‹ Du choléra-morbus de PologneChapitre 2 sur 5 · MÉTHODE DE M. LE DOCTEUR SEARLE · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE M. LE DOCTEUR SEARLE

M. Searle, médecin anglais , partisan , comme tous ses confrères de la Grande-Bretagne, du calomel, dont on fait un si grand usage dans les cas graves , obscurs et difficiles , comme dans les cas les plus simples ; que l’on donne à des doses si variables et quelquefois si fortes dans les vingt-quatre heures ; auquel , enfin , on reconnaît des propriétés tantôt spécifiques , tantôt antispasmodiques, antiphlogistiques ou purgatives, M. Searle administre ce médicament associé avec le sucre (vingt à trente grains) dès le début du choléra , depuis six jusqu a vingt et vingt-quatre grains toutes les heures } mais le plus souvent toutes les deux heures (i ).

( 1) Je crus reconnaître, dans le calomel employé à Bagatelle, la présence

Ici , le calomel est donné comme purgatif, pour faciliter l’expulsion de la matière crémeuse ou pultacée , grisâtre ou jaunâtre , qui recouvre la membrane muqueuse intestinale, et pour exciter l’excrétion de la bile, dont la présence dans les matières vomies et les déjections alvines est généralement d’un bon augure.

Pour faciliter les vomissemens , ou pour les déterminer , M. Searle a souvent employé un soluté d’hydrochlorate de soude, préparé de la manière suivante : Eau chaude saturée de sel de cuisine , une once ; eau ordinaire , quatre onces. Cette dose , prise en une fois, suffit souvent pour provoquer le vomissement; dans le cas contraire, on la renouvelle, et celte seconde quantité suffit. Lorsque les vomissemens ont cessé , des fictions sèches sont pratiquées sur toutes les parties du corps avec une brosse ou un morceau de flanelle; et, deux heures après, on administre de nouveau le soluté ci-dessus , mais froid , puis deux autres cuillerées de salep clair ; c’est ainsi que

du sublimé corrosif; mais je dois dire que celui que nous examinâmes à la Pharmacie centrale avec M. le docteur Antomarchi et quelques autres membres du comité central , nous parut pur et de bonne qualité. Nous nous empressâmes, M, Antomarchi et moi, chargés de l’examen de tous les autres médimens, de signer un rapport favorable à M. le pharmacien en chef de l’établissement , et à ceux de messieurs les pharmaciens de la ville qui fournissaient gratuitement les hôpitaux.

M. Scarle cherche à obtenir des selles de meilleure nature. A mesure que le pouls se relève, que la transpiration cutanée se rétablit, on éloigne de plus en plus les doses du soluté salin.

A ces moyens thérapeutiques , M. Searle réunit les sinapismes sur l’épigastre, et très-rarement la saignée ou les sangsues. Enfin , pour relever les forces des malades, pour rappeler la chaleur de la peau, ce médecin donne le mélange suivant : Alcool rectifié, deux onces; eau ordinaire, six onces.

Main tenant que nous n’avons pu proclamer, de l’usage du bismuth et du calomel, tout le bien qu’on en avait dit avant que l’expérience n’eût prononcé et fait connaître l’exacte et triste vérité , voyons si les autres moyens ont été plus heureux , ainsi que les autres méthodes.

Les autres traitemens employés à Varsovie contre le choléra consistaient : i° dans une saignée du bras , ou une application de sangsues ou de ventouses sèches, mais le plus ordinairement scarifiées, sur la poitrine ou sur l’abdomen , selon le lieu des douleurs éprouvées par les malades : le nombre des sangsues et celui des ventouses était subordonné à l’âge et à la force du sujet ; il en était de même de la quantité de sang tiré par la veine : en général les saignées étaient de quatre à seize onces.

2° Dans l’administration de poudres préparées avec lecalomel, l’opium et le sucre. Ces poudres, dont on donnait ordinairement une prise toutes les deux heures, étaient préparées avec calomel, deux, troisou six grains; opium pulvérisé, un quart, un demi ou un grain , et sucre en poudre , vingt-quatre ou trentesix grains.

3° Les poudres ci-dessus étaient quelquefois remplacées par quelques gouttes (quinze à vingt) de laudanum de Sydenham (vin d'opium composé ) versées dans un peu d’eau , ou sur un morceau de sucre.

4° Dans une boisson chaude prise toutes les quinze ou trente minutes , et qui n’était autre chose qu’un infusé de thé ou de mélisse , de sureau ou de menthe poivrée , de sauge ou de camomille , d’angélique ou de valériane, ete., etc.

5°. Dans les frictions sèches ou humides pratiquées sur toute la surface du corps à l’aide de brosses ou de morceaux de flanelle. Les liquides usités le plus ordinairement étaient le vinaigre, l’eau-de-vie camphrée, ou un mélange d’alcoolat de menthe et d’eau-de-vie camphrée.

6°. Dans l’application de sinapismes sur les pieds , les mollets, les cuisses, le ventre ou l’épigastre *, de briques chaudes ou de bouteilles pleines d’eau chaude sous

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les pieds. Tonies ces boissons, ces frictions, ces sinapismes ainsi promenés sur la surface du corps , et ces briques chaudes aux pieds, avaient pour but de rappeler la chaleur de la peau et des membres, et de rétablir la circulation.

7°- Enfin dans un bain général pris à une température un peu supérieure à celle du corps, et dans lequel le malade ne restait plongé ordinairement qu’une demi-heure.

Tels ont été les différens modes de traitement auxquels on a soumis presque tous Jes cholériques afin d obtenir une réaction favorable. Mais peu à peu ces méthodes furent modifiées. Avant de parler de ces modifications, faisons connaître le traitement de M. banque, d’Orléans.

« Depuis 1822, jusqu’à ce jour, dit M. Ranque, (Extrait de la Lancette Française du 3i mai 1 83 1 , 4e année, n° 2, tome V), j’ai eu à traiter près de quatre-vingts choléra-morbus : dans ce nombre, il s’en est trouvé soixante qui m’ont offert des symptômes si bénins, que je crois ne devoir qu’en faire une simple mention. Mais ce sont les vingt autres qu’à raison de la gravité des symptômes et de la rapidité de leur marche, j ’assimile au choléra de l’Inde.

Deux de mes choléra-morbus qui n’étaient qu’au

début, qui ne présentaient qu’un état nerveux intense, c’est-à-dire des vomissemens, des déjections alvines involontaires très-fréquentes, des souffrances vives dans les entrailles sans aucune complication de phlegmasie, sans adynamie encore profonde, furent tous promptement guéris par l’application sur le ventre de l’épithème formulé de la manière suivante.

Pr.

Diachylum gommé Emplâtre de ciguë

ââ i once 1/2.

Faites ramollir cette masse dans l’eau chaude } ajoutez-y,

Poudre de thériaque (c’est-à-dire seulement les substances pulvérulentes qui entrent dans la composition de la thériaque ; les autres sont inutiles) 1 once.

Camphre en poudre 1 gros 1 p.

Soufre en poudre 172 gros.

Faites du tout une masse mélangée } couvrez-en une peau ou une toile de grandeur suffisante pour la totalité du ventre, depuis l’épigastre inclusivement jusqu’au pubis.

Avant d’appliquer cet épi thème, saupoudrez-cn la surface avec le mélange suivant :

Tartrite antimonié de potasse, i gros 1/2.

Camphre en poudre, 1 gros.

Fleur de soufre , 1/2 gros.

Retenez l’épi tème sur le ventre à l’aide d’un bandage de corps; laissez-le pendant trois ou quatre jours sans être renouvelé , s’il y a amélioration des symptômes ; dans le cas contraire, il devra être renouvelé le lendemain. Secondez les effets de ce topique par des frictions faites trois ou quatre fois le jour, sur l’intérieur des cuisses , des jambes , et sur la partie lombaire du rachis avec une cuillerée à bouche du liniment suivant :

Pr. Eau de laurier cerise,

Ether sulfurique,

Extrait de belladone,

Chez le plus grand nombre , huit heures s’étaient à peine écoulées après le traitement , que les malades commençaient à en éprouver un heureux effet. Les vomissemens se calmaient, les déjections alvines deve-

2 onces.

1 once.

2 scrupules.

liaient moins frequentes , les angoisses étaient plus supportables.

Tant que les vomissemens persistaient, jenepermet-

tais, deloinen loin, que quelques gorgées d’eau édulcorée; leplus ordinairement, le lendemain, lessymptômes dangereux du choléra -mor bus n’existaient plus. Les malades ne ressentaient plus que l’extrême fatigue , effet ordinaire des violentes douleurs qu’ils avaient éprouvées et un grand besoin de sommeil; ils s’y livraient avec bonheur. Bientôt l’appétit se manifes-

tait, et en les satisfaisant avec circonspection, la convalescence ne tardait pas à être parfaite.

Un retour aussi prompt à la santé , dans une affection si grave et si souvent pernicieuse, ne peut être attribué suivant nous, qu’à l’effet de notre épithème et de notre liniment , puisque nous n’avions mis en usage que ces deux moyens ; puisqu’il n’est pas de l’essence du choléra de cesser si promptement; puisque les substances qui composent l’é pi thème et le liniment sont énergiquement sédatives.

Chez ceux qui se présentaient à moi , étant atteints de celte maladie depuis quelques jours , et offrant alors tous les symptômes d’une adynamie profonde ; pouls filiforme , sueur froide , contraction des mollets , décomposition des traits de la face ; après avoir

fait couvrir le ventre de mon épithème bien chaud et bien saupoudré, je faisais frictionner, d’heure en heure,

l’intérieur des cuisses et des jambes , la région pré-

cordiale avec le liminent suivant :

Pi\ Huile de camomille , 2 parties.

Teinture de bois de kina jaune , 1 partie.

Chaque friction consommait environ une cuillerée à bouche du liniment ; on éloignait les frictions à mesure que la vitalité se rétablissait; concurremment avec ces moyens , je faisais donner de l’eau d’orge fortement alicantée , c’est-à-dire, deux tiers de vin d’Alicante, sur un tiers d’eau d’orge. (Cette potion se prenait par cuillerée d’heure en heure ).

Il faut avoir été témoin de l’effet obtenu par ce concours de moyens dans des cas désespérés pour y croire. Le retour de la chaleur , le rétablissement du pouls, la cessation de l’adynamie ; voilà les résultats qui avaient lieu tout au plus dans l’intervalle de vingtquatre heures. J’ai pu les constater sur douze personnes; une seule d’entre elles n’a pu être sauvée. »

Comme je l’ai dit plus haut, les méthodes polonaises dans le traitement du choléra ont été modifiées. Ainsi,

la saignée fut abandonnée, ou réservée seulement dans les cas où les sujets offraient tous les signes de la pléthore sanguine. Au calomel , à l’opium , auxquels on attribua, à tort , la longue convalescence dont j’ai déjà parlé , on substitua l’ammoniaque liquide à la dose d’une à deux gouttes pour les enfans , et de quatre à huit pour les adultes, dans un peu d’eau sucrée. Quand cette dernière médication , dirigée contre les vomissemens et les déjections alvines, et dans laquelle on supprimait la saignée , avait produit son effet, on faisait prendre toutes les demi-heures un verre d’eau, chaude ; dans le dernier ( le sixième ordinairement ) on ajoutait de quatre à six gouttes de laudanum.

