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vision avant de la transmettre. Cette vision doit
vous être devenue familière, car il faut y avoir
beaucoup songé, souvent pendant des jours entiers, des semaines, des mois. Il faut la laisser s’effacer un peu avant de chanter, et, au moment de commencer, la raviver brusquement par un bref appel intérieur, par une concentration de quelques secondes. Vous vous causerez ainsi à vous-mêmes une surprise nouvelle, et provoquerez cette fièvre, cet état d’exaltation intime qui communique au chant un. pouvoir thaumaturgique. De même que vous n’éveillerez pas l'émotion si vous n’en éprouvez pas vous-même les symptômes, vous ne suggérerez pas la vision, l’image, si vous ne l’avez dans les yeux TANDIS QUE VOUS CHANTEZ. Si les paroles que vous prononcez décrivent une suite d'images diverses, 1l faut que, sur un écran imaginaire, ces images se succèdent devant vous et votre débit en sera successivement et diversement influencé. Pourquoi ? Je l’ignore. Sans doute, par un phénomène psychique, comparable au phénomène physique utilisé pour la fabrication des parfums, — je veux parler de ce courant d’air qui, passant sur des fleurs, s'imprègne de leur arome et le répand sur une matière qu’on a préparée à le recévoir. Admettons, si vous voulez, que le chant fasse ici l'emploi de ce souffle messager, et qu'ayant subi l'empreinte impalpable d’une image il aille la reproduire, comme en un miroir fidèle, dans l'esprit de œux qui écoutent.
Comme tous les faits dont la constatation est soumise sans contrôle à la perception
ke babe 6. individus, < ce pro . discuté, mais il n’en existe pas moins. | teur doit donc être x visuel ; il faut que S . - mots soient pour lui comme des précipité: d'images, qui, en se dissolvant dans son ce veau, y répandent l’hallucination. Ce don peut, en bien des cas, tenir lieu de culture et ce qui explique que certains artistes dont le chant et le jeu portent tous les signes d'une intelligence éclairée sont, en réalité, ignorants et médiocre: Mais la culture de l'esprit ne saurait jame nuire aux artistes et, s'ils sont déjà dou dans le sens que J'ai dit, l’instruction ne pour: que décupler leur faculté visuelle en l’affinant et cela peut être pile, © car à n est pas dope
ee ne at et fruste ; ce et être juste, na
y rs et simplement approximative ; elle É . peut être Juste, mais plate ou grossière, et surtout, manquer de ce je ne sais quoi .
imprime aux objets . un” “re dan
voisins qui se Fe A a aa pee Ecl : 4
gnement. L'un est la célèbre raie Chardin ; l'autre est une nature morte de Desportes. Même
… époque mêmes tendances, et l’on peut dire.
même sujet, car les deux toiles TOPrÉSe PIERRE des victuailles accumulées. ha Dans celle de Chardin, il y a un je ne sais quoi qui transporte. Les objets les plus tri rendus, Poe AVE une minutieu à LÉrE
ca qui semble émaner. Le us DIODES & nature, Le centre du tableau + formé Pas la
E “e Ancelle de tous AS joyaux A ciel et.
de l’onde, laissant jaillir de ses entrailles É. ouvertes mille reflets de nacre et de rubis, exha-
. lant une odeur marine et sauvage, offrant des + promesses succulentes à l'invisible ménagère qui À va lPaccommoder ; joie de la mer, joie des yeux, à
joie de la table. Une bouteille sombre placée
tout auprès, couverte de poussière à travers
laquelle on distingue l’or du vin, des huîtres répandues, des ciboulettes dans un plat d’étain,
- des carpes luisantes, une écumoire, une bassine ne. à en terre, une nappe blanche à fin liséré bleu
où se devine tout un régime de luxe discret, : entourent, accompagnent la figure principale, Me Ne o. * opposant ou superposant leurs formes, leur $ tn et leurs couleurs diverses, et com- :
| posent un ensemble éclatant et sobre à la fois, où se révèlent une abondance modeste et bien EN ‘ ordonnée, une activité facile, un intérieur hon- ee … nête et joyeux ; ce tableau, si matériel, a donc = … sa poésie. Mais il a surtout sa beauté de matière 0 … et de lumière que Diderot a si bien Vue
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Dans le tableau de Desportes, il y a, comme …. dans celui de Chardin, exactitude de dessin «et de couleur, savante ordonnance, exécution 4 Du: tout cela témoigne de beaucoup de … conscience et de savoir. Mais la tristesse et la platitude sont les traits de cette peinture ; ; …. à voir lesichoses qui sont là, rien ne s 'éveille … en nous, nulle idée de beauté, nulle pensée ne nous vient ; achetées au marché, placées. avec: Lite entente, et consciencieusement reproduites, elles De - ont accompli leur destin, qui était de poser ‘Est À devant un es habile et ennuyeux. FES
| De. même, on peut, en ae ‘dérines à BR Fe fois, avec exactitude et platitude. ce Si en chantant, vous avez à évoquer certaines # scènes du XVIII siècle, dans le style, par exem-. ple, de Watteau, il arrive que, si vous avez la 4 vision tant soit peu vulgaire, votre évocation ne ressemblera ni à un tableau de Watteau, 22 ni à un poème de Verlaine. Elle ne sera pas imprégnée de cette poésie vaporeuse, de cette is mélancolie légère, elle n'aura pas ces modu- Le lations d'ombre et de lumière qui donnent tant. de charme aux productions de ce peintre et. 34 de ce poète, Elles auront la précision CTUS, sèche, l’allure lourde et, par cela même, « antidix-huitième », qu’ on trouve dans les tableaux des mauvais peintres et dans les poèmes des w mauvais poètes qui se sont efforcés, en vain, | : de évoquer cette époque d'élégance, de manié- " risme aisé, de libertinage charmant, de sue . discrète et de tristesse voilée. | Je ne saurais vous exprimer l'horreur que 3 J'éprouvai, un matin que je me.promenais, à huit heures, dans le parc de Versailles, en ‘voyant soudain apparaître, dans la lumière matinale et crue d’un jour du mois d'août, un break automobile appartenant à une entreprise cinématographique et contenant toute la Cour de Louis XIV, qui venait prendre ses ébats près du bassin d’Apollon. Il y avait là un Roi- Soleil épouvantable, une M'° de La Vallière maussade, une Marie-Thérèse, un Molière, un Bossuet.. Tous ces gens portaient des perruques grossières ; ils étaient maquillés — ïls avaient chaud. Louis XIV perdait son nez ; M! de Ea Vaïlière, qui avait mal aux dents, s'en plai-
ETS —