‹ Du cheval mû et bien misChapitre 12 sur 42 · ANIMATION DE LA MASSE · texte numérisé non relu

ANIMATION DE LA MASSE

V arrière-main doit venir à la jambe et Les mouvements de lavant-main doivent être la rrsultante de ceux de V arrière-main sollicités par l'action tactile, plus ou moins énergique, du cavalier.

fecluosités

courantes. q^^ entend dire souvent d'un cheval qu'il est « en

dedans de la main », nous l'avons dit nous-même, en parlant des chevaux qui cherchent à échapper à l'action du mors, dans nos études précédentes ; l'expression, nous nous en rendons parfaitement compte aujourd'hui, est impropre ; c'est u en arrière de la jambe » qu'il faut dire ; et ce n'est pas une question de mots que nous voulons soulever ici, mais de principe de locomotion, car cela prouve qu'il existe une partie de la masse, qui n'est pas animée. On dit encore qu'un cheval est flottant, qu'il échappe de l'arrière-main, etc.; la cause de tous ces défauts est la même et essentielle : Matique d'engagement dans le mouvement en avant.

En effet, si la masse était animée complètement, en entier, au lieu de ne l'être que partiellement, si le cheval, mù comme il doit l'être, ohéissait à l'action de la jambe du cavalier, l'impulsion, l'engagement lui-même dans le mouvement en avant le détermineraient, le forceraient à aller chercher la main, en dedans de laquelle on le

dit; et la seule chose qui pourrait arriver alors, si cette obéissance, base première de l'équitation, existait, c'est que Fappui sur la main fût trop considérable et que l'animal cherchât à la défoncer au contraire.

Si donc le. cheval ne va pas chercher la main^ s'il est en dedans, comme on ledit, s'il est flottant, etc., c'est qu'il n'obéit pas à la jambe, c'est que Varrière main ^ fait pour pousser, reste en arrière et n'accomplit pas son œuvre.

Le cheval est alors pris à l'envers, dans le sens contraire à celui oii il doit l'être, puisque, en raison de la direclion de l'impulsion^ qu'elle soit sollicitée par le cavalier — et c'est ce qui doit être — ou produite par le cheval lui-même, proprio ynotû, le mouvement, fourni par Tarrière-main qui le transmet à lavant-main, va d'arrière en avant, de l'arrière-main à l'avant-main, de la jambe du cavalier à sa main. Et comme conséquence, si tel cheval est en dedans de la main, — nous disons, nous, en arrière de la jambe, — c'est pour une des deux raisons suivantes :

Ou bien le mouvement n'est pas venu, non sollicité ou insuffisamment par la jambe du cavalier, de V arrièremain; ou bien la main, maladroite, n'a pas permis à l'impulsion de se produire, d'aller à destination, de passer, ou ne l'a pas reçue avec la délicatesse nécessaire pour que cette impulsion soit utilisée dans le but et avec l'intensité préconçus.

Un cavalier expérimenté, sentant, quand il est à cheval, ce qui se passe sous lui, constate ce défaut, s'il existe, dès qu'il a enfourché une nouvelle monture.

Avec un œil exercé, il ne s'y trompe pas davantage et détermine immédiatement, en voyant passer un cheval

1. Arrière-main. Partie du cheval qui est en arriére de la main du cavalier. Avant-main. Partie du cheval qui est en avant de la main du cavalier. Ces deux expressions d'équitation, qui sont francisées, sont employées au masculin par certains, et au féminin par d'autres. Nous les emploierons au masculin, ce genre semblant l'emporter.

monté, s'il est bien dressé, mii par un émule, ou mal dressé et monté par un cavalier inexpérimenté, car, dans ces deux derniers cas, le cheval se traîne et l'arrièremain reste en arrière; bien plus, sans voir, quand on entend passer un cheval sous ses fenêtres, à n'importe quelle allure, on peut, avec la moindre expérience, dire de même : ce cheval est dressé ou ne l'est pas, il est bien monté ou il Test mal, ses allures sont régulières ou défectueuses ; là encore, le plus souvent en effet, le cheval ne marche pas, il se traîne sous son cavalier, et sa démarche n'est pas assurée ou est irrégulière.

