‹ Du cheval mû et bien misChapitre 25 sur 42 · Septembre 189:> — janvier hS'JI · texte numérisé non relu

Septembre 189:> — janvier hS'JI

ferme ({oand le cheval se reçoit ou plutôt quand il a pris ce qu'il lui faut.

Au concours hippique ou dans un saut plus lent, plus senti qu'en course, on peut suivre davantage le mouvement de bascule du cheval et pencher légèrement le haut du corps en avant au moment où le cheval s'enlève ; mais, avant comme après le saut, le cavalier doit s'efforcer de rester assis et, au moment du saut, ce n'est que le haut du corps qui doit s'incliner en avant, le rein seul cédant par un mouvement instinctif, conséquence du mouvement de bascule imprimé par la disposition du corps du cheval au moment où il s'enlève et c[ue le cavalier suit par souplesse et par mouvement réflexe.

Aussi nous n'approuvons pas les cavaliers qui , au concours, en public, là où l'on veut récolter le résultat, — car il va sans dire que, dans la préparation, an début surtout, tous les moyens sont bons ; et celui de porter le corps en avant ou de saisir une poignée de crins, sont destinés, le premier, à soulager l'arrière-main dont le passage préoccupe toujours principalement le cheval, le second, à éviter tout contact désagréable de la main au cheval qui, les premières fois, fait souvent des bonds désordonnés, fougueux, accompagnés de lançades ou de mouvements de tête difficiles à laisser passer, à éviter encore toute retenue dans les doigts qui pourrait dégoûter le cheval au début — portent le corps en avant avec exagération, sous prétexte de donner plus de puissance à l'arrière-main, on saisissent alors les crins.

Défectueux et bien peu gracieux encore le mouvement de lever les deux bras en jetant négligemment les rênes, comme si l'on voulait donner des ailes à son cheval pour l'enlever par dessus l'obstacle.

Contraire aussi à la logique et à la correction, ce mouvement d'étiré ment de rênes que font certains cavaliers, les laissant couler outre mesure et se mettre en

guirlande, perdant le contact, les suivant d'une main jusqu'à leur extrémité pour bien montrer sans cloute qu'ils savent les laisser couler. C'en est une preuve en effet, mais ce mouvement, dans lequel ces cavaliers semblent se mirer, est un manque de savoir surtout, car si, pendant l'exécution de ce joli laisser aller, fait avec désinvolture, le clieval commettait une faute, la chute serait inévitable et la séparation de corps, commencée par cette interruption dans la communication, en serait fatalement la conséquence.

Et dire que l'on voit souvent ces mêmes cavaliers, ou leurs pareils, opérer de la même façon au saut en course ; et si, au concours, le principal inconvénient est de choquer l'oeil du fin connaisseur, il se produit alors, sur l'hippodrome, un ralentissement forcé, qui dure jusqu'au moment où le cheval a pu reprendre sur la main l'appui qui lui est nécessaire.

Le cavalier expérimenté, lui, agit de la même façon en course, au concours, à la chasse, toutes les fois qu'il saute en un mot; les doigts moelleux, en contact toujours avec les rênes, se desserrent, prêts à se raffermir en cas de besoin, pour laisser prendre au cheval tout ce qui lui est nécessaire de rênes pour l'extension de la tête et de l'encolure, et se raffermissent, quand le cheval a demandé tout ce qu'il lui faut, pour le soutenir au moment où il se reçoit; mouvement instinctif des doigts, réflexe encore, acquis par l'habitude ; le contact restant permanent et rien des bras ni des mains ne bougeant.

Grande faute encore, à notre avis, de vouloir toujours attaquer son cheval au moment du saut, au concours en particulier, sous prétexte de l'aider; souvent l'attaque vient à contre temps, on gêne le cheval au lieu de l'aider; et bien des chutes, beaucoup de taquets au moins, doivent rester sur la conscience de cette malencontreuse attaque.

