‹ Du cheval bein mû et bein mis;Chapitre 19 sur 28 · I. Du cheval bien mis, septembre · texte numérisé non relu

I. Du cheval bien mis, septembre

Et d'abord, poiu' tous les deux, la première conditioQ à rechercher est le calme, le bannissement de toute appréhension de l'hippodrome ; plus que pour tous les autres, il est essentiel de les mener chaque jour sur le terrain d'entraînement ou sur l'hippodrome, les calmant et ne leur faisant faire, pendant longtemps, que du pas et du trot.

Il faut remarquer que le point de départ des défauts de ces deux chevaux est le même; c'est le manque de calme el, surtout, le manque d'obéissance aux aides du cavalier; ils cherchent tous deux à y échapper, le premier par la fuite, le second par une disposition contraire au mouvement en avant (tête en l'air ou tête entre les jambes), et ils s'en vont à leur guise, mouvant leurs membres d'une façon quelconque, désordonnée, affolée, au lieu d'en régler le jeu à la disposition du cavalier.

C'est au trot que le cavalier entreprend la correction, présentant les jambes, collées aux flancs, sans frapper, pressant fortement dans les mollets, principalement du côté où le cheval s'emploie le plus, poussant sur les doigts fermés solidement, résistant passivement, sans à-coups, moelleusement ; en même temps, et la poussée de jambes durant toujours, on doit opérer des demi-arrêts, les doigts toujours fermés, résistants, se serrant et se desserrant quand le cheval, cédant à l'action de la jambe et à l'effet du demi-arrêt, a employé lui-même moins de force de résistance, ne poussant plus autant, ayant un peu modifié la précipitation de ses postérieurs. Le desserrement des doigts, récompense intermittente, et le relâchement de la jambe, venant aussi par intermittence, doivent suivre immédiatement l'obéissance ou la plus légère modification, mais pour redevenir était aussitôt que le dérèglement se produit.

Cette action, qui a pour but de concentrer les forces

du cheval dans la main, dure plus ou moins longtemps selon le tempérament du sujet et la force musculaire dont est doté le cavalier; mais, si on agit sans brusquerie, sans à coups, sans impatience, Tobéissance vient à coup sûr.

Et quand le cheval, répondant alors à Faction du cavalier, se laisse régler ainsi au trot, on Tembarque doucement au galop, recommençant la même pratique.

Cette correction s'applique aussi bien au cheval qui pousse trop qu'à celui qui a la bouche égarée et veut vous emmener en mettant la tête au vent ou entre les jambes; seulement, dans le premier cas, c'est la résistance de la jambe qui doit prédominer celle de la main^ dans le deuxième cas, c'est la résistance des doigts, après avoir fait Topposilion nécessaire pour obtenir la bonne disposition de la tète, qui doit primer celle de la jambe, ou plutôt qui doit la devancer.

Avons-nous dit là rien de particulier qui s'applique spécialement aux galops d'entraînement?

Non.

A l'entraînement, le cheval se règle au moyen du demi-arrèt comme dans les promenades et le dressage courant ; la force nécessaire est plus grande, parce que le cheval est en général plus vigoureux, a plus de sang, qu'il est d'autant plus disposé à lutter, en voulant marcher, qu'on exploite là ses forces dans un travail plus énergique, mais, tout en étant plus grande^ cette force employée par le cavalier doit toujours être passive, égale en résistance à celle qu'oppose le cheval; c'est encore une opposition, rien de plus.

En l'embarquant au galop, le cavalier va chercher la tête et, aussitôt qu'il l'a saisie, il permet aux muscles de l'encolure d'aller chercher les mors en s'étendant. Penchant alors légèrement le haut du corps en avant, le cavalier, rapprochant ainsi son centre de gravité de celui du cheval, place ses mains sur le garrot, les doigts

DU CHEVAr, BIEN MÛ ET BIKN JUS.

ur les rênes et, par des pressions exercées d'un ur les reporter sur l'autre, principalement du

l'on galope afin de permettre au cheval de e;arder sa voie, les faisant coïncider avec un dent latéral des mors par un mouvement rapide lin qui fait vibrer les rênes, entretient la niobin m&choire.

ez la tête et lâchez te cheval », disait le vieil en- ■ Jennings '.