L’eau chaude, la potion de Rivière, la teinture aqueuse-.de rhubarbe, ont souvent suffi contre le choléra peu prononcé.

Une foule d’autres préparations et agens pharmaceutiques furent encore employés contre le choléra à Varsovie \ mais, comme les précédens, tous ont eu des succès quand la maladie était peu grave , et tous ont souvent échoué dans les cas contraires.

Je me contenterai de citer les suivans :

Les symptômes nerveux furent combattus par l’un ou l’autre des mélanges pulvérulens , dont je vais donner les formules.

GG

Pr. Oxide de zinc , 2 à 6 grains ;

Sucre , 20 à 36 grains.

Mêlez, et faites six doses égales, dont une sera prise toutes les heures ou toutes les deux heures.

Pr. Valériane, ) i

> un i;2 gros a 1 gros.

Sucre, )

Mêlez, divisez, et faites prendre comme ci-dessus.

Pr. Musc, 1/2 grain à 1 grain;

Sucre, 20 à 5o grains.

Idem ,

Pr. Musc, 1/2 grain à 1 grain;

Camphre, 2 à 4 grains ;

Sucre, 20 à 5o grains.

Idem.

On opposa aux déjections alvines la poudre de Dower , à la dose de quatre à six grains le soir , et pour boisson , dans la journée , la décoction blanche de Sydenham , avec ou sans addition de six à huit gouttes de laudanum ; ou l’eau de salep , dans laquelle on ajoutait, sur douze onces (livre médicale du pays) un demi-gros ou un gros d’eau distillée d’amandes amères (1). On employa encore dans le même but

(i) Cette eau distillc'c , prescrite sous le nom A' Eau de laurier cerise ,

l’infusé cîe cascarille ou le ’maceraté de racine de Colombo, et l’eau d’amidon en lavement avec le vin d’opium ^composé.

Les symptômes adynamiques furent traités par

l’infusé de quinquina en boisson , et par la mixture suivante, appelée Eau oxymuriatique ( i), et dont on donnait une cuillerée à bouche toutes les demiheures , ou toutes les deux heures.

Pr. Eau de fontaine, 8 ou 11 onces;

Sirop simple , i once ;

Eau oxymuriatique , 2 onces.

Mêlez.

On chercha à rappeler les fonctions cutanées en ajoutant, dans les boissons ordinaires ( infusés de sauge, de sureau, de bourrache, etc., etc.), ou dans de l’eau chaude tout simplement, une demi -once à une once d’acétate d’ammoniaque liquide, ou bien dix à vingt gouttes d’alkali volatil.

On essaya d’agir sur l’appareil urinaire, en donnant, dans la journée, un décocté de baies de genièvre

était quelquefois remplacée par un gros (le teinture d’opium , laquelle teinture contenait deux grains d’opium.

(’) Cette préparation, tres-employée en Pologne, n’est autre chose que de l’eau distillée saturée de chlore gazeux.

pour boisson, et, toutes les deux heures, la poudre suivante ;

Pr, Camphre, i grain ;

Nitrate de potasse , 6 grains ;

Sucre , 3o grains.

Rlèlcz.

On fit cesser le hoquet par des sinapismes appliqués sur l’épigastre, et par des potions antispasmodiques préparées avec l’éther sulfurique ou la liqueur d’Hoflïnan .

Les douleurs abdominales furent calmées avec le cataplasme suivant :

Tr. Feuilles de ciguë, )

[ ana o onces ;

Espèces aromatiques , )

Eau, 1

. [ quantités suffisantes.

Farine de lin, )

I/œdème des jambes et des pieds céda souvent à

dé légères frictions faites avec un liniment préparé avec parties égales d’huile d’olives et d’essence de thérébenthine.

On tenta l’acupuncture du cœur, l’application de moxas à l’alcool ( linge que l’on imbibe d’alcool et que l’on enflamme) sur l’abdomen et le long de la co-

lonne vertébrale; les bains alcalins (avec la potasse) , et rubélians ( avec la moutarde ), afin de réveiller les mouvemens du coeur, de calmer les douleurs de l’abdomen et du rachis, de rappeler la chaleur générale. On a pu lire dans le numéro 58 de la Revue germanique , année i83i , que M. le docteur Lilesius , qui accompagna Krusenstern dans son voyage autour du monde, avait employé avec succès en Chine, au Brésil et dans le Portugal , les bains chauds de lessive et de lessive caustique tiède , dans- le traitement du choléra épidémique.

Voulant exciter tout à la fois l’appareil urinaire et la peau, désirant arrêter les vomissemens, on fit usage delà teinture de colchique, depuis dix jusqu’à quarante et soixante gouttes dans une livre de boisson sudorifique, et des mixtures n° i et n° 2 de Scudamore.

Nü

Pr. Magnésie carbonatée , Eau de 'menthe , Vinaigre colchique, Sirop simple ,

1 gros r;2 ; 4 onces;

ââ 1 once.

Mêlez, et donnez une cuillerée à bouche toutes les deux heures.

N° 2. Pr. Magnésie carbonatée ,

sulfatée ,

"Vinaigre colchique, Sirop simple ,

Eau de menthe ,

5 gros ;

6 gros ;

i once 1/2 ; i once;

5 onces.

Dans l’espoir d’agir directement sur la moelle épi-^ nière , siège présumé de la maladie , j’employai la teinture alcoolique de noix vomique, à la dose de quatre à six gouttes ^ dans quatre onces d’eau distillée d’arnica , et une once de sirop simple. Le lendemain je crus voir un peu de mieux dans l’état du malade ; mais le surlendemain , tout espoir était perdu. Cet essai n’ayant pas été heureux, je ne le renouvelai pas; j’abandonnai en même temps l’idée que j’avais eue d’administrer le phosphore dans quelques cuillerées d’émulsion; et, plus tard, j’appris que ce médicament n’avait compté qu’un bien petit nombre de succès.

L’oxigénation du sang n’ayant pas lieu dans le choléra, la circulation étant nulle, la vie sans cesse sur le point de s’éteindre , je fis respirer du gaz oxigène aux malades. Je retirai quelques bons efîels de ce moyen thérapeutique , et je crois qu on en retirerait davantage s’il était mieux administré que je ne 1 ai fait, faute d’appareil convenable.

On a dû voir , dans le n° 83 de la Lancette française, quatrième année, t. V,une lettre de M. Scoutetten, de Metz, adressée à M. Arago, et qui a été lue, à l’Institut, dans la séance du 29 novembre. Cette lettre donnait connaissance des essais de la transfusion du sang dans le choléra-morbus ; elle apprenait en même temps le triste résultat des expériences. Trois essais furent faits par M. le professeur DifFenbach , et trois fois les malades succombèrent. Le premier choléririque, homme fort, bien constitué, âgé de vingt-

sept ans, mourut quelques minutes après l’opération *,

le second , femme de soixante-cinq ans , expira six heures après, et le troisième, vieillard de soixante-un ans , deux heures après. De pareils faits parlent suffisamment par eux-mêmes pour qu’on ne tente plus de pareilles expériences.

Il en fut de même de l’eau qu’on injecta dans les veines à \arsovie.

Enfin, l’huilede cajéputdont, selon quelques observateurs, les heureux effets ne sauraient être révoqués en doute, dont le mode d’action est dangereux selon d’autres, a égalemen t été employée con tre le choléra • n’ayant pas été à même de faire usage de ce médicament, ni de l’avoir vu administrer, je n’en dirai rien de plus. Je ne ferai que citer également le Remède ou Liniment des

juifs de Wissnitz , préparation qui m’a été communiquée dans une des quarantaines que je fis en Prusse. Ce liniment qui, m’a-t-on assuré, a guéri à Bocknia, en Gallicie, deux cents deux juifs sur deux cent quarante ; qui a pour but d’exciter , de ranimer la chaleur de la peau , et dont on frictionne la surface du corps des malades , est préparé ainsi :

Vinaigre ,

i livre.

Alcool rectifié ,

2 livres.

Camphre pulvérisé ,

i once.

Piment idem ,

1/2 once.

Farine de moutarde,

i once.

Ail pilé ,

1/2 once.

Cantharides pulvérisées ,

2 gros.

Quant aux boissons froides, aux topiques à la glace, je l’ai dit, je crois qu’on peut, en agissant avec prudence, en retirer quelques avantages.

Maintenant que l’on connaît toutes les méthodes de traitement du choléra , que toutes les substances simples ou composées, employées contre cette épidémie , ont été passées en revue , je dois dire toute la vérité. Les malades à qui je ne donnais pour tout remède interne que de l’eau chaude, chez lesquels

je remplaçais les agens pharmaceutiques par les soins hygiéniques, les frictions, les bains, les cataplasmes, les ventouses sèches ou scarifiées, les sinapismes, etc. etc. , chez lesquels je n’eus recours aux émissions sanguines que lorsqu ’après la réaction obtenue , elles se trouvaient indiquées , ces malades dis-je , guérirent en aussi grand nombre que ceux qui , aussitôt leur entrée à l’hôpital, étaient soumis à l’un ou à l’autre des traitemens que je viens de décrire. Comment compter d’ailleurs sur la propriété , sur l’action d’un médicament , avant que celui-ci , ingéré dans l’estomac du malade , n’ait été élaboré, dissous , porté dans toute l’économie ; et comment croire à tous ces phénomènes importans en thérapeutiques lorsque, comme dans le bholéra , la vie est presque éteinte, les réactions sont difficiles et les fonctions des organes nulles ?

Il existe donc , selon moi , une méthode de traitement uniforme , constante, applicable dans tous les cas de choléra très-violent, c’est celle qui consiste à employer d abord tous les moyens capables de produire une réaction prompte, indispensable, et sans laquelle, quoi qu on fasse , on a la douleur de voir périr tous les malades. On aura beaucoup d’espoir d’obtenir cette îéaction, si les malades, aussitôt le début du choléra , sont apportés dans les hôpitaux ou dans d’au-

très lieux convenables*, si, en^ille, le médecin est appelé à temps \ si , enfin , on a recours assez promptement aux frictions , aux bains , à l’application de corps chauds autour du patient, etc. (J’indiquerai tout à l’heure le traitement général.) A Varsovie, où, malheureusement, les soins hygiéniques et thérapeutiques étaient trop souvent mal entendus , mal administrés, j’obtenais cette réaction une fois sur trois. Combien a-t-on déjà été plus heureux dans des pays plus aisés ! Combien le serions-nous en France , où l’on trouve les premiers hôpitaux de l’Europe, si un jour nous devions être désolés par le choléra !