Ce défaut est très répandu parle fait que bien peu de cavaliers emploient les jambes et savent s'en servir, le secret primordial pour faire marcher un cheval leur échappe : l' arrière-main ne vient pas à la jambe, ne répond pas à ses sollicitations et ne lui obéit pas. essité ir«re Et cependant, comment concevoir un cheval dressé, sinon celui dont toutes les parties du corps sont à la disposition du cavalier?

C'est ce que Baucher définissait ainsi, car il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et nous répétons à dessein cette citation : Remplacer les forces instinctives du cheval par des forces transmises par le cavalier. — Et c'est surtout de l'arrière-maindont le cavalier doit être maître, puisque c'est lui qui donne l'impulsion et, par le fait même, quand le cheval veut aller dans une autre direction pour résister, c'est par lui qu'il cherche toujours à échapper.

Tant que l'arrière-main est en ligne, dans le prolongement des épaules, engagé, le cheval ne peut fuir qu'en avant ; mais si cet arrière-main n'est pas encadré, emprisonné dans les jambes, le cheval, devenant libre, avons-nous dit, d'influencer à sa guise son centre de •^ravité, échappe à l'action du cavalier en jetant ses hanches à droite ou à gauche, ou en les arrêtant, ce que nous appelons « mettre la mécanique ».

DU CHEVAL BlliN MÛ ET BIEN MIS. 6

laître de l'ai ièreuiaiii

Procédés pour être lualtre de

l'arrière- main.

Des attaques.

Si, donc, par le dressage, la possession, l'obéissance de l'arrière-main ne sont pas obtenues, l'animal se débrouille tout seul et, conformément à la théorie que nous avons émise en principe dans notre première causerie, les mouvements de l'arrière-main, qui doivent ôlre réglés, sont désordonnés ; c'est le cheval qui règle sa vitesse à sa guise, à sa volonté, l'un se retenant et marchant à peine, refusant de se livrer, de s'employer; l'autre s'emballant ou emmenant plus ou moins son cavalier; cela, selon le tempérament du sujet.

Et voilà comment on est étonné de voir un même cheval, qui semblait se traîner péniblement sous son cavalier, prendre, avec un autre pilote, des allures toutes ditîérentes.

Ses mouvements prennent de l'extension, du brillant, et, entre les mains, et les jambes surtout, de ce véritable cavalier, le cheval change du tout au tout.

La raison en est bien simple : le premier ne se sert pas de ses jambes, agents d'impulsion, ou s'en sert mal; et souvent le retient de la main ; tandis que le second demande l'impulsion avec la jambe et la règle avec la main ; et on peut imaginer ainsi la dillérence de résultat dans la conduite : le premier gêne son cheval dans ses mouvements, les enraie, tandis que le second, non seulement lui laisse la liberté de marcher, mais encore l'aide, en actionnant tour à tour chacun des postérieurs et en soutenant, en dégageant l'épaule sur laquelle l'impulsion vient aboutir, se reproduire tour à tour, à chaque foulée; celui-ci développe les moyens du cheval que le précédent entravait.

La nécessité de faire venir l'arrière-main étant établie, voici le moyen d'obtenir ce résultat.

Lorsqu'on a entre les jambes un cheval dont l'arrièremain est paresseux, ne vient pas bien à la jambe, qui hésite en marchant, qui est flottant ou tourne la tête à droite ou à gauche, qui n'obéit pas à l'action, à la près-

TROlSlliME CAUSERIE. 83

sion de la jambe ', il faut lui envoyer deux ou trois bonnes attaques de jambes, frappant ensemble ou séparément, auxquelles il répond par la fuite en avant.

Il est essentiel qu'aucune entrave, si petite qu'elle soit, ne vienne enrayer l'impulsion provoquée ainsi ; aucune sensation d'arrêt ne doit donc provenir de la main qui, gardant le contact par suite du glissement des rênes dans les doigts, laisse aux mors la facilité d'accompagner servilement la bouche, permettant en outre toute l'extension de l'encolure.

On reprend moelleusement, doucement, mais seulement quand l'élan, l'impulsion donnée, se sont éteints comme d'eux-mêmes, et l'on renouvelle l'attaque aussitôt si le cheval hésite encore au moment où l'on rapproche la jambe.

Et l'on recommence cette attaque, vigoureuse, énergique, toutes les fois qu'on en ressent le besoin; et plus elle aura été déterminante et sans entraves, plus on gagnera de temps en obtenant plus vite le résultat. Bientôt, le cheval craignant l'attaque, si elle a été bien déterminante pour le mouvement en avant, on le sentira accélérer son allure ou livrer son arrière-main à l'approche de la jambe .