eval, au lieu de prendre un appui moelleux, se t-il pour tirer? un mouvement rapide des mains

ou à gauche, ayant pour effet de faire glisser idans la bouche, correspondant avec une pres-

doigts opérée dans ce sens et cessant aussitôt rc renouvelée, provoque la mobilité de mine le cavalier n'a plus qu'à entretenir par des nts ou des desserrements des doigts, sans enimpulsion.

ftchoire est travaillée à l'extension des muscles :olure ; si cette extension n'est pas permise, le

aura à lutter, tant qu'elle n'existera pas, avec ntractîon .

t faire tomber le cheval sur les mors, c'est un dtats qu'apporte, tout naturellement, la monte [■icaine dont nous dirons un mot (ont à l'heure. ! avant d'en être arrivé là, nous avons long- Ifltonné et, sentant qu'il fallait des rênes fendus les tendions, nous, au lieu de forcer notre i les tendre lui-même.

avons eu autrefois une jument, avec laquelle ons gagné plusieurs courses cependant, Dul- >ar Faisan et Dimetle, que nous trouvions très

à tenir; or, un jour, nous la confions A un de s amis, plus expérimenté que nous alors, qui t compliment, après lui avoir donné des gauis (le MaiiUon.

lops et ravoir montée en courses, sur sa facilité de conduite et la finesse de sa bouche ; nous restâmes rêveur et nous eâmes pour lui un sentiment d'admiration. C'est plustard seulement que nous comprîmes, en obtenantpersonnellement le môme résultat avec tous les chevaux, que la difficulté de conduite, attribuée par nous à ce bon animal, devait être imputée à nous seul; nous ne savions pas nous servir de cet outil affiné.

Nous sommes même arrivé, ayant un cheval très chaud à monter en course, à nos débuts, croyant le tenir enfin, U Tempêcher de marcher de telle sorte que ce cheval qui, avec sa qualité, devait galoper en tête du lot et arriver facilement, n'a jamais été dans la course; àTobstacle, lui n'osant pas se livrer, nous, sentant qu'il ne se livrait pas, nous avions perdu toute confiance et nous fîmes une course déplorable.

Que n'avons-nous su alore ce que nous disons plus haut et ce que nous avons appris à nos dépens?

Avcz-vous un cheval chaud, partant comme une flèche pour se mettre en tête au départ, ne l'arrêtez pas, laissez-le faire, ou bien vous allez tout enrayer; quand il aura fourni sa pointe, vous le reprendrez, vous le dirigerez comme vous voudrez.

« Ces chevaux », me disait un de nos maîtres en courses, le capitaine de Vésian, avec lequel je me suis rencontré plus tard dans le même régiment, « sont assommants à monter à l'exercice où l'on veut, où l'on doit régler le train, ils vous arrachent les bras et vous fatiguent horriblement, mais, en course, c'est là où on se rattrape. « Ah ! tu veux marcher, eh bien ! marche maintenant. »

Et cela vaut cent fois mieux que d'user leur énergie en les faisant lutter contre la main et en voulant, quand même, rester derrière ou dans le lot; une fois la pointe, qui a permis de prendre la tête, fournie, on règle son train devant^ voilà tout.

Et c'est par application de cette tactique que nous gagnâmes une course de baies le 5 mai 1895, à Angoulême, avec Nora — Nougat et Féroza — à notre ami Gelbert, très facilement.

Saisir la tète et, sans la lâcher jamais, permettre à rimpulsion de se produire avec le maximum d'intensité, la main servant seulement d'appui et d'agent de translation indicateur et régulateur, tout est là.

Quel apprentissage à faire avant d'en arriver là, si on n'a pas un conseiller expérimenté pour vous éclairer!

Nous avons commis de grosses erreurs autrefois que nous signalons sans vergogne.

Craignant de ne pouvoir tenir, en course, un cheval très chaud qui nous appartenait, nous essayâmes de la bride et... nous osons à peine le dire, une fois même, de la martingale.

Quelle folie, ou plutôt quelle ignorance! Mais, ne vous moquez pas, nous avons été bien puni; nous avons pris, à Vichy, en 1888, avec la martingale, une tape de premier ordre, et nous avons fait, avec la bride, la course déplorable que nous signalions tout à l'heure.

