OBSERVÉ EN POLOGNE EN 1 83 I
Par m. chamberet.
On s’accorde généralement à rapporter l’invasion du choléra-rnorbiis en Pologne au io avril i83i, époque du célèbre combat d’Iganie. Ce combat fut extrêmement acharné; il se prolongea toute la journée et une partie de la nuit. Pendant sa durée, les solda.ts polonais souffrirent beaucoup de la soif, se gorgèrent plusieurs fois d’eau bourbeuse, et se prirent souvent corps à corps avec les Russes nouvellement arrivés à l’armée sous la conduite de Palilen. Dès le lendemain, la maladie parut, d’abord dans l’armée et ensuite dans la ville de Varsovie.
Toutefois, deux mois avant cette époque, et avant qu’il eût été question de l’apparition du choléra en Pologne, le docteur Brandt, président du comité de santé, avait observé tous les
symptômes de cette redoutable maladie sur trois individus. Le premier était lin particulier de la basse ville, récemment arrivé du camp russe, où il avait fait un voyage dans lequel il avait éprouvé beaucoup de fatigue. Les deux autres étaient un officier russe et son domestique prisonniers de guerre : tous trois succombèrent.
Au mois d’août de l’année précédente , M. Sauvé, médecin principal de l’armée polonaise, avait également observé, au camp de Povouski, près de Varsovie, sur trois soldats polonais de l’armée du grand-duc, tous les symptômes qui depuis se sont manifestés dans le choléra épidémique.. L’un de ces soldats appartenait au ier. régiment de chasseurs à pied; il périt; les deux autres guérirent.
Invasion et symptômes du choléra .
11 est rare que le choléra-morbus observé en Pologne s’annonce un ou deux jours à l’avance, par de l'inappétence , un sentiment inaccoutumé de fatigue dans les membres ou de lassitude générale, de la chaleur ou de la gène dans le ventre, une sorte de sensibilité au froid. Il est plus commun de le voir précédé pendant quelques jours par de la diarrhée. Presque toujours son invasion a lieu subitement, sans au-
cun signe précurseur, au milieu de la santé la plus florissante.
A. son début, on éprouve du malaise, de l’anxiété, de la douleur ou une simple chaleur incommode à lepigastre, aux hypocondres, ou dans toute l’étendue de l’abdomen. En même temps , il se manifeste des vertiges , des nausées, des vomissemens, des selles plus ou moins fréquentes, de la céphalalgie, et un état d’angoisse plus ou moins prononcé.
Bientôt la face devient terne, les traits du visage s’altèrent profondément, les yeux s’enfoncent dans les orbites; le regard est abattu, presque éteint. La peau se couvre de vergetures livides et de larges plaques violacées, qui s’étendent rapidement des membres à la face et au tronc. Un froid promptement glacial s’empare des membres et envahit insensiblement tout le corps. La langue, ordinairement humide et couverte d’un très léger enduit blanchâtre, un peu rouge à la pointe dans quelques cas seulement, devient chez certains malades froide elle-même. Il y a des vomiturations, du hoquet, souvent de la soif.
Lé pouls est faible, petit , concentré, un peu fréquent, filiforme, imperceptible et bientôt entièrement nul; les battemens du cœur lui-même ne peuvent plus se faire sentir. La respiration
est faible, petite, courte, un peu fréquente, rarement difficile, quelquefois imperceptible. Dans quelques cas, l’air expiré par les malades est froid. La voix est rauque, faible, basse, cassée, presque éteinte; des cris plaintifs, des gémissemens sourds se font entendre chez certains malades; d’autres sont affectés d’une sorte d’aphoyie.
Des crampes violentes, excessivement douloureuses, se manifestent aux pieds, -aux mains, aux jambes, aux cuisses, et dans toutes les parties musculaires du corps.
Au plus haut degré de cette redoutable affection, certains malades semblent n’éprouver aucune douleur locale; leur peau reste insensible aux piqûres, aux pincemens; elle est fioide, gluante, sans contractilité, et reste long- temps plissée, lorsqu’elle a été pincée entre les doigts. D’autres au contraire sont eu proie à de vives douleurs, non seulement à l’épigasîre, aux hvcpocondres, dans la région ombilicale, dans les
! flancs, mais encore dans les articulations et dans les muscles du tronc et des membres, soit qu’on opère une certaine pression sur ces. parties, soit qu’on se borne à y exercer le plus léger toucher.
L’abdomen est généralement tendu, et pour
l’ordinaire fortement déprimé. Il ne présente un certain degré de météorisme que dans les cas de complication du choléra avec la gastroentérite.
Les veines sousrcutanées , celles des membres pelviens surtout , sont fortement injectées et distendues outre mesure par une grande quantité de sang noir et épais.
Il y a constamment suppression d’urine.
L’appareil musculaire est dans un état de prostration extrême. Les malades ne peuvent se soutenir. Dans leurs mouvemens d’angoisses et d’agitation, ils ont à peine la force de se retourner d’un côté sur l’autre. Le plus souvent, jetés à l’abandon sur leur lit, ou couchés en supination, immobiles, les yeux éteints, fixes, laissant voir le blanc de la sclérotique à travers l’ouverture des paupières à demi fermées, leurs facultés affectives et intellectuelles s’éteignent rapidement. Étrangers à tout ce qui se passe autour d’eux, ils meurent sans s’en apercevoir,' dans un engourdissement voisin de l’idiotisme, et comme dans un état subapoplectique.
Variétés des symptômes du choléra.