De temps en temps, suivant le degré de sensibilité ou la dose de paresse du cheval, on devra recommencer, mais, dans la suite, le simple mouvement d'écarter le talon, comme pour donner V attaque, le fera détaler; enfin, un petit coup de mollet rebondissant, puis un simple rapprochement de la jambe suivi d'une pression,

1. Nous établissons même en principe que tous les chevaux ont besoin d'être dressés à répondre, par la fuite d'abord, par l'engagement ensuite, à l'action de la jambe : les uns, par manque d'énergie, de sang, laissent traîner leur arrière-main qui, par le fait, ne remplit pas son office; d'autres au contraire, par excès d'énergie, se servent seulement de leur arrière-main pour pousser, ce qu'ils font d'une façon désordonnée, sans l'engager; dans les deux cas, ces chevaux n'obéissent pas à la jambe, ne savent pas se servir de leur arrière-main ; il faut donc le leur apprendre.

De l'éperon employé coin me complément de l'attaque. Son danser.

feront activer le mouvement du postérieur, du côté de la jambe que l'on emploiera.

Ces attaques, qui ont pour JDut de lancer le cheval en avant, de le précipiter dans le mouvement en avant, doivent être faites avec les mollets et en n'y ajoutant l'action de l'éperon qu'avec la plus grande circonspection.

L'action énergique des deux mollets projette le cheval en avant, l'y pousse, l'y maintient ensuite en le forçant, par leur action complémentaire de l'atlaque, à filer entre les jamhes comme un noyau, comme une anguille ; cette action exige la décontraction des extenseurs.

Elle ne doit pas être produite en écartant complètement les jambes et il est presque inutile d'ajouter que le genou ne doit pas quitter la selle, ainsi que le font beaucoup de cavaliers, car la pression dans les deux mollets, comme si on voulait écraser entr'eux deux, à l'instar d'un étau, sa monture, est le complément indispensable de l'attaque; s'il y a écartement trop considérable du mollet et perte complète du contact, le cheval, devenant libre d'influencer son centre de g-ravité, profite aussitôt de cette porte ouverte en jetant ses hanches d'un côté ou de l'autre, là où il y a issue.

Et l'attaque de l'éperon, et son action prolongée surtout, provoqueront un effet absolument contraire à la décontraction des extenseurs qui entraine la fuite en avant; l'éperon, employé autrement que par une sorte de pincer très court, produit un effet de rétraction, de rétention; le cheval, piqué alors et non poussé, ruera, d'où arrêt, ou engagera davantage ses postérieurs sans se livrer, disposé à s'acculer, sa base étant diminuée, au lieu de fuir en avant en s'allongeant.

A notre avis, seuls, les cavaliers expérimentés et assez habiles pour exécuter ce pincer de l'éperon dont parlent tous les écuyers, devront le faire coïncider avec les attaques de mollets indispensables que nous préco-

iiisoDs; nous nous en rapportons à eux du reste, car nous pensons que, quand ils verront leur cheval répondre à leur attaque par une rétention au lieu d'y répondre par une extension en avant, ils se rendront compte que l'attaque, ainsi produite, est nuisible au lieu d'être efficace, en raison de l'emploi de leurs éperons, et ils laisseront ces engins — cruels quand ils ne sont pas aux talons des Maîtres — au vestiaire, ou ne les emploieront pas.

isiage de lai- Quaud l'arrière-main vient bien à la jambe, il reste •ière-maiii venu «^ ^^^ régler Ics mouvements : c'est en se servant avec tact de ses jambes — du mollet toujours, le talon très j^as, — que le cavalier obtient ce résultat final, chacune d'elles agissant directement, nous le répétons, sur le postérieur de son côté, activant, engageant celui-ci, celui-là, les deux, au choix du cavalier, à sa volonté, selon les nécessités et les exigences du travail.

Comprend-on que l'arrière-main, destiné à. pousser, à faire marcher la masse, soit en quelque sorte traîné par l'avant-main, reste en arrière? Ne se représenteton pas plutôt le cheval, légèrement assis par suite de l'engagement de l'arrière-main qui vient soulever un peu l'avant-main, devenant libre alors de transporter cet avant-main, son corps tout entier, au gré du cavalier, plus loin en avant, à droite, à gauche, en arrière même ?