Croyez-nous donc, il n'y a rien de spécial à faire au

saut, qu'il s'agisse de concours, de course ou de saut dans la campagne, rien que ce que l'on doit faire en tous temps.

I. Appeler énergiquement Tarrière-main, le forcera s'engager, à venir à la jambe, à s'employer, — comme toujours, mais en répondant plus précipitamment et plus énergiquement à la sollicitation, puisque le cheval va avoir à produire un effort spécial pour cheminer par dessus cet obstacle, qui représente seulement une aspérité de terrain ofirant plus de saillie ou de largeur sur le sol ;

II. Permettre au cheval de tirer les mors qui suivent la bouche, les rênes coulant dans les doig-ts fermés qui se sont desserrés, jinis raffermis; — comme toujours encore ;

III. Fixer les aides et être lié et souple pour ne pas gêner son cheval, pour ne faire qu'un avec lui et ne contrarier le jeu d'aucun des muscles dont son instinct aura suscité l'emploi; tout cela encore comme toujours, comme dans l'équitation de tous les instants, en considérant seulement, et cela, non pas au moment du saut, car cette réflexion engendrerait aussitôt l'appréhension, mais à l'avance, dès aujourd'hui, que les conséquences de la non exécution d'une de ces pratiques pourrait vous être des plus préjudiciables.

Au point de vue de la préparation du saut en vue des courses ou du concours hippique, il semble qu'il y ■ ne ours ait de bien grandes erreurs commises, répandues et généralisées.

Sous prétexte, en ce qui concerne le dressage du cheval de course en vue du saut, de ne pas le blaser sur l'obstacle et dans l'espoir que le cheval, en faisant un bond d'autant plus puissant qu'il ne connaîtra pas l'obstacle, risquera moins de tomber, on se contente, eu général, de lui faire faire quelques exercices de saut en liberté et on néglige complètement les assouplis-

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semeiits, ce que j'appellerai la gymnastique du saut.

Quelle profonde erreur et combien l'ont payée cher sans s'en douter peut-être!

Je veux vous conter, à l'appui de mon dire, certaine anecdote qui semble concluante.

Exemple aucciio- I^ Y ^ quelques années, un de nos camarades, qui tique. montait fréquemment et fort bien en courses, avait,

entre autres, un cheval fort, robuste, puissant, qui devait faire, qui faisait même de bonnes courses, mais qui, maladroit, prenait régulièrement la tape et, ce qui est plus sérieux, la faisait prendre à son cavaHer.

Celui-ci, conformément à la théorie généraUsée, se contentait d'exercices en liberté sur des obstacles placés dans un endroit clos et sur lesquels le cheval, fouaillé, était poussé à outrance pour lui apprendre, ainsi qu'on le croit, à aborder l'obstacle à toute allure.

On apprend ainsi au cheval, en effet, à courir sur l'obstacle et on lui apprend même à prendre sa battue et à se recevoir à une allure vive, mais, quant à le faire avec adresse, avec souplesse, ce qui sera le résultat de la gymnastique du saut, c'est autre chose. Et, en faisant sauter vite, avant d'avoir fait sauter doucement, avec calcul, avec mesure, le cheval apprenant à se servir de ses muscles, à bien employer ses forces, à calculer son effort, c'est vouloir encore mettre la charrue avant les bœufs.

Aussi, ce cheval, dressé ainsi, tombait-il toujours, et son propriétaire se désespérait.

Comme il communiquait ses déboires à l'un des hommes de cheval les plus éminents qui me contait cette anecdote, celui-ci proposa à notre camarade de le lui dresser.

« Non, non, » dit notre convaincu, « mon cheval s'arrêterait devant la rivière d'Auteuil pour faire jambette, pas de cela! »

« Libre à vous, » dit le dresseur.

Et le cheval continua à prendre des tapes.

Un jour, cependant, après l'une d'elles un peu plus sensible, on entra en pourparlers et le résultat de cette venue à composition fut l'entreprise d'un dressage raisonné et méthodique.