Les symptômes que nous venons d énoncer et dont l’ensemble constitue le choléra-morbus
observé en Pologne ne sont cependant pas constamment les mêmes. Ils éprouvent de nombreuses modifications, .qui paraissent dépendre de l’âge, du sexe, du tempérament, de la constitution des sujets; de leurs habitudes antérieures, de leur manière de vivre et des nombreuses différences organiques, soit manifestes, soit cachées, que présentent les hommes.
Ainsi, la douleur de tète, universelle chez certains malades, frontale chez d’autres , bornée à une sensation de bourdonnement chez quelques uns, est nulle dans quelques cas.
Les vomissemens n’ont souvent lieu qu’au début de la maladie, et ne reparaissent plus pendant le reste de son cours ; tandis que, chez certains sujets, ils ne cessent de se manifester pendant toute la durée du choléra, depuis le commencement jusqu’à la fin. Ils sont quelquefois accompagnés des plus violens efforts, et s’opèrent d’autres fois sans secousses, avec facilité. Ils sont souvent remplacés par des i vomiturations ou de simples nausées, surtout vers la fin de la maladie.
Le produit des vomissemens est pour l’ordinaire un liquide séro-muqueux, grisâtre, presque transparent, inodore, insipide, assez analogue à de la salive; d’autres lois, il présente une manière blanchâtre ou grisâtre, comme pultacée.
Quelques malades vomissent un liquide plus ou moins épais, d’un vert foncé, manifestement bilieux. Quelques autres ne rejettent que les boissons et les alimens qu’ils ont ingérés. Ce n’est que dans un très petit nombre de cas qu’on a trouvé des vers ascarides lombricoïdes dans les matières vomies, on n’y a observé un peu de sang que dans quelques circonstances rares aussi.
Les selles ne varient pas moins que les vomissemens; quelquefois rares, d’autres fois très fréquentes, au point de se répéter, chez certains malades, plus de vingt fois en cinq ou six heures ; elles sont , dans quelques cas , très copieuses et, dans d’autres, très peu. Souvent de nature séro - muqueuse, incolores; dans certains cas j verdâtres, blanchâtres ou sanguinolentes; elles . présentent plus souvent encore une matière pultacée, homogène, fauve, ou d’un gris blanchâtre, parfois mêlée d’un peu de sang. Le ténesme les accompagne fréquemment.
Le ventre, chez quelques cholériques, est indolent; mais chez la plupart d’entre eux,
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il est le siège d’une douleur plus ou moins intense, le plus souvent sourde et profonde, quelquefois aiguë , tantôt à l’épigastre, tantôt aux hypocondres, quelquefois à l’hypogastre et parfois dans toutes les régions de l’abdomen. Souvent, cette douleur augmente par la pression; I
dans certains cas, cette circonstance ne 1 augmente pas.
Si quelques cholériques n’ont, aucun désir de boire, presque tous nous ont paru prendre les boissons avec plaisir, quelques uns même être tourmentés par la soif. Ils appètent pour la plupart les boissons acides; les uns préfèrent les liquides chauds, les autres les boissons froides. J’en ai vu plusieurs demander avec instance de l’eau fraîche, qui leur était refusée.
L’anxiété des malades est quelquefois portée au plus haut point d’intensité. On les voit alors dans une agitation extrême, jeter leurs membres comme à l’abandon à droite et à gauche, faire des efforts impuissans pour changer de position, d’autres fois se jeter de leur lit à terre, pousser de fréquens gémissemens et même des cris de désespoir. Beaucoup moins prononcée, dans d’autrés cas, l’anxiété ressemble à ce que l’on éprouve dans le mal de mer. Les colériques alors sont plutôt abattus que souffrans; immobiles, froids et muets, couchés en supination, et comme privés de sentiment et de mouvement, ils restent plongés jusqu’à la mort dans une torpeur profonde.
Ordinairement faible, petite* et fréquente, puisque nous l’avons vue s’opérer souvent trente-six et jusqu’à quarante fois par minute, la
respiration est quelquefois gênée et plus ou moins difficile; d’autres fois elle s’exerce très facilement et d’une manière presque imperceptible. • «
Le pouls, faible, petit, concentré et même imperceptible, est un peu fréquent et donne pour i’orclinaire de soixante- dix à quatrevingts pulsations par minute, et même au delà, pendant tout le cours de la maladie; mais un phénomène très remarquable, c’est son extrême lenteur pendant la convalescence : chez un grand nombre de convalescens dont j’ai noté l’état du pouls, je ne l’ai jamais trouvé au dessus de trente à quarante pulsations par minute.
Les vergetures violacées et les plaques livides de la peau varient en intensité de couleur comme en quantité. Quelquefois rares, éparses çà et là , et bornées aux membres et à la face ; elles sont, d’autres fois, répandues sur toute la surface du corps, comme çpnfondues les unes avec les autres, et donnent lieu à une lividité générale.
A quelques rares exceptions près, dans lesquelles, au début du choléra, les malades éprouvent une chaleur au dessus de l’état normal, exceptions dont je n’ai rencontré du reste aucun exemple, un froid glacial semblable à celui de la mort s’empare des cholériques dès le début de la maladie; ce froid, cependant, varie en intensité
i comme en étendue. Lorsque le choléra est à un degré modéré, il se borne ordinairement aux membres; mais dans les cas graves, il s’étend rapidement des extrémités au tronc, et envahit toutes les parties du corps Dans tous les cas, ce froid, en quelque sorte cadavérique, qui forme un des caractères principaux du choléra épidémique, n’a aucun rapport avec celui qu’on éprouve dans le frisson des fièvres intermittentes.
