ACCIDENTS CAUSÉS PAR LE CHLOROFORME CHEZ LES FEMMES EN COUCHES
Il est impossible de ne pas dire un mot des dangers particuliers qu'offre l'administration du chloroforme : je veux dire la syncope et la mort subite.
Dans un mémoire sur les dangers du chloroforme chez les femmes en travail, le docteur Carafñ, ancien interne des hôpitaux, s'exprime ainsi : « Le danger du chloroforme ne nous paraît devoir être contesté par personne, les nombreux cas de mort pendant la réduction d'une luxation ou pendant une opération insignifiante sur des sujets bien portants, soumis à la chloroformisation, prouve que la santé la plus florissante ne met pas à l’abri des accidents d’une façon absolue. » Il raconte alors l’histoire d'une femme qui tomba tout à coup en syncope pendant qu’on l'anesthésiait et à qui l’on dut pratiquer la respiration artificielle, puis il ajoute : « Toutes les recherches possibles ont été faites pour savoir si le chloroforme n'était pas altéré, ou si ce n’était pas d'un nouvel envoi de la pharmacie centrale que provenait le chloroforme dont je m'étais servi. Après cette enquête, il a fallu renoncer à l'hypothèse d’un chloroforme impur car on s’en était servi antérieurement chez d’autres femmes et chez la malade elle-même pendant plus de deux heures, sans aucun accident; d’ailleurs administré à d’autres femmes il n’a produit aucun accident ».
Continuant la citation : « Chez une femme atteinte d'un rétrécissement du bassin, le 1‘ janvier 1880, nous avons observé des
accidents qui, pour être moins graves que ceux que je viens de
me rapporter, ne laissèrent pas moins une impression durable qui acheva de me rendre très circonspect lorsqu'il s'agit du chloroforme chez les femmes en travail. Mais, d’ailleurs, si on cherchait dans la littérature médicale, je ne doute pas qu’on trouverait des cas de mort par le chloroforme chez les parturientes ».
En effet, le docteur Lusk a publié cinq cas d'accidents chez les femmes en couches, dont deux furent suivis de mort. Les cinq femmes étaient exemptes de toute complication cardiaque ou pulmonaire.
Dutertre en a relevé une quarantaine d'accidents que je ne puis pas tous rappeler : jen citerai cependant quelques-uns.
Wolff : une femme respire elle-même une bouteille de chloroforme qui en contient 40 gr. et meurt au bout de quelques minutes.
Gream en 1849 : grossesse gémellaire, mort après l’anesthésie. Campbell : une femme qui avait déjà accouché 6 fois avec le chloroforme, meurt à la quatrième inspiration. On ne lui avait pas donné plus de 8 gr. de chloroforme.
Barnes (février 1856) : la femme meurt 20 minutes après. Il écrivait à M. Pinard : « Bien que l'on continue à dire qu'aucun cas de mort subite due au chloroforme n'ait été bien constaté, j'ai mes doutes à cet égard ».
Curtis, de Philadelphie, rapporte le cas d’une primipare, âgée de vingt-six ans, morte après l'administration de quatre grammes de chloroforme ; une seconde aussi est morte à qui l'on n'avait donné qu'une dose modérée.
Je rappellerai enfin les deux fameuses observations rapportées dans le Medical Times and Gazette (14 août 1855) et dans le Lyon médical de 1877 ; dans ces deux cas, le chloroforme avait été délivré par des mains étrangères à la science.
Quarante observations de mort subite, dirat-on, c'est bien
peu, sur la multitude de femmes à qui l'on a donné le chloro-