PI. XX
Tig. 53.
membres inférieurs de l'homme, les jambes, aux membres postérieurs [fig . 53) ^
Eh bien ! voyez un homme marcher, le mécanisme ne s'opère-t-il pas en diagonale, les bras servant de balancier, le bras gauche s'étendant plus ou moins en avant pendant que la jambe droite accomplit son évolution, et vice versa?
Et cette manœuvre diagonale des bras s'accentuera au fur et à mesure que l'exercice ou l'effort sera plus violents, viendra influencer davantage le centre de gravité et, par conséquent, compromettre davantage l'équilibre : au pas gymnastique, l'homme balance le bras gauche ployé pour faire équilibre à l'effort donné par la jambe droite et maintenir le centre de gravité au-dessus de la base de sustentation; et quand l'homme changera de direction, la jambe du dedans fournira l'effort principal pendant que l'épaule opposée, celle du dehors, s'avancera poui* suivre le circuit extérieur et le régler par la position du ]>ras demi tendu; avec un fardeau, il en sera de même et, pendant qu'une jambe fait effort, l'épaule opposée en diagonale, répondant à l'impulsion dans le sens où elle est produite, cède en avançant.
Et plus l'exercice est violent, plus ce mécanisme diagonal s'affirme.
Au patinage, pour maintenir l'équilibre très instable alors, et à plus forte raison pour faire ce qu'on appelle (( les dehors », le bras gauche s'étend en avant, emportant son épaule, pendant que la jambe droite est à l'appui; l'épaule droite se penchant un peu en dedans pour contrarier la force centrifuge et en combattre l'effet, tandis que l'épaule gauche l'utilise en s'avançant pour en régler le circuit.
Et l'apprenti, voulant arriver à exécuter « le dehors »,
1. L'original de cette photographie se trouve dans le réfectoire du 4e escadron du G'^ hussards et a été exécuté par M. le lieutenant Goguelat.
DU CriEVAL BIEN Mil ICT BIEN AUS. 17
devra faire du manège en se mettant en cercle à droite par exemple, restant à l'appui sur le pied droit, du dedans, le plus longtemps possible, utilisant l'impulsion fournie par le coup de patin gauche, changeant de cercle ensuite en maintenant à l'appui le pied gauche qui y est venu à son tour et en s'aidant par un mouvement de rein qui, accentué d'abord, devra devenir imperceptible.
Et pour arriver plus vite au résultat, prenez un bâton, une perche qui vous servira de balancier, prenez-le dans la main du dehors et, en changeant de cercle, changezle de main; bientôt, ce simple changement de main de la perche vous fera accomplir votre dehors — ce mot ne vous dit-il rien en le rapportant à l'équitation? — en vous maintenant en équilibre et en vous le faisant accomplir sans effort et sans risque de chute.
Eh bien! n'est-ce pas l'action diagonale analogue en tous points à colle à laquelle doit répondre le cheval dans le changement de direction, cédant à la jambe du dedans qui sollicite l'engagement du postérieur — c'est l'appui sur le patin du dedans — et étendant son épaule extérieure pour l'amener à décrire son circuit, — c'est l'effet de la rêne d'appui, cette rêne et le mors faisant office, de contre-poids sur l'encolure, le balancier, qui vient régler la force centrifuge.
Les rt'iies et les t^^ ■> l • ■ i t • ti u-
mors agissant ^^ ^ ^^^ aiusi quc VOUS voyez le cavalier qui a 1 habi-
snr le balancier, tudc de trotter et galopcr ses chevaux sur les deux pieds,
changeant de pied quand il change de main, tenir les
rênes instinctivement dans la main du dehors ', celte pra-
1. Il est reconnu que le plus grand nombre de cavaliers trottent de préférence sur le diagonal droit ; la raison, conforme à notre observation que cette préférence est entraînée par la disposition du cavalier ayant une des deux épaules en avant, se trouve encore dans ce que, la plupart des cavaliers conservant presque toujours les rênes dans la laain gauche (main du dehors) et cette position entraînant le retrait de l'épaule gauche, c'est l'épaule droite qui, étant plus en avant, est prédisposée à s'enlever en premier et le plus fréquemment. L'impulsion,
SIXIEME CAUSERIE. 2u9
tique venant confirmer encore l'haraîonie, l'analogie de la disposition et de l'emploi des aides.