> Complication du choléra -morbus avec d’autres
maladies ,
Le choléra épidémique se présente quelquefois chez des individus déjà depuis plus ou moins long-temps atteints de gastrite ou de gastro-entérite chronique. f Sa physionomie et sa marche sont alors plus ou moins modifiées par les symptômes propres à ces affections, et l’on trouve souvent alors, après la mort, diverses altérations du canal alimentaire qui sont le résultat de la maladie concomitante, et n’ont aucun rapport avec le choléra.
Au commencement de l’épidémié , en avril et mai, beaucoup de malades ont éprouvé une
que le choléra, et cette affection s’est souvent
prolongée pendant la convalescence. Cette complication toutefois a bientôt cessé de se montrer : elle a en quelque sorte disparu dès le mois de juin.
Pendant ce dernier mois, divers cholériques ont été affectés d’ictère; mais ce phénomène, qui ne s’était point montré jus'qu’à cette époque, n’a pas reparu depuis.
Chez certains sujets le choléra s’est montré accompagné de gastro-entérite aiguë avec fièvre, et quelquefois aussi d’arachnite. Le délire qu’on a quelquefois signalé chez les cholériques m’a paru dépendre de cette dernière complication.
A l’égard des maladies qui ont régné en Pologne conjointement avec le choléra -morbus, et qui, ajoutées à cette épidémie, ont caractérisé la constitution médicale de l’époque, ce sont le typhus, les fièvres intermittentes, l’ophthalmie,
la diarrhée et la dvsenterie.
Le typhus, toutefois, ne s’est montré qu’au commencement de l’épidémie du choléra, en avril et mai, et seulement, ou plus particulièrement, dans les hôpitaux müitaires. A cette époque, ces établissemens improvisés étaient encombrés de malades et de blessés, mal fournis, souvent même dénués des objets les plus nécessaires. Dès le mois de juin, lorsqu’ils ont été
désencombrés, mieux organisés, soumis à un régime de propreté et de salubrité convenable, le typhus est devenu de plus en plus rare, et a fini par disparaître. Beaucoup de jeunes officiers de santé français, employés dans les hôpitaux militaires, en ont été atteints, et plusieurs y ont succombé.
Les fièvres intermittentes ont été également plus fréquentes au début de l’épidémie cholérique qu’elles ne l’ont été depuis; elles sont même devenues fort rares pendant le mois de juillet. Certains praticiens d£ Varsovie ont cru remarquer qu’elles se multipliaient en raison inverse du choléra, de sorte que toutes les fois que le choléra devenait plus fréquent, elles étaient plus rares, et réciproquement.
L’ophthalmie s’est plus particulièrement, on peut même dire exclusivement, manifestée chez les militaires. En juillet, elle était encore fort commune et véritablement épidémique.
Quant à la diarrhée et à la dysenterie, elles n’ont cessé de se montrer, pendant tout le cours de l’épidémie cholérique, avec des alternatives d’augmentation et de diminution. Chez certains individus, elles précédèrent le choléra, et chez d’autres elles lui ont succédé.
Marche et terminaison du choléra épidémique.
La marche du choléra que nous avons observé en Pologne est en général d’une rapidité effrayante; sa durée, qui souvent n’est que de vingt-quatre heures, dépasse rarement quatre ou cinq jours, et, dans certains cas, n’excède pas cinq ou six heures ; il frappe quelquefois avec la rapidité de la foudre.
Dans les cas les plus ordinaires, surtout lorsqu’il a peu de durée, ses symptômes affectent une continuité progressive non . interrompue, sans rémission et sans paroxysmes. Dans les cas contraires, c’est à dire lorsqu’il se prolonge, surtout s’il dépasse cinq ou six jours, il présente des alternatives d’augmentation et de diminution, ou des redoublemens et des rémissions sensibles.
Il se termine quelquefois par une autre maladie, dans beaucoup de cas par la santé , le plus souvent par la mort.
Les maladies par lesquelles il se termine sont, dans un grand nombre de cas, la diarrhée ou la dysenterie chroniques; quelquefois, surtout lorsque les malades ont été gorgés de calomel, d’oxide de bismuth et d’autres remèdes incendiaires, par une gastro-entérite fébrile, et chez certains su-
jets par l’inflammation aiguë de l’arachnoïde.
Dans ce dernier cas le délire se manifeste; la peau devient chaude , le pouls très fréquent. Il y a des exacerbations fébriles irrégulières, et il survient souvent un assoupissement comateux.
La rougeur des bords de la langue, la sécheresse et la coloration fauve ou brune de sa surface , l’aridité de la bouche, une soif vive, le météorisme, la sécheresse et la chaleur brûlante de la peau, la fréquence du pouls indiquent généralement la terminaison du choléra par une gastro-entérite aiguë.
Quant à la colite chronique, lorsqu’elle termine la maladie, les cholériques semblent d’abord entrer en convalescence; mais ils ne prennent pas de forces, ils restent long-temps apathiques ou sombres et tristes, sans appétit, avec des douleurs sourdes dans le ventre et des coliques passagères; ils ont souvent des vents et des borborygmes, et des alternatives de constipation et de diarrhée.
Lorsque la santé succède au choléra, les symptômes de la maladie sont rarement portés à un très haut degré d’intensité; les angoisses sont modérées ; le froid des membres, au lieu de s’étendre jusqu au tronc , diminue graduellement; le pouls conserve un certain degré de force, ou du moins ne cesse pas de se faire sentir; l’alté-
ration des traits est peu profonde et les évacuations alvines sont faciles. Bientôt, les fonctions se rapprochent graduellement deletat normal;il survient par intervalles un peu de sommeil; l’appétit ne tarde pas à se faire sentir, et, du quatrième au sixième ou septième jour, le malade entre en convalescence.