Observez le jeune cheval, ou le cheval non habitué les Chevaux dont ^ g^ sevviv de SOU arrière-main, à la descente, sur un

l'arrière - inain i • t i + ^

ne foncuonne terrain en pente, au pas : au heu de marcher en quatie temps, il fait venir un postérieur à l'appui en même temps que l'antérieur du même côté pour que ces deux membres sentr'aident et, prolongeant l'appui sur les bases latérales, il marche alors l'amble ou l'amble rompu; ou bien, il fait venir le postérieur opposé en diagonale, ce qui constitue le trottinement. Pourquoi? On serait tenté de croire que l'arrière-main ne s'enga-

bservatlons sur

pas réSHlîèrc-

géant pas, son mouvement n'étant pas encore réglé, les muscles, pour les jeunes chevaux, n'étant pas encore développés, le cheval fait venir instinctivement un autre membre à l'appui pour se soulager et pour éviter de faire reposer le poids du corps sur un seul membre; sans doute, mais la véritable cause est le mautjiie d'équilibre.

Le centre de gravité, se déplaçant sans retenue, tant ([ue les muscles n'ont pas acquis une certaine résistance, oscille latéralement d'un côté sur l'autre, ce qui engendre l'association prolongée des bipèdes latéraux constituant l'amble, ou diagonalement, c'est-à-dire de la situation en avant vers la droite à celle en avant vers la gauche, ce qui entraîne forcément, de la part du cheval et pour retenir la masse ainsi balancée, l'association prononcée des bipèdes diagonaux, ayant pour conséquence le trottinement.

De même, l'honmie cjui n'est pas habitué à descendre des pentes un peu raides, dans les pays de montagnes, saute d'un pied sur l'autre, avance par élan, ce qui, souvent, en le faisant aller plus vite qu'il ne veut, risque de le faire tomber; tandis que le montagnard, dont les jarrets et les muscles sont faits, dont les articulations sont assouplies, absolument maître de son centre de gravité, se reçoit avec assurance sur chaque jambe, marquant, à volonté, un temps d'arrêt sur chacune, marchant d'un pas réglé, cadencé, sûr, fort. utilité (le la mar Aussi bien pour modifier la mauvaise habitude si-

clic SOI* les tCI*'

rains en pente gualéc, la iiiarche à l'amble — commune à tous les pour apprendre jgnf,gg chevaux — , OU le trottiuement, que i)our ap-

aii clieval à se "^ ' ' i i x

servir de son ar- prendre au clicval à se servir de son arrière-main, et

i*i^i*c-]n«iiii

pour en développer les muscles, il faut souvent, en terrain varié, descendre des côtes et, plus elles sont accentuées (en restant dans la limite du possible), mieux cela vaut.

Mais, pour que ce travail soit vraiment utile et effi-

cace, il faut laisser faire complètement son cheval, lui refuser, ne conservant qu'un contact très léger, toujours moelleux cependant et prêt à s'affermir, tout appui de la main et, en même temps, Factiver, le pousser avec les jambes.

Et qu'on ne craigne pas que le cheval, n'étant pas tenu, vienne à tomber; certes il en a moins envie que le cavalier, et nous n'avons jamais vu le cas se produire.

Si on le tient en employant de la force, au lieu de lui ofh'ir un contact moelleux et à peine plus affermi qu'en terrain horizontal, on le gène quand il a besoin de toute sa liberté; il prend un point d'ap])ui sur la main, et c'est la perte de cet appui, s'il venait à lui manquer tout à coup, qui risquerait alors de le faire tomber; enfin et surtout, il en profite pour ne pas se servir, comme il le doit, de son arrière-main. Son arrièremain, voilà bien ce qui le tient sur le terrain, ses postérieurs s'engageant et l'antérieur diagonal n'accomplissant son mouvement dans toute son amplitude que quand le postérieur opposé en diagonale a pris un solide appui et. s'est cramponné au sol; et voilà aussi comment le cavalier le tient, avec ses jambes, en faisant venir l' arrière-main et en le forçant par là même à s'employer.