S'il est au trot sur le diagonal gauche, travaillant à droite, il prendra naturellement, d'intuition, le paquet de rênes dans la main gauche, jouant alors sur les rênes et plaçant son cheval avec la main droite; s'il prend le galop à droite, il conservera les rênes dans la même main; or, nous avons fait remarquer que le cavalier devait mouvoir son cheval de la même façon au trot qu'au galop sur le pied opposé et c'est pour cette raison, avons-nous dit, qu'un cavalier qui a un pied favori au galop, le droit par exemple, préfère trotter sur le pied gauche.
Que ce même cavalier, au trot sur le diagonal gauche, prenne l'habitude de trotter sur le droit ou, l'ayant, qu'il change de diagonal, au même moment il changera les rênes de main, et s'il ne le fait pas, par manque d'exercice, — les deux mains doivent être exercées également à toutes les manœuvres et cet exercice de changement de rênes est des plus faciles — il en éprouvera de la gêne.
Et la raison pour laquelle le cavalier prend le paquet de rênes dans la main du dehors et, au galop en particulier, dans celle opposée au pied sur lequel il tiavaille, c'est que, d'instinct, il prend ainsi les meilleures dispositions pour porter les poignets en arrière et à gauche pour le galop à droite, en arrière à droite pour le galop à gauche, se conformant ainsi pleinement aux indications formulées par le règlement, l'autre main venant jouer en dedans et placer la tète du côté du tourner et du travail.
Et ce changement de rênes, ou son déplacement en dehors, sera analogue à celui du patineur entre les mains duquel nous avons mis une perche comme balan-
agissant sur leur organisuio inconscient, les enlève et les fait retomber sur le diagonal droit par suite de la disposition initiale.
cier et qui, dans son manège, la fait toujours passer dans la main du dehors pour mieux assurer son équilibre et régler son arc de cercle.
Par cette disposition, les rênes, chargées de diriger Favant-main en lui distribuant l'impulsion, ont toute facilité, la rêne directe, prise par la main du dedans, d'attirer la tête du côté où Ton veut travailler ou tourner, et la rêne d'appui de s'allonger pour suivre la bouche à l'extérieur, laissant l'épaule évoluer librement et se contentant de la régler dans son circuit.
S'il n'en est pas ainsi, voyez jusqu'où peut aller le manque de savoir et quels tristes résultats donne l'emploi contraire des aides.
De la eoiidiiite à une main. Importance de l'emploi de la rêne d'appui dans l'équilalioii militaire.
Je fais appel à vos souvenirs.
Vos hommes sont au travail en bride, vous les avez formés « au rang » à une extrémité du manège ou du carré, vous faites sortir l'un d'eux du rang au trot ou au galop et, quand il est sur la piste, vous lui commandez : « Volte. »
Le cavalier, conformément à ce qui lui a été dit précédemment, porte, s'il est à main droite, les deux poignets à droite, mais, la plupart du temps, ne peut terminer sa volte et est ramené, pendant l'exécution du mouvement, par sa monture sur le rang. Pourquoi cela?
Parce que, en outre de ce qu'il ne se sert pas activement, par manque d'habileté, — mais ce n'est que tout naturel en raison du peu de temps de service — de sa jambe du dedans venant réagir surl'avant-main qu'elle doit contribuer, par suite de son action sur le gros bout,
à ramener en dedans, parce que, dis-je, par le fait qu'il a porté ses deux poignets à droite, son effet se produit, pour la plus grande partie s'il a les deux mors, en entier, s'il n'a que la l)ricle, sur la barre du cùté extérieur (soit à gauche s'il fait sa volte à droite). Et, naturellement, la tête étant attirée à gauche, côté extérieur, le cheval, subissant en outre l'attraction du rang qu'il désire rejoindre le plus tôt possible, va du côté opposé à celui où le cavaUer veut. le faire aller et où celui-ci croit avoir produit son effet.
J'ai pris là un exemple que vous voyez se produire journellement, avouez-le, et qui confirme, par son exagération môme, notre exposé.