Deux barres étaient placées parallèlement l'une derrière l'autre à un mètre de distance, la première à 70 centimètres d'élévation, la seconde à un mètre, et le cheval, à la longe, était amené à les sauter ensemble à une main, puis à l'autre.

Quelques assouplissements à la cravache complétèrent cette préparation.

A la suite de cette éducation, le cheval, remonté en courses, ne tomba plus et gagna... si je vous disais son nom, que j'ai sur les lèvres, vous pourriez compter ses nombreuses victoires et vous seriez convaincus, je vous l'assure.

Oui, avant de faire faire des exercices en liberté à toute allure, ce qu'il faut réserver pour la fin, comme application terminale, faites faire à votre cheval de course delà gymnastique du saut. Vous lui faites passer, monté, une barre, au pas, au trot, en l'élevant progressivement, mais jamais bien haut, dans le commencement surtout; et il apprend alors, en s'assouplissant, à regarder l'obstacle, à calculer son elfort, à prendre sa battue, à bien disposer son corps, à faire agir les nmscles qui doivent être mis en action, à bien se recevoir, etc. Et le cavalier apprend en même temps, en s'assouplissant aussi, à suivre son cheval, à laisser son corps et ses aides prendre la meilleure disposition, à desserrer et à raffermir les doigts instinctivement, etc., etc.. etc.

Et vous répétez ce travail à la longe, faisant sauter deux ou trois obstacles placés les uns derrière les autres et à une distance suffisante pour que le cheval reprenne sa battue entre eux, puis placés par deux à un

Dressage spécial en vue du concours Uippique.

mètre environ l'un de l'autre, le premier un peu moins élevé que le second et devant être sautés ensemble, afin d'apprendre au cheval à planer et à s'allonger dans le saut.

Quand cela sera fait, vous pourrez venir au saut en liberté, à toute allure et en poussant le cheval, il sera temps de faire faire vite ce qui aura été appris et fait doucement, avec calme.

Et cette progression devra être également suivie pour dresser un cheval en vue du concours hippique.

Et ce cheval ne fera pas de taquets, je vous le promets, si vous terminez son éducation comme je vais vous l'indiquer et non pas en lui jetant une barre dans les jandjes au moment du saut.

Comment, vous voulez que ce cheval réponde à vcs désirs en faisant une série de sauts sans faute et, pour l'y engager, vous frappez sur ses membres, du bon emploi desquels dépendent votre victoire et la sienne"?

Et vous prétendez que, par crainte de la douleur, il va répondre à vos souhaits?

Erreur, erreur!

N'employez pas de barre ou d'instrument rigide destiné à lui causer une douleur qui, si elle a un résultat efficace quelquefois, peut engendrer le dégoût et la résistance; un simple attouchement avec une corde, avec un balai d'ajoncs si vous voulez, à la rigueur, suffit. Vous pourrez faire construire, dans le cas où vous vous occuperiez fréquemment de concours — je vous livre ce secret sans réclamer de brevet — un mécanisme composé d'une glissière, sorte de cadre manœuvrant dans une rainure, portant, à la partie supérieure, une corde tendue, un balai d'ajoncs, un fil dans lequel il pourrait être possible de faire passer un courant électrique, que vous placerez derrière une haie, un mur ou la barre et que vous ferez élever au moment du saut à l'effet de produire un attouchement qui, à la fois

suivante, déterminera un relèvement plus accentué des membres.

Mais croyez-nous, ne faites pas cela souvent, réservez cela pour les dernières séances, une fois même cela suffit; et commencez bien par la gymnastique. Quand le cheval touche l'obstacle et fait un taquet, c'est qu'il ne se montre pas assez énergique dans l'engagement de son arrière-main, une bonne attaque de jambes le rappellera à l'ordre et suscitera l'énergie nécessaire, comme dans l'équitation courante.