Comment n’a-t-on pas encore de spécifique contre une maladie déjà si ancienne, et qui se présente constamment avec les mêmes caractères? Mais qui ne sait combien les spécifiques sont rares et difficiles à trouver ; et ne peut-on pas considérer comme spécifique une thérapeutique basée sur l’àge , le sexe , les habitudes et le tempérament des malades, qui tient compte de l’état des lieux habités , etc. -, qui , après avoir obtenu la réaction nécessaire, se comporte selon les indications qui se présentent.

De tout ce que je viens de dire , il résulte qu’il y a deux indications à remplir dans le traitement du choléra-morbus. La première, qui est constante,

consiste à exciter le malade , à ranimer sa vie presque éteinte, à régulariser l’innervation , à réchauffer les surfaces refroidies ; la seconde, qui varie, est relative aux symptômes.

A l’hôpital Ouyazdow, un cholérique arrivait-il dans ma salle? je le faisais promptement coucher (le lit eût pu être préalablement bassiné) et envelopper dans une couverture de laine chaude; des briques chaudes étaient placées à ses pieds; des frictions sur les membres et la surface du corps avec un morceau de flanelle imbibé d’eau-de-vie ou de vinaigre camphré étaient long-temps et constamment pratiquées. Je crois que des vapeurs de camphre , dirigées dans le lit et autour du malade , auraient encore été trèsutiles , préférables memes à cause du refroidissemen t qui a lieu à la surface du corps par le fait de l’évaporation du liquide employé; aussi m’arrivait-il souvent de préférer les frictions sèches (à l aide de brosses) aux frictions humides. Enfin j’ai quelquefois fait respirer du gaz oxigène au malade. Pendant ce temps , des boissons chaudes étaient données en abondance ; un bain général à vingt- huit ou vingt-neuf degrés (Rc'aumur) de température était préparé, et le malade y était plongé pendant vingt-cinq à trente minutes. On le reportait ensuite dans son lit avec toutes les

précautions possibles pour qu’il ne se refroidît pas.

Celte première indication remplie, la réaction ayant eu lieu , c’est-à-dire que le pouls , la chaleur de la peau apparaissaient-ils? je faisais pratiquer une saignée du bras de huit à douze onces , selon la force du sujet. Cette saignée, que j’appelle spoliative , qui a pour but de rétablir l’équilibre de la circulation, de faciliter le cours de celle-ci, de la périphérie vers les centres organiques, n’est pas indispensable : beaucoup de mes malades n’ont pas été saignés. Mais, lorsqu’une émission sanguine est indiquée , lorsque les sujets sont jeunes, forts, pléthoriques, c’est à cette époque du traitement qu’elle doit être pratiquée, et non plus tôt. Plus tôt , elle est impossible , dangereuse même , car le sang est comme coagulé , il ne coule pas ou ne tombe que par gouttes; dangereuse, en raison du temps précieux (i) que l’on perd à plonger les mains et les avant-bras des malades dans l’eau chaude ; non praticable enfin comme début de traitement, car elle martyrise inutilement les malades.

Je reviens aux moyens thérapeutiques subordonnés aux symptômes. Les vomissemens et les déjections

( i) On ne saurait trop se hâter dans une maladie où un quarl d’heure après avoir parfaitement répondu a toutes les «jucstions , les malades n'existent plus. Ces cas, mal heureusement , n ont pas etc rares,

alvines, que je regarde comme nécessaires dans le commencement de la maladie, et qu’il est souvent bon de faciliter par un vomitif et un laxatif, à cause de la plénitude des organes digestifs, étaient-ils trop abondans , trop souvent répétés? j’administrais soit la potion de Rivière avec ou sans addition de huit à douze gouttes de laudanum, soit un lavement amilacé et opiacé. Lorsque, au contraire, la langue était chargée, jaunâtre, qu’il y avait de la constipation , j’avais recours à vingt ou trente grains de poudre d’ipécacuanha, ou deux ou trois grains d’émétique que je faisais prendre dans un verre d’eau chaude, et une once d’huile de ricin remplaçait la seconde indication.

Les douleurs thoraciques et abdominales étaientelles très- vives, persistantes? quelques sangsues (vingt ou trente), quelques ventouses scarifiées (huit à douze) étaient promptement appliquées. Les hoquets étaient combattus par des sinapismes appliqués sur la région diaphragmatique-, enfin des crampes , des douleurs convulsives du dos et des membres tourmentaient elles le malade? je faisais usage des anti-spasmodiques ou de bains long-temps prolongés, et des opiacés.

Quant aux symptômes cérébraux, que l’on observe quelquefois dans le choléra, à la chaleur de la peau,

à la sécheresse de la langue , aux caractères typhoïdes , aux parotides , à l’œdème des jambes et des pieds, qui se manifestent aussi très-souvent après quelques jours de la maladie , je les combattais par les émissions sanguines générales ou locales, les boissons émollientes ou acidulées , froides ou légèrement tièdes, etc., par des sangsues et des cataplasmes, par des linimens préparés avec l’huile d’olives et celle térébenthine.

Tel est le mode de traitement que j’ai suivi à Varsovie depuis les premiers jours de juillet jusqu’à la fin d’août, époque à laquelle le choléra a presque cessé de régner ; tel est celui avec lequel je n’ai perdu qu’un malade sur trois \ que je suivrais encore si j’avais à combattre la même épidémie, car je le crois suceptible de donner des résultats plus satisfaisons dans des pays plus aisés et mieux civilisés.

Si enfin j’avais de nouveaux cholériques à soigner, je remplacerais quelquefois les boissons chaudes par quelques cuillerées d’eau froide, j’appliquerais la glace sur l’épigastre et sur l’abdomen comme moyen révulsif, je donnerais des bains contenant chacun une ou deux livres de farine de moutarde afin d’exciter davantage la peau. Telles seraient les légères modifications que j’apporterais au traitement que je viens de

décrire et qui le rendraient aussi complet , aussi avantageux qu’on pourrait le désirer dans cette maladie.

Je voudrais encore que chaque salle, suffisamment grande et aérée fût garnie d’un poêle pour tenir chaudement les boissons, les briques, le linge, les chemises, les draps, les couvertures, etc., quelle ne contint pas plus de six à huit malades et que chacun d’eux eût un lit composé d’une paillasse , d’un bon matelas , d’une paire de draps, et de deux bonnes couvertures. Un infirmier n’aurait pas plus de deux ou trois malades à surveiller. Ceci est extrêmementimportant.carlessoins sont tout dans cette cruelle épidémie, et je crois avoir acquis la conviction que la vie des malades dépend surtout de la promptitude et de l’intelligence avec lesquels on les administre. M. le docteur Florio, homme d’esprit et de mérite , un des médecins en chef de 1 hôpital Ouyazdow , fut tellement convaincu de cette vérité, que, sur ma demande, il me lit obtenir huit infirmiers au lieu de quatre. Mais, à part le peu d’intelligence,le'peu d’habitude decesmalheureux(c’étaientdes prisonniers russes), leur nombre était encore trop petit. Je désirerais encore, dans chaque salle, clés appareils propres à dégager le chlore et l’oxigène, d’autres pour conduire des vapeurs de camphre ou d’autres subtan-

ces clans le lit des malades. L’électricité, le magnétisme pourraient peut-être encore être dequelque utilité. Enfin il y aurait des chlorures liquides en abondance pour laver les salles, les cuvettes, etc.

Il existe encore un dernier mode de traitement du choléra, je veux parler du traitement moral, de celui que je considère comme le plus important, comme le premier de tous. En effet, avant défaire médicamenter un malade atteint d’une épidémie , n’est-il pas du

devoir du médecin, vraiment ami de son semblable,

sincèrement dévoué à l’humanité souffrante, de chercher à rassurer le patient , à soutenir son courage , à lui faire comprendre par le zèle et les soins assidus qu’on lui porte, par l’énergie et le sang-froid qu’on déploie dans le danger, que tout espoir n’est pas perdu, et que la tranquillité de l’àme, le repos de l’esprit, sont de grands auxiliaires en médecine ? Serat-il prudent le médecin qui n’entrera jamais dans une salle où gissent des malheureux en proie à une épidémie , sans être préalablement revêtu de capotes , de capuchons de toile ciréej sans se faire suivre et précéder d’appareils désinfectans? non, il sera tout à la fois ridicule et dangereux : ridicule par son costume , dangereux par les conséquences qui peuvent résulter de tant de précautions. En effet les malades, naturel-

lemen t inquiets, prenant ici pour prudence ce qui n’est que pusillanimité, augmentent encore le danger qui les menace en prévoyant sans cesse, dans leur esprit effrayé, l’issue funeste des maux qu’ils endurent. De même que le général, quand cela est nécessaire, doit mourir sur le champ de bataille, de même le médecin doit oser faire le sacrifice de ses jours quand son courage et son dévouement peuvent contribuer à faire diminuer le nombre des malades. Ainsi donc , guérir les maladies c’est beaucoup, mais les prévenir c’est encore mieux. Heureux le médecin qui peut remplir d’aussi grandes et d’aussi généreuses obligations.

Autopsies. — - Remarques.

D’après les symptômes caractéristiques du choléra , symptômes constans et qui font présumer l’existence de quelques lésions dans les appareils nerveux et digestif, on devait s’attendre h trouver à l’autopsie des altérations anatomo-pathologiques en rapport avec le trouble observé dans les fonctions organiques pendant la vie. Malheureusement il n’en a pas été ainsi, et jusqu’alors les observations nécroscopiques ne nous ont rien appris de parfaitement exact sur la nature et sur le siège du choléra épidémique.

En effet , excepté quelques-unes que j’indiquerai dans un instant, les altérations sont souvent peu appréciables ^ quelquefois presque milles quand le choléra a été très-grave, et que les malades ont été

emportés en quatre ou six heures de temps. Elles sont, au contraire, plus sensibles, mais très-variables , quand la maladie a duré plus long-temps.

Parmi les altérations les plus constantes, invariables même, celles à l’aide desquelles on pourra toujours reconnaître le cadavre d’un cholérique, on doit signaler la lividité ou la couleur bleue-noirâtre de l’extérieur du corps , la vacuité de la vessie, la tension des fibres musculaires , la matière grisâtre ou jaunâtre, de consistance de bouillie ou de purée claire , que l’on trouve dans l’estomac et les intestins -, la couleur noire, l’aspect visqueux, la consistance épaisse du sang artériel et du sang veineux. Les altérations qui , pour la fréquence, occupent le second rang , sont les congestions sanguines plus ou moins fortes dans le cerveau , les intestins, les membranes muqueuses, etc.