Aucun officier n'est capable de produire un efï'et aussi contraire à celui qu'il doit faire pour aller où il veut, mais cela prouve c[ue, en se servant de la rêne opposée avec force et continuité, on peut arriver à rendre impossible le mouvement projeté. L'expression « rêne d'appui », employée parle nouveau règlement, est beaucoup plus exacte et indique qu'elle doit seulement contribuer, par son appui, à régler le jeu de l'épaule du dehors en s'allongeant, afin de ne pas enrayer l'impulsion, le mouvement, et, tout au contraire, qu'elle doit en favoriser l'extension.
S'imagine-t-on, encore une fois, un homme tournant à droite, et dont une corde main liend rai t la tète du côté opposé?
Et cependant, le but final, pour le cavalier militaire, étant de conduire son cheval tout en ayant son arme, son sabre ou sa lance, il s'ensuit que la conduite à une main doit lui être tout à fait familière et que, des deux rênes, celle qui prend le plus d'importance et dont il est essentiel de lui apprendre plus spécialement la manœuvre, est la rêne d'opposition, dénommée parfaitement rêne (Uappui par le règiement.
Eh bien, il faut lui enseigner : 1" que pour permettre
à chacune des deux rênes de produire leur effet spécial, il y a lieu de raccourcir légèrement la rêne du dedans — et cette petite manœuvre qui deviendra instinctive est toujours possible puisque le règlement prescrit de se servir de la main droite momentanément même quand elle tient le sabre — et de laisser la rêne d'appui s'allonger, de façon qu'elle ne produise réellement qu'un efTet d'appui destiné à chasser la masse de l'encolure, et non pas un effet de traction; 2° que l'effet destiné à obtenir le changement de direction ne doit pas être prolongé, mais seulement une fois fait, quitte à le renouveler; 3" enfin, que les jambes, et principalement celle du dedans, sont les principaux agents du changement de direction, car c'est cette dernière qui, en déplaçant les hanches à l'extérieur, — celles-ci étant limitées dans leur déplacement par la jambe du dehors — détermine la masse à faire face dans la nouvelle direction et à y couler.
Et la manœuvre complète sera la suivante : le cavalier, marchant droit, en avant, clans une direction donnée, veut-il ou doit-il aller à droite : il raccourcit légèrement la rêne droite, se penche légèrement de ce côté en déplaçant la main du même côté, ce qui entraine le centre de gravité, fixe la jambe gauche, du' dehors, et exerce une pression avec la jambe droite, du dedans.
La manœuvre est finie, il faut en attendre le résultat; le cheval n'a-t-il pas obéi ou l'a-t-il fait imparfaitement, n'ayant pas gagné complètement la nouvelle direction désirée? la manœuvre est recommencée, renouvelée, mais pour ne durer qu'un instant. Ce n'est pas une manœuvre continue, c'est une manœuvre intermittente, reproduite jusqu'au moment où le résultat préconçu sera acquis.
Réflexions sur quelques instruments de conduite Leur utilité.
[ops débride. On a considéré comme nécessaire de mettre au cheval
de troupe deux mors, l'un brisé, mors de filet, releveur, l'aulre rigide, mors de bride, afin que le cavalier ait plus de puissance dans certains cas et ait une action d'abaissement avec ce dernier.
Ce mors présente cependant bien des inconvénients et est un instrument bien délicat à mettre entre les mains des gens inexpérimentés.
Les horribles mors à col de cygne ont, heureusement, disparu complètement des approvisionnements, mais le mors actuel, avec ses longues branches et son poids, est encore trop dur pour les mains auxquelles il est destiné, et il faut bien se rendre compte que la plupart des défauts de nos chevaux de troupe doivent être attribués à cet instrument de supplice.
Le cheval lymphatique, ixir manque de sensibilité, s'appuie sur cette barre rigide et en profite pour se faire porter; le cheval sanguin, ;>arej:cè.<f de sensibilité, contracte sa mâchoire par suite de la douleur éprouvée et oppose une résistance égale à celle du premier, la cause étant la même et les conséquences semblables, quoique pour des raisons différentes dans les deux cas; son existence est donc le plus souvent néfaste.
Nous avons émis le désir, dans bien des circonstances, de voir supprimer le mors do bride dans Féquitation militaire et nous savons que notre opinion est partagée par un grand nombre de nos camarades; sans être aussi radical, il faudrait au moins donner un mors plus doux encore que celui adopté, et le mors L'Hotte, avec un gros canon, sans liberté de langue et ses branches coiuHes, remplirait de bien meilleures conditions.
