‹ Du chantChapitre 4 sur 41 · VAE NME AT A AR RS · texte numérisé non relu

VAE NME AT A AR RS

ele ne le sergent ce EN qui m enj

de « circuler » jusqu'aux inflexions d’un minis-

tre cherchant ses mots à la tribune de la Cham-

L En effet, mesdemoiselles, à celui qui se. : “ préoccupe du chant, il n’est rien d’inutile dans le domaine de l'émission vocale et des vibra- tions en général : le moindre mot, le moin- |

. dre son, le moindre bruit renferme un ensei-.

gnement et l’un des plus grands reproches | à que je fais aux chanteurs, c’est de n'être point … Es de ce qui concerne ES art, de ne pe

ter ce 2 Te suis un homme pour qui.

Je monde extérieur existe »,, M. Stravinsky pourrait dire : « Je suis un homme pour qui ke monde sonore existe, » Il n’est pas une résonnance, pas une vibration perceptible qui n 'éveille son attention ; une fourchette qui heurte un verre, une canne qui frôle une chaise, ke.

rou-frou d’une étoffe, le. grincement d’ une porte, le bruit d’un pas, son oreille infaillible les perçoit, les décompose avec une sûreté merveilleuse et il y puise une nouvelle idée instru- - mentale. Or, je voudrais que le chanteur fût de : at même — et je ne suis pas près d’être exaucé, | car la plupart d’entre eux, loin d’être intéressés par ces humbles incidents de la vie, le sont à peine par la voix et le chant DR on Leurs camarades ne 1e See qu'en

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pourraient aller dress avec profit, un peu

partout, à l’église, au théâtre, au café-concert

(où l’on rencontre parfois des chanteurs remar-

quables), ils ne s'en soucient pas le moins du

monde ; ; leur art n’est généralement pour eux

qu’un prétexte à succès, qu'un moyen de se

procurer d’éphémères satisfactions de vanité ou un bénéfice matériel. Je reviendrai souvent sur cette mentalité des chanteurs et sur les causes auxquelles 1l est permis de l’attribuer.

- Quant à moi, je ne la comprends pas. J'ai

toujours aimé le chant d’un profond amour

et, dans cet amour, je trouve le seul droit que j'aie de venir parler du chant ; car l’amour véritable donne une grande clairvoyance eten

matière de chant, bien des choses que je n'ai.

. pas apprises, je crois les avoir, jusqu'à un cer-

tain point, devinées à force. d'amour.

Mais, vous le comprendrez sans peine, des connaissances acquises de cette façon manquent

trop de bases solides et de méthode pour que je m'avise de vous les présenter ici dans un.

ordre logique, dans une progression sagement graduée. Aussi, me permettrez- Vous de les énoncer au fur et à mesure que j’y serai

incité par la causerie, au hasard de ce que me. suggérera le caprice de la pensée et du sou-

. venir, mêlant tantôt à des explications de méca-

nisme vocal des citations ou des anecdotes,

| tantôt à l’analyse de tel ou tel accent expressif,

des indications techniques. Non seulement ce

désordre donnera à nos petites séances un air

plus abandonné, moins didactique, mais encore

je le crois conforme au principe même du chant.

. Et nous voilà au cœur de notre sujet,

En effet (et ceci, je vous le répéterai sans

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. me lasser afin de vous en imprégner), cæ qui constitue la véritable beauté, le véritable prix, la véritable raison d’être du chant, c’est la combinaison, le mélange, l’union indissoluble du son et de la pensée. Le son, si beau quil soit, n'est rien s’il exprime rien. Avouer qu'on est sensible à la beauté purement matérielle d’une voix, c'est faire l’aveu d’une faiblesse. physique, d’un état morbide, d'une infériorité. De même, trouver du plaisir à écouter un chanteur dont le débit est intelligent, mais dont le chant proprement dit est nul ou maladroit, c’est prouver qu'on ne tient pas à la musique et qu’on aimerait mieux entendre déclamer, tout simplement.

