DE L'ACTION PHYSIOLOGIQUE DU CHLORALOSE
Dans une série d'expériences récemment entreprises aux laboratoires de physiologie et de chimie de la Faculté de
médecine de Paris (1), expériences que nous avons eu la
bonne fortune de suivre de près, MM. Hanriot et Ch. Richet
ont pu constater sur les animaux des effets vraiment remarquables du chloralose.
Si l’on fait ingérer à un chien de grandeur moyenne, 50 centigrammes de chloralose par kilogramme, ce qui représente une dose assez forte, nous constatons les phénomènes suivants :
Tout d’äbord, pendant trois quarls d’heure, quelques fois davantage, l'animal ne présente rien d’anormal. Au bout de ce temps, nous remarquons qu'il éprouve un certain embarras de la marche, ses muscles commencent à se raidir. Quelques minutes après, la gêne dans les mouvements s’accentue, la marche devient presque impossible ; si l'animal essaie d'avancer, sa marche est vacillante et ressemble à
\ 1. Bullelin de la société de Biologie, pages 1-7, pages 109- 113, pages 129-133, 1893.
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celle d'une personne ivre. 11 trébuche, essaie de se redresser, fait encore quelques pas, et finalement à bout de forces, tombe comme une masse inerte, les membres ne pouvant plus le soutenir. L'animal se couche sur le côté, Lout son corps est agilé par des mouvements fibrillaires. Les pauprières se ferment, le sommeil le gagne et rien ne peut le Lirer de l’état dans lequel il est plongé. .Cet état peut durer. quelques heures (de huit à vingt-quatre heures), au bout desquelles l'animal revient à son état normal. |
Si la doseest un peu plus forte, nous remarquons les mêmes phénomènes, mais l’animal ne se réveille plus, il meurt par l'arrêt de la respiration.
La dose est-elle plus petite le sommeil ne peut pas arriver, mais par contre nous assistons à une série de phénomènes excessivement curieux qui se présentent à peu près de la façon suivante : savoir, une heure ou une heure et demie après l'ingestion du chloralose, on remarque que les animaux changent d’allure, ils marchent continuellement. On dirait qu'ils sont poussés par une force irrésistible, ils errent au milieu du laboratoire sans aucun but. Rien ne peut les intéresser, indifférents à tout ce qui les entoure, ils marchent, la tête basse, touchant presque le sol, les oreilles tombantes, ne répondant pas aux appels des personnes présentes. Tous ces symptômes s’arrêlent ici, le sommeil n'arrive pas, peu à peu ils se dissipent et tout rentre dans l'ordre.
Afin de mieux saisir l’action de cet agent sur les différents appareils organiques, nous avons éludié en détail les effets d'une dose moyenne de chloralose, capable de produire le
csormmeil.
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Aclion sur la circulation el la respiration. — De loutes les expériences faites sur les animaux, il résulte que le chloralose ne possède pas d'action fâcheuse sur le système circulatoire. Il présente cet avantage sur la plupart des hypnotiques de ne produire aucun abaissement de la pression sanguine.
C’est ainsi que sur un chien qui, ayant pris une dose de 60 cenligrammes par kilogramme, dormait profondément et par conséquent était Lout à fait sous l'influence du médicament, MM. Hanriot et Ch. Richet ont constaté une pression de 18 centimètres de mercure.
Un autre chien qui avait subi une opération sanglante, rendu insensible par le chloralose, nous a apporté également la vérification de ce fait. Les artérioles, en effet, saignaicnt abondamment et le jet du sang élait d'une violence assez grande malgré la dose énorme de chloralose qu'on lui avait injecté. ê
Le chloralose n’a pas une action défavorable sur les fonctions du cœur. Lorsque nous faisons ingérer aux animaux des doses capables d'amener la mort, c’est en effet le cœur qui meurt en dernier. La mort se produit par l'arrêt de la respiration et, si nous avons soin d'entretenir la vie en pratiquant la respiration artificielle, le cœur conserve pendant longtemps sa fonction normale.