Toutes les fois que nous faisons descendre une côte à nos chevaux, — en bon terrain, s'entend, comme dans le beau Limousin, pays essentiellement varié, auquel nous envoyons, en passant, un bon souvenir, — et nous le faisons souvent car nous considérons que c'est un des meilleurs exercices de dressage, nous avons pour principe de lâcher tout et de pousser tant que nous pouvons, semblant dire à notre monture « Débrouilletoi toute seule ; si tu tombes, je te laisse faire », et nous conservons seulement un très léger contact pour pouvoir diriger notre cheval, être en communication avec

le gouvernail et lui relever le nez dans le cas où il • mettrait le pied sur une pierre roulante, ferait un faux pas, ce qui peut arriver là comme ailleurs, mais nous ajouterons, moins qu'en terrain plat peut-être, sans doute parce qu'il se méfie davantage.

Mais il faut bieu saisir que ce contact doit être une simple communication, prête à s'affermir suivant le besoin, très moelleuse, mais exempte de force, sans cela on tombe dans le défaut signalé plus haut : on gène son cheval, on le tient trop et, comme conséquences : il ne marche pas avec la liberté qui lui est nécessaire, il se retient et c'est alors que, ne comptant plus sur lui seul, il risque de tomber.

Fait-il un faux pas, plonge-t-il trop sur la main, un simple effet de redressement, s'adressant au bout du nez, relève la machine et, agissant sur la masse et réagissant sur le centre de gravité, rétablit l'équilibre.

Toutes les actions du cavalier doivent donc s'adresser au centre de gravité, simples effets d'indication ou de redressement ayant pour but de forcer le cheval, et cela mécaniquement, à rechercher de lui-même l'équilibre nécessité par l'allure et le terrain.

Et c'est pour les mêmes raisons qu'il est recommandé Du jeune cheval dc ne pas chercher à relever les jcuncs chcvaux quand

réparant ses fan- -i i .1 x • 1 1 • i • 1

tes par luiim^- ^^ buttent; SI OU leur laisse prendre un appui sur la '"«• main, ils contractent l'habitude, par paresse, de compter

sur ce soutien, de s'abandonner sur la main, tandis que s'ils sont dressés, dans leur jeune âge, habitués à ne compter que sur eux-mêmes, s'ils pressentent qu'ils vont être victimes de leur maladresse, ils s'arrangent pour lever les pieds et ne tombent pas, nous vous le promettons.

Le cheval, comme tous les animaux, est paresseux et se donne le moins de mal possible ; si le cavalier prend une partie de sa peine, il en profitera, soyez-en certains.

iiiès avoir éi« li- La cliosc pcut se constater dans toutes les acceptions :

^ cheval"* loi! ^^I"''^!!*^ on passe d'une allure vive à une allure plus

ilijours^trenift lente par exemple, l'emploi des jambes est plus néces-

ir le cavalier . . . i ■ i

tuâ sou cm- sairc cpie jamais, car le cheval, par paresse encore, "*• par manque d'emploi, va arrêter sa croupe immédia-

tement, aussitôt qu'il aura deviné, par sensation, l'intention de son cavalier, au lieu de l'engager pour arrêter, pour retenir la masse en s'accrochant au sol et, si on le laisse faire, il va, au lieu de passer au pas ou au trot, s'arrêter, s'immobiliser.

Et le fait est vrai pour les chevaux à tempérament lymphatique comme pour les chevaux chauds et pour les chevaux de sang; car, quand ceux-ci vont plus vite qu'on ne veut, ils déploient d'abord plus de force qu'il ne faut pour le mouvement en avant et, de plus, ils rasent le tapis, ils accrochent les moindres aspérités, ils ne se donnent pas assez de mal pour lever les jambes; en un mot, ils ne se servent pas de leur arrièremain, connue cela doit être, pour soulever légèrement Tavant-main, n'engageant pas cet arrière-main sous la masse pour la pousser et la retenir.

Et tant qu'il n'en est pas ainsi, les changements de direction sont difficiles, quelquefois impossibles.

Dans les régiments, pourquoi les chevaux de troupe sont-ils souvent si désagréables à monter, échappant des hanches, allant plus vite qu'on ne veut, ce qui rend si pénible tout changement de direction? Parce que le mouvement ne vient pas de l'arrière-main, parce que, les cavaliers n'étant pas suffisamment initiés à l'emploi des aides, des jambes surtout, l'arrière-main n'est ni réglé, ni à leur disposition; les hanches ne sont pas assouplies, habituées à la jambe, et le cheval, n'étant pas mû par le cavalier, marche à sa guise et conduit son cavalier, par renversement des choses, où et comme il lui plait.

