AVANT-PROPOS
Ce volume n’est autre chose que le recueil des neuf leçons que je fis en 1913 et 1914 à l’Université des Annales. On y trouvera des redites, des familiarités d'expression, peut-être même des impropriétés de termes, et, à coup sûr, un abandon qui seraient impardonnables dans un livre écrit ef fait pour être lu, mais qgw'on voudra bien excuser si l’on tient compte de la part. d'improvisation qui entrait dans ces conférences et du laisser-aller que pouvait se permettre l'orateur devant un auditoire jeune et bienveillant. C’est pour rappeler ces circonstances au lecteur et pour entretenir son indulgence que j'ai laissé subsister 1ci des allusions aux exem-
ples chantés dont j'appuyais mon discours.
. : En voyant annoncées ces causeries sur 7 art Mn dt chant, bien des gens ont pu 5e demander 6 ne de quoi je me mêlais, Car je ne suis ni chan- | teur, ni professeur de chant, ni physiologue; … je suis compositeur de musique et n’ai qu une : Bt AE autorité relative pour parler d’un art si com- DL plex, si ardu, que les spécialistes mêmes, dont la vie s’est passée à approfondir ses secrets, ses es sont souvent bien contradictoires dans leurs
affirmations. Je me rends compte de l'insuff- . sance de mes lumières. Je suis doublement #4 “Fes en voyant cette salle si remplie, Un - instant, je m'étais flatté de l'espoir due ces causeries s’effectueraient pour ainsi dire. F st ESS l'intimité de quelques personnes familiè- Non res devant lesquelles, sans rac, sans inquiétude .
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aucune, J'aurais pu me livrer, comme je le fais quand! je suis avec des amis, à des divagations hasardeuses, à des flâneries mentales, sans plan,
sans but déterminé, me mettant au piano pour
prouver par un exemple ce que j’avance. C’est à la suite d’une de ces conversations à bâtons rompus où nous avions traité pêle-mêle beaucoup de questions relatives au chant, que M°° Brisson me demanda de venir redire ici, devant vous, quelques-unes de ces choses. Elle insista de façon si charmante, si amicalement péremptoire que je finis par céder.
Me voici donc prêt à partir en guerre contre les mauvais chanteurs, contre les professeurs incapables dont je m'exagère peut-être les crimes, Mais, je ne vous le cache pas, malgré l'ap-
pareil guerrier dont je me suis muni, je tremble
un peu. Car je vois devant moi une affluence considérable, des visages inconnus, les uns sérieux, les autres plus intimidants encore, qui sourient…. Et Jai peur que ces visages-là me disent : « Mais qui donc êtes-vous pour venir critiquer ceux qui chantent, ceux qui enseignent le chant ? Pensez-vous qu'il suffse
de murmurer quelques mélodies, du bout des
lèvres, dans un espace de huit mètres carrés, pour avoir le droit de déblatérer contre des gens consciencieux, expérimentés, et qui en savent beaucoup plus que vous? »
Aussi, croyez-le, au cours de cs quelques heures que nous devons passer ensemble, j’éviterai d’énoncer sur .un ton de supériorité doc-
certain. J'ai trop souvent constaté la vanité des convictions les plus profondes en matière de chant et la fragilité des raisonnements les plus
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torale les choses mêmes dont je suis tout à fait
pour espérer vous persuader par les autres : ce ds
tn point un chanteur professionnel, qui n’a jamais . exercé Sa voix, qui, bien au contraire Rte
obtenir. D’ailleurs, s’il fallait que je vous in- TER d’instinct et mes Tares notions techniques je ne
re les autres, en observant de mon mieux tout ce qui peut se rapporter au chant, depuis les san- : fa glots d un enfant jusqu’au cri d'une marchande
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que je dirai, je le dirai en pensant très sincè- . rement que je puis me tromper et que je chan- à
gerai peut-être d’avis moi-même un Jour. M
D'ailleurs, je me ferai beaucoup plus à mon ; instinct qu’à ma médiocre science ; mes paroles exprimeront toujours des idées ne et, par conséquent, passibles d’être sévèrement discutées. Il faut encore que je vous prévienne de ceci : il m’arrivera fréquemment de chanter, pour mieux me faire comprendre ; "Je voudrais À qu'on fût bien convaincu que je n’ai pas la présomption de me citer en exemple; quand je critiquerai ce que je crois mauvais et que je. chanterai ensuite, n’allez pas croire que je m'imaginerai bien faire, ne voyez dans ma démonstration chantée que des indications, des ébauches, exécutées par quelqu'un qui n’est.
met le peu de voix qu’il possède en A sans cesse, en veillant, en parlant beaucoup, en n’observant aucune règle d’hygiène vocale.
Donc, encore une fois, je ne prétendrai ja:
mais montrer comment il faut procéder, mais vous insinuer. approximativement le résultat à
# diquasse avec précision tel où tel’procédé 1e serais fort embarrassé, car j’4i toujours chanté
les ai acquises qu’en analysant après coup ce. que j'ai fait, en le comparant à ce que font