Ce qui résulte de l'expérience suivante : un chien avait reçu par injection intra-veineuse et progressivement 35 cenligrammes de chloralose. Malgré cette énorme dose les battements du cœur restaient très réguliers jusqu'au moment où l’asphyxie allait s'établir. Alors naturellement il commençait à fléchir, mais se remit bien vite une fois la res-
HO piration artificielle établie; son rythme redevint normal. Une autre expérience : Un chien reçoit par injection intra-veineuse des doses croissantes de chlora!ose. Il reçoit d’abord 16 centigrammes par kilogramme, ce qui représente une quantité suffisante pour produire le sommeil. Pendant le sommeil nous prenons le graphique du cœur et nous constatons le rythme cardiaque tout à fait régulier, la respiration est également normale (une respiration pour 4 révolutions cardiaques).
A rès 10 minutes nous ajoutons encore six cenligrammes : aucun changement appréciable. Quelques minutes après, nous injectons encore 6 centigrammes de substance, et. cela fait remonter la dose à 28 centigrammes. Le tracé nous montre une légère modification : le rythme du cœur, tout en se maintenant dans la normale, n’est plus dans la même proporlion avec le nombre des respirations, qui devient plus rare (cinq révolutions cardiaques pour une respiration).
La respiration devient encore plus rare, en ajoutant encore 4 centigrammes de chloralose : 8 battements de cœur pour une seule respiration, À 5 heures du soir (expérience avait commencé à 3 hcures), le chien avait absorbé 38 centigrammes de chloralose et malgré cette énorme dose nous constatons des battements réguliers, mais la respiration est encore plus rare : 1° battements cardiaques pour une respiration (voir tracé n° 1).
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Cœur et respiration. — Chien chloralosé. — Dose variable. A...0,16: —B.:.. 0,22. — CG...: -0,28 — D....: 0,28. E.... 32. — F.... 0,38 (à 5 heures).
Cette expérience est très concluante. Elle nous montre, en effet, le peu d'action qu’exerce le chloralose, même à haute dose, sur le cœur eten même temps le ralentissement progressif qu'éprouve la respiration au fur et à mesure que nous augmentons la dose de substance active.
En effet, un quart d’heure après, c'est-à-dire à 5 h. 1/4, le chien qui avait reçu déjà 38 centigrammes de chloralose en injection intra-veineuse, nous présente la respiration très ralentie et à 50 révolutions cardiaques, nous avons à peine une seule respiration.
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Quelques minutes après, la respiration devient si rare que l’asphyxie commence à s'établir. Avec l’arrêt de la respiration, il serait survenu également l’asphyxie du cœur et par conséquent son arrêt. Ayant pris nos précautions, nous pratiquons la respiration artificielle et immédiatement le cœur, après quelques mouvements, reprend son rythme normal (Voir graphique, n. 3).
a hf Rs hh AM URI SNS de PRRUASUR DIRAIT TN AAA RER RER LE LME ERA IE KE HS U A HE J h Ah ll fisaoa ant g La respiration artificielle étant supprimée le cœur se ralentit, puis s’arrête. Alors on fait la respiration artificielle, le cœur bat lentement et à la ligne 2 il a repris. Entre les lignes 2 et
3, le cœur bat avec force. On supprime la respiration artificielle, de nouveau l’asphyxie du cœur recommence.
Tant que dure la respiration artificielle, les battements du cœur restent toujours réguliers. Si nous la supprimons, nous pouvons encore obtenir pendant quelques minutes un rythme régulier (voir le graph. 4).
SN ERNEST SR EN SC PRE PEN Cœur d’un chien à 9 h. 1/2 du soir, qui a reçu à 4h. 1/2, 0,44
de chloralose.
Us
Or
Pour mieux mellre en évidence l'innocuité absolue de cette substance sur les fonctions cardiaques malgré des doses énormes, nous avons mis à nu le cœur d’un chien qui avait reçu 0,34 de chloralose par kilogramme, el qui était ainsi sous l'influence du sommeil. Avec un appareil spécial, nous avons pu obtenir le tracé suivant (voir le graph. 5), qui nous montre d’une part les contractions excessivement fortes du cœur et, d'autre part, sous l'influence de l'excitation du
pneumogastrique, leur ralentissement évident.
