‹ Du chantChapitre 35 sur 41 · RS CE CE PS · texte numérisé non relu

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* absolument rien, et, parmi ceux-là, l’on compte

quelques-uns des plus grands esprits de l’humanité, Le docteur Ingenièros, dans un remarquable travail sur ce qu’il appelle Zes Idiots musicaux, cite comme dignes de cette humi-

liante appellation le grand naturaliste Cuvier, Macaulay le grand historien, et Victor Hugo.

Pour les gens affhgés de cette infirmité, la musique n'est qu’un bruit agréable, — à la condition qu” il ne dure pas trop longtemps. Et ce

nest pas à eux que je songe quand je dis que,

par sa nature, la musique évoque des milieux

étrangers et des visions lointaines,

Vous conviendrez avec moi que, si la musique purement instrumentale, c’est-à-dire privée du concours de la voix et de la parole, est capable de décrire ou d'évoquer, elle devient infiniment plus descriptive et plus évocatrice par le fait qu’elle agit en même temps que des mots prononcés, dont le rôle, justement, est d’indiquer et de préciser l’image. Danÿs certains cas, les mots

ne font que souligner, qu’affirmer ce que la

musique exprime par ses seuls moyens, comme, par exemple, dans les moments très lyriques où la musique tient la première place, où elle exprime tout ou presque tout par elle-même ; dans ce cas-là, les mots, en effet, se bornent à commenter ce que dit la musique. Cela se produit aussi dans d’autres cas, que nous n’avons point le temps d’énumérer 1ci. Mais, le plus souvent, ce sont les mots eux-mêmes qui ont donné naissance à la musique ; ils l’ont engendrée

dans le cerveau du musicien ; ces mots ont sug-

géré au musicien des 1 images, ont éveillé en lui des sensations mentales ; ces sensations, ces images ont fait naître à leur tour un ensemble

de sons ; cet ensemble de sons constitue le morceau ou le passage que le chanteur vous chante ; peut-être ce passage, sans les mots, serait-il déjà évocateur, puisqu'il est imprégné du sens même de ces mots, puisqu'il n’existe que par eux ; mais ces mots générateurs, entendus en même temps que la musique qu'ils ont créée, donnent à cette musique un surcroît de force, en décupient la puissance descriptive et surtout en précisent les intentions. Je prends comme exemple un passage du récit de donna Anna dans Don juan.

A, force de me débattre, de me tordre,

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no . | Du CHANT

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1l est légi ime que les paroles, ta * es de la musique qu’on entend, reprennent i la première place qui est celle qui leur appartient et dirigent la suite des sensations, des impressions que l'auditeur devra subir.

% Dans un cas normal, voici ce qui se passe : le. - mot et les sons qu'il a provoqués sont entendus + * simultanémerit : mais l'effet du mot, son action 4 sur l'esprit de l’auditeur a lieu avant celui du son (quand Jje dis avant, j'entends qu'il le précède avec une rapidité qui échappe à la percep- tion et au contrôle’; le temps d’un éclair est bien 4 Es long que celui de cet intervalle), os | À peine la signification du mot s’est-elle des sinée dans l'esprit, que la musique, toute satu- rée de cette signification, agit à son tour, COM: plétant, appuyant, précisant, par des moyens qui lui sont propres et qui n appartiennent qu'à à elle, le sens du mot, — parfois, même, le recti- fiant, le réduisant, l'amplifiant lui donnant des dessous étymologiques qu’il n’eût pas possédés à lui seul. Maïs qu'adviendra-t1l sl n'existe è | pas une concordance absolue entre cette musi- 4 que et lé mot qu lui est si étroitement lié ? si. É ce mot, par la açon dont il est dit, change de signification ou s’il est simplement affaibli ? La musique qui l'accompagne ne semblera plus se rapporter à lui ; il y aura asymétrie entre ces deux éléments se. la sensation et la sensa- É- Ption en sera altérée ou détruite. Voilà, in .. quée, si l’on peut dire, biologiquement, la raison pour laquelle il est indispensable que le Dur soumette sa diction, avec une fidélité . absolue, aux exigences du son et du mot compes Mais, en vérité, si je me > bornais, aujourd’ hui,

à vous dre qu vil fut daniel avec un sen:

ment juste, ne pas pleurer en chantant : Je suis Titania la Blonde et ne pas « détailler avec « malice » la lamentation d'Orphée, vous auriez quelque raison de m'en vouloir, quoiqu'il ne soit Jamais mauvais ni inutile de répéter ce qui est vrai. Non ; je ne suis pas venu dans le sul but de vous exposer des préceptes rebattus, mais pour vous dire une chose qui vaut qu’on . s’y arrête.

Par un mystère que je.ne puis prétendre expliquer, la diction subit nettement, et pro fondément l’influence des visions intérieures. Si, voulant décrire quelque chose, vous ne le faites qu'en prononçant des mots, sans avoir devant les yeux une reproduction aussi exacte que pos= sible de cette chose, votre description sera in- 3% complète ou faible, et c’est pourquoi le chanteur, s'il veut impressionner par la description ou l'évocation, doit être un visionnaire. “4 Mais il doit l’être au moment même où il chante. Il ne suffit pas qu’il ait, auparavant, songé à ce qu'il va dire. Oserai-je déclarer que, selon moi, et contrairement à œ qui est habi-. tuellement prescrit, il ne faut pas trop y penser d’avance ? La préparation préliminaire du chanteur doit être consacrée à la partie maté rielle du ane à le coloration générale du énes

ua. vocales où de qui sont à | redoute à Mais tout ce qui, dans le chant, est intangible, M tout ce qui doit provoquer l’ hallucination, ce qui. constitue sa puissance magnétique, je trouve. qu’il ne faut pas trop y penser avant de chanter ; qu'il ne faut pas flétrir, atténuer sa Propre *.34

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