Le secret du chant est diffcile à définir ; 11 associe étroitement l’élément parlé et l'élément, chanté. Certes, un beau son, c’est très beau; ik. y a déjà une beauté dans la plénitude, la dou ceur, la richesse, la souplesse et l’étendue d’une. belle voix. Les anciens Italiens attachaïent à cette beauté une si grande importance qu'ils” finissaient souvent par négliger tous les autres éléments de beauté que doit réunir le chant 5 (nous approfondirons cela quand nous parlerons du el canto). Oui, une belle voix, sou mise au contrôle de la volonté, ayant acquis | ou possédant naturellement les conditions que | .je vous décrirai plus tard, est déjà une fort belle chose, même en admettant que l’élément intellectuel qui doit se greffer soit insuffisant … ou nul. Seulement, cela ne suffit pas ; cela peut ” procurer une impression agréable, mais cela n'a … rien de commun avec la véritable beauté du chant.

Je vous le répète, cette beauté consiste en

10e mystérieux de ie VOIX. he re a ss DRE VOIX parlée, « où, pour mieux dire, de la mélodie “ét de Îa parole, Ne La mélodie représente dans le chant l’élé e “mént surnaturel qui donne à la parole, aux . mots, un surcroît d'intensité, de force, de délicatesse, de poésie, de charme ou d’étrangeté, par des moyens qui échappent en partie à * l'analyse et dont nous subissons l’enchante- “à ment sans pouvoir bien nous l'expliquer.

L:: La parole, au contraire, chargée de sentiment et de pensée, communique à la mélodie une signifcation, lui confère une action directe et précise sur l’esprit et sur le cœur. Si, de la parole ou de la mélodie, l’un devait dominer, il n’est pas discutable que ce serait la parole; le bon sens l’ordonne en même temps que le sens artisue Si Victor Cousin a pu dire : « La grande loi des arts, c'est l'expression », comment l'expression ñe serait-elle pas plus spécialément. la loi souveraine d’un art qui a poux moyens d’action le verbe et la voix? a à Wagner apostrophe la musique en ces termes:

. «Nous ne t'avons faite si belle que pour te et umettre | Tu ne seras jamais, tu ne dois ja- … mais être que l’épouse; et le verbe, ton seigneur ie ernel, éternellement régnera sur toi. » (1). - Vous le voyez, il n’est plus ici question d’une coll laboration égale, mais bien d’une soumission la musique à la parole. Diderot en formulait jà l’idée en écrivant : . je «Il faut considérer la déclamation DEA

tn ce dans le traité de int de Mr ation AE j

comme une ligne et le chant comme une autre

ligne qui serpenterait sur la première. Plus cette

déclamation, type du chant, est vraie, plus le

chant qui s’y conforme la coupe en un grand nombre de points : plus le chant sera vrai et plus 1l sera beau. » (1)

J'étais plein de ces idées quand, à peine adolescent et élève de piano et d'harmonie au Conservatoire, 1l m’arrivait d’assister par hasard à un cours de chant. Il me semblait alors que les professeurs insistaient trop exclusivement sur la technique, sur le côté purement vocal du chant, qu’ils négligeaient, délaissaient systéma-

tiquement ce qui constitue l'intérêt psycho.

logique, pittoresque de cet art. Il arriva que par réaction, par révolte, avec l’exagération extrême”

de la jeunesse, — je devrais dire de l’enfance, — Je reportai toute mon attention sur l’autre partie du chant, sur celle qui ne comporte que l'expression, la signification; et je me mis à chanter d'une façon qui, peut- être, n’était pas absolument sans intérêt, mais qui, incontestablement, était antivocale.

Cela dura plusieurs années. J'étais persuadé que bien chanter c'était chanter ainsi, par saccades, avec réalisme, en donnant un relief excessif à-la parole, en ne s'occupant Jamais de l’économie sonore et que ceux qui procédaient autrement, ceux chez qui la voix

était sans cesse l’objet d’un contrôle et d’un

souci n'étaient « que des chanteurs » ! J'employais ce terme avec dédain. Eh bien, j'ai changé. Evidemment, je suis toujours l'ennemi du chant qui ne se préoccupe que de la virtuo-

(x) Cité dans le traité de chant de M. Isnardon.

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ental ; et j'ai fini par considérer le chant, ne dirai pas comme une matière palpable, ais plastique, où les sons et les mots ont une nportance égale, se complétant l’un l’autre DEPS a travail transcendant, à la fois esthétique et. canique, se prêtant une aide perpétuelle et ollaborant à une action commune.