Inutile de vous dire que nous n'avons pas tenté de 'i'"i;veaux essais avec des engins du même genre.

i.es occasions de prendre part aux courses sont très I -M cs maintenant, hélas! depuis que le règlement nous impose l'objet d'art et de telles conditions qu'il semblerait que l'autorité veut nous arrêter dans cette voie *.

La pratique seule, cependant, permet de résoudre ces problèmes difficiles entraînant, en quelques instants, remploi le plus raffiné des aides et mettant à l'épreuve . les qualités maîtresses qui doivent prédominer chez

1. La circulaire du 2 juin et l'instruction du 12 novembre 1903 ont déjà apporté des modifications très heureuses, mais il y a encore beaucoup à faire pour encourager les jeunes officiers à monter en courses, nous le répétons.

SIXIÈME CAUSEKIE. 297

Tofficier : le sang-froid, la hardiesse, riiabileté de conduite.

Et c'est ainsi que, après avoir appris à nos dépens, nous avons pu courir et gagner plusieurs fois avec le même cheval que nous ne pouvions tenir en bride, le montant en filet et le conduisant alors à notre guise, et avec bien d'autres.

Et c'est ainsi que, à Tentralnement dont nous nous occupons toujours, tous les chevaux que nous avons entrepris — et combien ! — prennent leurs galops avec fruit et sans aucune peine pour nous, quand, autrefois, par manque d'habileté, nous en prenions tous les deux, faisant ainsi un mauvais travail.

Voyez comme les chevaux à l'entraînement sont calmes, voyez-les passant au travers des voitures pour se rendre à l'hippodrome, montés par un lad de quinze ans, ou attendant leur embarquement en wagon pendant que les locomotives sifflent, soufflent, et que les trains vont et viennent auprès d'eux. Pas un ne bouge.

C'est que l'entraînement est le meilleur travail d'assouplissement ; le système musculaire, étiré parles galops, ne s'emploie qu'à bon escient et les réflexes ne sont plus impressionnés par tous ces agents extérieurs. Ces bons animaux réservent leurs forces pour le moment de l'épreuve et la préparation les a mis à même de ne pas les employer inutilement.

Ou ciievai qui dé- Quand un cheval dérobe à l'obstacle, à l'exercice,

robe à robsUi- ., x ^ i i '

de. il est a remarquer encore que les moyens employés

pour le ramener ou l'empêcher de dérober sont faux, en général, et favorisent même son incartade.

En efl'et, il y a lieu d'observer que le cheval dérobe toujours ou presque toujours, du même côté. Pourquoi? Sans doute parce qu'il dérobe du côté où il est le plus souple, puis, parce que, en faisant eflbrt sur les rênes pour le ramener, à gauche s'il dérobe àdroile.

298 DU CHEVAL BIEN UO ET BIE^t MIS.

VOUS lui (tonnez un point d'appui avec la rêne d'opposilion, qui est alors la rêne droite, et îl se sert de ce surcroît d'appui pour emmener davantage.

Et d'abord, assouplissez le cdté gauche que le cheval contracte, raidit, pour refuser d'aller à gauche, puis, quand, en vue de l'obstacle, il commence à dérober, redressez brusquement la n^achinc, la tête en particulier dans l'autre direction, la gauche, et cela, au moyen d'un effet rapide des rênes et en augmentant l'impulsiou : le cheval sera alors entraîné comme malgré lui par la disposition et l'action, dans la direction contraire à celle qu'il veut prcQilre. Et si ce premier eôet ne l'a pas ramené complètement sur l'obstacle, vers la gauche, recommencez-le, dans le but. si vous ne pouvez du premirr coup lui faire passer l'obstacle, de le faire dérober à gauche. Ce sera déjà un résultat, une victoire, et, en limilanl l'écart, vous le ramènerez fatalement, sinon aujourd'hui, demain. Ëmmeiicz-Ie donc à gauche et, s'il veut dérober â droite encore, sa dérobade A droite lui fera passer l'obstacle.

Mais, à l'obstacle, ce dont il faut se persuader, c'est que toutes les fautes proviennent «l'un manque d'impulsion, de ce que le cheval, en se retenant, au lieu de faire venir et d'engager l'arrière-main, marque nu temps d'arrêt qui décompose le saut, diminue l'etTort et est cause de la chute de la masse. •

Il y a donc Heu de faire le contraire de ce que l'appréhension nous suggère souvent, marcher, marcher et solliciter l'arrière-main en employant surtout la jambe d'action, jambe du galop, et rester en communication avec la pointe, la tète, pour la relever, et redresser ainsi la masse en cas de faute.