Dans le principe, en effet, le cheval ne se servant

Le cheval «loil toiijoiir)« être poussé, ton jours. toujours!

Et encore, et ton jours!

de son arrière-main que pour pousser la masse, sans l'engager, est mal traversé, c'est-à-dire qu'il n'est pas soutenu des deux côtés; tant qu'il en est ainsi, le cheval, tournant d'une pièce, risque de voir le terrain se dérober sous lui et il se produit souvent des chutes dans les changements de direction. Tandis qu'il faut que le postérieur du dedans s'engage et que l'antérieur opposé en diagonale s'étende pour embrasser le terrain à l'extérieur; delà sorte, le cheval est soutenu des deux côtés et ne risque pas de tomber.

Et cependant, comment faire comprendre à un homme montant un cheval chaud, allant déjà plus vite qu'il ne veut, qu'il doit encore employer ses jambes avec lui, le pousser, afin de le précipiter sur le régulateur, la main ?

On le peut, en lui donnant la preuve évidente, immédiate, que ce n'est pas l'impulsion qui est cause du désordre, mais la rétention.

Et en eflet, si au lieu de retenir son cheval de la main, comme chacun le fait, — et nous examinerons cela en détail dans la causerie suivante, — le cavalier permet, en laissant ghsser les rênes dans les doigts qui doivent être fermés, puis ensuite desserrés, ces doigts étant assouplis comme le reste, si le cavalier permet, disons-nous, à l'encolure, au corps tout entier, de se détendre, de s'allonger en avant, aux muscles de se décontracter, il jjourra pousser du mollet, attaquer même bientôt cette masse devenue malléable, inerte, paresseuse même, à ce point qu'elle demande maintenant à être animée, actionnée, quand, il y a quelques instants, le moindre des mouvements du cavalier se traduisait par un écart, une lançade de sa monture, sorte de balle élastique toujours prête à bondir alors et à envoyer rebondir dans un coin le pauvre cavalier aussi contracté que sa monture.

Et quand, plus tard, les cavaliers seront placés côte

à côte à Fécole de peloton ou d'escadron, pour le travail d'ensemble, il faudra exiger encore, plus que jamais, que chacun d'eux pousse sa monture avec les jambes pour la précipiter sur le régulateur, la main, car c'est à ce prix seulement que les allures seront coulantes et que l'alignement sera obtenu; s'il n'en est pas ainsi, il y aura des flottements continuels et, aux changements d'allures, il y aura des à coups considérables; en efTet, si le cheval n'est pas nui par le cavalier, poussé continuellement, et aux changements d'allures en particulier, chaque cheval, au moment du commandement ou dès (ju'il aura deviné l'intention du cavalier, s'arrêtera, mettant la mécanique, ici, là, n'importe oîi, à sa guise, donc sans ensemble possible; il en est autrement si chaque cavalier, poussant son cheval sur la main qui règle, le force à aller de l'avant jusqu'à ce qu'il éteigne l'allure lui-même par des reprises sur le mouvement en avant; nous en reparlerons.

Tout cheval doit donc être mû, actionné par les jambes du cavalier; le mouvement, demandé par la jambe à chacun des postérieurs, se reproduit sur l'épaule opposée en diagonale, qui s'étend ou augmente son soutien, selon que le postérieur a été plus ou moins sollicité pour le mouvement en avant ou pour l'engagement. La main, nous le verrons bientôt, règle l'impulsion fournie par l'arrière-main qui répond à l'action de la jambe, soit par une accélération de vitesse, soit par un engagement des postérieurs ou de l'un d'eux sollicités sous la masse, soit enfin par la cession des hanches, plus ou moins accentuée, des deux

côtés.

