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CHAPITRE II

Oxydations et toxicité urinaire. ~ Procédés employés pour évaluer le taux des oxydations et le degré de toxicité des urines. - Onze obscrvaiions de chlorose. —Deux observations de pseudo-chlorose. - Tableau synoptique des oxydations et de la toxicité urinaire.

Nos observations comportent onze cas de chlorose, dans lesquelles le diagnostic est confirmé par l'examen du sang, et où la recherche simultanée du coefficient d'oxydation d'une part et du coefficient de toxicité d'autre part a été pratiquée sur les urines des vingt-quatre heures, et deux cas de pseudo-chlorose.

Par coefficient d'oxydation, nous entendons avec M. A. Robin le rapport de l'azote de Vurée à V azote total de désassimilation. On admet que l'urée est le produit ultime de l'oxydation des matières albuminoïdes,les autres produits azotés pouvant être considérés comme des pro duits d'oxydations inférieures. Plus la quantité d'urée sera forte par rapport aux autres produits azotés de désassi ^milation, plus la combustion des albuminoïdes aura été vive.

OXYDATIONS ET TOXICITÉ 23

« Gomme l'urée, dit M A. Robin ^ est le produit le plus parfait de l'oxydation des albumiuoïdes, le rapport qu'affecte l'azote de celte urée avec l'azote total de l'urine, pourrait servir à chiffrer le taux des oxydations élémentaires et être dénommé à ce titre coefficient d'oxydation. »

C'est ce même rapport, que M. le professeur Lépinc, dans la thèse d'un de ses élèves, M. Bayrac ^, a étudié sous le nom de o^apport azoturique, rapport qu'il exprime de la façon suivante :

az. de l'urée 13.597

« az. total de désassimilaticn ~ 15.741 ^ ^'^^

M. Bayrac fixe en effet le chiffre moyen de cj coeffi cient à 87.

MM. Gley et Richet (Soc. de Biologie, 1837) l'avait fixé à 84 et M. A. Robin (Soc. de Biologie, 1887) à 85.

D'après la thèse de M. Bayrac, le chiffre de 87 répond à une moyenne et le coefficient peut, chez l'homme sain, varier entre 80 et 99. « Voici quelles sont les causes qui peuvent produire les variations les plus marquées. L'ingestion de grandes quantités d'eau augmente le rapport en augmentant l'urée. Ce rapport ne paraît pas être influencé par le régime, mais l'est beaucoup par la quantité des éléments ingérés. Les oxydations se font au maximum chez l'individu qui mange peu et sont ralenties chez le gros mangeur qui a un coefficient inférieur à 80. L'exercice modéré augmente les oxydations. Certaines maladies

* A. Robin, De l'influence des boissons sur la nutrition et dans le traitement de l'obésité (Gaz. méd. de Paris, 1886J.

Bayrac, Étude du rapport de V azote de Vurée à Vazote total dans les urines normales et pathologiques (th. de Lyon> 1886).

24 DU CllLORO-BRIGHTISME

telles que la fièvre typhoïde abaissent le coefficient jusqu'à 0,73, 0,74.

Cette recherche du coefficient d'oxydation est longue et délicate. C'est M. Wolff, pharmacien en chef de l'hospice du Perron, chimiste distingué, et qui pratique très fréquemment cette recherche dans le service du professeur Renaut qui a bien voulu s'en charger pour nous et nous tenons à l'en remercier ici \

i Note fournie par M. Wolfif, sur le procédé qu'il a employé. Dosage de Vazote uréique. - 50 centimètres cubes d'urine, mesurés exactement dans un vase à précipité, sont additionnés de 1 centimètre cube de soude caustique normale, puis de 9 centimètres cubes d'un mélange à parties égales de solution de chlorure de zinc et de chlorure de baryum à 1/5. On bouche soigneusement pour éviter l'évaporation, et on laisse au repos pendant une journée. Au bout de ce temps, l'acide urique et la créatinine sont précipites; on filtre et l'on prélève 6 centimètres cubes du liquide filtré (représentant 5 centimèn^es cubes d'urine) que l'on introduit dans l'uréomètre à mercure avec 30 centimètres cubes d'hypobromite. Lorsque le volume gazeux ne varie plus, on fait la lecture. Ce volume ramené à 0 degré et à 760 donne l'azote de l'urée, et par simple calcul, l'urée correspondante.

Dosage de Vazote total - 10 centimètres cubes d'urine sont introduits avec 5 centimètres cubes d'acide sulfurique monohydrate pur, dans un petit ballon jaugé de 100 centimètres cubes en verre de Bohême. On chauffe au bain de sable, jusqu'à transformation complète des éléments azotés en sulfate d'ammoniaque, c'est-a-dire iusqu'à ce que le liquide ait pris une teinte jaune légèrement ambrée. On étend d'eau en refroidissant et l'on neutralise a peu près exactement par NaOH en présence de phtaléine du phénol comme indicateur, puis l'on complète à 100 centimètres cubes av^c de l'eau distillée. 50 centimètres cubes de ce liquide (représentant 5 centimètres cubes d^urine) sont traités comme précédem-

OXYDATIONS ET TOXICITE 25

Quant à la recherche du coefficient urotoxique, nous avons suivi d'aussi près que possible les indications données par M. Roger (Presse médicale, janvier 1894). Dès les premières injections, nous avons abandonné la simple seringue Dieulafoy pour employer un appareil copié d'assez près sur celui de M. Roger. Il s'agit d'un tube cylindrique gradué de 100 centimètres cubes environ de capacité, dont l'orifice supérieur est en rapport avec une pompe à refoulement de l'appareil Potain, et l'orifice infé rieur avec un tube de caoutchouc, terminé par une aiguille Pravaz. Les injections ont été faites avec les urines liltrées dans la veine marginale de l'oreille du lapin. La vitesse de l'injection étant en moyenne de 1 centimètre cubes toutes les dix secondes. Nous avons pu dans ces conditions produire la mort de l'animal en expérience avec des quantités variant entre 14 centimètres cubes (maladie d'Addison) et 610 centimètres cubes (cas de chlorose), ce qui prouve que les faibles toxicités trouvées dans nos cas de chlorose ne peuvent être attribuées au manuel opératoire.

Relativement à la détermination du coefficient, nous ne

ment par 30 centimètres cubes d'hypobroraite dans l'uréomètre à mercure.

Les deux opérations se faisant simultanément dans deux uréomètres identiques (uréomètre de Gautrelet-Vieillard à récipient légèrement modifié); les deux dosages portant sur la même quantité d'urine (5 centimètres cubes) et la durée de la réaction étant la même (environ demi- heure) le rapport des volumes gazeux pris dans les mêmes conditions est indépendant delà température et de la pression. Il suffit do diviser l'un par l'autre pour avoir le coefficient.

reviendrons pas sur les données numériques établies par M. Bouchard. Connaissant la quantité d'urine injectée, la quantité totale émise en vingt-quatre heures, le poids du lapin et le poids du malade, nous établissons d'abord le nombre nécessaire de centimètres cubes pour tuer un lapin d'I kilogramme, puis le nombre de kilogrammes de matière vivante tués par les urines des vingt-quatre heures, et enfin , la fraction de kilogramme de matière vivante tuée pari kilogramme, du malade en vingt quatre heures. C'est ce dernier chiffre que Bouchard désigne sous le nom de coefficient urotoxique et qui est en moyenne chez l'individu sam de 0,464.

Enfin les recherches liématimétriquesont été pratiquées pour la numération des globules, avec la chambre humide graduée de Malassez, et pour la richesse en hémoglobine avec l'hémo-chromomètre de Malassez. Par valeur globulaire nous entendons non pas la teneur absolue en hémoglobine, mais bien le rapport entre le chiffre exprimant cette quantité et le chiffre normal.

OBSERVATIONS

Observation I

Chlorose, néphrite aiguë, grands œdèmes, urémie, mort. Autopsie et examen histologique.

Sail. Adèle, dix-huit ans, vermicellière, née à Saint-Oberson (Suisse), entrée à l'Hôtel-Dieu de Lyon le 30 mars 1894, morte le 14 juin 1894.

Antécédents héréditaires . — Père mort d'affection indéterminée, un frère mort de fièvre scarlatine.

Antécédents personnels. — Bonne santé jusqu'à l'âge de quinze ans. Pas de scrofule. Pas de rachitisme. La malade ne se souvient d'aucune maladie infectieuse ayant pu laisser après elle une lésion rénale : elle n'a pas eu la scarlatine ni la variole, ni la fièvre typhoïde.

La chlorose a débuté à l'âge de quinze ans et demi : les règles n'ont apparu que depuis six mois; depuis cette époque elles sont très irrégulières.

Outre la pâleur du teint, les palpitations, la dyspnée légère ressenties depuis cette époque, la malade avait des maux de tête fréquents et tenaces et elle avait remarqué de temps à autre des œdèmes fugaces apparaissant à la face le matin au réveil, au dos de la main, et au niveau des malléoles le soir.