Et il faut remarquer encore que plus l'obstacle est gros, moins la chute, si elle venait cependant à se produire, peut occasioimor de casse, car le mouvement ascensionnel nécessité diminue la force de projection sur le sol.

SIXIÈME CAISERIE. 299

A propos de la Le jockey Tod Sloan a mis en pratique le premier, en ricaiAe.^ '*"** France, la monte à raméricaine qni a donné et donne

tous les jours des résultats tels qu'il a eu de nombreux imitateurs.

11 y a lieu de considérer deux choses dans cette façon de monter : la tactique et la position.

La tactique consiste à utiliser Teffort du cheval dès le commencement de la course; le cheval, monté ainsi, prend la tête, gagne une grande distance sur ses concurrents qui se mettent à sa poursuite, usent leurs forces prématurément et sont à bout de souffle et de jambes pour lutter à la fhi, quand ils arrivent à rejoindre le « leader ».

Mais, une fois cette tactique connue, elle ne devait pas tarder à perdre une grande partie de sa valeur, par le fait queles concurrenls ont procédé par imitation.

Il n'en est pas moins vrai que les courses, prises d'une façon générale, doivent y gagner, car la vitesse en sera augmentée — dans la préparation, en effet, Tentralneur est amené à exiger des sujets une mise sur jambes plus rapide et une plus grande puissance de souffle — et le système musculaire sera mieux utilisé, puisque tout son efibrt, dont une partie était employée à lutter contre le jockey qui voulait le tenir en arrière ou dans le lot, sera destiné entièrement, après avoir été réglé à Texercice, à fournir du mouvement en avant.

C'est ainsi sans doute que les Américains ont obtenu, dans les courses de leur pays, des vitesses supérieures aux nôtres.

La position est le deuxième point à considérer. Le cavalier, juché sur le pommeau, avec desétriers très courts et les genoux très remontés, se couche sur Tencolure et va prendre les rênes très en avant, tout près des mors.

Cette position du corps est évidemment des plus favorables au mouvement en avant, le centre de gravité de rhomme, au lieu d'être maintenu en arrière ou sur

la même verticale que celui du cheval, étant en avance, contribue à entraîner la masse en avant, et Tarrièremain, complètement déchargé, est libre de s'employer avec toute sa puissance.

Tous les muscles de Tavant-main, tendus en avant, prédisposent la masse à s'étendre sur le terrain par le fait que le cheval, sentant Tinstabilité de son équilibre, est amené à précipiter la manœuvre de ses membres, — avec des chevaux énergiques comme ceux utilisés pour les courses, la chose est toujours possible — pour que la ligne de gravitation ne sorte pas de la base de sustentation, de la partie antérieure en •particulier, car le centre de gravité du cheval est amené alors à la limite extrême en avant, et les mouvements d'élévation et d'abaissement de la masse sont réduits au strict minimum ; les muscles de l'encolure en particulier, prenant tous la direction en avant, on voit la masse de l'encolure venir sur les mors, cherchant encore à les gagner à chaque foulée : à l'arrivée surtout, tout l'agencement s'emploie pour le mouvement en avant, tandis que, avec le rouler employé précédemment, il y avait une sorte de retard apporté au déplacement du centre de gravité en avant au moment où le jockey, suivant la foulée, s'asseyait et produisait un refoulement avec les bras et l'assiette.

Il n'est pas douteux que cette position du corps, très grotesque pour le moment, ne donnant aucune garantie de solidité et séparant les deux centres de gravité, se rectifiera tout en conservant sa situation avantageuse dans le déplacement du centre de gravité, et on a pu voir déjà, on voit tous les jours, les résultats que cette monte donne, puisque tous les jockeys qui, même sansTavoir pratiquée en Amérique, l'ont adoptée, avec leur facilité d'assimilation, gagnent des courses comme les professionnels d'outre mer *.

1. Le résultat du grand prix, on 1902, a été le suivant : premier, Kizil-

L'influence exercée sur le centre de gravité est

la base de l'équitation.

L'équîtation, pour utiliser la masse préparée aumoyen d'assouplissements, est donc basée sur Tinfluence à exercer, par le cavalier, sur le centre de gravité.