Il ne faut pas craindre, en tous cas, de mettre un
double filet aux chevaux qui, trop sensibles par suite de leur degré de sang, luttent constammen' contre le mors de bride ; un grand nombre de chevaux, qui avaient la réputation de s'emballer, sont tenus dans le rang et perdent une partie de leur irritabilité quand on leur supprime le mors de bride.
Depuis le temps où le mors de bride à col de cygne avait été adopté, le degré de sang de nos chevaux a considérablement augmenté, il y a donc lieu encore de modifier les instruments destinés à utiliser cet élément modifié, transformé.
On peut s'assurer facilement, par expérience, qu'une main inhabile obtient mieux la décontraction, et cela d'une façon mécanique, avec deux mors brisés, aussi bien en s'adressant à des chevaux lymphatiques qu'à des chevaux d'un certain degré de sang; la douleur causée par le poids seul du mors, augmentée parla force du bras de levier adapté à une main dure en général, qui amène une contraction nerveuse des muscles de la mâchoire venant s'opposer à l'obéissance, disparaîtrait par suite de l'adoption d'un double iilet.
A mon sens, au lieu d'employer un mors trop puissant, il faudrait adopter un mors si doux, si doux, que le cavalier, l'employàt-il de la façon la plus brutale, ne pût pas provoquer la contraction.
Et si l'on évite la contraction en amenant la décontraction, ne sera-ce pas complet?
Eh bien! deux mors doux, brisés, dont l'un aura, si on veut — pour avoir plus de puissance, ce qui ne veut pas dire qu'il causera plus de douleur — un bras de levier comme le Pelham, amènent la mobilité, par suite de ce que leur jeu divise les forces, les appuis, et qu'ils n'offriront pas de points d'appui rigide dont le cheval se sert, en s'arcboutant, pour emmener son cavalier ou se faire porter.
Il est bien entendu que nous ne faisons intervenir ces
considérations que pour les houiuies de troupe, l'officier, ou tout cavalier qui veut faire de l'équitation plus fine, devant conserver entre les mains un mors releveur et un mors abaisseur, celui-ci rigide, pour transmettre exactement et sans décomposition les effets des jambes à la main, et vice versa.
Mais, en attendant que cette modification pour les hommes de troupe arrive, et pour abonder dans le sens de ceux qui prétendent que, à un moment donné, un instrument aussi puissant que le mors de bride est nécessaire à nos cavaliers, voyons au moins par quels moyens on peut rendre ses effets moins barbares, et conséquemment plus utiles.
Je ne sais pourquoi, dans notre cavalerie, on est si rebelle aux assouplissements. Eux seuls cependant — et c'est pour cela que j'y reviens — peuvent avoir raison des résistances du cheval, aussi considérables soient elles.
Chaque jour, les cavaliers enfourchent leurs chevaux sans préparation aucune elles voilà partis, croyant que, comme par enchantement, leur monture va, aussitôt, répondre à toutes leurs exigences.
Quelle erreur!
Et, pour la bride en particulier, cela ne peut exister qu'à la condition d'avoir habitué le cheval à ce contact, et d'autant plus que les cavaliers sont plus maladroits, — Nous avons indiqué dans notre première causerie, et nous y revenons avec intention car cette recommandation est essentielle et applicable à tous les cavaliers, civils et militaires, qu'il fallait habituer nos hommes à exercer une petite manœuvre, à pied, avant de monter à cheval, en remuant un peu les mors dans la bouche, attirant légèrement la tête en avant avec le filet, et en produisant de petites pesées sur le mors avec l'autre main, de façon à habituer de nouveau le cheval à ce contact et à amener la décontraction.
Étrler.
Assouplissements de la cheville.
Éperon.
Et voilà la flexion de mâchoire qui vaincra la résistance musculaire pour la condiiile ordinaire, si on a soin de consacrer quelques minutes par jour à cet exercice avant de monter à cheval.
De l'ajustage de letrier dépendent la bonne position des jambes et du talon et, par suite, le bon euiploi de la jambe.
Dans notre étude parue en 1890, nous avons indiqué un moyen pratique de s'assurer si l'élrier est bien ajusté, nous le reproduisons.