Voici , au reste , le résultat sommaire de vingt autopsies que j’adressai, le 28 juillet 1 83 1 , à M. le docteur Magendie, pour être communiqué à MM. les membres des Académies des Sciences et de Médecine. Ces autopsies ont été faites sur des sujets de vingt â trente-cinq ans, jouissant d’une bonne santé avant l’invasion de l’épidémie, et presque tous simples soldats. J’en ai fait beaucoup d’autres encore-, mais comme la plupart des sujets étaient plus âgés, qu’ils

avaient eu d’autres maladies avant d'avoir le choiera , je n’en parlerai pas ici.

Habitude du corps. Cadavres généralement raides, livides , bleuâtres ou noirâtres; chairs généralement fermes , gorgées de sang ; face déprimée , pâle, livide.

Crâne. Systèmes nerveux et artériel , généralement gorgés de sang noir ; sérosité aqueuse, très-rarement sanguinolente entre les membranes , dans les ventricules du cerveau et à la base du cervelet : la quantité de ce liquide varie depuis deux gros , jusqu’à une once; consistance du cerveau et du cervelet constamment normale ; substances blanche et grise , en général très-peu injectées , souvent parfaitement saines , quelquefois cependant on les trouve trèsfortement sablées de points sanguinolens , dont le volume augmente par une légère pression ; quelques adhérences des deux arachnoïdes lâ où se trouvent les glandes de Pacchioni.

Colonne vertébrale. Moelle épinière constamment normale dans sa forme , sa couleur , sa consistance ; plutôt dure que ramollie (i) ; tissu cellulaire qui entoure le cordon rachidien, plus ou moins pénétré de

(i) line sculo fois, j’ai vu un ramollissement, mais il tenait indubitablement à la difficulté ( faute de bons instructions et d une table convenable ) avec laquelle l’ouverture du rachis avait été faile.

Ho

sang noirâtre ; sérosité limpide, visqueuse, variable dans sa quantité , dans la cavité des membranes rachidiennes *, substances blanche et grise plus ou moins rosées 5 nerfs naissans de la moelle , quelquefois légèrement rosés, le plus souvent à l’état normal.

Pharinx. Rien de particulier.

Larinx. Quelquefois un léger pieté entre les cerceaux cartilagineux.

Poitrine. Poumons généralement sains, crépitans, offrant ou non quelques adhérences. Bronches. Surface plus ou moins injectée et chargée d’un mucus jaunâtre ou grisâtre plus ou moins abondant. Veines pulmonaires. Gorgées de sang noir plus ou moins fluide , mais généralement peu fluide. Péricarde. Quelquefois un peu de sérosité dans son intérieur. Cœur. Le plus ordinairement normal -, quelquefois cependant, on le trouve augmenté de volume , et quelquefois aussi, mais très-rarement, plus petit, contracté", son tissu est généralement sain. Ventricule droit (partie que l’on a vue hypertrophiée) rempli de sang noir plus ou moins coagulé. J’ai souvent vu des caillots , ayant la forme de pseudo-membranes, couvrir la totalité de la cavité ventriculaire, et envoyer entre les colonnes charnues des prolongemens fibreux plus ou moins difficiles â séparer sans les

déchi rer. La membrane interne du ventricule droit est blanche et saine.

Le ventricule gauche est ordinairement dans son état normal et privé de sang. Les oreillettes sont saines et souvent distendues par du sang à moitié coagulé et d’une couleur noire foncée \ quelquefois , cependant, ce sang a une couleur rouge, mais cela est très-rare. Enfin, on a trouvé dans le ventricule, mais très-peu souvent, de la fibrine à nu.

L 'Aorte, les veines caves supérieures, les veines sous-clavrières, la veine azygos , les veines intercostales et les diaphragmatiques , sont saines dans leur texture, gorgées d’un sang noir tantôt fluide, tantôt (c’est le plus ordinaire) coagulé.

Abdomen . Ordinairement très -contracté , trèsaplati , quelquefois même concave , comme dans la colique de plomb. Epiploon . Plus ou moins injecté ; parties sous-]acen les plus ou moins seches ou visqueuses. Cette viscosité se remarque dans le sang, la bile, l’urine, les matières vomies, et celles qui sont contenues dans les intestins.

Estomac. Plus ou moins distendu , contenant , quand la mort a été prompte, tantôt des matières alimentaires plus ou moins digérées , tantôt et encore intacts, les agens thérapeutiques employés ; quand la

mort a été plus tardive, l’estomac est plus ou moins contracté. La membrane muqueuse est plus ou moins épaisse, quelquefois ramollie et généralement difficile à enlever par lambeaux-, très-habituellement recouverte d’une substance muqueuse plus ou moins abondante, jaunâtre ou grisâtre, et plus ou moins épaisse } ses replis sont plus ou moins saillans et injectés, quelquefois rouges, surtout dans le grand cul-de-sac, d’autres fois pâles et légèrement rosés -, enfin on les a vus (toujours dans le bas-fond de l’estomac) d’une couleur noire. Cette couleur était due probablement à une petite quantité de sulfure de bismuth ( le malade avait été soumis au traitement du docteur Léo ).

Intestins. Les intestins grêles sont plus ou moins contractés. A l’extérieur , ils apparaissent plus ou moins injectés, quelquefois simplement rubéolens , d autres fois enfin , ils sont pâles, et le plus ordinairement visqueux , rarement secs. Leur intérieur renferme constamment un fluide catarrhal , grisâtre ou jaunâtre, comme floconneux. Ce mucus augmente de quantité et souvent de consistance à mesure que l’on approche des gros intestins. La membrane muqueuse est tantôt pâle, tantôt injectée, arborisée dans une grande partie de son étendue , et quelquefois très-rouge, comme je l’ai vue souvent à Baga*

telle ( service de M. Searle : on doit se rappeler que ce médecin donnait des boissons alcooliques ).

L'Iléon a offert tantôt des rétrécissemens, tantôt des dilatations , des amincissemens dans les parois ; enfin , on a compté une fois dix-sept invaginations dans les intestins grêles ( le malade était mort en deux heures de temps, après d’horribles souffrances ). Le Duodénum est le plus ordinairement privé de bile.

Les Gros intestins présentent les mêmes altérations pathologiques, très-souvent aussi des retrécissemens dans leur calibre , et leur membrane muqueuse est souvent et fortement plissée. Dans le Cæcum on rencontre souvent des vers lombrics.

Les Follicules sont plus ou moins développés, disséminés et rosés ; les Glandes de Brunner et de Peyer sont ordinairement saines ; quelquefois cependant on les rencontre légèrement rosées, légèrement injectées; enfin , les Glandes mésentériques sont plus ou moins développées, le plus souvent normales, et rarement injectées; les Vaisseaux mésentériques sont souvent gorgés de sang.

Foie. Tissu ordinairement normal et toujours gorgé de sang noir. Vésicule plus volumineuse qu'à l’ordinaire, etcelaàcause que labile ne coule pas du tout, ou extraordinairement peu; elle est remplie d une bile

brunâtre ou noirâtre en masse, d’un jaune safran , étendue d’eau , et ordinairement très-visqueuse. Les Conduits hépatique et cholédoque sont sains.

La Rate , qui varie quelquefois dans son volume et dans sa consistance, qui, le plus souvent est à l’état normal , présente de temps à autre des adhérences avec l’estomac.

Le Pancréas n’a jamais rien offert de particulier.

Les Reins sont plus ou moins gorgés de sang noir, fermes et contractés. Les Bassinets renferment assez souvent une petite quantité de mucus blanchâtre. Les Capsules surrénales sont saines.

La Vessie est toujours fortement contractée, dure, ridée , retirée derrière le pubis ; elle a la forme et la consistance d’une poire de caoutchouc , et ne contient point ou à peine une cuillerée à café d’urine: celle-ci est souvent remplacée par un peu de mucus blanchâtre.

Le Sphincter de l’anus est fortement contracté; le Scrotum est ridé ; les Testicules sont appliqués contre l’orifice de l’anneau inguinal.

La Veine cave inférieure est presque vide. Le Nerf grand sympathique et ses ganglions (i), les Articu-

(0 On m a assure avoir vu ccs ganglions injectes, rose's ; je ne les ai, jamais rencontrés, ainsi.

lations n’ont rien présenté qui soit digne d’être cité. Enfin , les Artères des membres, et surtout des membres inférieurs , sont souvent vides.

Une chose extrêmement remarquable dans le choléra-morbus, c’est la promptitude avec laquelle le corps des malades se cadavérise : ce phénomène , aussi singulier qu’effrayant, a souvent lieu dans l’espace de une à deux heures et quelquefois moins. Il m’est arrivé quelquefois d’en être témoin , et de suivre de l’œil la teinte bleue-noirâtre qui se répand sur les membres d’abord , puis sur tout le reste de la surface cutanée. Malgré cette rapide décoloration générale, cette apparence de désorganisation, je n’ai pas observé que les cadavres des cholériques se putréfiassent plus promptement que ceux des autres malades. J’en ai vu qui, après le troisième jour, avaient encore la rigidité qu’on observe dans les premiers momens de la mort, et qui n’offraient aucune trace de putréfaction.

Un autre phénomène, non moins extraordinaire que celui que je viens de signaler, s’observe encore sur les cadavres des cholériques. Chez la plupart , aussitôt la mort, et quelques heures (six à huit) encore après, des mouvemens, des soubresauts, plus on moins prononcés, mais de Ires-courte duree, sema-

nifestent très -distinctement dans les avant-bras, les poignets, les doigts et les orteils. Ces sortes de tremblemens nerveux sont augmentés, si on vient a toucher les organes qui en sont le siège avec la pointe d une épingle ou d’une aiguille. Déjà deux lettres, adressées des frontières de T Au triche au comité central de Varsovie, nous avaient appris ces particularités, et avaient donné lieu à de tristes réflexions. En effet , plusieurs malheureux avaient pu être enterrés dans un état de léthargie , de mort apparente : quelques médecins ont été de cette opinion. On agita alors la question desavoir si, dans le choléra, la mort était ou non précédée d’une léthargie plus ou moins longue, et l’on fit, dans l’intérêt de l’humanité, les expériences suivantes : i°Des cadavres furent conservés jusqu’à ce que la putréfaction fut manifeste, et pas un ne revint à la vie} 2° des cautères, des tiges métalliques, rougis à blanc, furent appliqués , promenés sur l’épigastre , les bras , les cuisses , les mollets , la plante des pieds , la paume des mains , et on eut constamment la douleur de voir que la mort était réelle.