28 DU CHLORO-BRIGIITISME

Sa profession qui l'obligeait à se tenir debout toute la journée augmentait encore cet œdème. Ces manifestations œdémateuses se sont beaucoup accrues et se sont généralisées depuis trois mois, époque à laquelle la malade pense avoir pris froid (elle avait passé trois ou quatre nuits dehors).

Il y a trois semaines enfin, l'œdème s'est produit avec une extrême intensité sans aucune nouvelle cause occasionnelle, sauf que la malade est exposée par sa profession aux refroidissements brusques à la suite de son travail dans une atmosphère surchauffée. Elle n'a eu aucun phénomène aigu pouvant rappeler une maladie infectieuse, notamment pas d'angine. En même temps qu'ont apparu les grands œdèmes, sont survenus des troubles urémiques caractérisés par une céphalée intolérable, de l'inappétence, de la dyspepsie et des vomissements répétés. A cette époque, la malade entre à l'Antiquaille dans le service de M. Gordier, présentant, outre l'anasarque et les phénomènes urémiques signalés, de grandes crises éclamptiques.

Etat de la malade a son entrée. — Anasarque généralisée. Grands œdèmes mous, blancs, dépressibles, n'ayant épargné absolument quela face, teint chlorotique typique : la peau a la couleur de la cire, les muqueuses sont exsangues.

Cœur. — Il n'est pas hypertrophié. La pointe bat dans le cinquième espace en dedans de la ligne mamelonnaire. Très léger souffle systolique dans la région de la pointe ne se propageant pas dans l'aisselle et à peine vers la base. A la base, souffle systolique au foyer pulmonaire se transmettant vers la clavicule gauche. Pas de bruit de galop.

Vaisseaux. — Pouls peu tendu, dépressible, régulier. Dans la région cervicale, frémissement veineux perceptible au

OBSERVATIONS

doigt et souffle continu à l'auscultation. On constate également un souffle temporal et un souffle oculaire.

Rien aux poumons. Le foie et la rate ne présentent rien d'anormal. Un peu d'ascite.

Symptômes fonctionnels. — La malade se plaint de vomissements répétés fréquents, d'une céphalée très vive.

La température de la malade a toujours été apyrétique.

Lesitynnes sont rares, sanglantes ou bouillon de bœuf, et contiennent de grandes quantités d'albumine (7 grammes par litre). L'examen microscopique révèle des globules rouges et des cylindres granuleux. La recherche de l'urée pratiquée plusieurs jours de suite a donné 12 ou 13 grammes par jour. La quantité des urines varie entre 700 et 900 et atteint rarement un litre. En somme, urines typiques de néphrite aiguë.

La malade est purgée (eau de-vie allemande). Diète lactée absolue.

7 avril. — L'œdème a un peu diminué, les urines sont plus claires, mais contiennent encore 7 grammes d'albumine par litre.

30 avril . — Depuis trois ou quatre jours l'anasarque augmente. On a fait hier pour la première fois une injection de néphrine. Ce matin, grande crise éclamptique suivie d'un état comateux des plus graves. On pratique une saignée, mais on ne peut retirer que 60 grammes de sang à cause de l'œdème énorme du bras qui rend l'opération très difficile. La mort paraît imminente.

31 avril. — Etat demi-comateux encore des plus graves. 7 mai. — Les phénomènes uréraiques graves ont cédé,

l'anasarque persiste avec bouffissure de la face énorme.

Urines : quantité = 900 grammes, foncées, sanglantes. 7 grammes d'albumine par litre ; urée 6,30.

21 mai. — L'œdème augmente toujours, somnolence continue.

Urines : 900 grammes ; urée 6,30. Albumine 7 grammes par litre.

14 juin. — La malade meurt dans le coma.

La recherche de la toxicité des urines a été pratiquée deux fois : la première fois le 15 mai au moment où la malade présentait d*s vomissements incoercibles : le coefficient était alors 0,387. La seconde fois, le 30 mai : le coefficient était alors 0,136.

La recherche du coefficient d'oxydation pratiquée sur les urines du 30 mai a donné les chiffres suivants :

Urée 5,053

Azote uréique .... 2,354

Azote total 3,461

Coefficient d'oxydation . 0,68

Autopsie faite trente-six heures après la mort.

Épanchement ascitique très abondant. Epanchement dans les deux plèvres, mais plus abondant à droite. Le poumon de ce côté est presque complètement atélectasié. Œdème mou, blanc, dépressible, absolument généralisé et énorme (un coup de scalpel donné dans un membre en fait presque jaillir la sérosité). Les tissus sont pâles et décolorés au plus haut point. Le sang est fluide, pâle, incolore.

Poumon droit. — Atélectasié presque complète. Pas d'adhérences, sauf en quelques points très limités du sommet. Il existe tout à fait au sommet un noyau dur, gros comme une noisette, que le doigt perçoit à travers le paren-

OBSERVATIONS 31 chyme pulmonaire ; c'est un nodule crétacé de tuberculose guérie, probablement de date ancienne.

Poumon gauche. — Quelques adhérences à la base. Lelobe supérieur est dense, de coloration carnée, mais ne coule pas au fond de l'eau ; la coupe du tissu laisse sourdre un liquide spumeux abondant. En somme, œdème pulmonaire très marqué.

Cœur et vaisseaux. — Le cœur frappe par son extrême petitesse. Il n'est ni hypertrophié, ni dilaté. Le ventricule gauche est en position de systole, c'est-à-dire un peu globuleux, mais ne semble pas hypertrophié. Le myocarde n'est pas épaissi et paraît de consistance et de couleur normales. Mais ce qui frappe le plus, outre la petitesse du cœur, c'est l'angustie des plus prononcées des artères et surtout de l'aorte. Ce vaisseau présente les dimensions suivantes : circonférence interne au-dessus des valvules sigmoïdes = 51 millimètres ; circonférence interne au niveau du diaphragme = 31 millimètres. L'artère pulmonaire présente au-dessus des valvules sigmoïdes une circonférence interne de 50 millimètres. Ces deux vaisseaux admettent juste l'extrémité du petit doigt dans leur orifice. Les artères sont partout très souples et très élastiques, mais manifestement rétrécies : ce caractère est très marqué à la naissance des sous-clavières et des carotides. L'endartère est teinte en rouge foncé au niveau de l'artère pulmonaire. Il n'existe aucune lésion valvulaire appréciable.

Les reins présentent au maximum les caractères du gros rein blanc. Avant de les couper, on constate une pâleur tout à fait particulière de l'écorce, sur laquelle les veines congestionnées et les étoiles de Verheyen tranchent d'une façon très marquée. Hs se décortiquent bien cependant, sauf en un

point du rein gauche où il existe une cicatrice dépressive avec adhérences corticales. Dans les deux reins, la substance corticale est absolument blanche, avec stries verticales vio lacées ; elle n'est diminuée de hauteur en aucun point. La substance médullaire est pâle, de teinte rosée, mais tranche encore d'une façon vive sur la substance corticale absolument décolorée. Pas de kystes; pas d'abcès ; rien à noter du côté des bassinets et des uretères.

Foie, — 11 est pâle, décoloré, jaunâtre, d'aspect un peu graisseux. En un point de sa surface convexe, il existe un piqueté hémorragique sous-cortical ; une coupe faite à ce niveau montre le même aspect de piquelé hémorragique.

Rate. — Rien d'anormal.

Cerveau. — Un peu d'œdème sous-arachnoïdien.

Examen histologique pratiqué par M. le D' Lacroix, chef des travaux au laboratoire d'anatomie générale.

Reins. — Les lésions microscopiques sont des lésions de glomérulo-néphrite et de sclérose péri-artérielle au début, accompagnées de lésions épithéliales beaucoup moins marquées, moins avancées et probablement secondaires aux lésions glomérulaires et artérielles.

Sur des coupes de l'écorce, perpendiculaires à la surface, on voit que les lésions prédominent dans la partie profonde de l'écorce. Ces lésions ont les caractères suivants : Dans le glomérule, la capsule de Bowmann présente une multiplication des noyaux assez abondante ; certains glomérules montrent même une stratification de la capsule. Mais les noyaux sont encore nombreux et rapprochés dans ce tissu, c'est-à-dire que la sclérose paraît être à son début seulement. De même, dans l'intérieur des glomérules il y a mul-

OBSERVATIONS <i<^

tiplication des nojaux, et en certains points quelques travées de scléroses commencent à produire im peu d'atrophie glo mérulaire ; celle-ci n'est complète qu'au niveau des parties profondes de la couche corticale et seulement pour quelques rares glomérules.

Si l'on examine le système artériel sur des coupes parallèles à la surface et avec un grossissement relativement faible, on remarque que les lobules rénaux sont dessinés, et pour ainsi dire isolés les uns des autres, par des travées de tissu embryonnaire partant de la périphérie des artères paralobulaires. Les artérioles qui sont le point de départ de cette sclérose au début présentent un peu de péri-artérite, mais pas d'endartérite.