Je vais plus loin. Je ne crois pas, à l’encontre

É de bien des gens, qu'on puisse « bien dire », ren bien Se et tout a“tait mal chanter '

mot bich dit, après avoir été be pensé, “place É= naturellement la voix où il faut quelle soit, lui donne la couleur qu'il faut. qu ’elle ait à ce moent précis et ainsi la moitié de la tâche est éjà accomplie. Dès que le son, inspiré, sugré nee 4 mot, vient se es autour de lui sas

| A précieux dd de Pere abstraites et concrètes emboîtées les dans les autres.

déjà tout ce qu'elle implique de rare et de dif-

ficultüueux. Nous allons tâcher de nous y retrouver, et, si nous ne parvenons pas à creuser à fond le problème, peut-être arriverons-nous à pouvoir y plonger, de-ci de-là, un regard lucide.

J'avais formé vaguement un plan pour cette série de conférences. Je crains qu’il me soit bien difficile de le suivre, dé m'y 14tenx Essayons toujours. Et puisque j’ai posé, pour aujourd'hui, la question : Pourquoi chante- #-on ? tâchons d’en trouver la réponse dans Ia chanson populaire. Ne remontons pas trop haut. Cela ne servirait de rien. Nous savons que le chant jouait un grand rôle dans les civilisations antiques, et surtout en Grèce ; vous le savez mieux que personne, puisque vous avez entendu, ici même, les éloquentes lecons de M. Jean Richepin sur l’Hellade, ses lécendes divines et son théâtre. Nous savons même en quelles occasions le chant apparaissait, occasions artistiques, civiques, patriotiques.. Nous devinons qu'il devait être fréquent, incessant,

dans la vie campagnarde, qu’il devait accom” pagner et charmer, selon l'expression d’ Hé-

siode, « lès travaux et les jours ».

Mais comment les anciens chantaientils ?

Cela, nous n’en savons rien. Quand nous parlerons de l’histoire dé l’enseignement du chant,

nous ÿ teviendrons. Aujourd'hui, ne parlons

que du chant spontané, populaire, et deman-.

dons-nous : « Pourquoi chante-t-on ? »

On chante pour bien des raisons. On chante.

parce que le chant est le compagnon fidèle et”

docile du solitaire, l’ami qui, dans l'isolement, berce le cœur malade, endort le chagrin, entretient l’attente, rythme le labeur. Il vient ou s’é-

à or, Ni ietzsche l' dit, TE ere di ee

- moins à partager les douleurs de ceux qu'on aime qu'à partager leurs joies. + Me à dans La Philosophie de P'Art, de Tainé, un beau chapitre sur la chanson te

is On % voit Re la manière cons se.

2 vre “SE », celui que Voie dos un. de see | rares Pre vers qu'il ait trouvés, 2ppee

LS Que faitil FN seul dans son sillon avec sa charrue et ses bêtes, il éprouve le besoin d’ani- 1er un peu son travail uniforme, machinal, d’alléger son effort, de se tenir compagnie à —. lui-même ? Parlera-t-il ? Avec qui ? Avec ses …bœufs + Il a déjà épuisé tout ce qu’il pouvait : PO léur dire Parlerat-il tout seul ? Pauvre | … homme ! Il faudrait, pour cela, qu’il pensât ! … Penser à quoi, mon Dieu ? Tout ce que peuvent - lui fournir de pensée son cerveau simple et iste, sa vie bornée, égale et « quotidienne », la. ee ressassé mentalement d’innombrables fois ! Alors, il chante. Il chante une chanson | de laboureur. Composée par qui? Par quel . Fe > autre laboureur d’autrefois, qui avait beau- Lie up de mal à nourrir ses petits par son tra- . vail, et qui était poète, Poète, il a, un je Ex pumeé tout simplement son chagrin, et aussi

ses rares moments ïe plaisir au milieu de ses champs, devant ses beaux horizons dorés, en.

quelques vers mal rimés, mais d’une saveur.

forte et persistante. Ces vers, il se les murmuraït peut-être tout d’abord sans chanter. Mais, bientôt, cela ne lui suffit plus; il éprouva le besoin de leur donner, dans l’air vif du matin, plus de. force, plus d’essor, de les faire « porter » plus loin, de les envoyer aux nuages, aux oiseaux, à toute la nature. Et, alors, se serait-1l mis à les crier ? Surcroît de fatigue, d’abord; ensuite, pour crier fort, il eût fallu qu'il s’arrêtât de marcher, de travailler; tout cela, il le sentait sans le savoir et, tout naturellement, il se mit à chanter. Et 1l s’aperçut bientôt qu’en chantant … il rythmait sa lourde marche, il redonnait du ressort, de la persévérance à son effort régulier set périodique. Et en chantant son air, en l’adaptant à ses mouvements, il le modifia, le transforma, le perfectionna, s'en enivra, — et sa chanson était créée,

Eh bien! cette chanson redite par d’autres, et encore par d’autres laboureurs, accompagnera encore, égayera le travail des laboureurs à vemir. Et c'est celle-là même que notre Pres homme chante, ce matin.

