgypte. Je ne crois pas que si elle est uniquement sou- - cieuse de son /4 bémol, de son #2 naturel et de Re de sa toilette, ‘elle puisse me donner

les deviennent Ta plus en lus rares :; voilà déjà. 4 à Ÿ ans que ces lignes furent écrites: quelle Salammbô les jeunes chanteuses pourraient-elles désormais chercher à

punfier ? | |

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