Chausser l'étrier à fond et trotter à l'anglaise; si le genou remonte, l'étrier est trop court; si la jambe ballote, il est trop long.
Mais il faut remarquer que, quand l'étrier ne sera chaiissé qu'au tiers, le talon devra, pour que la jambe repose normalement et que le mollet, agent d'action, vienne à sa place et au contact permanent, être très bas; or, dans les premiers temps, le genou remontera par le fait que l'articulation de la cheville, n'étant pas assouplie, ne cède pas, et le cavalier, gêné, dira que son étrier est trop court.
Quelques assouplissements de cheville, consistant à peser sur le talon le plus possible et à exécuter des flexions, auront bien vite surmonté cette gêne, et le cavalier, se sentant bien alors, pourra pousser son cheval dans les deux mollets, en baissant le talon au lieu de le remonter.
Nous savons tous, en effet, comment opèrent les cavaliers inexpérimentés quand ils se servent de la jambe — et c'est parce qu'ils s'en servent d'une façon défectueuse qu'ils n'en saisissent pas l'importance et ne savent pas quels résultats son bon emploi peut amener — ; ils remontent le talon au lieu de le baisser et, de la sorte, ils piquent leur cheval de l'éperon au lieu de le pousser ; et le résultat est que le cheval, piqué et non poussé, répondant seulement à l'action de la douleur, rue en
vache, recule ou s'arrête, rétive au besoin, s'arcboutant sur cet engin au lieu de le fuir. Et ceci est une conséquence quasi mécanique; les muscles, au lieu de se détendre et d'entraîner la masse en avant, comme ils le font quand ils sont poussés, sollicités pour se détendre en avant, se recroquevillent à ce contact douloureux et produisent l'abaissement de la croupe, Tacculement et, par suite, la rétention.
Action mécanique encore sur le centre de gravité qui, au lieu d'être déplacé en avant par l'extension des muscles, est précipité vers le sol par la rétention ; comme conséquence, la machine s'arrête, se pique ou recule; souvent, même, l'effet de rétraction des muscles est tel que le cheval est précipité en arrière, entraîné par la vitesse acquise, n'ayant plus d'action sur son centre de gravité; il s'emballe en arrière et, l'équilibre étant rompu, le terrain risque de se dérober sous lui sans qu'il puisse alors, en raison de l'instabilité, s'y opposer.
L'éperon, pour les hommes de troupe, ne doit être considéré que comme un insigne qui distingue le cavalier du fantassin; il serait à supprimer à mon avis ou, tout au moins, à placer sur la manche, comme la harpe désignant le musicien ouïes haches indiquant le sapeur; au talon du cavalier, jamais !
Seul celui qui est très expérimenté peut s'en servir, et encore !
Je suis heureux de songer que, par suite de l'adoption de la jambière et de l'éperon à la chevalière, dans la nouvelle tenue de la cavalerie, on pourra souvent enlever les éperons aux hommes de troupe et, surtout, leur faire monter les jeunes chevaux sans cet engin de destruction.
Comme nous nous adressons à des hommes de cheval expérimentés, nous définirons le pincer de l'éperon dont les écuyers préconisent l'emploi et tel qu'il doit être compris.
Quand le cavalier veut châtier son cheval ou augmenter l'efficacité des attaques de jambes dont nous avons parlé et qui ont pour but de précipiter le cheval dans le mouvement en avant et de l'y entretenir, l'éperon doit arrivera la suite de l'attaque du mollet, venir pincer les muscles et se retirer aussitôt, l'action de poussée de la jambe continuant.
Quand un des postérieurs paresse ou que le cavalier veut s'adresser spécialement à l'un d'eux, le cavalier, sans déranger le genou, écarte le mollet, en frappe vigoureusement le cheval en arrière des sangles en allant jusqu'à faire sentir l'éperon, mais le retire aussitôt et fait coïncider encore cette attaque avec la manœuvre de son postérieur; et si les deux postérieurs ont besoin d'être stimulés, il s'adresse à l'un par cette manœuvre — on sent aussitôt que le diagonal précipite son mouvement et que le postérieur vient à la jambe — , puis à l'autre qui y répond de même.