Enfin tout le système artériel du rein semble présenter un certain degré d'aplasie générale comparable à celle des grosses artères.

Quant aux lésions des tubuli contorii, on constate que l'épithélium de ceux-ci est comme abrasé au niveau des noyaux, ce qui donne aux cellules un aspect cubique au lieu de cylindrique. En certains points seulement les cellules sont desquamées. Il n'y a pas, ou presque pas de sclérose péritubulaire.

Foie. — Le foie présente de la surcharge graisseuse, surtout abondante à la périphérie des lobules, sans cirrhose, ni porto-biliaire, ni sus-hépatique. On ne constate pas d'altération vasculaire appréciable.

Cœur. — La fibre musculaire cardiaque ne présente rien d'anormal.

Observation II

Chlorose. Albuminurie très légère et passagère. Les petits signes de Dieulafoy n'ont pas été notés. Troubles dyspeptiques peu marqués.

Bl. Marie, âgée de vingt-huit ans, née à Sainte-Hélène (Isère), exerçant la profession de domestique à Lyon, entrée à l'Hôtel-Dieu le 21 juin, salle Teissier, n** 3, sortie le 20 août 1894.

Antécédents héréditaires. — Père et mère bien portants, un frère et deux sœurs en bonne santé ; trois autres morts dans l'enfance.

Antécédents personnels. — Assez bonne santé dans l'enfance. Aucune maladie infectieuse. Ni rhumatisme, ni impaludisme, ni syphilis, ni alcoolisme. Réglée à dix-neuf ans et toujours d'une façon irrégulière. Il y a trois ans, séjour à l'hôpital, salle Sainte Marie pour de la chlorosé.

Depuis sa sortie, la pâleur des téguments a toujours persisté ; mais c'est depuis deux mois seulement, qu'elle souffre de palpitations violentes qui l'ont décidée à entr or à l'hôpital.

OBSERVATIONS 35

État de la malade a l'entrée. — Teint pâle, de couleur cireuse ; décoloration des muqueuses

Au cœur, la pointe bat dans le cinquième espace intercostal en dedans du mamelon. A la base, dans le deuxième espace intercostal gauche près du sternum, souffle systolique assez limité. Pas de souffle au foyer aortique.

Souffle dans les vaisseaux du cou, souffle oculaire intense.

La respiration est pure aux deux sommets. La malade ne tousse pas et n'a jamais eu d'hémoptysie.

Le foie ne dépasse pas les fausses-côtes.

La matité splénique paraît un peu augmentée.

La palpation de l'abdomen révèle dans la fosse iliaque droite une tuméfaction douloureuse. Depuis plusieurs mois, sans qu'elle puisse en préciser exactement le début, la malade soufi're de douleurs assez vives dans le flanc droit. Le toucher révèle, dans le cul-de^sac droit, une tuméfaction dure, arrondie, douloureuse ; le col est petit, absolument fermé ; l'utérus est mobile et ne paraît pas gros. Les règles n'ont pas paru depuis deux mois ; elles sont d'habitude des plus irrégulières. Pas de signes fonctionnels de grossesse.

Comme symptômes fonctionnels, outre les palpitations et la dyspnée, la malade accuse quelques troubles dyspeptiques légers. Elle n'a pas d'appétit, et ses digestions sont pénibles: elle se plaint surtout d'une sensation de brûlure immédiatement après l'ingestion des aliments. Ces sensations douloureuses ne persistent pas et ne se manifestent jamais d'une façon régulière, une ou deux heures après le repas. Elle n'a jamais eu de vomiss-^ments. L'estomac n'est pas dilaté. Les petits signes de brightisme n'ont pa s été notés. Les urines, le jour de l'entrée, ne contiennent pas d'albumine.

Le sang, au moment de l'entrée, avait 3.500.000 globules

rouges.

La malade n'a pas de fièvre.

La recherche delà toxicité urinaire et du coefficient d'oxydation a été pratiquée deux fois chez cette malade.

l""" Examen (26 juin).

Sang.

Urines.

Quantité émise en 24 heures . 1 300

Densité 1010

Coloration claire

Urée (des 24 h.) ... . 14,52L Phosphates (des 24 h.) . . 1>49 Albumine , Néant.

Oxydations.

Urée (par litre) 1147

Azote uréique 5,205

Azote total 6,123

Coefficient d'oxydation. . 0,85

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 100 ce.

Quantité totale 1300 ce.

Poids du lapin 1 kg. 650

Poids de la malade . . . . 53 kg. 300

Coefficient urotoxique. . . 0,375

65 ce. tuent un lapin d'I kilogramme.

1300 ce. tuent 20 kilogrammes de matière vivante.

OBSERVATIONS 37

Le coefficient urotoxique est plus élevé qu'il ne devrait l'être. A la dose de 100 centimètres cubes en effet, le lapin n'était pas mort, et l'injection n'a pu être achevée à cause d'un accident survenu dans l'appareil.

2" Examen (18 août).

Urines.

Quantité émise en 24 heures. . 1800

Densité 1017

Couleur claire.

Urée (des 24 h.) 31,70

Phosphates »

Albumine. Trouble très léger par chaleur et acide acétique.

Oxydations.

Urée par litre 17,65

Azote uréique 8,224

Azote total 9,562

Coefficient d'oxydation . . 0,86

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 205 ce.

Quantité totale 1800 ce.

Poids du lapin 1 kg, 050

Poids de la malade. ... 53 kg. 500

Coefficient urotoxique . . 0,276

122 ce. tuent un lapin d'I kilogramme.

1800 ce. tuent 14 kg. 754.

DU GHLORO-BRIGHTISME

Observation III

Chlorose. Quelques petits signes de brightisme. Œdèmes fugaces. Pas d'albuminurie.

Mass, Péroline, âgée de dix-sept ans, domestique, entrée à l'Hôtel-Dieu, salle B. Teissier, n» 7, le 21 juillet, sortie le 30 août 1894.

Antécédents héréditaires. — Rien de spécial à noter chez le père et la mère. La malade à six frères ou sœurs. Trois de ses sœurs sont anémiques comme elle ; une d'entre elles aurait eu une péritonite qui a guéri.

Antécédents personnels. — La malade prétend avoir eu « le carreau » à deux reprises différentes, à lage de deux ans et de quatre ans. Elle aurait eu depuis, de temps à autre, des douleurs dans le ventre lorsqu'elle courait.

Menstruation à douze ans. Aménorrhée depuis un an et demi. Pertes blanches.

Le début des accidents imputables à la chlorose remonte à trois ans environ. C'est depuis cette époque que la malade est sujette à des palpitations, à de la dyspnée et à des syncopes fréquentes.

Comme petits signes de brightisme, depuis cette époque ou

OBSERVATIONS 39

trouve des céphalées fréquentes surtout temporales, des crampes nocturnes dans les mollets, un peu d'œdème malléolaire le soir. Pas de troubles oculaires ni auditifs. Pas d'épistaxis, pas de doigt mort, pas de cryesthésie, de pollakiurie, ni de polyurie.

Etat DE LA malade a son entrée. — Pâleur très prononcée de la peau et des muqueuses. La malade a le teint verdàtre, cireux, caractéristique. L'embonpoint est conservé.

La pointe du cœur bat dans le cinquième espace en dedans du mamelon, l'impulsion est d'intensité normale ; le cœur ne paraît ni hypertrophié ni dilaté. Il n'existe aucun bruit de souffle. Pas de bruit de galop.

Le pouls est normal, régulier, la tension ne paraît pas augmentée.

Souffle veineux continu dans les veines du cou bien perceptible à droite. Pas de thrill. Souffle oculaire léger.

L'auscultation attentive des poumons ne révèle rien d'anormal, sauf un peu d'obscurité aux sommets. Cette obscurité est égale des deux côtés sans signes d'induration. La malade ne tousse pas. Elle n'a pas eu d'hémoptysie.

La température prise matin et soir pendant tout le séjour de la malade à l'hôpital est restée constamment normale, sauf une élévation à 39° qui a correspondu à un peu d'embarras gastrite momentané.

La malade soufî're de quelques troubles dyspeptiques. Son appétit est diminué. Tous les jours, une heure environ après le repas, surviennent des douleurs épigastriques accompagnées de renvois, de ballonnement du ventre et de somno lence. La malade ne vomit pas.

Il n'existe pas de dilatation de l'estomac. Pas de néphro-

40 DU GHLORO-BRIGHTISME

ptôse. La malade se serre un peu dans son corset et elle en porte la marque très nette.

Foie normal.

La malité splénique n'est pas augmentée.

La malade prend fréquemment des syncopes.

Pas de stigmates hystériques. Pas de crise convulsive.

Urines: 700 grammes par 24 heures ; Urée : 30 gr. 21, par vingt-quatre heures. Pas d'albumine.

La recherche de la toxicité urinaire et du coefficient d'oxydation a été pratiquée une fois chez cette malade sur les urines du 28 juillet.

i^^ ExkUEN {28 Juillet).

Sang.

Urines.