Nous avons déjà signalé la rareté remarquable que conserve généralement le pouls pendant la convalescence du choléra. A ce phénomène s’associe souvent, chez les convalescens, une certaine faiblesse musculaire, surtout dans l’appareil de la locomotion, et quelquefois de sourdes douleurs dans les jambes. Beaucoup de cholériques, après la guérison, restent long temps très frileux.
Enfin, dans les cas, malheureusement très nombreux, où le choléra se termine par la mort, tous les symptômes débutent avec vio-
lerice et marchent avec rapidité ; sans interruption. L’intensité du froid comme cadavérique, et sa rapide extension des membres au tronc et à la tète, le froid de la langue et celui de l’air expiré, la cessation du pouls, indiquent cette funeste terminaison. Des signes non moins fâcheux, et qui annoncent également une mort prochaine, sont l’enfoncement très prononcé des yeux dans les orbites et la lividité de la peau.
En général , lorsque tous ces signes sont réunis, la maladie est au dessus des ressources
de* l’art. Divers praticiens ont également noté comme un signe funeste la cessation subite des évacuations alvines et des vomissemens.
Résultats des ouvertures des cadavres.
Après la mort, sous une température au dessus de vingt degrés , les cadavres des cholériques conservent de la chaleur dans, les régions thoracique et abdominale pendant six à huit heures. Durant tout ce temps, le tronc et les membres' restent flexibles, et divers muscles de la vie animale conservent un certain degré de contractilité spontanée : c’est ainsi que, plusieurs
heures#après la mort, on a vu, sur quelques cadavres, un orteil, un doigt, s’étendre et se fléchir spontanément; on a même observé certains mouvemens .obscurs d’extension, de flexion, de supination et de pronation dans un pied, dans un bras ou dans une main. Des palpitations plus ou moins prononcées ont été également obser- ** vèes, après la mort, dans les muscles gastrocnémiens. Cependant, ces contractions plus ou
mofns obscures de certains cadavres de cho- . '< • lénques non complètement refroidis n’ont pu
être excitées ni provoquées par aucun mode
d’irritation artificielle de la peau , des muscles ou des nerfs qui y aboutissent, au moyen des piqûres, des déchirures et de l’apphcation'du fer rouge; ce phénomène, du reste, cesse de se manifester dès que le refroidissement des cadavres est complet; ils acquièrent alors une raideur excessive, qui rend très difficile et presque impossible la moindre flexion des membres.
Presque tous les médecins qui ont observé le choléra de Pologne assurent que, lorsque la maladie a donné lieu à une mort prompte, on ne trouve après elle aucune altération spéciale, ni aucune trace de phlogose dans les viscères. Il n’en est plus de meme lorsque la maladie s’est prolongée pendant plusieurs jours : alors on trouve dans les organes, et principalement dans l’appareil de la digestion, diverses altérations susceptibles d’être notées.
En général, dans tous les cadavres des cholériques que j’ai examinés, j’ai trouvé une raideur extrême, des vergetures livides, de larges plaques violacées ou la lividité générale de la peau, * l’aplatissement et la tension du ‘ventre, une énorme distension de toutes les veines sous-cutanées, particulièrement de celles des membres pelviens, par une grande quantité de sang floir.
Les vaisseaux et les sinus de la dure-mère se sont constamment trouvés goigés de sang noir.
Ordinairement rosée on d’un ronge plus ou moins intense, l’arachnoïde avait ses vaisseaux injectés, et meme fortement gorgés de sang noir, ainsi^que les plexus choroïdes.
Une certaine quantité de sérosité, soit limpide, soit roussâtre, se trouvait souvent à la base du crâne, dans les ventricules cérébraux, et quelquefois dans les aréoles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien , qui était alors comme œdémateux.
Dans le canal rachidien, j’ai constamment rencontré les vaisseaux des méninges plus ou moins
gorgés de sang noir. Dans certains cas, un épanchement de sérosité, soit limpide, soit sanguinolente s’est présenté dans le canal arachnoïdien qui loge la moelle épinière, surtout vers sa partie inférieure. Sur la plupart des individus, toutefois, nulle trace d’épanchement n’existait ni dans ce canal, ni à la base du crâne, ni dans les ventricules cérébraux.
Le cerveau, le cervelet, la moelle épinière, nous ont toujours présenté leurs vaisseaux plusou moins gorgés de sang; de sorte que la section opérée par le scalpel dans l’épaisseur de ces organes faisait pleuvoir sur les surfaces séparées une multitude de gouttelettes de sang, sortant comme en arrosoir de la grande quantité de vaisseaux capillaires coupés. Du reste, ces
organes se sont trouvés tantôt un peu plus mous, tantôt un peu plus conslstans: qua l’ordinaire, et le plus souvent dans letat normal.
Les nerfs de l’appareil cérébro-spinal , les nerfs, les plexus et les ganglions du grand sympathique ne nous ont présenté aucune altération appréciable, dans le petit nombre de cas, Toutefois, où nous avons, pu les observer convenablement, à la suite d’une dissection longue et minutieuse que les circonstances nous ont rarement permise.
