‹ Du cheval mû et bien misChapitre 10 sur 42 · UN RETOUR EN ARRIÈRE · texte numérisé non relu

UN RETOUR EN ARRIÈRE

Exploration dans le champ des productions sur Véquitation dans ces dernières années.

Une série d'études sur les procédés à employer pour bien mettre un cheval ^ approuvée par les hommes de cheval les plus éminents qui ont été, en môme temps que nos chefs, nos conseillers et nos professeurs, avait marqué, pour nous, une première phase de découvertes et de progrès; soumises à nos camarades, ces études ont reçu le meilleur accueil.

Depuis cette époque (1890), nous avons continué à chercher, à pratiquer sans laisser de côté aucune branche, — courses, haute-école, dressage de toutes sortes, — à étudier, et c'est le résultat de ces observations nouvelles, marquant une deuxième phase, dans laquelle nous nous sommes appliqué à rechercher la façon quasi idéale de dresser et de mouvoir un cheval, que nous nous sommes proposé de présenter aujourd'hui sous forme de causeries.

La voie des re- Nous scutous de suitc l'objection. jouïs o^iiver te ^^^^ VOUS demandez ce que nous pouvons bien avoir nécessité djper- à dire eucorc sur ce sujet, sur lequel on a tant écrit, dans ces derniers temps surtout, à ce point qu'il parait entièrement épuisé.

Permettez -nous de vous prouver d'abord que le champ d'études sur Féquitation ne sera jamais clos.

En elfet, il y a deux catégories de gens qui montent bien à cheval :

1° Ceux qui, ayant reçu en don des dispositions spéciales, montent bien d'instinct en quelque sorte ;

1. " Du cheval bien mis » {Revue de Cavalerie, mai, juin, juillet, septembre 1890).

2** Ceux qui arrivent à bien monter par le travail.

Parmi les premiers, ayant des aptitudes spéciales, ceux qui cherchent encore à se perfectionner, à augmenter leurs connaissances, deviennent nos maîtres, tandis que ceux qui ne travaillent pas, quelque bien doués qu'ils soient, périclitent.

Quand on n'avance pas, on recule, ià comme ailleurs!

Tous doivent donc travailler.

Eh bien ! c'est en lisant les ouvrages qui traitent de cet art, c'est en causant avec les maîtres, plus encore, c'est en pratiquant, en recherchant tout seul, achevai, la cause de chaque effet, c'est en observant et en se rendant compte, que, tout à coup, un mot, une expression parlant bien à l'imagination, une découverte, une trouvaille insignifiante pour un autre peut-être, vous ouvrent à l'instant même des horizons nouveaux, auxquels vous confiniez et pour lesquels ce mot, cette découverte devaient être le « Sésame ouvre-loi ».

Lors de nos premiers travaux, le général de Bellegarde avait bien voulu nous permettre de lui soumettre nos observations, et, en nous répondant avec son amabilité ordinaire, il nous disait : « Pourquoi, plutôt, ne pas forcer le cheval, avec les jambes, à ne jamais rester dans le vide, à rechercher l'appui, à courir ap?'ès le mors ?

Ces quelques mots, qui ont été pour nous le point de départ d'un changement complet et qui, les premiers, nous ont ouvert une voie nouvelle, ne disent-ils rien à votre imagination comme à la nôtre?

Ne voyez-vous pas le cheval, actionné par les jambes qui le sollicitent toujours pour le mouvement en avant, courant sans cesse après le mors, sur lequel il se repose sans pouvoir l'atteindre assez pour se braquer, ce mors étant offert plus ou moins loin, mais rendu insaisissable en quelque sorte, présenté, par conséquent, très légèrement, reposant sur une mâchoire assouplie au préa-

lable, servant seulement à indiquer au cheval qu'il doit aller ici ou là, et qui n'est saisi avec plus de consistance, quoique toujours avec moelleux, que quand vous voulez plus d'appui, au travail allongé en particulier.

Connaissez-vous un petit ouvrage parfait dû à un ancien écuyer, colonel maintenant, le colonel M..., intitulé Réponse au questionnaire d' Équitation de l'École de Cavalerie, et publié en 1890?

Impossible de mieux dire, d'une façon claire, précise et concise tout à la fois, tout ce qui a trait à Téquitation.

En lisant dans cet ouvrage que « tout doit être pris sur le mouvement en avant » , — que « le cavalier ne doit pas tendre les rênes, mais que ce doit être le cheval qui, en allant chercher les mors, doit les tendre luimême » — cela ne vous dit-il rien encore?

Restez- vous insensible cjuand Fillis, après avoir établi que « dans lous les mouvements, c'est l'impulsion qui fait du cheval un seul tout et que c'est l'arrière-main qui, en s'engageant sous le centre, se relie à l'avantmain » •, ajoute :

« L'impulsion, donnée par les jambes, doit être reçue par la main qui s'en empare et la porte, la distribue en avant, à droite, à gauche, plus haut, en arrière »?

Et nous vous avons cité d'abord les sources où nous avons puisé, nous, avec la plus grande avidité, la plus grande confiance, parce que nous avons pu nous convaincre, dans la pratique, de ces vérités et parce que, comme conséquence, nous partageons entièrement les idées que nous venons d'émettre, mais, pour faire mieux et s'éclairer davantage, il ne suffit pas de s'en tenir là.

Il faut chercher encore dans les ouvrages traités par des auteurs dont les idées générales ne concordent pas entièrement avec les siennes, car si, en bloc, ce qu'ont émis ces gens de cheval, hommes d'études, de recher-

I. Traité de dressage et d'équitalion, ])ar Fillis, page 119.

ches aussi, ne concorde pas absolument avec votre conception, il y a toujours à glaner dans leurs observations.

Tout le monde a lu l'œuvre du commandant Donnai, aujourd'hui général, Équitalion, qui a repris et vulgarisé les études du capitaine Raabe.

Tout en admirant les curieuses observations exposées au point de vue de la locomotion, nous ne pouvons être partisan de cette méthode de dressage dans laquelle il y a trop, à notre avis, de travail à la cravache — quoique celui-ci, nous le reconnaissons maintenant, soit nécessaire et fasse gagner beaucoup de temps — et où, par le fait même, nous ne voyons pas assez de mouvement en avant; mais, comme le commandant Donnai, et après avoir fait une réserve au sujet de l'expression « affaissement total », qu'il emploie, nous sommes d'avis que la position normale de la tête doit être la conséquence de la décontraction complète des extenseurs de l'encolure (page 2). « Est-il logique, » dit-il, « que, le cheval étant un animal herbivore et passant la majeure partie de sa jeunesse à paître, nous exigions de lui, dès que nous l'employons à la selle ou à la voiture, un port de tête élevé, anti-naturel, qui comporte une contraction permanente des extenseurs de l'encolure? »

En 1892 ou 1893, paraissait une étude ayant pour titre : Equitalion diagonale dans le mouvement en avant.

Dans nos premiers travaux, nous avions déjà insisté sur la poussée diagonale; depuis, nos idées se sont accentuées encore en faveur de l'action diagonale; nous sautâmes donc sur cet ouvrage en nous disant : « Voilà quelqu'un qui partage nos idées et va sans doute nous donner de nouveaux éclaircissements! voyons cela! »

« A mes professeurs, les chevaux » , telle est la dédicace de l'ouvrage . Combienc'est vrai ! quoi qu'en dise Musany ^

Page 1