Quantité émise en 24 heures. . 600 Couleur claire

Urée (des 24 h.) 18,756

Phosphates (des 24 h.) . . . 1,92 Albumine. Traces par acide azotique, chaleur et réactif de Tauret (La malade a de la leucorrhée).

Oxydations.

Urée par litre Azote uréique Azole total..

OBSERVATIONS

Coefficient cV oxydation . . 0,85

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée. . . 95 ce.

Quantité totale 600 ce.

Poids du lapin 1 kg. 900

Poids de la malade . . . . 49 kg. 500

Coefficient urotoxique. . . 0,242

2" Examen {10 août).

Sang.

VG = 0,73.

La recherche de la glycosurie alimentaire est restée négative.

Olseivation IV

Chlorose. Petits signes de hrightisme.

Albuminurie passagère.

Sin. Catherine, âgée de vingt-trois ans, femme de chambre, née à Marcilly, demeurant à Chasselay, entrée le 22 juillet 1894, salle des Troisièmes -Femmes n'' 25, sortie le 20 août

Antécédents héréditaires. — Père et mère en bonne santé ; deux frères et une sœur bien portants, deux morts en bas âge, l'un quelques heures après sa naissance, l'autre de la variole.

Antécédents personnels. — Fièvre typhoïde à l'âge de douze ans. Santé habituellement délicate. La malade s'enrhume facilement l'hiver ; néanmoins état général assez bon jusqu'à il y a trois mois et demi environ. Réglée à quinze ans ; les époques menstruelles n'ont jamais été régulières. Pas de grossesse ni de fausse -couche. Pas de syphilis ; pas d'alcoolisme.

Début de la chlorose il y a près de quatre mois par des malaises généraux, de la faiblesse, de l'apathie, de la langueur.

OBSERVATIONS

La malade décrit les petits signes de brightisme suivants : céphalée survenant le matin au réveil, tendant à disparaître au cours de la journée ; vertiges fréquents ; brouillards visuels ; bouffissure des paupières et du visage assez marquée au réveil, disparaissant peu à peu; la malade n'a pas remarqué d'œdème aux membres supérieurs et inférieurs ; elle n'a jamais eu la sensation de doigt mort, mais il lui est arrivé assez fréquemment de laisser tomber un objet qu'elle tenait à la main sans qu'elle s'en rendît compte.

État de la malade a son entrée. — Le teint est pâle et la couleur cireuse des téguments très marquée ; les muqueuses labiales, gingivales et conjonctivales sont fortement décolorées. Il n'existe pas d'œdème.

Au cœur, les battements sont réguliers, il n'y a pas d'hypertrophie, pas de bruit de galop. Il existe au-dessus de la pointe un souffle mésosystolique se modifiant suivant les positions de la malade et les mouvements respiratoires.

Dans la région cervicale on constate un bruit de diable intense au niveau des veines jugulaires ; souffle vasculaire céphaliqueet oculaire très nets.

L'examen des poumons ne révèle rien de particulier. La malade ne tousse pas ; elle n'a jamais eu d'hémoptysie, l'embonpoint est relativement conservé.

La malade n'a pas de fièvre.

L'appétit est un peu diminué ; la malade éprouve des sensations ds pesanteur au moment de la digestion : elle n'a pas de vomissements, un peu de constipation.

Le sang au moment de l'entrée a 3.600.000. Globules rouges.

Les urines ne contiennent pas d'albumine.

4* DU CHLORO-BRTGHTISME

Traitement. — Préparations ferrugineuses ; douches froides. Régime alinientaire commun aux autres malades du service.

La malade quitte l'hôpital le 20 août, très améliorée : les muqueuses sont redevenues colorées, les souffles ont beaucoup diminué : l'état général est bon.

L'examen delà toxicité des urines a été pratiqué fleux fois chez cette malade et la recherche du coefficient d'oxydation une fois.

Examen (28 juillet).

Sang.

Urines.

Quantité émise en 24 heures. 1100 Coloration très pâle

Urée (des 24 h.) .... 15,147

Phosphates (des 24 h.). . . 1,81

Albumine Traces

Oxydations.

Urée (par litre) 13,77

Azote uréique 6,416

Azote total 7,730

Coefficient oxydation . . 0,83

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 235 ce.

Quantité totale 1100 ce.

OBShRVATIONS 45

Poids du lapin 1 kg. 850

Poids de la malade. ... 60 kg.

Coefficient iirotoxiqiie . . 0,144

127 ce. tuent un kilogramme de lapin.

1100 ce. (urine des 24 h.) tuent 8 kg. 661.

2® Examen (8 août).

Urines.

Quantité totale des 24 heures 1000

Densité 1016

Coloration très pâle

Phosphates (des 24 11.) . . 1,85

Albumine Néant.

Toxicité.

Quantité d'urine injectée . . 285 ce.

Quantité totale 1100

Poids du lapin 1 kg. 700

Poids de la malade. ... 60 kg.

Coefficient urotoxique . . 0,098

167 ce. tuent un kilogramme de lapin.

1000 ce. tuent 5 kg. 988.

9 août. — L'expérience de la glycosurie alimentaire a été négative.

DU GHLORO-BRIGHTISME

Observation V

Chlorose. Petits signes de hrighlisme .

Pas d'albuminurie. Hystérie.

Lar. Marie, âgée de dix-neuf ans et demi, domestique à Chasselay, Rhône, entrée à i'Hôtel-Dieu, salle des Troisièmes- Femmes, n° 45, service de M. le P"" Teissier.

Antécédents héréditaires. — Père bien portant, mère atteinte d'une hernie et d'une tumeur stomacale (?). Deux frères et une sœur en bonne santé, un frère mort d'accident, un autre avant succombé en trois semaines à une fluxion de poitrine.

Antécédents personnels. — Réglée seulement à dix-neuf ans, il y a six mois par conséquent; depuis cette époque les règles sont assez régulières, mais pâles, et ne durent que deux jours. N'a jamais été enceinte.

Aucune maladie dans l'enfance ; la malade se dit seulement sujette à s'enrhumer l'hiver et très sensible au froid. Elle vivait dans d'assez mauvaises conditions hygiéniques : nourriture souvent insuffisante et travail pénible. Pas de rhumatisme. Pas d'impaludisme. Ni syphilis, ni alcoolisme.

OBSERVATIONS 47

Depuis un an environ la malade prend des crises convulsives rappelant des crises d'hystérie par la description qu'elle en fait. La malade en a d'ailleurs pris de semblables pendant son séjour à l'hôpital.

La chlorose a débuté progressivement sans frayeur, sans émotion morale vive le mois dernier. La malade s'était un peu surmenée au moment de la récolte des foins. Depuis ce moment, lassitude générale, apathie, diminution de l'appétit, pesanteur et somnolence après les repas, le tout s'accompagnant de pâleur générale de plus en plus marquée.

ÉTAT DE LA MALADE A l'eNTRÉE A l'hOPITAL. — Pâleur

extrême des téguments ; muqueuses labiales conjonctivales gingivales décolorées. Teint cireux, apathie, langueur, faiblesse extrême, tendance aux syncopes dès que la malade se lève et cherche à marcher.

Au cœur l'hypertrophie n'est pas notée. Souffle extracardiaque très intense. Pas de galop.

Souffle veineux, cervical, temporal et oculaire.

Rien d'anormal aux poumons, pas de signes suspects de tuberculose. La malade n'a jamais eu d'hémoptysie.

Il y avait un peu de fièvre à l'entrée 38,5. Le lendemain la température atteignait même 39 degrés, puis au bout de deux jours elle est redescendue à la normale et ne s'est pas élevée de nouveau depuis.

Le foie n'a pas augmenté de volume.

La rate présente une matité ayant 5 à 6 travers de doigt comme dimension verticale.

L'estomac n'est pas dilaté. Il existe un peu d'inappétence et des digestions un peu difficiles. Jamais de vomissements.

Ni constipation, ni diarrhée.

La malade présente les signes suivants de brightisme :

Céphalée constante. Troubles visuels tels que brouillards, mouches volantes. Fréquemment, sans cause particulière, elle ressent un engourdissement dans un doigt seulement, tantôt à droite, tantôt k gauche. Le doigt devient paie, absolument insensible, puis tout passe au bout d'un quart d'heure. Les fonctions du doigt reviennent sans aucun phénomène douloureux, tel que picotement ou fourmillement. Enfin il existe un œdème marqué des membres inférieurs. Pas de phlébite.

Les urines n'ont jamais présenté d'albumine.

Traitement. — Préparations ferrugineuses. Douches froides. Régime alimentaire ordinaire, c'est-à-dire commun aux autres malades.

La malade a quitté l'hôpital ayant augmenté de 6 kilogrammes; les souffles ont disparu; le teint est redevenu coloré. La malade peut être considérée comme guérie.

Chez cette malade, la recherche de la toxicité urinaire a été pratiquée deux fois, et celle du coefficient d'oxydation une fois.

1" Examen (28 juillet).

Sang.

VG

Urines.

Quantité émise en 24 heures .