Les poumons, les brorfches et les plèvres se sont toujours présentés dans l’état normal. Sur quelques cadavres, il est vrai, on a rencontré d’anciennes adhérences des plèvres , et dans quelques autres un engorgement sanguin noirâtre de la partie postérieure d’un ou de plusieurs lobes des poumons. Mais la première de ces lésions dépendait manifestement de pleurésies antécédentes, et la dernière peut être attribuée à la stase du sang, au moment de la mort, dans la partie la plus déclive du poumon; ces lésions nous ont paru l’une et l’autre tout à fait indépendantes du choléra. ,
Presque toujours le péricarde se trouve dans l’état sain; quelquefois cependant on y a rencontré un épanchement de sérosité, soit limpide, soit sanguinolente.
yj )
Le cœur, souvent un peu mou, a ses vaisseaux propres presque toujours gorgés (le sang noir. Ses cavités droites sont constamment remplies d’une grande quantité de sang demi -fluide, très noir, ordinairement associé à des concrétions gélaliniformes , tremblantes, élastiques, plus ou moins tenaces, et d une couleur jaunâtre fauve.
Les veines-caves, la grande veine azygos, les veines-portes, les veines hépatiques; celles de l’estomac, de l’intestin, de l’épiploon, du mésentère, et en général tout le système veineux abdominal, se sont constamment montrés gorgés d’une énorme quantité de sang noir, épais et comme poisseux.
Le péritoine et le. mésentère ont presque toujours offert une teinte rosée, ou d’un rouge vif, plus ou moins prononcé; leurs vaisseaux capillaires étaient généralement injectés, i Un léger gonflement, accompagné d’un peu de rougeur, et d’une consistance plus grande qu’à l’ordinaire, s’est quelquefois présenté dans les ganglions mésentériques; mais le plus souvent ces organes parurent dans l’état sain.
Le foie n’a présenté, le plus souvent, aucune altération notable; sa couleur a paru quelquefois plus foncée quelle ne l’est ordinairement; quelquefois aussi il s’est montré d’une consis-
tance plus molle que dans l’état normal, et facile à déchirer. Dans certains cas, sa membrane péritonéale s’enlevait avec la plus grande facilité.
Un ramollissement , qui n’a jamais été considérable, est la seule altération qu’on ait quelquefois observée dans la rate.
La vésicule biliaire était presque toujours remplie de bile trouble, épaisse et d’un vert très foncé ; ses membranes étaient généralement dans l’état naturel, et sa surface interne sans altération. Une seule fois, j’ai vu un peu de rougeur sur sa surface muqueuse,- et dans ce cas elle ne contenait presque pas de bile’.*
Aucune altération n’a été observée dans les canaux cholédoque, cystique, hépatique et biliaires.
L’estomac, dans certains cas, a été trouvé fortement contracté sur lui-même, avec' des rides ou plis intérieurs très prononcés et d’une consistance très ferme. Il était, dans d’autres cas, plus ou moins dilaté par des gaz. Chez une femme d’environ trente ans, morte du choléra, il contenait environ deux litres d’un liquide trouble, d’une odeur alcoolique, et sa dilatation était telle que sa grande courbure touchait f au pubis.
Dans tous les cadavres de cholériques que j’ai observés, la surface interne de cet organe
était généralement ou par portions plus ou moins étendues, surtout vers sa grande courbure et près dn cardia, d’un rouge tantôt rosé, tantôt vif, souvent foncé et quelquefois vineux. Ces différentes nuances de rouge se présentèrent, sur certains sujets, séparément et simultanément dans diverses parties du même estomac. Celte rougeur était quelquefois pointillée, d’autres fois sous forme d’arborisations, et d’autres fois encore unie et faisant corps pour ainsi dire avec la membrane muqueuse : on ne pouvait l'enlever, ni par le lavage à l’eau froide, ni par le frottement. Elle était, dans quelques cas, superficielle, dans d’autres, étendue à toute l’épais- : seur de la membrane muqueuse; quelquefois, ( enfin, elle envahissait la membrane musculaire, et se propageait même jusqu’à la tunique périi tonéale.
La membrane muqueuse de l’estomac était ramollie dans certains endroits, et plus rarement encore un peu épaissie. On a parfois observé, i entre ses rides ou replis, quelques petites portions ou lanières de celte membrane, d’un noir dé café très prononcé, et qui offraient toutes les apparences de cette transformation de tissu connue sous le nom de mélanose.
Les alimens et les boissons que le malade ’ avait ingérés avant sa mort se trouvaient sou-
Vent, en grande quantité, dans l’estomac des cadavres, avec toutes leurs qualités primitives. On y a même fréquemment trouvé, sans altération, les médicamens qui avaient été administrés pendant la maladie, et entre autres le calomel.
Le plus ordinairement, l’estomac renfermait, en plus ou moins grande quantité, tantôt une matière liquide , homogène, comme pultacée, d’un blanc fauve ou grisâtre; tantôt un liquide trouble, d’un vert foncé; tantôt une matière demi-fluide et poisseuse, de même couleur; d’autres fois, enfin , on n’y trouvait qu’une très petite quantité de mucosité grisâtre, plus ou moins adhérente à sa surface.
Le duodénum s’est présenté, quelquefois, sans altération; il offrit, dans d’autres cas, un rouge sombre à sa surface interne; ordinairement, il contenait une matière, soit fluide, soit pultacée, d’un blanc fauve ou d’un vert brun.
Souvent contractés sur eux-mêmes, et rarement dilatés par des gaz, les intestins étaient généralement- dépourvus de l’aspect luisant et lisse que présente leur surface externe dans l’état normal. Le jéjunum et l’iléon étaient presque toujours pleins d’une matière semi-liquide, homogène, tantôt blanchâtre, tantôt d’un vert brun, semblable à celle que contenait le duodénum. Leurs valvules conniventes et la rriem-
brane muqueuse, qui constitue et qui sépare ces valvules, présentaient pour l’ordinaire une couleur rouge plus ou moins intense, quelquefois très foncée et même pourpre. Cette membrane a paru rarement- gonflée dans certains points; elle a offert quelquefois, surtout vers la fin de l’iléon, d’anciennes ulcérations, arrondies, à bords élevés, perpendiculaires, mais résultant d’une phlegmasie chronique antécédente, et par conséquent étrangères au choléra.