Celui-ci étant encadré par les jambes et les rênes, de façon que le cheval ne puisse Finfluencer lui-même que pour se conformer à la volonté de celui qui est appelé à l'utiliser comme monture, le cavalier se comporte comme sur une bicyclette. L'impulsion *, sollicitée par les jambes, vient à la main qui influence la partie avant, la tête, comme il influencerait le guidon en pressant du côté où il veut aller et en déplaçant son buste en conséquence.

Vous voulez aller en avant, penchez le corps en avant, et plus vous voudrez d'accélération de vitesse, plus vous devrez accuser ce déplacement de votre corps en avant; vous voulez aller à droite, à gauche, penchez le corps de ce côté; vous désirez ralentir, exercez votre influence sur le centre de gravité en penchant le corps en arrière; vous voulez arrêter,

Kourgan, à M. de Saiiit-Alary; dead heat pour la deuxième place, Retz, à M. Camille Blanc et Maximum^ à M. de Brémond. W. Pratt, qui montait Kizil Kourgan, est de la vieille école, mais G. Stern, qui pilotait RetZy et W. Lane, qui dirigeait Maximum, ont franchement adopté la nouvelle méthode. En lî)03, trois chevaux à M. Ed. Blanc^ Quo vadiSy Caïus et Vinicius ont gagné le grand prix dans cet ordre, et c'est encore W. Pratt qui pilotait le gagnant.

En 1904, Ajax, à M. Ed. Blanc, est arrivé premier, battant Turenne, le premier monté par G. Stern, le deuxième par Ransch, affirmant ainsi l'efficacité de la monte américaine.

En 1905, !•' Finasseur, à M. M. Ephrussi, monté par N. Turner; 2" Clyde, à M. Veil-Picard, pilotée par Cormack; S*" Slrozzi, au comte H. de Pourtalès, monté par O'Connor.

1. Les jambes, se comportant comme celles du bicycliste, pédalent tour à tour, s'adressant à leur postérieur, et cette action intermittente, devenant instinctive, n'entraîne pas plus de difficulté pour le cavalier, qu'elle n'en comporte pour le bicycliste.

arrêtez-vous vous-même ; vous voulez que votre cheval entre dans un coin, au manège en particulier, entrezy vous-même ; vous-voulez sauter un obstacle, sautezle vous-même, d*esprit bien entendu, autrement dit, ayez la ferme volonté de sauter. £t de la sorte, l'impulsion s'écoule là seulement où elle trouve une issue^ comme rélectricité dans un circuit ou sur une ligne télégraphique.

Et Téquitation, comprise et pratiquée ainsi, devient d*une facilité extrême et est mise à la portée de tous; et tous les problèmes, quels qu'ils soient, peuvent êfre résolus.

Quand le cavalier, pour obtenir un résultat, emploie ses aides, cet emploi résulte, soit d'une combinaison instinctive, soit d'une combinaison raisonnëe, mais on peut être certain, si le résultat est acquis, que la combinaison, instinctive ou raisonnée, a influencé dans de bonnes conditions le centre de gravité. Si la combinaison est raisonnée, c'est que la pratique et Texpérience vous ont donné la preuve, précédemment, que, pour obtenir le résultat désiré, l'emploi de vos aides devait être tel que vous l'exercez; si la combinaison est instinctive, recherchez les raisons pour lesquelles votre tact vous engage à agir ainsi et vous les trouverez encore dans une heureuse influence exercée sur le centre de gravité; et, une autre fois, pour acquérir le même résultat, votre combinaison, qui était instinctive jusqu'alors, deviendra raisonnée. Et, par l'habitude, elle deviendra de nouveau instinctive, en ce sens ( ue nous l'emploierons spontanément, d'une façon réflexe, au moment voulu et en connaissance de cause.

Il y a quelques années, dans mon régiment précédent, je fus amené, sur le désir de mon colonel, à dresser un peloton de chevaux h se coucher comme, le font ceux des cavaliers cosaques.

J'écrivis à Loyal et à Franconi afin de connaître les

procédés pratiques qu'ils employaient en pareille circoDstance.