Tous les défauts des chevaux qui cherchent à échap-

• UlUUWClUt^Uli ,

source de tous per à l'action du mors ont la même cause, le manque lourir^pr^cï d'engagement dans le mouvement en avant : le cheval «lés Ile conduite; „yj porte au vcnt, comme celui qui s'encapuchonne,

mouveiuenti

son absence on se retient ; celui qui encense ou bat à la main se rc-

son insiittisan .• < ' i i . ^ ^ i- , . , . .

ce, source île ti^nt également, et, de même, se retient aussi celui qui tous les rtéfauts. fg^jj. j^g forces, celui qui grince des dents, comme celui qui claque les deux mâchoires l'une contre l'autre, comme celui qui met sa langue par-dessus le mors, comme celui encore qui la laisse pendre et la fait sortir de la bouche; toutes ces défectuosités, dis-je, proviennent de ce que le cheval n'obéit pas complètement à l'action de la jambe; c'est celle-ci qui doit le forcer à aller chercher le mors, à prendre l'appui aussi considérable que le cavalier le désire, à fermer la bouche,

— ce qui Tempèche de grincer, de claquer, de laisser sa langue pendante etc., — à tendre les rênes par suite de l'engagement dans le mouvement en avant; et par le fait même qu'on obtient la recherche du mors, le défaut disparaît.

Les hanches doivent être diligeiites, a dit le général L'Hotte, c'est-à-dire venir à lajam])e, pour engendrer le mouvement en avant ou céder sur le côté, de la quantité demandée, et cela avec la même souplesse, avec la même facilité.

Tous nos cavaliers émérites, tous nos grands écuyers

— nous avons des noms sur les lèvres qui ne demandent qu'à s'échapper, — ont ressenti cette nécessité.

En les voyant passer, en montant leurs chevaux, on dit : « Oh le commandant un tel, un Breton! » — Bon! voici que le pays natal d'un de nos anciens écuyers en chef est sorti de notre plume comme malgré nous !

— '(il a une puissance de jambes extraordinaire, il est vigoureux comme tout Armoricain! «

Loin de nous l'idée de vouloir retirer à ces maîtres la moindre parcelle des qualités physiques dont dame Nature les a peut-être gralifiés avec largesse, mais soyez convaincus que, le Créateur eût-il été moins généreux à leur égard en muscles et en vigueur, leurs chevaux marcheraient de la même façon.

La seule, la véritable raison, cest quils se servent de leurs jambes, ce que bien d'autres ne font pas, et que, déplus, ils s'en servent avec tact, aidant le cheval, par la poussée, là où il doit être poussé, activé, et cela de façon que leur eflet se produise dans le sens où le cheval meut ses membres, en diagonale.

La masse ayant été préparée par les assouplissements à répondre à l'action des aides, — voilà donc l'A. B. C, faire venir V arrière-main à la jambe, le forcer à s'engager sous la masse, par des attaques énergiques et renouvelées aussi souvent qu'il est nécessaire; plus elles auront été énergiques en principe, déterminantes, plus leur effet aura été rapide et plus il aura de durée.

Il y a tout avantage, nécessité même, à déterminer le plus de fuite possible à l'action de la jambe, quitte à régler cette fuite dans l'avenir, car on peut imaginer combien plus grande serait la difficulté s'il fallait amener le cheval successivement, par périodes, par phases, au degré de mouvement désirable; on ne le peut qu'en allant au delà; en restant en deçà, la locomotion serait toujours irrégulière, défectueuse.

Au point de vue de la locomotion, il y a de curieux rapprochements à faire entre la manœuvre du cheval et celle d'une machine à vapeur et, en particulier, d'une locomotive ; l'un d'eux me permettra de résumer la manœuvre par l'emploi des jambes, telle qu'elle doit être conçue et pratiquée.

Au départ d'une locomotive, la vapeur, pour démarrer la machine et la lancer, s'introduit à flots, avec bruit, par suite de l'ouverture du levier de marche, dans les boites à vapeur puis dans les cylindres des pistons, faisant aller alors ceux-ci jusqu'à fond de course; bientôt, en cours de route, le mouvement étant obtenu et la vitesse acquise, la dépense de vapeur

peut Mve diminuée, et c'est seulement lorsque la vitesse se ralentit que le mécanicien, ouvrant davantage l'orifice d'échappement, aug^mente de nouveau la rapidité de mouvement des pistons.

L'attaque pour mettre le cheval dans le mouvement en avant et l'y entretenir correspond à l'introduction de la vapeur faisant effort sur les pistons et les forçant à précipiter leur course; et de même, une fois le mouvement obtenu, la vitesse acquise, l'entretien sera réalisé par la seule présence, le simple placement du mollet, agent moteur, à la sangle, par le contact, — et le renouvellement du mouvement, de l'impulsion, ou une recrudescence de vitesse, seront demandés par une nouvelle attaque, quand le besoin s'en fait sentir.

Page 1