Diverses invaginations de l’intestin grêle ont été observées sur plusieurs cadavres; quelquefoison n’en a trouvé qu’une seule; chez d’autres sujets il en existait jusqu’à cinq ou six. Dans l’étendue de l’invagination, et souvent jusqu’à un ou deux pouces au dessus ou au dessous, l’intestin était enflammé dans toute son épaisseur; ses parois étaient épaissies, très consistantes, et sa membrane péritonéale unie avec les parties superposées de la même membrane.
On a constamment trouvé la vessie urinaire
vide, très fortement contractée sur elle-même et réduite au volume d’une noix ; sa surface muqueuse, ordinairement dans l’état normal, mais peu humide, n’a offert un peu de rougeur que dans quelques cas rares. Chez certains sujets, on a observé^ entreses replis intérieurs, des parcelles d’une matière blanche, molle, comme caséi forme.
Aucune altération ne s’est manifestée dans les uretères.
Les reins ont paru quelquefois ramollis; quelquefois aussi l’on a rencontré dans leurs bassinets des parcelles de la meme matière blanche, molle et comme caséeuse, trouvée dans la vessie.
Les parois et la surface interne des artères et des veines de différens calibres n’ont présenté aucune altération sensible. Nous n’avons pas rencontré la moindre trace d’inflammation dans aucun de ces vaisseaux.
A l’égard des fluides organiques des cholériques, soit pendant la vie, soit après la mort, ils ont paru constamment plus consistans que dans l’état ordinaire. Ainsi, le sang contenu dans le système veineux était beaucoup plus noir et moins séreux qu’il ne l’est ordinairement. La bile, et l’urine, lorsqu’il y en avait, étaient aussi beaucoup plus épaisses, et dépouillées ppr conséquent d’une grande partie de l’eau à laquelle elles sont redevables de leur liquidité habituelle. vinèift-'dL ua oôisr/rtnoa bi-uuai'iof aWl , w-
Traitement du choléra.
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Plusieurs méthodes de traitement, très différentes les unes des autres, souvent même entièrement opposées, ont été successivement et
quelquefois simultanément employées contre le choléra de Pologne.
Beaucoup de praticiens ont cherché à combattre la maladie par les émétiques, particulièrement par l’ipécacuanha, et par le muriate de soude. Ce dernier a été administré ordinairement à la dose d’une cuillerée à bouche, en solution dans un verre d’eau tiède, une ou plu- | sieurs fois de suite.
D’autres ont eu recours aux purgatifs, et ont employé comme tels, à des doses Variées et plus ou moins considérables, les sels neutres, l’huile de ricin, et une foule d’autres substances analogues. Le calomel, surtout, a été administré dans le choléra avec une constance imperturbable* mais rarement seul. Le plus souvent, il a été associé au i chlorure d’oxide de sodium, aux boissons aromatiques et amères, aux potions alcooliques, à I ammoniaque, aux teintures stimulantes, et dans beaucoup île cas aussi aux saignées, aux sangsues, aux ventouses scarifiées, et à une foule de topiques divers.
L’opium et ses diverses préparations ont été mis en usage par un grand nombre de médecins , mais jamais sans le concours obligé et souvent funeste d une multitude de médicamens, produits de l’ancienne polypharmacie.
Le camphre à des doses variables, et jusqu’à
une once par jour; le musc, le castoréum, la serpentaire, la valériane, l’assa-fœtida , le quinquina et d’autres prétendusantispasmodiques; le vin de colchique, l’ammoniaque caustique, donnée dans un verre d’eau ou dans une potion, à la dose de dix gouttes, une ou plusieurs fois répétée, ont été administrés ensemble ou séparément, et préconisés contre le choléra. Leurs prétendus succès , aussi bien que les avantages supposés de mille autres préparations pharmaceutiques sont- demeurés plus que douteux, ou pour mieux dire entièrement nuis.
Parmi les médicamens employés contre le choléra , et souvent même présentés à l’admiration publique.comme des spécifiques véritables de cette maladie, on a surtout préconisé le calomel et l’oxide de bismuth. D’après la méthode employée dans l’Inde par les médecins anglais, le docteur Scarle a administré le calomel aux cholériques de Varsovie, à la dose de cinq à dix grains, et même au delà, d’heure en heure, quelquefois même de demi - heure en demiheure. Il l’associait, tantôt à des boissons aromatiques et alcoolisées, tantôt à des potions stimulantes, tantôt au quinquina, quelquefois à la saignée ou aux sangsues; et quoique les succès que lui et les autres praticiens en ont obtenus soient très loin de justifier l’emploi du
calomel , on n’a cessé d’y avoir recours, et même de l’associer à presque tontes les méthodes de traitement dirigées contre le choléra de Pologne. Ainsi, sur -trente -deux cholériques traités par M. Scarle lui-méme selon cette méthode, quatorze sont guéris et dix-huit sont morts.
Le bismuth, préconisé par le docteur Léo, et dont les prétendus succès n’ont cessé de retentir dans les journaux; le bismuth a été donné en poudre, à la dose de six grains et plus, d’heure en heure. Les résultats de son emploi n’ont jamais répondu aux fastueuses promesses des journaux : sur vingt-deux malades, traités avec le bismuth par M. Léo lui-méme,, deux seulement
ont guéri, et vingt sont morts.