J'opérais sur un fort lit de paille; la jambe droite du cheval, repliée sur elle-même, était altachée au moyen d'une étrivière; le cheval était muni d'un surfaix auquel j'avais fait fixer un anneau dans lequel glissait une corde qui venait s'attacher à une entrave placée au paturon de la jambe gauche. Je faisais cabrer le cheval en donnant des petits coups de cravache sur la jambe gauche et, au moment où il s'enlevait, je tirais sur la corde de façon à replier également la jambe gauche et je faisais tomber ainsi le cheval à genoux. La pratique me fît découvrir bientôt un moyen plus simple et, supprimant l'étrivière qui maintenait la jambe droite repliée sur elle-même et qui était un procédé un peu barbare, je mis une entrave à chaque pied et une corde passant dans des anneaux fixés au surfaix de chaque côté; je faisais cabrer le cheval et, sur l'enlever, tirant les cordes pour replier les membres, je faisais reprendre terre sur un, puis sur les deux genoux. Je prenais alors la rêne gauche et, relevant légèrement la tête en l'attirant vers la gauche pendant que, appuyé eu arrière de son épaule, je poussais la masse vers la droite, je le versais. J'avais agi ainsi sur son centre de gravité que j'amenais, en rompant l'équilibre, à venir toucher terre. Une fois le cheval couché, je le maintenais avec la rêne en relevant légèrement le bout du nez en l'air et vers la gauche, car le cheval a besoin encore d'étendre son encolure et sa tête en avant pour se lever; la rêne venait ainsi relever la tête à gauche, empêchant l'encolure de se redresser, pendant que, en appuyant légèrement sur son épaule, je maintenais le centre de gravité à terre et la masse étendue à mes pieds.

Plus de quarante chevaux passèrent ainsi entre mes mains sans que la plus petite égratignure ne soit sur-

venue; quand le cheval était à terre, je lui faisais donner de Tavoine. Bientôt je pus supprimer les entraves, que je faisais remettre du reste quand le besoin s'en faisait sentir de nouveau, et je versais le cheval par le seul effet de la rêne opérant pour le versement pendant que, place en arrière de Tépaule, je poussais la masse jusqu'à ce qu'elle versât.

Je procédai de même le clieval étant monté, prescrivant alors au cavalier, muni d*une baguette, d'en donner des petits coups sur Tépaule droite, en disant : u Couche-toi j>, pendant que je versais le cheval. Au bout de peu de temps, le cheval se couchait tout seul sous le cavalier à l'indication de « couche-toi » coïncidant avec de légers coups de baguette portés sur J'épaule.

J'eus bientôt trente chevaux se couchant ainsi à l'indication de leurs cavaliers, auxquels j'appris à les maintenir à terre en s'appuyant sur le cheval et en maintenant légèrement relevé en Tair le bout du nez.

C'est encore par l'influence exercée sur le centre de gravité que ce résultat était obtenu; l'homme, par son poids, le maintenant à terre, et empêchant le cheval, avec la rônc, de Tinfluenccr en allongeant Tencolure pour le relèvement.

A la fête du régiment, nous imaginâmes une petite pantomime. Un chef de Peaux-Rouges arrivait, faisait coucher son cheval, et écoutait, loreillc collée sur le sol. D'autres sauvages arrivaient à leur tour, et tenaient conseil en fumant le calumet; bientôt, un bruit de grelots se faisait entendre, une diligence, — la diligence classique, — approchait; les Peaux-Rouges la prenaient d'assaut. Le peloton de chevaux dressés à se coucher et montes par nos chasseurs en tenue arrivait alors et les cavaliers, après avoir fait coucher leurs chevaux à la manière des Cosaques, tiraient des coups de fusil abrités derrière.

Je dois dire, pour rester dans la vérité, que cette fête ayant lieu le 14. octobre, anniversaire d'Iéna, et la pluie s'en étant mêlée, un certain nombre de ces chevaux, n'éprouvant pas de goût, même avec de Favoine en perspective, à s'étendre dans la boue, firent des difficultés pour se coucher.

Nul doute que, eu poursuivant ce dressage, on ne fût arrivé à forcer ces chevaux à se coucher dans tous les terrains, pierreux ou mouillés, mais je m'en serais bien gardé, étant donné que le résultat ne pouvait avoir, en campagne, aucune application pratique.

Ce qui est intéressant à constater et à retenir, c'est que, pour obtenir le renversement de la masse aussi bien que pour empêcher le relèvement avant le moment voulu, on s'est adressé encore au centre de gravité.