Et pourquoi n'en est-il pas ainsi généralement ? pourquoi ne s'astreint-on pas à un dressage raisonné et méthodique?

C'est que « s'il y a beaucoup de cavaliers pour monter — et c'est encore un grand homme de cheval qui parle — il y en a fort peu pour dresser, exercer, gymnastiquer, former, entraîuer ».

Et il ajoute : « La gymnastique suédoise esta peu près inconnue en France, sauf de quelques bons médecins ; la gymnastique suédoise pour le cheval est aussi utile. Quelques rares entrameurs la pratiquent en France et eu Angleterre, tandis qu'ils sont très nombreux en Amérique; aussi, les vitesses obtenues par ces derniers, comme leur rendement, sont très supérieurs aux nôtres et leurs bons sujets ont plus de qualité et sont plus nombreux.

« En français, cela s'appelle exercer. On prépare en exerçant.

« Beaucoup de gens préfèrent prendre de la besogne toute faite par la nature ou les circonstances et n'ont ni les dons, ni la suite dans les idées, ni la patience nécessaires pour conduire à bien une éducation.

« Ils sont incomplets ou incapables; or, les hommes méprisent invariablement ce qu'ils ne comprennent pas, a dit Gœthe.

« Je suis de son avis. Et voilà les causes du mépris où

DU CHEVAI. BIEN Ml ET BIEN MIS.

Ton affecte de tenir la haute école, qui n'est autre chose que la gymnastique raisonnée en vue du but à atteindre. »

A propos du cou- Une circulaire, du 26 août 1901, a créé un concours,

cours de chc- ,, t fn • < •

vaii\ d'armes pour chevauxd armes d ofticier, comprenant une épreuve

ci«é* par la cir- ^|g cQurse, uuc de drcssaee, une de fond et une de conciliaire du 26 ' ° août 1901. cours hippique.

Pour se présenter dans de bonnes conditions et obtenir les prix, il faut employer, dans la préparation, d'autres moyens que ceux en usage; mais encore, sans se mettre martel en tête, on n'aura qu'à appuyer sur la gymnastique et, en ce qui concerne le saut, on aura dû faire beaucoup sauter de petits obstacles, se réservant d'aborder des gros pour les derniers temps.

Et ainsi on sera d'accord avec nous, qui recommandons la gymnastique du saut, et avec ceux qui veulent éviter de blaser le cheval de course sur l'obstacle en ne lui faisant passer, monté, les gros que rarement avant l'épreuve; on réservera donc le passage d'obstacles élevés pour la fin de l'éducation, mais après avoir exercé son cheval sur des petits et lui avoir fait acquérir ainsi l'adresse et la souplesse qui lui serviront pour passer les gros au jour dit '.

1. Le championnat du cheval d'armes, en lUOi, a eu pour lauréats : le capitaine de Saint-Phalle, montant Marseille II, par Val ou Baudres et Mina, les lieutenants Bausil, Madamet, Vidé, Reinach-Werth, capitaine de Langourian et lieutenant Moigno.

Quelques-uns ont prétondu qu'on avait donné' de trop grands avantages au dressage.

En dehors de ce que notre camarade de Saint-Phalle, actuellement écuyer à Saumur, mérite à tous égards de figurer au premier rang et de ce que tout le monde ait applaudi à son succès, il est très heureux que le jury ait voulu affirmer quelle importance il attache au dressage.

En effet, au point de vue du sang-froid, de Féquitation d'extérieur, du saut en particulier, la génération de nos jeunes officiers n'a plus rien à apprendre et chacun d'eux est passé maître dans l'exécution ; mais il en est autrement pour la préparation et le dressage. Vojez combien il y a peu de chevaux mis, dressés, èten mm surtout ! Certes, l'équitation d'extérieur et du saut est la plus importante et la véritable équitation de guerre, mais songez quel surcroît de prépondérance notre cavalerie prendrait si les officiers, si habiles à exploiter

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