Les expériences qui ont constaté ce fâcheux
résultat ont été faites cependant par les auteurs eux mêmes, d’une manière très exacte et très authentique, à l’hôpital de Bagatelle, consacré aux cholériques , «sous la surveillance particulière du comité médical de Varsovie, dont les membres, se relevant toutes les vingt-quatre heures, restaient sans cesse, au nombre de deux, près des malades en expérimentation. Nous avons nous-mêmes suivi ces expériences avec exactitude et assiduité, pendant toute leur durée, et nous avons ainsi reconnu que la mortalité des cholériques soumis à ces deux mo-
des de traitement excédait de beaucoup la mortalité moyenne de l’épidémie, et surtout celle de l’hôpital des Juifs, dans lequel on employait exclusivement la méthode rationnelle* et les boissons chaudes.
Quelques médecins ont plus particulièrement combattu le choléra au moyen de l’eau chaude, administrée à la dose d’un verre de demi-heure en demi- heure, ou de quart d’heure en quart d’heure. Au rapport de M. Brandt, ce traitement très simple aurait été suivi de beaucoup de succès. Dans une instruction publiée, au commencement de l’épidémie, par le comité médical de Varsovie, il fut même spécialement , recommandé au public comme le moyen de guérison le plus certain. Il est fâcheux qu’on n’y ait pas eu plus souvent recours. Quatre-vingts doses d’eau chaude ainsi administrées ont quelquefois suffi pour favoriser la guérison.
La méthode thérapeutique 'généralement admise en Pologne, celle au moins qui fut plus spécialement recommandée aux praticiens par le comité, consiste à saigner d’abord le malade, upe ou plusieurs fois selon les indications; à lui administrer en même temps une infusion aromatique ou de l’eau très chaude, à doses souvent répétées; à le plonger dans un bain chaud, a le frictionner, soit avec des flanelles chaudes , soit
avec îles teintures alcooliques, soit avec les linimens alcalins; à lui appliquer des rubéfians sur diverses parties du corps, et particulièrement sur les membres. Cette méthode, seule rationnelle parmi toule's celles qui ont été ' proposées et préconisées contre le choléra, n’a cependant pas été aussi souvent employée qu’il eût été à désirer, ou a été associée malheureusement à plusieurs moyens plus ou moins nuisibles.
Les divers remèdes que je viens d’indiquer, et plusieurs autres qui ne méritent pas l’honneur d’ëtre cités, ont été le plus souvent amalgamés les uns aux autres selon les opinions, les théories, les préjugés, les caprices et. selon les impulsions de la vanité de ceux qui les ont proposés et administrés. Chaque médicament a été vanté, puis abandonné et remplacé par un autre, également préconisé, et bientôt à son tour plongé' dans l’oubli. Il n’en est aucun, en quelque sorte, dont les immenses avantages et les hauts succès n’aient été portés d’abord j*usqu aux nues, et qui n’ait bientôt été livré au mépris , comme inefficace.
lous les médecins de bonne foi et d’une instruction solide, parmi lesquels je me fais un devoir de citer 1 honorable docteur Brandt, président du comité sanitaire, et le digne Kawz-^
( Kouski, médecin en chef de l’armée polonaise,
conviennent que dans les cas où le choléra est très intense, il résiste à tous les remèdes qu’on lui oppose, et que, dans les cas où il est moins grave, il peut guérir quelquefois avec les méthodes thérapeutiques les pluâ étranges, quelquefois même les plus nuisibles, puisqu’il guérit souvent sans aucun remède.
Quoi qu’il en soit, le traitement le plus convenable contre le choléra me paraît être celui qui aurait pour objet :
i°. De calmer l’irritation violente, qui, de l’estomac et de l’intestin , où elle se manifeste d’abord, s’étend rapidement au système nerveux ;
2°. De diminuer la tendance aux congestions cérébrales,. et de combattre cette congestion lorsqu’elle a lieu ;
3°. De ramener la chaleur à la périphérie du corps.
Ainsi, on conseillerait , au début de la maladie, l’emploi de l’opium gommeux ou de toute autre préparation analogue, à des doses plus ou moins répétées, selon la rapidité du mal et l’intensité des symptômes; en même temps, on prescrirait la saignée du bras, surtout chez les sujets jeunes et forts, saignée qu’on répéterait selon les circonstances, et une ou plusieurs applications de sangsues ou de ventouses scarifiées, soit à l’épigastre, soit au bas-ventre, soit à l’anus, selon
J es indications. Sans perdre de* temps, on ferait plonger fréquemment le malade dans un bain chaud, et dans les intervalles du bain on lui ferait frotter sans cesse lés membres, et meme le tronc, lorsqu’il commence à devenir froid, avec une flanelle bien chaude, ou avec un Uniment ammoniacal. On appliquerait en meme temps des sinapismes, ou des cataplasmes sinapisés très chauds, aux pieds, aux jambes, aux cuisses et à d’autres parties du corps. On se trouverait bien, en outre, d’envelopper le corps sans cesse d’une couverture de laine bien chaude, soit sèche, soit imbibée d’eau pure, ou légèrement vinaigrée, à
une température très élevée.
On s’abstiendrait, bien entendu, de lui faire prendre aucune nourriture, soit solide, soit liquide, jusqu’au retour de l’appétit, ou au moins tant que le dégoût persiste. On lui administrerait, à doses souvent répétées, et sans perte de temps, une boisson quelconque, à son goût, mais très chaude, comme l’eau sucrée, la limonade, l’eau de groseille , ou tout autre liquide acidulé, ou bien une infusion légèrement aromatique de thé, de capillaire, de sauge, de tilleul, de violettes, etc. ; ou bien encore une décoction adoucissante d’orge, de gruau, de lin ou de guimauve. On se garderait bien de lui interdire l’eau fraîche, à doses modérées , lors-
que, dans le cours de la maladie, ou vers son déclin , le malade appète cette boisson.