Avec de la sagesse, du calme et de la patience, on peut donc entreprendre tous les dressages et, avec de la méthode et du raisonnement dans l'emploi des aides ou des moyens, arriver toujours à un bon résultat.

Dressage IVortou-Smitli*

Je veux dire un mot des procédés de dressage employés par l'Américain Norton-Smith, du cirque Barnum, non pas pour en conseiller l'emploi, mais pour en raisonner les résultats.

Au moyen d'une bride dite d'entraînement, faite en tissu de coton extrêmement souple et comportant trois parties, l'une, en corde, formant mors, une deuxième, passant par-dessus l'encolure à la manière de l'enrèncmcnt imaginé parle capitaine de Colbert, la troisième formant longe et passant dans trois anneaux, la mâchoire est ramenée contre l'encolure dont les contractions sont brisées par le rapprochement de ces deux parties l'une

DU CHtVAL BIEN MC ET BIEN MIS.

ver:» l'autre, loates les fois que Ton tire sur Textrémité de la longe; le cheval se trouve ainsi pris de telle façon qu'il est paralysé dans ses mouvements de résistance de la mâchoire et de Tencolnre dès qu'il fait un mouvement en arrière, tandis que le mouvement en avant amène le desserrement du système et la liberté, comme réchappement à la contrainte.

Dès que le cheval a éprouvé ces différentes sensations, dont les unes lui causent de la souffrance et les autres un soulai^emeut, il recherche celles-ci en se portant en avant et, même, par suite de la décontraction succédant à la conlractlon, il se précipite en avant en s'élança nt.

On le soumet alors à des épreuves qui vont agir sur son système nerveux de telle façon — casseroles s'entre* choquant, jet de vapeur lui arrivant dans le nez etc. — qu'il en conservera le souvenir pendant toute son existence, à l'instar de ce qui se passe pour un enfant qui ne touchera plus à un objet qui Faura brûlé.

Il se familiarise en outre avec ces bruits et, en raison de leur exagération même, il ne s'effraiera plus de ceux moindres qui viendraient à se produire ensuite dans le courant de la vie journalière. Enfin, s'il cherche à s'échapper par la fuite, ou bien il est contenu ou, mieux, le bruit continuant ou un nouveau plus épouvantable encore peut-être se produisant quand il se jetle d'un cùté pour échapper, il se forme en lui de nouveaux réflexes n'entraînant plus les mêmes conséquences.

C'est ainsi que, à l'apparition des bicyclistes, les chevaux ont été effrayés à la vue de ce nouvel objet et, bientôt, n'y ont plus fait attention; et il en est de même pour les automobiles. En province, l'animal, en rencontrant un par hasard, fait un écart tandis que, à Paris, au bout de très peu de temps, chaque cheval, appelé à vivre dans ce milieu d'enfer, se familiarise rapidement avec tous les épouvantails rencontrés et navigue au

milieu d'eux sans même s'en préoccuper. Et en effet, s'il voulait s'en garer, il aurait fort à faire et, pour échapper à un teuf-teuf, il tomberait sans doute sur un jet de vapeur, sur un auto ou sur un plot électrique.

A propos des raids oourus récemment.

La mode est aux raids et elle est à encourager ; c'est une des meilleures façons en effet, avec la participation aux courses, de susciter et d'entretenir les qualités qui doivent être mises en jeu à la guerre : le sang-froid, Ténergie, l'endurance, l'entraînement, la volonté de vaincre, en y ajoutant toutes les connaissances de conservation du cheval. Mais, en raison même des efforts extraordinaires demandés aux chevaux et aux cavaliers, les conditions de ces épreuves doivent être minutieusement étudiées si l'on ne veut pas aller à rencontre du but.

Dans la course Bruxelles-Ostende, qui eut lieu le 27 août 1902, le lieutenant Madamet, montant Courageux — Border-Minstrel et Hypothèse — a parcouru les 132 kil. en 7 heures (6*'5i"*51') et a été classé premier; le second, lieutenant Deremetz, montant Vulcain demi-sang, a fait le parcours en 7**22"*16'; le troisième, lieutenant Ilaentjens, montant Bahjmma, irlandais, a employé 7*'33"16''; le quatrième, lieutenant Romieux, montant La Côle d'Or, pur sang, a mis 7*^35°'. Les quatre premiers étant officiers français, ^'est une belle victoire pour notre cavalerie; mais, sur soîxante-et-un chevaux ayant pris part à la course, dix-sept sont morts, dix-sfept n'ont fait que 100 kil. et quatorze n'en ont fait que 59.