Dans une des lettres dont je parlais il n’y a qu’un instant, on racontait un événement que je ne puis m’empêcher de citer; car, faux ou vrai , il peut être

utile , et empêcher que les cadavres des cholériques ne soient trop promptement abandonnés et enterrés. Un habitant des environs deVarsovie sort de chez lui le matin, laissant sa femme en bonne santé. A son retour, dans le courant de la journée , il apprend que sa compagne est morte du choléra. Désespéré , foudroyé par une pareille nouvelle, il veut absolument voir la victime ; il se précipite sur elle , la couvre de caresses , et il a le bonheur de la rappeler à la vie ; mais pour un instant seulement. Le coup mortel était frappé. Cette malheureuse femme put , avec un peu d’aide, s’asseoir sur son lit, prononça quelques paroles, et retomba pour toujours.

Analyses.

Une maladie aussi singulière dans ses caractères , aussi prompte dans son invasion, aussi funeste dans ses résultats, que le clioléra-morbus , doit nécessairement et constamment éveiller l’attention du médecin et du chimiste. Le premier s’appliquera à rechercher les causes, la nature, le siège, le traitement curatif et préservatif de cette maladie } le second essaiera de constater la composition , l’altération des différons liquides organiques.

Malgré la grande difficulté qu’il y a, dans l’état actuel de la science , de faire connaître rigoureusement la composition des matières animales soumises aux recherches chimiques les plus minutieuses, je n’ai pas voulu laisser échapper l’occasion , pendant mon séjour

a\ arsovie , cle multiplier des travaux qui , bien qu’ils soient encore pour la plupart sans résultats bien salisfaisans , ne doivent pas cependant être négligés. En effet, c’est en poursuivant sans relâche l’étude des choses peu connues que les sciences font des progrès, et que l’observateur se trouve quelquefois récompensé des peines qu’il s’est données.

Bile d’un cholérique mort en six heures de temps , ouvert douze heures après avoir succombé*, bien portant avant l’invasion de la maladie qui s’est présentée avec tous les caractères connus.

Cette bile, de consistance sirupeuse, plastique, d’une couleur noire foncée en masse, d’un jaune safran étendu d’eau, d’une odeur nauséeuse très-prononcée, d’une saveur moins amère que celle du bœuf, n’a rien présenté de particulier, si ce n’est une proportion d’eau d’un tiers moins grande que dans l’état naturel, et par conséquent une plus grande densité; sa quantité est également plus considérable que d’habitude , car son écoulement n’a pas lieu dans le duodénum.

Abandonnée à elle-même pendant vingt-quatre heures, la bile n’a pas changé de nature; chauffée, elle se coagule en très-grande partie; étendue d’eau, avec laquelle elle s’unit très-bien , et évaporée jusqu’à siccilé , elle a donné un extrait d’un brun noirâtre,

soluble clans l’eau et clans l’alcool , mais non en totalité. Le résidu , évaporé et traité par l’eau , a donné, avec l’acétate cle plomb, un précipité formé cle la matière colorante de la partie résineuse de la bile et cl un peu de picromel.

Enfin, dans ce liquide, j’ai versé du sous-acétate cle plomb, puis cle l’eau hydro-sulfurée , j’ai séparé le sulfure de plomb formé , et j’ai obtenu , après l’évaporation de la liqueur, du picromel assez pur.

Les alcalis l’ont rendue moins visqueuse , et les acides en ont précipité cle la matière verte et de la matière jaune, suivant qu’ils avaient été versés en plus ou moins grande quantité.

Matières vomies du même malade : je parle ici des matières qui ont été rendues dès le début cle la maladie , avant que le sujet n’ait pris aucun médicament , et je fais encore abstraction des alimens qui souvent sont rejetés en grande quantité, et qu’il faut avoir soin de séparer.

Les matières vomies, qui se présentent ordinairement sous forme d’un liquide blanchâtre , séro-albumineux, assez semblable à du blanc d’oeuf très-étendu d’eau, presque transparent, incolore (i), inodore,

{1) J’ai vu plusieurs fois ce liquide le'gèrcmcnt jaunâtre , et alors j’y ai trouvé une petite quantité de bile , dans ce cas aussi, la saveur était

oc

d’une saveur fade , légèrement alcaline , ne m’ont également rien offert de particulier. Elles m’ont paru composées, comme à l’ordinaire, de beaucoup d’eau, de mucus , d’hydrochlorate de potasse et de soude, de phosphate de chaux et de magnésie , d’une matière animale particulière , etc.

Abandonnées à elles-mêmes pendant trois jours , elles sont devenues transparentes , et ont donné un dépôt de mucus blanchâtre. Les premiers vomissemens ont souvent verdi le sirop de violettes \ les derniers, au contraire , l’ont rougi. Traités par le nitrate d’argent , ils donnent un précipité assez abondant et soluble dans l’ammoniaque ; celle-ci y a formé un léger précipité de phosphate calcaire-, la noix de galle, un dépôt rougeâtre-, l’acétate d’ammoniaque, un précipité blanc, et l’acétate de plomb a troublé la liqueur et lui a donné un aspect blanc-jaunâtre.

Sang du même. Dans le sang , de consistance ordinairement épaisse, plastique, qui , comme on l’a vu, ne coule qu’avec une très-grande difficulté , ou pas du tout, de la veine ouverte, d’un aspect grumeleux, dont la surface est recouverte en partie par un réseau extrêmement mince, brillant et d’une teinte violacée,

un peu amère. Enfin , après quelques vomissemens , la saveur devient acide ( suc gastrique).

dont les nombreux caillots sont souvent enveloppés dans une couche de fibrine presque pure, jaunâtre; on trouve beaucoup moins (moitié à peu près) de sérum que dans l’état ordinaire. Le sang renfermé dans les veines et les artères des extrémités contient encore moins de parties aqueuses.

La présence d’un acide libre dans le sang des cholériques a échappé à mes recherches. J’en dirai autant de l’urée que je n’ai pas rencontrée. Tout ce que je puis assurer sur l’existence d’un corps acide , c’est qu’une fleur bleue naturelle, mise dans du sang sortant de la veine, n’a point changé de couleur.

Abandonné à lui -meme, le sang ne s’est pas toujours séparé en sérum et en caillot ; il s’est souvent au contraire transformé en matière gélatiniforme. Le sérum m’a paru légèrement alcalin, et le caillot constamment sans action sur le tournesol.

Quant à l’urine (recueillie dans la période des symptômes précurseurs ) , blanchâtre , épaisse , louche et d’une odeur assez prononcée, sans action sur la teinture de tournesol, elle contient une fois et demie moins d’eau et d’urée que dans l’état normal. Les sels qu’on y rencontre habituellement , tels que les sulfates de potasse et de soude, les hydrochlorates de soude et d’ammoniaque, les phosphates de soude et

d’ammoniaque , etc. , étaient aussi en proportion moindre que chez l’homme sain.

Sérosité du cerveau et du rachis. J’ai trouvé cette sérosité, limpide, inodore et très-légèrement visqueuse,

composée sur 5oo parties de :

Ea« 489.

Albumine 6.

Chlorure de sodium 1.

Id., de potassium 1.

Sous-carbonate de soude. . . ip.

Sous-phosphate , id 1 p.

Phosphate de chaux 2.

Matière pultacée crémeuse de lestomac et des intestins. Dans cette sorte de bouillie claire , d’une couleur jaunâtre ou grisâtre , d’une odeur extrêmement félide , j’ai trouvé beaucoup d’eau, de l’albumine, une matière extractive particulière , des substances alimentaires mal digérées , un peu de soufre, etc., et tous les sels que la chimie a démontrés dans la matière fécale. Je signalai encore dans ces matières, et en proportion très-grande , la présence de cette espèce de corps visqueux, de mucus résinoïde, que j’ai déjà indiquée dans les autres liquides des cholériques.

Abandonnées à elles - memes, ces matières , assez ordinairement alcalines , faisant effervescence avec les

acides , s’éclaircissent peu tout en donnant un abondant précipité de mucus ; exposées à l’air, leur surface prend une couleur brune verdâtre assez foncée. La liqueur aqueuse soumise à l’évaporation m’a donné de l’albumine ; filtrée, évaporée de nouveau , j’ai eu un résidu qui , traité par l’alcool , m’a fourni un nouveau précipité de mucus. La liqueur alcoolique, d’une couleur brune, traitée par l’acide nitrique, ne passa que légèrement au vert et au rouge, phénomènes qui indiquèrent la présence d’une petite quantité de bile.

Cette dernière analyse laisse encore plus à désirer que les précédentes*, car, aux nombreuses difficultés que j’éprouvai dans mes recherches, à cause des réactifset des appareils qui me manquaient, il faut ajouter les interruptions que je fus forcé de mettre dans mon travail. Ces interruptions étaient dues à une diarrhée que je gardai plus d’un mois , et qui ne céda que lorsque j’eus pris le parti de ne plus faire, pendant quelques jours, ni service, ni autopsies.

Tel est le résultat des recherches analytiques que j’ai faites à Varsovie, auxquelles je reconnais de grandes imperfections , et que je désire voir répéter par ceux de mes confrères qui sont encore sur les lieux oit règne

l’épidémie.

Observations.

Maintenant que j’ai fait connaître les symptômes , la marche, le diagnostic, le pronostic et le traitement du choléra-morbus ; que j’ai indique', autant que je l’ai pu , ses causes , sa nature et son siège; que j’ai prouvé que cette épidémie n’était pas contagieuse-, que j ’ai enfin donné le tableau des caractères anatomo - pathologiques et celui de mes recherches analytiques , je vais achever la description de cette maladie, en mettant sous les yeux des lecteurs quelques-unes des principales observations que j’ai eu l’occasion de faire pendant les cinq mois que j’ai passés à Varsovie, et que j’ai été attaché à l'hôpital Ouyazdow.

Première Observation.

Le 5 juin 1 83 1 , il est arrivé à 1 hôpital , à neuf heu-

tes du malin, un officier d’infanterie: cel homme, âgé de trente-six ans, est d’un tempérament sanguin, d’une constitution robuste et d’une haute stature. La veille, il ressentit subitement quelques frissons après avoir bu une assez grande quantité de bière, et fut pris, pendant la nuit, de douleurs de tête, de vertiges , d’envies de vomir et d’un refroidissement général , surtout dans les membres. Aussitôt son entrée à l’hôpital , les vomissemens , qui n’avaient pas encore eu lieu , se déclarent ; des crampes se font sentir dans les avant-bras et dans les mollets -, des douleurs vives parcourent la moelle épinière; la face se décompose ; les mains et les pieds sont déjà d’un bleu noirâtre ; le pouls devient de moins en moins sensible ; les urines et les déjections alvines sont nulles. Des boissons chaudes sont données en abondance; des frictions sont pratiquées avec le vinaigre camphré, et des briques chaudes sont placées aux pieds. Pendant ce temps, un bain est préparé ; le malade y reste près de trois quarts-d’heure ; un peu de mieux se fait sentir ; le pouls se relève ; une saignée de douze onces est pratiquée; le malade boit dans la journée un infusé de valériane; il prend , toutes les deux heures , un paquet de la poudre suivante : musc, i grain; camphre, 2 grains; sucre, 3o grains; me-

lez et divisez en six prises. Un nouveau bain est pris le soir. La nuit a été assez bonne; la chaleur de la peau est revenue ; la teinte noirâtre du corps s’éteint peu à peu; l’urine, la sueur apparaissent; le malade entre en convalescence; il prend le surlendemain une once d’huile de ricin , car il avait de la constipation, et quinze jours après il est hors de l’hôpital.