Coloration claire.

Urée (des 24 h.)

Acide phosphorique (des 24 h.) Albumine

12,096 Néant,

OBSERVATIONS

Oxydations.

Urée(pr. 1.) 10,58

Azote uréique 4,930

Azote, total 5,666

Coefficient cVoxydation . . . 0,87

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . . 160 ce.

Quantité totale des urines . . . 1200 ce.

Poids du lapin 1 kg. 700

Poids de la malade 50 kg.

Coefficient urotoxique . . . 0,255

2* Examen (9 août).

Sang.

E = 6. • VG = 0,74.

Urines.

Quantité émise en 24 heures . . 1000

Densité 1025

Coloration relativement foncée.

Phosphates (des 24 h.) .... 2,55

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . . 230 ce.

Quantité totale des urines . . . 1000 ce.

Poids du lapin 2 kg. 100

Poids de la malade 50 kg.

Coefficient urotoxique. . . . 0,182

L'expérience de la glycosurie alimentaire pratiquée 18 aoiit a été négative.

DU CHLORO-BRlGHTIbME

Observation VI

Chlorose. Quelques petits signes de hrightisme. Pas d'albuminurie.

Dam. Benoîte, âgée de vingt ans, domestique à Lyon, entrée à l'Hôlel- Dieu, salle B. Teissier, le 28 juillet 1894 ; sortie le 15 août 1894.

Antécédents héréditaires. — Rien à noter. Pas de tuberculose.

Antécédents personnels. — Rougeole dans l'enfance. La malade ne se rappelle aucune autre maladie infectieuse; elle n'a jamais eu de rhumatisme. Réglée à dix-huit ans. Menstruation irrégulière, leucorrhée abondante. Pas de grossesse.

11 y a cinq ans, la malade fut soignée pendant six mois par un médecin pour une anémie.

Depuis celte époque, elle était restée un peu pâle et avait facilement de la dyspnée.

Elle n'a jamais toussé et n'a jamais eu d'hémoptysie.

Examen a l'entrée. — Pâleur marquée des téguments ; muqueuses décolorées ; l'embonpoint est conservé.

Au cœur, souffle systolique à la base, très léger et très doux, se transmettant dans la direction de l'aorte, mais sur-

OBSEilVATIOMS 51

tout dans la direction de l'artère pulmonaire, c'est-à-dire vers la clavicule gauche. Dans la région sus-apexienne, souffle systolique ayant tous les caractères d'un souffle extracardiaque.

On ne constate pas d'hypertrophie ; la pointe bat dans le cinquième espace, en dedans de la ligne mamelonnaire. Pas de bruit de galop.

Pouls normal. Pas d'hypertension.

Dans la région cervicale, frémissement assez marqué pour être perçu à la main Souffle veineux continu, plus marqué à droite.

Les poumons ne présentent rien de particulier à noter. L'auscultation des sommets ne révèle aucun signe de tuberculose au début. La malade ne tousse pas ; elle n'a jamais eu d'hémoptysie.

La malade n'accuse aucun trouble digestif d'aucune sorte, sauf un peu de diminution de l'appétit. Pas de dilatation de l'estomac. Pas d'entéroptose, ni de néphroptose. Tendance à la constipation. Matité hépatique normale. Matité splénique un peu augmentée.

La malade accuse les petits signes suivants imputables an brightisme : de temps en temps, bouffissure de la face au réveil, mais pas d'œdème des jambes. Crampes nocturnes dans les mollets. Doigt mort. Pas de pollakiurie, ni de polyurie. Pas de céphalées. Pas d'épistaxis.

La température prise matin et soir pendant tout le séjour de la malade très régulièrement n'a jamais été fébrile.

Les urines examinées très fréquemment n'ont jamais présenté de l'albumine.

La toxicité urinaire a été recherchée deux fois chez cette malade et le coefficient d'oxydation une fois.

DU CLHORO-BRIGHTISME

1" Examen (30 juillet).

Sang.

N = 2.500.000 H = 3 VG =r 0,48

Urines.

Quantité émise en 24 heures . 800 ce.

Densité 1018

Couleur claire.

Urée (des 24 h.) ..... 14 gr.

Albumine Néant.

2^ Examen (3 août).

Urines.

Quantité totale des 24 heures. 1300 ce.

Densité 1019

Couleur très pâle

Urée (des 24 h.) 17gr.327

Phosphates (des 24 h.). . . 1,8 Albumine : très léger précipité par la chaleur ne disparaissant pas par l'acide acétique.

Oxydations.

Urée (par litre) 14,09

Azote uréique 6,565

Azote total 7,909

Coefficient d'oxydation . . 0,83

OBSERVATIONS

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 305 ce.

Quantité totale des 24 heures. 1300 ce.

Poids du lapin 2 140

Poids de la malade .... 51 kg. 500

Coefficient urotoxique . . 0,178

3® Examen (10 août).

Sang.

VG = 0,47 ^ Urines.

Quantité totale 1800 ce.

Densité 1014

Couleur pâle.

Phosphates (des 24 h.). . . 2,25

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 450 ce.

Quantité totale 1800 ce.

Poids du lapin 2 kg. 870

Poids de la malade .... 51 kg. 500

Coefficient urotoxique . . 0,224

4' Examen (11 août).

L'expérience de la glycosurie alimentaire est restée néga tive.

Observation VII

Chlorose. Aucun petit signe de hrightisme. Pas d'albuminurie.

Verm. Euphrosine, âgée de seize ans, gantière, entrée à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte-Marie, n° 11, service de M. le H. MoUière, le 31 juillet 1894, sortie le 15 août.

Antécédents héréditaires. — Père vivant et bien portant. Mère vivante et bien portante habituellement ; a été malade cette année, mais ne paraît pas tuberculeuse. Trois sœurs bien portantes; une morte de méningite en bas âge.

Antécédents personnels. — Aucune maladie infectieuse dans l'enfance, sauf la rougeole. Pas de scarlatine, pas de variole, pas de dothiénentérie, jamais d'angine. Excellente santé jusqu'à il y a deux ans. Pas de bronchite. Pas d'hémoptysie.

Réglée à treize ans. Depuis deux ans, menstruation très irrégulière. Pertes blanches.

Début de la chlorose il y a deux ans, progressivement sans cause connue. Depuis deux ans, pâleur, langueur, apathie, essoufflement, faciles palpitations. Depuis quelques jours.

OBSERVATIONS 55

tendance aux syncopes. Il y a trois semaines, crise nerveuse rappelant la crise d'hystérie.

Etat de la malade a son entrée. — Pâleur verdâtre, cireuse des téguments des plus prononcées.

Les muqueuse labiales, gingivales, conjonctivales sont décolorées. Embonpoint conservé.

Au cœur, la pointe bat dans le cinquième espace en dedans du mamelon. II existe dans la région méso -cardiaque un souffle doux systolique, ne se transmettant ni vers la base, ni vers la pointe. A la base, souffle au foyer de l'artère pulmonaire léger. Pas de galop.

Souffle dans les vaisseaux du cou. Pas de souffle temporal ni oculaire.

Pouls normal. Pas d'hypertension.

Rien aux poumons, respiration peut-être un peu plus obscure au sommet gauche, sans autre signe. La malade ne tousse pas et n'a jamais eu d'hémoptysie.

Pas de fièvre, sauf le jour de l'entrée et le lendemain 38%5.

A part un peu de diminution de l'appétit, la malade ne présente aucun trouble digestif. Pas de constipation ni de diarrhée. La rate est un peu grosse.

Pas de dilatation de l'estomac. Pas d'entéroptose ni de néphroptose.

Gomme signe debrightisme on ne trouve rien. Ni céphalée, ni épistaxis, ni polyurie ou pollakiurie. Pas de crampes. Pas de doigt mort. Pas de cryesthésie. Pas d'œdème des jambes ni de bouffissures de la face.

Les urines ne contiennent pas d'albumine.

La malade ne présente aucun stigmate hystérique.

56 DU GHLORO-BRIGHTISME

Traitement. — Préparations ferrugineuses. Régime commun aux autres malades.

La malade est sortie de l'hôpital très améliorée.

L'examen de la toxicité urinaire et la recherche du coefficient d'oxydation a été pratiquée une fois chez cette malade.

Examen pratiqué le 3 août.

Sang.

N =: 3.940.000 H = 5,50 VG = 0,55

Urin es.

Quantité totale des 24 heures. 1100 Coloration foncée.

Urée (des 24 h.) 24.233

Phosphates (des 24 h.) . . . 2,53

Albumine Pas trace.

Oxydations.

Urée(pr. 1.) 22,03

Azote uréique 10,265

Azote total 11,664

Coefficient d'oxydation . . 0,88

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 170 ce.

Quantité totale 1100 ce.

Poids du lapin 2 kg. 500

Poids de la malade .... 50 kg. 130

Coefficient urotoxique . . 0,272

OBSERVATIONS

Observation VIII

Chlorose. Quelques petits signes de mal de Bright.

Albumimirie .