Il aurait fallu, pour éviter ce déchet, fixer un minimum et un maximum de temps.

Les conditions du raid Paris-Deau ville organisé, sous le patronage du Ministre de la guerre, par « les Armes etles Sports », couru les 12 et 14. août 1903, ayant été roieuY réglées, cette épreuve, dojit le lieutenant Bausil, du 28* dragons, montant MidaSy demi-sang, sortit vainqueur, donna de tout autres résultats.

Dans la première partie du parcours, qui avait lieu la nuit, Paris-Rouen (130^), les concurrents ne devaient pas dépasser une vitesse moyenne de 10 kil. à l'heure; minimum 13 heures, maximum 15. La deuxième partie, de Rouen à Deauville, 85 kil. effectuée le surlendemain 14 août, était libre comme allure et parcours. Les trente-deux concurrents ont fourni la première étape et deux seulement ont été éliminés.

Le lieutenant Bausil ^ classé premier, a fait les 85 kil. de la deuxième étape en i*'i4°5i"; le lieutenant Jouin, ^ montant Irissary, par sang, classé second, en 4**18™; le

, lieutenant Allut, montant Poète, pur sang, en 4^18°*2'.

r Deux mois auparavant, le 5 juin, le lieutenant Bausil,

f montant Midas^ accompagné du maréchal des logis

Peynau, du 28* dragons, avait couvert les 400 kil. qui séparent Sedan de Bruxelles, et retour k Sedan, en 50 heures; la vitesse de marche fut de 10*^500 environ à rheure et les chevaux arrivèrent en très bon état.

Dans le premier raid Vichy, couru en 1903, des détachements, composés d'officiers et de sous-officiers, devaient parcourir des distances variant entre 160 et 240 kil. : temps minimum, 30 heures, maximum, 36 heures. Les plus rapprochés firent une moyenne de 4^900 à rheure; les plus éloignés ne dépassèrent pas 6^700. Chevaux et cavaliers arrivèrent en 1res bon état. Les départs avaient eu lieu le 4 juillet et avaient été

1. Dans un ouvrage intitulé Paris-Rouen- Deauville^ le lieutenant Bausil a relaté des observations, ayant trait aux soins à donner au cheval pour lui faire parcourir de longa«\s distancos, qui sont intéressantes pour tous.

combinés de façon que Tarrivée eût lieu le 5 entre 9 heures et midi. Le lendemain, eut lieu un concours

de sauts d'obstacles dont le classement a été le suivant

Cavaliers ayant parcouru plus de 200 kil. — Officiers premier, capitaine Francolini, l'^'^ hussards; deuxième lieutenant Trochu, 20° dragons. — Sous-officiers premier, Hugonneau, 20" dragons; deuxième, Zon, l" hussards.

Cavaliers ayant parcouru moins de 200 kil. — Offi^ ciers : premier, lieutenantde Montmorin, 10° chasseurs; deuxième lieutenant Chaurand. — Sous-officiers : Poirier, lO'' chasseurs; deuxième, Lernat.

Dans le raid Tien-Tsin-Pékiii, les 126 kil. ont été parcourus en 7*'33 par M. Sommier, civil allemand, classé l*''", et en T^'Si 1/2 par M. Morling, civil anglais.

Le deuxième raid Lyon- Vichy, couru du 2 au 5 juillet 1904, devait se faire en quatre étapes :

2 juillet, de Lyon à Saint-Étienne 58^500;

3 juillet matin, de Saint-Étienne à Montbrison, 33 kil.

3 juillet soir, de Montbrison à Noirétable, 44 kil.

4 juillet, de Noirétable à Vichy, 62\500.

Les trois premières étapes devaient se faire à une vitesse minimade 11 kil. à Theure et maxima de 13 kil. La dernière étape, de Noirétable à Vichy, était à allure libre.

Sur les vingt-cinq chevaux qui y prirent part, trois seulement furent éliminés en cours de route et un succomba à l'arrivée ^

La moyenne de vitesse soutenue pendant les trois premières étapes a été de 13 kil. à l'heure, mais elle a été portée à 23 et 22 par les premiers arrivés dans la dernière.

Le classement définitif a été le suivant :

Page 1