AMEN ie FE Cœur mis à nu, 0,34 de chloralose. En A, excitation du pneumogastrique.
De toutes ces expériences, il résulte que le chloralose à petite dose diminue la fréquence de la respiration ; à une forte dose, la respiration, après s’être ralentie d’une manière progressive, finit par s’arrêter.
D’autre part, le cœur et le système vasculaire ne ressentent aucune influence défavorable. Les battements du cœur restent toujours réguliers et la pression sanguine n’est. pas abaissée.
Action sur la température. — Le chloralose n’a aucune influence sur la lempérature. Malsré les énormes doces de
chloralose que nous avons fait absorber, aux animaux, la tempéralure reclale restait toujours normale.
Ugolini Mosso a constaté que la température baisse
au début, pour monter au-dessus de la normale, aussitôt l'animal réveillé.
Action sur le système nerveux. — C'est surtout sur le syslème nerveux que l’action du chloralose se manifeste l’une manière particulière. En effet, en dehors du sommeil, dont nous nous proposons à étudier les caractères avec plus de détails, nous assistons à d’autres phénomènes très curieux, qu’on n’a pu encore provoquer avec aucune substance hypnotique. J
Chez lous les chiens en expérience qui ont pris par voie stomacale une dose de 0,25 par kilogramme, MM. Hanriot et Ch. Richet ont pu constater les troubles suivants une heure ou une heure et demie après l’ingestion du chloralose les chiens commencent à changer d’allure, [Ils ne peuvent pas se tenir sur place, leurs mouvements deviennent incertains et ils ressemblent beaucoup aux chiens qui ont
subi une opération cérébrale.
Alors au lieu de se coucher et de s'endormir comme font tous les chiens qui ont reçu une plus forte dose, ils errent, têle basse, oreilles pendantes, insouciants, ne répondant pas aux appels des personnes qui les entourent.
Si un objet quelconque se trouve dans leur chemin, une table par exemple, une chaise ou une porte, ils se heurtent conire ces obstacles, et si la dose est assez forte ils n’ont pas d'initiative de changer de direction, et ils restent immobiles entre les barreaux d’une chaise ou le long d’un mur sans penser à prendre un‘autre chemin. Ils ressemblent donc en
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tout aux chiens qui ont subi une double extirpation de la région rolandique. La ressemblance est encore plus parfaite si l’on étudie les changements qui surviennent dans les sensations optiques. M. Hanriot et Ch. Richet ont constaté chez ces animaux de la cécité. psychique expérimentale : en éffet à la dose de 0, 25 par kilogramme et par voie stomacale les chiens gardent toute leur intégrité motrice, mais ils ont perdu la faculté de reconnaître les objets qu’on leur présente. 1ls voient les objets, la preuve, c'est qu'ils marchent au milieu des obstacles, les réflexes de l'iris persistent, mais la compréhension des images est abolie, ils ont perdu la faculté de reconnaître les objets qu'ils voient pourtant ; un fouet, le poing qui s’approcherait brusquement devant leurs yeux ne leur font pas peur, ne produisent pas le réflexe élémentaire, le clignement des paupières.
Ils poursuivent les lapins par l'odorat, qui reste intact. Quoique les lapins soient près d'eux, ils ne peuvent pas arri-. ver à les saisir ; l’envie pourtant ne leur manque pas, ils les cherchent avec une ardeur passionnée et cela est très curieux, puisque l’objet de leur désir leur crève les yeux pour ainsi dire.
Parmi les chiens du laboratoire se trouve un bull qui est remarquable par son extrême férocité. Doux envers les hommes, il est-terrible envers les rals, lapins, pigeons et autres bêtes. 6
On lui fait prendre 0,25 de chloralose par kilogramme et par voie stomacale, et au bout d’une heure on lui présente un lapin. L’odeur du lapin l'excite violemment, il essaie de le prendre, mais il ne le voit pas, quoiqu'il soit tout près de lui.Pourtant il le sentait et cherchait à l’attraper en se gui-