Cl, Suzanne, âgée de seize ans, fleuriste, habitant Lyon, entrée à l'Hôtel-Dieu, salle B. Teissier, n"^ 13, le 3 septembre 1894.

Antécédents héréditaires. — Pére vivantet bien portant, mère morte plitisique en accouchant d'un fœtus de cinq mois ; un frère mort de phtisie galopante.

Antécédents personnels. — Bonne santé antérieure, sauf scarlatine à 1 âge de six ans. La malade ignore si elle a eu à la suite de l'albuminurie ; la convalescence a été rapide et ne s'est accompagnée ni d'œdème des jambes, ni de bouffissure de la face. Depuis, la santé était bonne, et on ne retrouve à cette époque, aucun petit signe de brightisme.

Cependant il y a cinq ans, la malade avait souvent des épistaxis et crachait de temps en temps un peu de sang, très probablement à la suite de ses épistaxis.

Depuis trois ans; la malade tousse un peu, c'est, dit-elle, une toux sèche, nerveuse, elle ne crache pas, elle n'a pas d'hémoptysie.

La menstruation s'est établie il y a deux ans seulement.

Elle a été régulière pendant huit mois, puis à partir de cette

époque, a toujours été des plus irrégulières. Pas de leucorrhée.

La chlorose date de deux ans environ. Elle s'est rétablie très rapidement, mais non brusquement. Pas de chagrin, pas de frayeur au début.

Etat de la malade a l'entrée. — La malade frappe par la décoloration vraiment extraordinaire des téguments ; les muqueuses sont exsangues ; le teint est franchement verdâtre, l'embonpoint est conservé d'une façon relative.

Le cœur bat dans le cinquième espace, en dedans du mamelon. Pas d'hypertrophie. Pas de galop. Pas de souffle à la pointe. A la base, double soufflp systolique et diastolique de timbre légèrement piaulant. Le souffle systolique se transmet dans la direction de la clavicule droite, le diasto • lique le long du sternum. Palpitations fréquentes, vertiges, tendance aux syncopes.

Bruit de diable dans les vaissaux du cou, souffle temporal et souffle oculaire très nets.

Aux poumons, la respiration est pure aux deux sommets, et il est impossible d'y percevoir aucun signe suspect. L'estomac est un peu dilaté. Clapotage jusqu'à l'ombilic. La malade accuse quelques troubles dyspeptiques légers, mais il est difficile de se rendre compte si ces phénomènes corres pondent à de l'hypochlorhydrie ou à del'hyperchlorhydrie.

Le foie est normal, la rate a une matité de 3 travers de doigt.

La malade se plaint des symptômes suivants altribuables au brightisme. Eblouissements, brouillards devant les yeux, crampes nocturnes dans les jambes, pollakiurie à certaines périodes (la malade se lève trois [fois par nuit pour uriner).

OBSERVATIONS 59

Pas de céphalée, pas d'épistaxis, pas de sensation de doigt mort, pas de cryesthésie. Un peu d'œdème des jambes le soir. Pas de bouffissure de la face.

Les urines sont claires décolorées et montrent un léger précipité par l'acide azotique, ainsi que par la chaleur et l'acide acétique.

La malade n'a pas de fièvre.

Elle ne présente aucun symptôme nerveux ; elle n'a jamais eu de crise et ne présente aucun stigmate hystérique.

Traitement : tartrate ferrico-potassique, sirop d'hémoglobine. Régime alimentaire ordinaire.

1*' Examen (5 septembre).

Sang.

VG = 0,42.

Urines.

Quantité émise en 24 heures.

1820 ce.

Coloration pâle.

Urée (des 24 h.)

Phosphates (des 24 h.) . . .

Albumine. Précipité léger par l'acide azotique. Très

léger précipité par chaleur et acide acétique. Léger précipité par réactif de Tanret.

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée. . 380 ce.

Quantité totale 1820 ce.

DU GHLORO-BRIGHTISME

Poids du lapin 2 kg. 150

Poids de la malade. ... 51 kg.

Coefficient urotoxique . . 0,201

Examen (14 septembre) Urines.

Quantité des 24 heures . . 2200 ce.

Densité 1012

Coloration pâle.

Urée (des 24 h.) ... . 17,6

Phosphates (des 24 h.) . . 3,30 Albumine. Précipité douteux par l'acide azotique ainsi que par la chaleur et acide acétique, plus net par réactif de Tanret.

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée. . 230 ce.

Quantité totale 2200 ce.

Poids du lapin 1 kg. 840

Poids de la malade. ... 51 kg.

Coefficient urotoxique . . 0,345

Examen (18 septembre) Sang.

VG =: 0,55.

Urines.

Quantité totale 1,400

Densité 1,012

OBSERVATIONS 61

Coloration pâle.

Urée (des 24 h.) 18,20

Phosphates (des 24 h.) . . 1,93

Albumine. Précipité très net et assez abondant par

l'acide azotique, la chaleur et l'acide acétique et

le réactif de Tanret.

4" Examen (22 septembre)

Urines.

Quantité totale 2000 ce.

Densité 1015 ce.

Coloration claire.

Urée (des 24 h.) 15,76

Phosphates (des 24 h.) . . 2 Albumine. Aucun précipité ni par l'acide azotique, ni par la chaleur, ni par le réactif de Tanret.

Oxydation.

Urée par litre 7,88

Azote uréique 3,672

Azote total 4,125

Coefficient d'oxydation . . 0,89

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 170 ce.

Quantité totale 2000

Poids du lapin 1 kg. 530

Poids de la malade . . . .51 kg.

Coefficient urotoxique . , 0,356

111 ce. tuent 1 kilogramme de lapin; 2000 ce. tuent 17 kg. 927.

DU GHLORO-BRIGHTISME

Observation IX

Chlorose. Pas de signes de brigthisme.

Albuminurie passagère ( Iraces).

Gauth, Marie-Louise, âgée de seize ans, née à Charolles, domestique à Lyon, entrée à l'Hôlel-Dieu salle Sainte-Marie, n» 6, service de M. le D"" MoUière, le 29 août 1894.

Antécédents héréditaires. — Père et mère bien portants.

Antécédents personnels. — Ni scrofule, ni adénites, ni aucune tare suspecte au point de vue de la tuberculose. La malade n'a eu aucune maladie infectieuse dans l'enfance notamment, ni scarlatine, ni rougeole, ni variole, ni fièvre typhoïde.

Menstruation à l'âge de quinze ans, toujours très irrégulière depuis ; aménorrhée durant parfois plusieurs fois.

11 y a un an, rhumatisme articulaire aigu accompagné de péricardite sèche. La malade fut soignée à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Roch.

La chlorose a débuté peu à peu, progressivement il y a six à huit mois à la suite d'un certain degré de surmenage (la

OBSERVATIONS 63

malade était venue de la campagne so placer à la ville comme domestique).

Depuis six mois, pâleur de plus en plus marquée, faiblesse générale, torpeur, apathie, dyspnée d'effort, palpitations, vertiges. La malade a eu quelques jours avant son entrée trois syncopes. .

Etat de la malade a l'entrée. — Le teint est pâle, les muqueuses décolorées, la malade a encore un certain embonpoint; cependant elle dit avoir maigri.

La pointe du cœur n'est pas déplacée, et bat dans le cinquième espace en dedans de la ligne mamelonnaire. Il n'y a pas d'augmentation de la matité cardiaque. A la pointe, ou plus exactement dans la région sus-apexienne, il existe un souffle doux, systolique, modifié par la respiration et les changements déposition, bref présentant les caractères des souffles cardio-pulmonaires. Rien à la base. On ne perçoit ni frottement ni bruit de galop.

Souffle vasculaire léger dans la région cervicale, pas de thrill. Ni souffle temporal, ni souffle oculaire.

L'examen des poumons ne révèle rien de particulier, sauf en arrière au sommet gauche une respiration un peu obscure, mais rien autre.

La malade ne tousse pas et ne crache pas. Elle n'a jamais eu d'hémoptysie.

Pas de fièvre.

L'estomac ne présente pas de signes de dilatation appréciable. La malade a quelques troubles digestifs légers : un peu de diminution de l'appétit, pesanteur et météorisme abdominal, après le repas renvois, mais rarement des vomissements. Un peu de constipation.

64 DU GHLORO-BRIGHTISME

Foie ncrmal. Matité splénique un peu augmentée.

Comme signes de brightisme ou imputables au brightisme, on ne trouve que des maux de tête, quelques vertiges et un peu d'œdème des malléoles le soir. Jamais de bouffissure de la face. Pas de crampes nocturnes, pas de sensations de doigt mort. Pas de polyurie ni de pollakiurie.

Les urines ne contiennent pas d'albumine.

Pas de troubles nerveux. Pas de crise hystérique. Aucun stigmate de cette névrose.

V Examen (4 septembre).

Sang.

N = 2.040.000 H = 4,5 VG = 0,88

Urines

Quantité émise en 24 heures . 1500 ce.

Densité 1017

Coloration très pâle.