Deuxième Observation.

Benanoski, soldat, âgé de vingt-deux ans, d’un tempéram en t lymphatique, d’une constitution délicate, est apporté à l’hôpital le 6 juin 1 83 1 , à quatre heures du soir, avec tous les signes du choléra. Le matin, il avait mangé, en très-grande quantité, des lentilles mal apprêtées , et surtout mal cuites. La face est hippocratique ; la surface du corps livide , les membres noirâtres. Le malade pousse des cris , il agite ses membres, se pelotonne , saute sur son lit, et rend , par les vomissemens , une grande partie de son déjeuné ; il demande â boire froid ; il porte sans cesse ses mains â son cou; on le plonge dans un bain; on ouvre la veine, le sang ne coule pas. Au bout d’une demi-heure, on place le malade sur son lit; on l’enveloppe de couvertures chaudes ; on cède â sa prière

en lui donnant quelques cuillerées d’eau froide; enfin, un peu de calme se manifeste, mais le corps reste bleu ; le visage altéré ; les forces sont éteintes; la chaleur et l’urine sont milles ; les déjections alvincs se manifestent : l’infusion de menthe pour boisson, et la poudre d’oxide de zinc et de sucre (oxide de zinc, 4 grains; sucre, 3o grains : mêlez et divisez en six prises.) sont prescrites; le malade ne va pas mieux; il pousse des cris de temps en temps, et finit par succomber après cinq heures de souffrances horribles.

A l’autopsie , qui eut lieu le lendemain à midi , j’ai trouvé une légère injection dans le cerveau , de la sérosité à la base du cervelet et dans les enveloppes de la moelle épinière ; l’estomac et les intestins étaient gorgés de la matière crémeuse qu’on y rencontre habituellement. Dans l’estomac , se trouvaient également les poudres qui avaient été prises la veille. La vessie était vide, le cadavre très-raide, etc.

Troisième Observation.

Le î o juin , à huit heures du matin , Rostak , âgé de vingt-cinq ans, d’un tempérament nerveux , d’une constitution un peu affaiblie , est apporté à l’hôpital. Depuis plusieurs jours, il est en proie aune diarrhée

légère qu’il attribue aux fatigues et au mauvais régime de sa profession ( il est soldat ). La figure de Rostak est grippée ; son pouls est presque nul ; son corps est glacial. Il se plaint de crampes dans les pieds et dans les mains } sa voix est flîitée ; il vomit peu, mais il a des selles continuelles. Les vomissemens et les déjections n’offrent rien de particulier: ce sont des matières blanchâtres , séro-albumineuses. Rien n’indiquant ici la saignée, je fis appliquer huit ventouses scarifiées sur l’abdomen ; j’administrai vingt grains d ipécacuanha pour faciliter les vomissemens, etle soir, uneonced huile de ricin. Le lendemin le malade est un peu mieux } il prend la potion de Rivière pour arrêter les vomissemens qui avaient encore lieu \ six grains de poudre de Do wer pour exciter la transpiration et suspendre les déjections alvines qui , du reste , étaient rares , et , deux jours après , la convalescence avait commencé. 11 est inutile de dire que le malade avait été réchauffé avec des frictions , des briques et des bains chauds ; un infusé de mélisse pour boisson , etc.

Quatrième Observation.

Le 1 5 juin , à midi , heure de ma seconde visite , on m’apporta un malheureux soldat qui donnait a peine

des signes de vie. Ses camarades ne purent me donner aucun renseignement sur son nom , son âge et la cause de sa maladie. Étendu sur un lit, frotté avec des brosses par deux infirmiers , porté ensuite dans un bain très-chaud, ce n'est qu’au bout d’une heure qu’une amélioration sensible se manifesta dans son état , et qu’on put apprendre quelque chose de luimême. 11 nous dit que la veille il avait fait une ribotte et mangé une grande quantité de poisson salé; qu’il avait couché dehors et eu très-froid dans la nuit; qu’il avait vomi une partie de la matinée, et rendu la nourriture de la veille avec une espèce d’eau laiteuse. Malgré les secours ordinaires et prompts qui lui furent administrés, on ne changea que très-peu sa cruelle situation. Les crampes continuèrent, la face resta affaissée , le corps cadavérisé , le ventre déprimé ; des douleurs vives se faisaient sentir le long du dos , dans le ventre et les côtés de la poitrine; le pouls était nul, l’urine ne coulait pas, les déjections et les vomissemens s’alternaient fréquemment; aussi, et en peu d’heures , tout espoir de salut a été perdu. A quatre heures , le malade n’existait plus.

L autopsie fit voir beaucoup de sang noir et épais dans la cavité crânienne et dans les veines du cerveau , autour de la moelle épinière et dans les veines rachi-

dicnnes. Les poumons étaient sains quoique gorgés de sang noir. Le cœur est peut-être un peu volumineux*, le ventricule droit contient des espèces de concrétions polypeuses, et le ventricule gauche renferme du sang noir dont la consistance est normale. A l’intérieur , l’intestin grêle paraît un peu plus foncé en couleur, un peu plus rouge qu’à l’extérieur. Le duodénum , le jéjunum, l’iléon, le colon descendant et le colon transverse sont remplis de matière blanchâtre, pullacée. Cette matière est plus foncée, plus verdâtre dans l’iléon qui , du reste, n’est point enflammé. La membrane muqueuse de l’estomac est fortement injectée; le foie est gorgé de sang ; la vésicule est volumineuse , pleine d’une bile noirâtre, visqueuse; enfin, l’urine, dans la vessie, est remplacée par une petite quantité de mucosité blanchâtre.

Cinquième Observation.

Le i5 juin , à quatre heures du soir, Marie C., officier et prisonnier russe, âgé de quarante-un ans, d’un tempérament bilieux et d’une constitution robuste, est apporté dans ma salle. Sa femme, qui l’accompagnait , et qui parlait un peu français , me raconta que , depuis le matin , son mari vomissait tres-a bon-

damment, et rendait également par les selles des matières presque semblables à de l’eau de vaisselle. Interrogée sur la cause présumée de sa maladie, cette femme me répondit que, depuis quelques jours, C... était dévoré par un chagrin insurmontable , et que les premiers besoins de la vie leur manquaient à tous deux.

Aussitôt son entrée à l’hôpital , le malade rendit par en haut plus d’une pinte de liquide séro-albumineux et légèrement jaunâtre. Les facultés intellectuelles étaient bonnes; il n’y avait pas de céphalalgie; le ventre était déprimé, douloureux à la pression; le pouls était petit, irrégulier, concentré; les extrémités étaient glaciales; la peau était froide, ridée mais non violacée; la face était grippée; il n’y avait pas de crampes, pas de douleurs dans le rachis.

Le malade refusant toute espèce de médicamens internes, consentit cependant à boire de l’eau de salep. Je lui fis appliquer trente sangsues sur le ventre, et je prescrivis un cataplasme narcotique sur l’épigastre, et un bain pour le soir. Des frictions furent également pratiquées quelques instans avant l’application des ventouses.

Le lendemain matin, le malade avait un peu uriné; les traits du visage étaient meilleurs; la peau

était moins froide , et les vomissemens avaient cessé depuis le bain. Le pouls était plus fort , plus régulier. Je continuai la même boisson et j’ordonnai un lavement avec une once d’huile d’olives. Le soir , le malade eut deux selles , et le surlendemain il me parut hors de danger.

Pendant la convalescence , C... fut pris de douleurs rhumatismales qui cédèrent peu à peu à six bains généraux et à des frictions faites sur les membres avec de l’huile d’olives, contenant par once trente gouttes de teinture d’opium.

Sixième Observation.

Un caporal polonais, âgé de trente ans, fort et vigoureux , vivant dans la malpropreté et l’ivrognerie , fut attaqué le 17 juin à six heures du soir , d’un embarras dans l’estomac , d’un sentiment de pression à l’épigastre , de dégoût et de maux de tête. Peu de temps après, il éprouva des lassitudes, de la soif et de la douleur dans les membres inférieurs. Deux heures après ce malaise général, des vomissemens et des déjections alvines eurent lieu simultanément , et de la douleur se fit sentir à l’épigastre. La soif était violente, et le désir de boire froid était ardent. Des

spasmes convulsifs se firent remarquer clans les membres , et les vomissemens et les déjections augmentèrent. Un froid général couvrait la surface du corps ; le pouls était nul ainsi que burine. C’est dans cet état que le malade fut apporté à l’hôpital , le 18 juin, à huit heures du matin.

Pendant ma visite , qui dura une heure, le malade vomit trois fois et alla quatre fois à la selle; Dans les premières matières vomies et rendues par les selles , étaient des alimens mal digérés, et surtout des portions de concombres et de salades d’ail que le malade avait avalées*, les secondes matières étaient blanchâtres et visqueuses. Ou réchauffa le malade par des frictions sèches , un bain général , des briques chaudes qu’on lui mit aux pieds , et des couvertures de laine dont on l’enveloppa. Une saignée d’une livre est pratiquée, et les vomissemens et les déjections sont combattues avec succès , les premiers, par la potion de Rivière opiacée, et les secondes avec les lavemens d’amidon et la teinture d’opium. Un nouveau bain , la tisane de valériane, la poudre de musc , de camphre et de sucre , furent prescrits pour la journée contre les symptômes nerveux qui persistaient. Le soir , le malade était mieux. Une selle bilieuse avait eu lieu ; le pouls était régulier , la peau s’humectait , l’urine avait coulé, etc.

Lelendemain, tous les symptômes du choléra avaient disparu, et ils étaient remplacés par ceux d’une gastro-entérite très-prononcée, qui, malgré les saignées locales et générales , les boissons émollientes , les cataplasmes, les fomentations, etc. , emporta le malade au bout de huit jours.

Ce funeste contre-temps doit être attribué à la grande quantité d’eau froide que le malade avait bue dans la nuit.