Le talon est resté bas, mais, par suite d'une flexion de la cheville, l'éperon, qui y est iixé, est venu s'appliquer en arrière des sangles, saisissant le muscle que le mollet continue à pousser en avant; l'action peut être répétée, renouvelée, mais elle doit rester intermittente et être accompagnée de la poussée du mollet. L'action de l'éperon a alors pour but d'amener la fluctuation, la vibration des muscles, de celui commun au bras et à l'encolure en particulier; si le contact est prolongé, la fluctuation se fait en arrière; s'il est instantané et suivi de la poussée, le muscle se détend en avant. Là, comme toujours en équitation, il faut, après avoir provoqué un eflet, lui permettre de se produire; donc, pas d'entrave avec la main, avec l'assiette, et, après avoir provoqué le jeu de muscles désiré, il faut donner la disposition, en continuant l'action de jambe, qui favorisera la détente en avant.
Le Comte de Comminges, dans son Eqxiilatioii des gens pressés, rappelle l'eflet physiologique qui arrête
iiet un cheval au galop par le pincer maintenu de l'éperon aux sangles ; chacun peut le constater, mais cela prouve que, quand on veut se servir du pincer de l'éperon jîour obtenir la précipitation dans le mouvement en avant, il faut s'y prendre autrement, sous peine d'obtenir le contraire de ce que Ton désire. Nous l'avons dit, le pincer de l'éperon ne doit intervenir qu'instantanément, de façon intermittente ; et l'on peut voir que cet instrument, selon son emploi, peut être un aide ou une entrave du mouvement.
Le saut.
Le saut donne la mesure de la hardiesse ^ et de l'habileté du cavalier, aussi voulons-nous apporter quelques observations à son sujet.
Pour déterminer comm.ent doit se comporter le cavalier au saut, nous n'avons qu'à examiner ce que fait le cheval lui-même.
A quelques pas de l'obstacle, le cheval tend la tète et l'encolure pour le bien voir, juger le moment où il prendra sa battue et sonder le terrain sur lequel il va s'enlever ; à ce moment, après s'être enlevé sur un membre antérieur, puis sur l'autre ~, il se ramasse pour s'élancer et il faut alors, à tout prix, que l'arrièremain s'engage ; les membres postérieurs, venant frapper le sol à leur tour, projettent la masse en l'air et celle-ci retombe sur le sol de l'autre côté de l'obstacle, les antérieurs les premiers, la plupart du temps l'un après
1. Il n'y a pas d'obstacles qu'on ne puisse passer en consentant à prendre la tape {Équitalion des gens pressés, par le comte de Comminges).
2. Voir les observations chronophotograpliiques de 31. Guérin Catelain sur le saut du cheval.
l'autre, quoique presque en môme temps; la tète se relève alors, pour éviter le plus possible de la réaction aux membres antérieurs, et s'abaisse de nouveau immédiatement, car la grande préoccupation du cheval est de faire passer son arrière-main.
« La bouche du cheval s'empare de la main du cavalier qui suit la tête « servilement », dit le comte de Gontaut BiroQ dans sa brochure ^ ; il doit donc y avoir contact constant, mais tel qu'il ne puisse en rien gêner la tôle, empêcher celle-ci, le corps et l'encolure d'opérer les différents mouvements que nous venons de leur voir faire ou d'autres peut-être, spontanés, instantanés, instinctifs -, que le cheval exécute s'il a pris trop loin, s'il a mal calculé son premier effort, les dimensions de l'obslacle, s'il le touche, etc.
Et de même, le corps du cavalier doit, nous l'avons vu, suivre instinctivement, par sa souplesse et son liant, le mouvement du cheval afin de ne pas aller à l'encontre de ce mouvement et de ne pas gêner sa monture.
« En course », ainsi que l'exprime l'auteur des Courses dans l'armée, étude publiée dans la Revue de cavalerie'^ \ on doit !( dès que l'obstacle est en vue, diriger le cheval sur le milieu et, dès que la direction est assurée, fixer les aides d'une façon définitive jusqu'à ce qu'il se reçoive sur l'autre côté. »
Au moment du saut, s'asseoir, s'enfoncer dans sa selle le plus possible, le rein souple, le corps en arrière, de façon à assurer l'assiette, puis, desserrer les doigts pour permettre au cheval de prendre ce dont il a besoin de rênes, le contact restant permanent et devenant plus