Urée (des 24 h.) 19,5

Phosphates (des 24 h.) . . . 1,65 Albumine : léger précipité par chaleur et acide acétique.

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 311 ce.

Quantité totale des urines . . 1500 ce.

Poids du lapin 1 kg. 600

Poids delà malade .... 54 kg. 300

OBSERVATIONS

Coefficient urotoxique. . . 0,142 194 ce. d'urine tuentl kilogramme de lapin. 1500 ce. (urine des 24 h.) tuent 7 kg. 731.

2* Examen (i8 septembre) Sang.

VG ^ 1,04

Urines

Quantité émise en 24 heures . 1750 ce.

Densité 1018

Coloration très pâle.

Urée (des 24 h.) 22 gr.75

Albumine, rien par Az 0^. Léger trouble par chaleur et acide acétique et par réactif de Tanret.

3« Examen (22 septembre).

Urines.

Quantité émise en 24 heures. 1350 ce.

Densité 1010

Coloi^ation claire.

Urée (des 24 h.) ... . 13,95

Phosphates (des 24 h.). . . 1,55 Albumine. Traces par chaleur, acide azotique et réactif de Tanret.

Oxydation.

Urée par litre 10,26

Azote uréique 4,781

Azote total. ...... 5,494

Coefficient d' oxydation , . 0,87

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 170 ce.

Quantité totale des 24 heures. 1340 ce.

Poids du lapin 1 kg. 520

Poids de la malade . . . . 53 kg. 300

Coefficient urotoxique . . 0,223

111 ce. tuent 1 kilogramme de lapin

1350 ce. (urine des 24 h.) tuent 12 kg. 161.

OBSERVATIONS

Observation X

Chlorose. Petits signes de brightisme.

Albuminurie passagère (traces).

Col. Reine, âgée de seize ans, bergère, puis domestique à la campagne, entrée à l'Hôtel-Dieu le 3 septembre 1894, salle Sainte-Marie, n° 20, service de M. le D''H, Mollière.

Antécédents HEREDITAIRES. — Père et mère bien portants, un frère et deux sœurs bien portants, aucun antécédent tuberculeux dans la famille.

Antécédents personnels. — Aucune maladie infectieuse dans l'enfance. N'a pas eu la rougeole. Pas de scarlatine, pas de fièvre typhoïde, pas d'angines, pas de rhumatisme, pas d'impaludisme. Ni scrofule, ni rachitisme dans l'enfance.

Réglée à quatorze ans : menstruation irrégulière, amé norrhée depuis trois mois.

La chlorose semble avoir débuté il y a trois mois peu à peu : la malade l'attribue bien à une frayeur, mais elle avait eu cette frayeur trois mois auparavant. Elle ressent depuis trois mois des palpitations ; elle est facilement essoufflée et se sent faible et sans forces.

Etat de la malade a son entrée. — Pâleur assez marquée ; cependant le teint n'est pas verdàtre. Les muqueuses sont décolorées. Au cœur la pointe n'est pas déplacée. Il n'existe pas d'iiypertrophie ni de dilatation. On constate seulement un peu au-dessus de la pointe un léger souffle mésosystolique. Pas de souffle à la base. Pas de frottement ni de bruit de galop. Pas d'hypertension.

Souffle vasculaire très léger dans les vaisseaux du cou. Pas de souffle temporal ni oculaire.

L'examen des poumons ne révèle rien d'anormal. La respiration est pure aux deux sommets. La malade ne tousse pas et n'a jamais toussé. Elle n'a jamais eu d'hémoptysie.

Elle n'a pas de fièvre.

L'estomac n'est pas dilaté. La malade se plaint de quelques troubles digestifs légers, tels que météorisme abdominal, pesanteur après les repas; elle ne peut supporter le vin. Jamais de vomissements. Diarrhée depuis un mois.

Le foie est normal. La matité splénique est légèremen augmentée d'étendue.

La malade présente les signes suivants imputables au brightisme : maux de têle fréquents, intenses depuis troi semaines, vertiges, bourdonnements d'oreilles. Doigt mor fréquent. Crampes nocturnes dans les mollets. Œdème léger des malléoles le soir. Actuellement la pression un peu pro longée sur le tibia détermine un léger godet. Pas de bouffis sure de la face, se lève une fois par nuit environ pour uriner.

Aucun symptôme nerveux, n'a jamais eu de crise. Pas de stigmate hystérique.

OBSERVATIONS

l" Examen (5 septembre).

Sang.

Urines.

Quantité émise en 24 heures . 650

Densité 1021

Coloration.

Urée (des 24 h.) 8,45

Phosphates (des 24 h.) . . . 1,60

Albumine. Pas de précipité par acide azotique. Très léger précipité par chaleur et acide acétique. Précipité plus abondant par R. de Tanret.

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 355 ce.

Quantité totale ..... 650 ce.

Poids du lapin 1 kg. 990

Poids de la malade . . . . 46 kg. 400

Coefficient urotoœique . . 0,070

178 ce. tuent un kilogramme.

650 ce. (urine des 24 h.) tuent 3 kg. 257.

2° Examen (14 septembre).

On n'obtient ni par l'acide azotique, ni par la chaleur,

ni par le réactif de Tanret, le moindre précipité d'albu mine.

3" Examen (17 septembre).

Sang.

N =: 3.620.000 H = 8 VG = 0,88

Urines.

Quantité émise en 24 heures . 2900 ce.

Densité 1011

Coloration

Urée (des 24 h.) 31,9

Phosphates (des 24 h.). . . 3,48 Albumine. Rien par l'acide azotique. Chaleur et acide acétique : trouble très net. Réactif de Tanret : léger trouble.

4^ Examen (22 septembre).

Urines.

Quantité émise en 24 heures . 2600 ce.

Densité 1014

Coloration très pâle.

Urée (des 24 h.) .... 36,50 Phosphates (des 24 h.). . . 3,71 Albumine. Rien ni par la chaleur, ni par l'acide azotique, ni parle réactif de Tanret.

Oxydations.

Urée par litre 14,04

OBSERVATIONS

Azote uréique Azote total .

Coefficient d'oxydation .

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée .

Quantité totale des urines .

Poids du lapin . . , .

610 ce.

2600 ce.

1 kg. 950

Poids de la malade . . . . 46 kg. 400

Coefficient urotoxique . . 0,171 312 ce. tuent un kilogramme de lapin, 2600 ce. (urine des 24 h.) tuent 8 kg. 333.

L'injection de 610 centimètres cubes qui peut paraître énorme a été faite sans incident particulier, sauf des émissions d'urines fréquentes et abondantes.

Observation XI

Chlorose. Bouffissure de la face et œdèmes des membres fréquents et persistant parfois plusieurs jours. Céphalée. Troubles oculaires. Doigt mort. Crampes. Cryesthèsie. — Pas d'albuminurie.

Bell., Marie, âgée de vingt-neuf ans, née à Lyon, employée. Entrée le 22 septembre 1894, salle B. Teissier, n» 2.

Antécédents héréditaires. — Père mort d'accidents iirineux. Mère morte d'un ulcère ou d'une tumeur de la jambe. Une sœur morte jeune, une autre bien portante ; une troisième un peu anémique et peut-être hystérique.

Antécédents personnels. — La malade a été un peu rachitique et scrofuleuse dans l'enfance. Elle ne se souvient d'aucune autre maladie infectieuse que d'une rougeole. Elle n'a pas eu la scarlatine, ni la variole, ni la fièvre typhoïde. Elle n'a jamais eu d'impaludisme. Pas de rhumatisme. Il y a un an, éruption de caractère indéterminé, mais on ne trouve aucun autre signe pouvant faire penser à de la syphilis. La malade est un peu nerveuse ; elle n'a jamais eu de crise franche d'hystérie ; elle n'en a aucun stigmate.

BSERVATIONS

La malade est anémique depuis l'âge de quinze ans. C'est depuis ce moment qu'elle se mit à pâlir et à perdre ses forces. Elle avait à cette époque des œdèmes passagers, mais très marqués des membres inférieurs et souvent de la bouffissure de la face.

Menstruation à seize ans seulement, et toujours des plus irrégulières ; aménorrhée persistant des mois entiers ; parfois leucorrhée. Pas d'enfant, ni de fausse couche.

Depuis le début de sa chlorose, c'est-à-dire depuis l'âge de quinze ans, la malade voit presque tous les ans se produire des recrudescences de ses phénomènes anémiques durant plusieurs semaines et la condamnant au repos. La crise la plus grave s'est produite à l'âge de dix-huit ans et a duré plusieurs mois. La malade était d'une pâleur effrayante et avait de l'œdème des jambes et de la bouffissure de la face très marquée. Du reste, chacune de ses crises d'anémie s'accompagne d'œdèmes. La malade dit avoir pris à diverses reprises toutes les préparatious ferrugineuses possibles.

État de la malade a son entrée. — Pâleur générale assez marquée. Muqueuses décolorées. Face un peu bouffie et d'aspect scrofuleux.