Des imprudences analogues ont été commises trop souvent, malheureusement, par des malades qui, pendant leur convalescence, mettant de côté les conseils et les ordres qu’on leur donnait, buvaient de l’eau froide , du vinaigre ou de l’eau-de-vie camphrée, mangeaient le pain de leurs camarades, et payaient de leur vie leur sot entêtement et leur brutale gourmandise.

A l’ouverture du cadavre , on trouva le cerveau , la moelle épinière dans leur état normal; mais , dans l’estomac, dans les intestins, siège de la maladie consécutive, on trouva une forte injection de la membrane muqueuse , et quelques surfaces ulcérées.

Septième Observation.

Milskoski, âgé de vingt-cinq ans, soldat polonais,

après avoir reçu la pluie qui tomba le 3o juin au soir- après avoir passé la nuit dans le froid et l'humidité, fut pris, le lendemain, au point du jour , d’une douleur vive à l’épigastre et à l’ombilic, avec vomissemens et déjections alvines abondantes et involontaires. On l’apporta à l’hôpital dans l’état suivant : les yeux sont caves, la voix est éteinte, le pouls est insensible , la peau est couverte d’une sueur froide et visqueuse-, des selles fétides ont lieu d’instant en instant et par jets *, le malade pousse des cris , jette ses membres à droite et à gauche, et se plaint de crampes, de douleurs atroces dans les avant-bras et les mollets. Les membres, la surface du corps sont d’un froid glacial et d’une teinte bleu-noirâtre qui va sans cesse en augmentant. Les contractions spasmodiques sont tellement prononcées qu’on les sent sous la peau.

Une réunion de symptômes aussi marqués ne laissa aucun doute sur le pronostic et le diagnostic de la maladie -, et , malgré tous les moyens capables d’obtenir une prompte réaction , malgré les bains , les frictions, les ventouses scarifiées sur la poitrine, sur 1 abdomen, etc., etc., le malade fut emporté en quatre heures de temps.

L’autopsie faite ne fit voir dans le système nerveux

que des altérations dont la faiblesse et le peu d’intensité ne pouvaient expliquer une mort aussi prompte que celle qui avait emporté Milskoski. En effet, un très-léger pieté existait dans la substance cérébrale ; la moelle épinière était saine , la membrane muqueuse gastro-intestinale nullement injectée, et les poumons étaient sains. Mais la vésicule était remplie , la vessie était vide •, le cœur, le foie , les veines et les artères contenaient un sang noir, épais et comme coagulé ; les intestins et l’estomac renfermaient une certaine quantité de matière jaunâtre, demi -fluide et dune odeur désagréable.

Huitième Observation.

Le 28 juin , à cinq heures du matin , fut porté à l’hôpital Jean Kowski, âgé de trente-six ans, d’un tempérament sanguin , d’une constitution robuste. La veille, il avait fait excès d’eau-de-vie et de bière de mauvaise qualité. Dans la nuit du 27, il fut réveillé subitement par une douleur atroce à l’estomac et à l’ombilic. L’infirmier-major m’envoya chercher ; et, en attendant mon arrivée , il fit couvrir la poitrine et l’abdomen d’un cataplasme narcotique.

Le malade avait la figure altérée, il vomissait à

chaque instant un liquide blanchâtre , trouble et d’une odeur aigrelette ; il eut bientôt des selles involontaires et fétides; le ventre était déprimé, douloureux ; la soif extrême, le pouls presque insensible, irrégulier ; la peau commençait à se refroidir ; mais il n’y avait pas de crampes, pas de décoloration.

Je lis appliquer de suite trente sangsues sur l’épigastre et huit ventouses scarifiées sur l’abdomen. Des frictions furent également pratiquées sur tout le corps, et un infusé de menthe fut donné très-chaud pour boisson. Les sangsues et les ventouses ayant suffisamment saigné , on couvrit les plaies avec un large cataplasme de farine de lin. Une bouteille d’eau chaude fut mise aux pieds. A midi, le malade était déjà beaucoup mieux , et le soir, il était en convalescence. De l’oedème se manifesta dans les jambes et dans les pieds. On pratiqua des frictions sur ces parties avec un mélangea parties égales d’huile d’olives et d’essence de thérébentine, et après douze jours de repos et de soins , le malade sortit de 1 hôpital.

Neuvième Observation.

Marie Mastoski , faucheur ( soldat polonais armé de faux), âgé de vingt-trois ans^ d’un tempérament

bilieux, d’une constitution grêle , entre à l’hôpital le 27 juin , et présente l’état suivant : douleurs à l’épigastre et à l’ombilic , avec vomissemens et déjections ordinaires dans le choléra : yeux caves, voix éteinte, pouls insensible , peau froide , visqueuse*, cris, agitations extrêmes, changement brusque et rapide de position, crampes douloureuses dans les doigts, les moilets, les orteils *, urine nulle , langue sèche.

On lui donne à boire plusieurs lasses d’un infusé de mélisse chaud *, on lui frotte tout le corps avec de l’eau-de-vie camphrée, et on le met dans un bain. Après une demi-heure, on le reporte dans son lit, bien enveloppé de couvertures tres-chaudes.

Les vomissemens, les déjections alvines, les douleurs ne cessant pas , je fais couvrir l’épigastre et l’ombilic d’un large sinapisme très-irritant. Je fais donner , toutes les heures , une cuillerée à bouche d’une potion faite avec : huile d’amandes douces 1 once, sirop simple 1 once, eau de mélisse 3 onces.

A midi , pas de changement dans l’état du malade*, a quatre heures , diminution des vomissemens et des selles; a six heures , seulement des nausées, plus de garde-robes ; a huit heures , le pouls se relève, la chaleur de la peau revient , l’adynamie disparaît ; a dix heures , l’expression de la figure est meilleure , le re-

gard plus naturel , le pouls frequent et plein , la langue est humide.

Le lendemain à six heures du matin , le malade est très-faible, mais il est hors de danger. 11 se plaint seulement d’une douleur sourde dans l’articulation de la mâchoire du côté gauche. Cette douleur persiste toute la journée, et le soir un gonflement se manifeste dans la partie sensible. Le surlendemain , le malade peut à peine parler et avaler; il a une parotide. Celle-ci cède aux sangsues et aux cataplasmes émolliens. Enfin, le malade soi t de 1 hôpital au bout de quinze jours.

Dixième Observation.

Le 14 juin, je reçus à l’hôpital , Jos. Wisskouski, âgé de trente ans, d’un tempérament sanguin, d’une constitution robuste. Deux jours avant d ctre tombé malade, il s ’étaitgorgéd’alimensdemauvaise qualité, et aval t eu une indigestion . La veille de son en trée à O uyazdow, le i3 au soir, il avait éprouvé des douleurs d’estomac et d’entrailles ; dans la nuit il avait vomi beaucoup de matières muqueuses, et il avait eu en même temps des selles fréquentes et grisâtres. Dans le moment ou j examinais le malade , les vomissemens et les

selles se renouvelèrent, et chaque évacuation donna lieu

à une angoisse inexprimable. Il y a de l’agitation, les traits se grippent, la ligure s’altère profondément, la peau devient froide , l’urine est supprimée. Il n’y a pas de crampes , pas de décoloration de la surface du corps ; l’intelligence est complète et le pouls extrêmement faible.

J’ordonne des frictions générales, de l’eau chaude pour boisson , un large sinapisme sur toute la surface des régions épigastrique et ombilicale, et deux heures après, un bain général } après le bain, un lavement opiacé, la potion de Rivière. Le soir, le malade n’est plus reconnaissable. Déjà les selles et les vOmissemens avaient cessé , les douleurs avaient diminué , la figure avait repris son caractère habituel, la peau était sensiblement plus chaude , et le malade avait uriné dans un second bain qu’il avait demandé et qu’on lui avait donné. Le lendemain , tous les symptômes du choléra ont disparu, mais il existe dans les jambes et dans les pieds un gonflement produit par l’accumulation d’un liquide séreux dans les interstices du tissu cellulaire. Le gonflement (œdème) cède aux frictions d’huile d’olives et d’essence de thérébenthine , et à une tisane de baies de genièvre nitrée.

Onzième Observation.

Le 6 juillet, Nicolas Milczareh , âgé de vingt-cinq ans, entré à l’hôpital il y a huit jours, pour une diarrhée , est amené dans mon service avec les symptômes précurseurs du choléra. Couché depuis son entrée à l’hôpital, il n’a communiqué avec personne du dehors , et aucun malade de sa salle n’a été atteint par l’épidémie.

La maladie étant peu avancée, le sujet étant fort , jeune, le pouls encore très-sensible, je fais pratiquer une saignée de huit onces ; mais le sang coule à peine, et le choléra fait des progrès. Bientôt les déjections, les vomissemens se manifestent ; le pouls devient nul , le corps se refroidit et se couvre de taches bleuâtres , marbrées; le visage se déprime, la voix s’éteint, les convulsions se déclarent. Je remplace les deux grains de calomel et le demi-grain d’opium que l’on donnait toutes les deux heures par un grain de musc uni à dix grains de sucre et un grain de camphre. J’ordonne un bain, des frictions, des boissons chaudes; mais le coup est porté; le malade doit périr. Les symptômes s aggravent de plus en plus, et après douze heures, la mort met un terme â tant de souffrances.

L’aulopsie n’a rien présenté de remarquable.

Douzième Observation.

Iæ 8 juillet, on conduit à l'hôpital un soldat de vingt-deux ans, d’une constitution extrêmement grêle et d’une maigreur extraordinaire. Depuis long-temps, le malade est dévoré par une phthisie pulmonaire des plus caractérisées.

Ses extrémités sont froides et bleuâtres ; son visage est décomposé, son pouls est nul - en un mot, c’est plutôt un mourant que l’on vient d’apporter qu’un malade. Cependant , on se hâte de le réchauffer, d’obtenir une réaction des propriétés vitales, réaction si nécessaire dans le traitement du choléra , et sans laquelle échouent toutes les méthodes, même les plus rationnelles. Mais c’est en vain que l’on frictionne le malade , qu’on le place dans un bain , qu'on lui donne â boire chaud; le mal fait des progrès, et la mort arrive au bout de deux heures.

A part les caractères anatomico-pathologiques dus à la phtisie dont le malade était atteint depuis longtemps, on trouve, à l’ouverture du cadavre, beaucoup de sang dans les vaisseaux du cerveau , et de la sérosité dans l’arachnoïde ; l’estomac est ramassé sur lui-même ; la membrane muqueuse gastrique et intestinale est ramollie; une petite quantité de matière

crémeuse , blanchâtre , existe dans les intestins, des vers lombricoïdes s’y rencontrent également. Rien de particulier dans les autres organes.

Treizième Observation.