Mais voilà Comment la chante-t-il ? n. n° a pas pris de lecons de chant, 1il ignore qu’on place ou ne place pas bien sa Voix, qu’on respire bien ou mal, qu’on a des registres et des tim-. bres divers. Il chante largement, rudement, en prenant par grandes bouffées des respirations fréquentes. Et comme, dans cette chanson, il y a des ornements, des « groupes » et qu'il ne sait pas les faire, 11 les brusque, avec une brisure de la voix, faisant, de-c1 de-là, ce que nous appe-

| de son chant lui donnent plus de « carie à ère « encore; et si je veux, à mon tour, chanter - Le non . devrai m ’efforcer de les. RE

- Cette chanson de laboureur date vraisemblablement du XVII° siècle. Mais celles que chantaient les laboureurs grecs s ‘étaient, sans ses

formées de même, et qui sait si, à travers des

: siècles et des siècles, ce n’est pas toujours 1x ‘même chanson ie transformée à l'infini, que nous entendons chanter aujourd’hui en Normandie ou en Bretagne, en Auvergne ou

me. dans le Limousin, et quentendaient les anti-

4 :S ques Pélasges après que Triptolème eût ensei- . gné l’agriculture aux habitants d’'Eleusis? - D'autres fois, c'est près d’un enfant que le

: Re prend naissance. L'enfant pleure, il est nerveux, 1l ne veut pas dormir, il faut le dis * traire, lui raconter une histoire, — et, insensi- à LES pour qu’il l’écoute mieux, la mère, déjà poétique parce qu’elle est mère et.

qu'elle caresse son enfant, devient poète; : 2 elle rime, par-ci par-là, ses phrases, comme elle

peut; elle les rythme et, bientôt, pour les mieux rythmer encore, fait intervenir do ee

- quelque chose comme un refrain ; elle dit tout

cela sur une sorte de mélopée qui, peu à peu, se précise et devient un chant. Et, la chanson qui

…. éclôt peu à peu sur ses lèvres, c’est, par exem- e. : ple, celle des Trois jeunes princesses couchées sa sous un pommier Je vais vous la chanter, mais.

Es ne vous la ur pas comme la chante.

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Ja chanterai beaucoup moins simplement, et vous dirai tout à l’heure pourquoi.

. LU - - - . LL n L: . e . L Es . 12 L2 LA

Je viens de vous chanter cette berceuse (car tout révèle que c’est une berceuse : le rythme, l’inflexion mélodique du refrain, le ton général), eh bien ! je vais vous en chanter une autre. Et vous allez voir qu’il suffit de quelques notes et d’une différence de timbre pour nous transporter instantanément par delà la terre et les mers, dans un pays lointain, dans un climat étranger. Si, parmi vous, il en est qui assistiez à ma conférence d'il y a deux ans sur la musique évocatrice, vous vous rappelez peut-être certaines choses que je vous ai dites alors

Mais, si je vous chante maintenant cette”

deuxième berceuse, ce n'est pas pour vous montrer de nouveau la force d’incantation de la musique. C'est pour vous faire une petite démonstration vocale ; car n'oublions pas qué

tout ceci n’est qu’un -préambule et que nous“

sommes ici pour parler du chant.

Un peintre ne fait pas sa palette de la même

manière quand il va peindre un tableau sombre ét quand 1l va peindre un tableau clair. Entendons-nous ; je ne suis pas assez ignorant des choses de la peinture pour croire qu'il n’entre dans un tableau sombre que des couleurs sombres ; et croyez bien que, dans un son clair, il entre parfois beaucoup de résonances sombres, et que le contraire est aussi fréquent. Il y a là toute une question de mélanges que nous aurons peut-être le temps d'étudier plus tard.

Mais il est certain qu’un peintre qui va peindre

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