Au cœur, pointe dans le cinquième espace. Léger souffle systolique aurdessus de la pointe. Pas de souffle à la base. Pas de galop.

Souffle veineux dans la région cervicale.

Aux poumons, on ne trouve rien d'anormal, sauf un peu d'obscurité dans la fosse sus -épineuse gauche, sans autres signes. La malade dit tousser assez facilement l'hiver. Elle aurait à dix-huit ans craché une fois du sang.

Elle n'a pas de fièvre.

74 DU GHLORO-BRIGHTISME

L'estomac est un peu dilaté. La malade paraît d'ailleurs se serrer beaucoup dans son corset. Pas d'entéroptose, ni de néphroptose. Troubles dyspeptiques assez marqués. Très probablement, liyperchlorhydrie : douleurs épigastriques une heure et demie après le repas, accompagnées de pyrosis et de régurgitation de liquide acide « qui agace les dents ». Pas d'hypersécrétion permanente. Appétit conservé.

Le pouls est normal; la matité splénique est augmentée.

Comme troubles imputables au brightisme, la malade accuse les phénomènes suivants : Œdèmes fréquents des membres inférieurs, bouffissure de la face persistant parfois plusieurs jours. Céphalée. Eblouissements. Mouches volantes. Vertiges. Bourdonnements d'oreille. Sensation de doigt mort très fréquente. Crampes nocturnes dans les jambes. Cryesthésie. Pas de poUakiurie.

1*"" Examen (26 septembre).

Sang.

VG = 0,71.

Les urines examinées trois jours de suite n'ont pas présenté d'albumine.

Urines.

Quantité émise en 24 heures . . 1600

Densité 1017

Coloration faible.

Urée (des 24 h.) 11,3

Phosphates (des 24 h.) .... 1,12

Albumine Néant.

OBSERVATIONS

Oxydations.

Urée par litre 7,12

Azote uréique 3,317

Azote total 3,812

Coefficient d'oxydation . . . 0,87

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . . 385 ce.

Quantité totale des urines . . . 1600 ce.

Poids du lapin 1 kg. 800

Poids de la malade 48 kg. 700

Coefficient urotoœique. . . . 0,151 214 ce. tuent 1 kilogramme d'animal.

1600 ce. (urine des 24 h.) tuent 7 kg. 476.

DU GHLORO-BRIGHTISME

Observation XII

Anémie tuberculeuse. Arthrite ancienne du genou droit. Induration des sommets.

Beaud. Léonie, âgée de vingt ans, journalière, né à Romans, • demeurant à Lyon, entrée le 18 mai 1894, salle B. Teissier, n" 6, sortie le 14 juillet 1894.

Antécédents héréditaires. — Père, cinquante ans, bien portant. Mère, quarante ans, bien portante, deux frères et trois sœurs bien portants.

Antécédents personnels. — Jusqu'à il y a un an et demi, excellente santé. Pas de rhumatisme, pas d'impaludisme, pas de syphilis, pas d'alcoolisme.

Il y a un an et demi, la malade entra à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte-Anne où elle fut soignée pour une arthrite du genou droit dont elle était porteur depuis plusieurs années, dit-elle, et qui a guéri par le repos au lit prolongé. Le genou est encore un peu gros, les culs-de-sac sont empâtés, la rotule est un peu fixée; cependant, les mouvements communiqués et spontanés s'exécutent bien. La malade marche sans aucune gêne et sans claudication.

Réglée il y a un an régulièrement jusqu'à il y a trois mois.

OBSERVATIONS ' '

Depuis cette époque, les règles sont moms régulières, moins abondantes et moins colorées. En même temps, la malade a perdu ses forces, son teint a pâli. Elle est facilement essouflée par la marche.

Depuis un mois, tous ces phénomènes se sont accentués.

État de la malade a son entrée. — Teint pâle décoloré. Muqueuses très pâles.

Au cœur il n'existe pas d'hypertrophie. On perçoit à la base un souffle systolique dont le maximum est dans le troisième espace intercostal sur le bord gauche du sternum. Ce souffle se propage jusque sous la clavicule gauche.

Souffle veineux continu dans les vaisseaux du cou, souffle oculaire.

L'examen des poumons révèle les signes suivants. Au sommet droit, en arrière submatité, expiration prolongée et soufflante, retentissement de la toux et de la voix, pectoriloquie aphone. Au sommet gauche, l'expiration est également nettement soufflante, et il existe du retentissement de la toux et de la voix haute et basse.

La malade ne tousse pas. Elle ne crache pas et n'a jamais eu d'hémoptysie.

La température rectale prise matin et soir pendant quinze jours de suite n'a pas révélé de fièvre.

La malade, depuis le début de sa maladie, a perdu un peu l'appétit. Mais les digestions se font bien. Jamais de vomissements. Pas de constipation.

Pas de dilatation de l'estomac. Le foie est normal, la rate est un peu augmentée de volume.

La malade n'a pas d'œdème des membres ni delà face ; elle se plaint seulement de maux de tête fréquents.

Les urines ne contiennent pas d'albumine. L'examen des urines au point de vue des oxydations et de leur toxicité a été pratiqué une fois.

La malade a quitté l'hôpital, améliorée.

Examen du 26 jui7i .

Sang.

Urines.

Quantité émise en 24 heures . 1200

Densité 1015

Coloration claire.

Urée (des 24 h.) 19,044

Phosphates (des 24 h.) . . . 1,77

Albumine Néant

Oxydations.

Urée, par litre 15,87

Azote uréique 7,395

Azote total 8,308

Coefficient d'oxydation . . 0,89

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée . . 70 ce.

Quantité totale 1200 ce

Poids du lapin 1 kg. 900

Poids de la malade . . . . 47 kg.

Coefficient urotoxique . . 0,670

38 ce. tuent 1 kg. de lapin

1200 ce. (urine des 24 h.) tuent 31 kg.

OBSERVATIONS

Observation XIII

Anémie tuberculeuse. Induration du sommet droit.

Arm., Marie, dix-huit ans, couturière, demeurant à Lyon, entrée à l'Hôtel-Dieu, salle B. Teissier, n" 11, le 18 juin, sortie le 26 juin 1894.

Antécédents héréditaires. — Père mort à cinquante trois ans, tuberculeux, mère morte à cinquante-quatre ans, d'une ostéite chronique, probablement tuberculeuse. Deux sœurs en bonne santé, quatre autres mortes jeunes, deux de la fièvre typhoïde, une de la coqueluche.

Antécédents personnels. — Réglée à treize ans, irrégulièrement depuis un an.

Mariée à dix-sept ans et demi; son mari se porte bien. Elle n'a pas eu d'enfants ni d'avortement.

Au mois de décembre 1893, la malade va à la consultation de la Charité. Elle avait des pertes blanches et des douleurs abdominales. On lui a conseillé le repos au lit et des vésicatoires sur le ventre. Le toucher ne révèle rien d'anormal.

La malade tousse depuis un an ; elle n'a jamais eu d'hémoptysie. Pas de sueurs nocturnes, mais amaigrissement considérable (elle aurait perdu 6 kilogrammes depuis un an).

80 DU GHLORO-BRIGHTISME

Depuis quinze jours un peu d'embarras gastrique. La langue est sèche, la malade a eu quelques vomissements bilieux. Elle a des coliques abdominales et un peu de diarrhée.

Etat a l'entrée. — Malade, maigre, chêtive, peu développée, un peu amaigrie, pâleur générale, muqueuses décolorées.

Au cœur, pointe dans le cinquième espace. Aucun souffle ni à la pointe ni à la base.

Souffle veineux continu à renforcement systolique dans la région cervicale, souffle oculaire.

L'examen des poumons révèle en arrière, au sommet droit, les signes suivants: sub-matité, augmentation des vibrations, respiration un peu rude, retentissement de la voix, pas de craquements. Rien à gauche. En avant, à droite, sous la clavicule, submatité, respiration rude et un peu soufflante.

Ces signes persistent jusqu'à la sortie de la malade.

Pas de fièvre.

Les urines ne contiennent pas d'albumine. L'examen des urines au point de vue des oxydations et de la toxicité, a été fait une fois.

Examen PRATIQUÉ le 26 Juin.

Urines.

Quantité émise en 24 heures . . 800

Densité 1018

Couleur claire.

Urée (des 24 h.) 9,88

Phosphates (des 24 h.) .... 0,8 Albumine Néant

OBSERVATIONS

Oxydations.

Urée par litre i2,36

Azote uréique ^'^^

Azote total ^'^^^

Coefficient cVoxydation . . . 0,83

Toxicité urinaire.

Quantité d'urine injectée ... 30 ce.

Quantité totale 800 ce.

Poids du lapin 1 kg, 570

Poids de la malade 42 kg. 300

Coefficient urotoxique . . . 0,995 19 ce. tuent 1 kg.

800 ce. (urine des 24 h.) tuent 42 kg, 10.

Les coefficients arotoxiques dans ces deux cas de pseudo chloroses sont donc supérieurs au coefficient normal.

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