Oydin Zotniezi, âgé de trente et un an, infirmier, d’un tempérament sanguin, d’une constitution forte, grand buveur de bière et d’eau-de-vie , est pris , vers les cinq heures du matin , de nausées, de hoquets, de vomissemens , etc. A sept heures, tous les symptômes du choléra existent.

La langue étant d’un blanc-jaunâtre, je prescris trente grains d’ipécacuanha , et pour boisson beaucoup d’eau chaude -, douze ventouses scarifiées sont placées sur l’abdomen , et un bain est ordonné pour calmer les crampes et les douleurs nerveuses. Le soir, le malade prendra une once d’huile de ricin. A midi, la réaction a été obtenue à l’aide des frictions , des couvertures chaudes, des briques placées aux pieds , etc. Le lendemain le malade était beaucoup mieux , à l’exception d’une douleur pleurétique du côté droit.

Celle-ci céda promptement au traitement anti-phlogistique.

Quatorzième Observation.

Jan Sobieski , âgé de vingt-sept ans , d’un tempé-

rament lympathiquc , d’une constitution délicate, est amené avec tous les symptômes du choléra , le G août , à dix heures du matin. La veille, ce malade avait eu une indigestion de poires , de pommes vertes dont il avait mangé en grande quantité.

Le malade accusait de vives douleurs dans l’estomac et dans tout le trajet du tube digestif; je lui prescrivis pour boisson de l’eau de salep gommée, et toutes les heures une potion huileuse. La journée se passa sans que les symptômes fissent des progrès inquiétans. Le lendemain , je prescrivis l’huile de ricin à la dose d’une once, pour exciter les garderobes qui avaient cessé depuis vingt-quatre heures, et pour satisfaire le malade qui en accusait le besoin. J’ordonnai en même temps quinze grains de calomel incorporé dans un peu de sucre et de gomme en poudre. Je passe sous silence les frictions , les bains et tous les autres moyens employés en pareil cas pour obtenir la réaction des propriétés vitales.

Le 7 , au soir, le malade ne va pas mieux ; il n’y a pas eu de selles; des douleurs vives se font toujours sentir dans l’abdomen. Un nouveau bain, un sinapisme sur le ventre, sont prescrits avec la potion huileuse. Le 8, au matin, nul changement; dans la journée, quinze ventouses scarifiées sont pratiquées

autour de l’ombilic. Le soir , le malade est pris de vomissemens, et il succombe dans la nuit.

L’autopsie fit voir dans les intestins une vingtaine de vers lombricoïdes et sept invaginations. La membrane muqueuse gastro-intestinaleétait phlogosée. Rien de remarquable dans les autres organes.

Quinzième Observation.

Chez le malade qui fait le sujet de cette quinzième observation , qui fut amené avec tous les symptômes connus du choléra , et une paralysie des muscles de la mâchoire inférieure et de ceux de la partie antérieure du cou, on trouva, à l’autopsie, les caractères pathologiques suivans : Injection de la membrane muqueuse gastro - intestinale ; sang épanché dans la cavité crânienne, sérosité à la base du cerveau ; sérosité dans les enveloppes du cordon i achidien ; vésicule biliaire très-volumineuse , ren- > ci sc'e dans sa partie supérieure. Le canal cholédoque présente un rétrécissement dans sa partie moyenne, rt des îeplis ou espèces débridés, de culs-de-sac dans son intérieur.

Seizième Observation.

Kwislikoshy , âgé de quarante ans , d’un tempé-

rament sanguin, d’un constitution pléthorique, est apporté à 1 hôpital , le io août, avec tous les symptômes précurseurs du choléra. Ainsi , un malaise général, des nausées, des hoquets , des envies de vomir, des douleurs dans les membres, etc. , sont les signes qui se présentent à l’examen du malade.

Pendant qu’on lui prépare un bain , qu’on pratique sur lui les frictions habituelles , des vomisse mens , des déjections alvines ont lieu , mais avec une grande difficulté. On lui donne de l’eau chaude en abondance , et vingt-quatre grains d’ipécacuanha que je crois indiqués par l’état de la langue qui est un peu jaunâtre. La chaleur de la peau devenant de plus en plus sensible , le pouls se relevant un peu , une saignée de douze onces est pratiquée. Le soir, le malade est beaucoup mieux: on lui donne une once d’huile de ricin, et on lui applique douze ventouses scarifiées sur l’abdomen. Dans la journée , les hoquets avaient cédé à l’application d’un large sinapisme sur la région épigastrique.

Le lendemain , je trouvai le malade hors de danger, quant au choléra ; mais un ictère était survenu , à la suite d’une violente dispute qu’il eut avec un des infirmiers qui le surprit au moment où il allait boire le vinaigre avec lequel on faisait des fumigations , et

dont il s était emparé. Cette nouvelle maladie fut combattue avec succès par le calomel à la dose de six grains, tous les soirs, de la tisane d’orge édulcorée avec Loxymel , et le repos.

Dix-septième Observation.

M. D..., jeune médecin militaire , né aux environs de Wilna, âgé de dix-neuf ans , d’un tempérament nerveux , d’une constitution peu robuste, est pris du choléra à sept heures du soir, le 25 juin, à la suite d’une violente dispute , d’un duel qui s’ensuivit , et d’une grande quantité de bière qu’il but précipitamment. Le malade qui , comme cela s’observe toujours dans cette maladie, avait toute sa connaissance, voulut être traité selon sa méthode, disait-il. Il demanda une saignée au bras de huit onces, de l’eau de menthe très-chaude pour boisson , et toutes les heures une prise de poudre ainsi préparée : camphre un grain ,

calomel trois grains, sucre demi-gros, essence de menthe

poivrée deux gouttes. Ses ordres furent exécutés. Le lendemain , à la visite, je le trouvai dans l’état suivant : ligure décomposée , peau violacée , froide , visqueuse ; douleurs excèssives à l’épigastre , crampes dans les mollets, agitations continuelles, cris plaintifs , urine

nulle , pouls totalement insensible , langue sèche , soif ardente. Je propose un bain , et , en attendant qu’il soit préparé, un sinapisme très-irritant est placé sur la poitrine. Le bain , le sinapisme , l’eau d’orge avec l’oxymel ne procurent aucun soulagement. Les vomissemens et les déjections alvines ne peuvent être arrêtés par la potion gazeuse et les lavemens d’amidon *, le froid et les douleurs des membres augmentent d’une manière effrayante, et le soir , à huit heures, le malade succombe.

L’autopsie n’a pas été faite.

Dix-huitième Observation.

Rostoski est amené à l’hôpital , le 9 août , à quatre heures du soir. C’est un homme de trente-quatre ans, grand, et d’une maigreur extrême. Malade depuis longtemps , ne pouvant plus rien digérer, il s’attendait tous les jours, disait-il , à avoir le choléra. Le malheureux avait deviné juste, car, douze heures après son entrée à l’hôpital, tous les symptômes précurseurs, dont il était atteint, avaient fait de rapides progrès. On leur opposa le traitement habituel, c’est-à-dire les bains, les frictions, les boissons chaudes, etc. , etc. , et le malade se rétablit peu à peu. Mais le marasme

dans lequel il e'tait tombé depuis long-temps, le retint à l’hôpital , et je pris le parti de le faire placer dans la salle des convalescens.

Un autre malade qui fut apporté après lui , et qui mourut en cinq heures de temps, offrit ceci de singulier, qu’il refusa constamment de boire de l’eau, qu’elle fût froide ou qu’elle fut chaude. Ce malade avait une antipathie tellement prononcée pour ce liquide, qu’on ne parvînt à le mettre dans le bain qu’avec la plus grande difficulté. Il ne voulut pour toute boisson que de la bière. Je présumai que, peut-être, cet homme avait failli se noyer quelques jours auparavant } mais rien ne me fit connaître la cause d’une telle aversion pour l’eau. Du reste , il n’y avait aucun signe d’hydrophobie. Ce cas, unique dans son genre ( on sait avec quelle ardeur les malades demandent à boire, et surtout à boire froid ), m’a paru tellement extraordinaire, que je n’ai pas voulu le passer sous silence.

Dix-neuvième Observation.

Le 2 juillet, à quatre heures du matin, madame L. , qui demeurait en face de la maison où je logais, Ulica Mokotowska, m’envoie chercher. Sa dornesti-

que, femme de vingt-cinq ans, d’un tempérament lympathique , dune constitution délicate, avait eu plusieurs selles dans la nuit, et se plaignait de douleurs assez vives autour de l’ombilic. La veille , cette femme avait savonné; elle s’était mouillé les pieds pendant son travail , et avait eu pendant la soirée de la céphalalgie, des nausées et des envies de vomir. Du reste, il y avait encore de la chaleur à la peau , le pouls était sensible ; il n’y avait pas de crampes , pas de vomissemens.

Cette indisposition n’était pas le choléra, mais elle pouvait en être le commencement. Je fis mettre la malade dans un bain ; une demi-heure après je lui fis prendre vingt grains d’ipécacuanha , et beaucoup d’eau chaude. Les douleurs autour de l’ombilic n’ayant pas complètement cessé après le bain , jefisappliquer un sinapisme sur l’endroit malade. Après les vomissemens déterminés par l’ipécacuanha et l’eau chaude , je donnai à boire de la limonade cuite, et le soir on administra une once d’huile de ricin. La nuit fut assez bonne. Le lendemain les douleurs vers l’ombilic se faisaient encore sentir de temps en temps; on appliqua des cataplasmes émolliens sur le ventre, et l’on donna toutes les heures une cuillerée à bouche d’une potion huileuse. Deux lavemens d’amidon

furent également administrés clans la journée. Le surlendemain tous les symptômes de la légère entérite (car ce n’était pas autre chose ), avaient disparu, et la malade était entrée en convalescence.

Je pourrais augmenter encore le nombre des observations cpie je viens de donner, mais cette multiplicité ne devant rien ajouter à ce cpii a été dit dans les chapitres précédens, je passe au mouvement qui a eu lieu dans mon service pendant quatre mois. Les tableaux que je vais dresser donneront une idée exacte de la marche du choléra-morbus. J’aurais désiré y joindre ceux du comité central de Varsovie; mais ayant vu qu’à l’hôpital où j’étais, des malades étaient portés cholériques quand ils ne l’étaient pas; m’étant apperçu que , lorsque le nombre des morts était plus fort qu’à l’ordinaire, on plaçait sur les rapports ( que, du reste, je n’ai jamais signés) du lendemain, ou du surlendemain, ceux qu’on avait retranchés la veille ou la surveille; craignant enün que des erreurs semblables n’aient été commises ailleurs, j’ai pris le parti de ne faire connaître que les relevés que j’ai faits moi-même.

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Journal des mois de juin , juillet , août et septembre , ou Relcve' des malades cholériques reçus à l’hôpital Ouyazdow , pendant quatre mois de l’annce i83i.

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