Les demi-lavemens mucilagineux, gélatineux, opiacés, seraient très utiles, surtout dans les cas de ténesme.
Il faudrait, bien entendu, que le malade lût reçu dans une salle ou dans une chambre tenue proprement, bien aérée, d’une tempérai ure un peu élevée, et couché dans un lit fortement échauffé, sous des couvertures bien chaudes.
Quels succès peut-on espérer, en effet, du traitement le plus rationnel, dirigé avec le plus de zele et d’habileté, si le froid, l’humidité, la malpropreté, l’abandon, viennent contrarier sans cesse et neutraliser les médications les plus salutaires et aggraver l’état des malades? C’est cependant ce qui arrive presque toujours dans les grandes calamités publiques, et ce qui s’est malheureusement renouvelé trop souvent en Pologne, à cette funeste époque de guerre et d’épidénjie, où la plupart des hàbitans étaient dans la détresse, ou plongés dans l’indigence, et où les établissemens publics, improvisés, mal organisés, encombrés, manquaient ordinairement des objets les plus nécessaires.
Siège et nature du choléra.
Les opinions émises sur la nature et le siège du choléra sont très variées.
Quelques médecins n’assignent aucun Siège particulier à cette maladie, et la considèrent comme affectant l'économie animale tout entière. Ils pensent quelle consiste dans une sorte d’empoisonnement, qui serait produit* par un principe délétère puisé dans l’air atmosphérique, porté immédiatement dans le sang et de là dans tous les tissus, au moyen de l’absorption et de la circulation.
Dans un article de journal publié à Varsovie, M. Antomarclii considère le choléra épidémique comme une asphyxie, et il en place le siège dans le cœur. La cessation du pouls et des mouvemens de cet organe, l’accumulation du sang noir dans ses cavités droites, dans les veinescaves et dans tout le système veineux, lui paraissent des faits propres à appuyer cefte théorie.
Certains praticiens placent le siège de la maladie dans les plexus et les ganglions nerveux abdominahx, et font dépendre tous les phénomènes qui la caractérisent de l’irritation primitive du grand sympathique.
Quelques autres n’ont vu dans cette redoutable affection qu’un spasme violent de l’estomac.
Quant à nous , il nous paraît que l’appareil de la digestion est le siège primitif du choléra épidémique; que cette maladie résulte d’une violente irritation développée primitivement à la surface interne du canal alimentaire, secondairement dans le système nerveux ganglionnaire ou abdominal, et de là rapidement irradiée par lui, et probablement aussi par les nerfs pneuino-gastriques, à tous les viscères, ainsi qu’à l’appareil cérébro-spinal et aux muscles.
Ainsi, l’irritation de l’estomac et de l’intestin se manifeste par l’anxiété à l’épigastre, les douleurs d’entrailles, les vomissemens, la diarrhée, premiers symptômes du choléra. De ce siège primitif, l’irritation se transmet secondairement, par la voie des nerfs grands sympathiques, i°. à l’appareil cérébro-spinal, et aussitôt l’anxiété générale, les céphalalgies, les vertiges, les crampes, les douleurs musculaires se manifestent; a0, aux organes sécréteurs, de là altération de toutes les sécrétions, du fluide gastrique, de l’urine, delà bile , des exhalations, etc.; 5°. aux poumons et au cœur, de là encore trouble de la respiration, petitesse, concentration, suspension du pouls, congestions* veineuses , stase du
sang noir dans tous les tissus; 4°. enfin, comme la chaleur animale a les plus étroites connexions avec la respiration et la circulation , elle diminue en proportion de l’altération de ces deux fonctions*et le froid s’empare du malade.
Tout semble donc indiquer que la maladie a d’abord son siège dans le canal alimentaire, et qu’elle n? s’étend, quoique très rapidement, que d’une manière secondaire aux organes qui président aux fonctions de relation, comme aussi à ceux qui exécutent les fonctions nutritives. Si elle devient ainsi consécutivement générale ou universelle, elle n’en est pas moins primitivement localisée dans l’appareil de la digestion.
Sous ce rapport, le choléra observé en Pologne ne diffère point essentiellement du choléra sporadique, qui se manifeste ordinairement en Europe. Il reconnaît les mêmes causes prochaines, les mêmes causes éloignées; il se manifeste par les mêmes symptômes; il laisse dans les organes, après la mort, les mêmes altérations. Or, si l’on ne s’est jamais avisé de placer le siège du choléra sporadique, ni dans l’ensemble des solides et des liquides du corps vivant, ni spécialement dans le cœur, ni uniquement dans les nerfs sympathiques ou ganglionnaires, ni dans un violent spasme de l’estomac, comment pour-
rait-on , avçc quelqu’ombre de raison, assigner l’un de ces sièges au choléra épidémique?
Tout concourt à prouver en effet que le choléra de Pologne ne diffère réellement du choléra sporadique que par un plus haut degré d’intensité, par la gravité de ses symptômes, parla mortalité effrayante qu’il produit, et par son caractère épidémique : triple analogie,' 'du reste, qu’il présente avec le choléra de l’Inde.
Ce dernier, d’après les descriptions qu’en ont données M. Gravier et divers médecins anglais, entr’autres le docteur Scarle, offre en effet une très grande ressemblance avec le choléra de la Pologne. Le parallèle suivant de ces trois affections, ou plutôt de ces trois modifications de la meme maladie, rendra du reste plus évidente encore leur analogie, ou, pour mieux dire, leur identité.
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