‹ Du choléra-morbus de PologneChapitre 6 sur 10 · PENDANT LES MOIS DE JUILLET ET AOUT 1 83 I · texte numérisé non relu

PENDANT LES MOIS DE JUILLET ET AOUT 1 83 I

Par F. -J. TRACHEZ, B.-M.,

Ch iru rgien-ifiajôr, deuxième professeur à i hôpital militaire d’instruction de Strasbourg.

§ Ie1. Première apparition du choléra en

Pologne.

L’opinion de tous les médecins de Varsovie sur l’invasion de la maladie est unanime. Personne n’ignore aujourd’hui que l’épidémie a commencé le io avril 1 83 1 , lors du combat qui eut lieu à Iganie, à huit milles de la capitale, entre les Polonais et les Russes. M. Sauvé, chirurgien français, employé depuis plusieurs années dans l’armée polonaise en qualité de chirurgien principal, décrit ainsi sa marche ultérieure parmi les troupes.

a Le choléra, depuis sa première invasion,

dans la première division de l’armée, a offert quatre époques distinctes. La première , du io avril au commencement de mai, a présenté, vers la fin , une sorte de dégénérescence en diarrhée. et en dysenterie. La deuxième époque date du départ. de l’armée de Varsovie, après la retraite de Kuslow et de Kaluszyen et le retour de l’armée au premier de ces villages. Alors l’armée polonaise a pris ses cantonnemens sur le local d’un ancien camp russe, et s’est couchée sur la paille et logée dans les baraques de ces derniers; cette époque du choléra a été moins longue que la première et n’a duré qu’environ huit jours. Beaucoup de malades ont présenté les symptômes subits de la première époque, et ont succombé en quelques heures. La fin de cette époque a été caractérisée par une transmutation en diarrhée et en dysenterie, bien plus marquée que la première.

» La trqisième époque date du départ de l’armée pour l’expédition de Zykocin ; c’est au retour de ce lieu, où les Polonais ont encore été aux prises avec les Busses, que le choléra s’est montré d^nouveau, et a fait en trois jours plusieurs victimes : son début a été subit comme à la première époque, puis il a disparu entièrement.

» A la quatrième époque, il s’est manifesté

dans les trois divisions de cavalerie, principalement dans le troisième régiment de lanciers, lequel s’est trouvé sous la forteresse de Modlin pendant 24 heures, alors que le choléra commençait à s’introduire dans cette place, c’est à dire du s5 au 3o juin. Il est à remarquer que ces derniers exemples de choléra se sont montrés après le cantonnement de ce régiment dans les villages rapprochés du camp de Powaski, transformé en hôpital pour les cholériques, village dans lequel les malades firent de fréquentes excursions. Il n’y a eu que huit cholériques dans ce régiment, tous sont morts en quelques heures. Depuis, il n’en est presque plus fait mention dans les rapports. Les plus aptes à contracter le choléra furent ceux qui étaient adonnés à l’ivrognerie et à la gourmandise.

» A Milosna, lors du deuxième retour à Kusiow, endroit où avait campé long - temps la grande armée russe , des officiers supérieurs ont subitement contracté le choléra. Plusieurs avaient mangé, l’un dix livres de veau et bu plusieurs bouteilles de porter, l’autre plusieurs livres de charcuterie et bu plusieurs verres d’eaude-vie. »

M. Sauvé affirme avoir observé en i85o, en août, au camp de Povonski, près de Varsovie, avant qu’il fût question du choléra en Pologne,

trois malades polonais de l’armée du grand-duc, présentant tous les symptômes qu’on a observés depuis. L’un des trois soldats malades, appartenant au ier. régiment de chasseurs à pied, est mort en quelques heures, les deux autres ont résisté. On doit remarquer que le camp de Povonski est sur un terrain sablonneux, où se trouve un lac d’eau bourbeuse et que, de tous les puits creusés pour les besoins, un seul offrait de l’eau potable non bourbeuse : c’est celui qui servait au 5". régiment de ligne.

A ces premières époques du choléra, ajoute M. Sauvé, tous les corps campés sur des terrains bas, humides, marécageux, ont présenté plus de cholériques que ceux campés sur des terrains secs et élevés. A cette époque aussi, les marchands de Varsovie apportaient au camp une grande quantité cle charcuterie, de viandes sa lées et fumées. A cette meme époque, l’étamage fies vases des soldats était usé; on distribuait beaucoup de pois plus ou moins altérés; les distributions se faisaient tous les quatre jours, et les soldats mangeaient souvent en un jour les alimens distribués pour quatre.

Enfin, dit M. Sauvé, la cause la plus puissante a été l’usage des eaux bourbeuses, dont les soldats se gorgeaient en été, pendant les marches.

Cette courte narration renferme tout ce que

l’on sait, et tout ce que l’on peut dire de raisonnable sur l’invasion du choléra de Pologne. J’aurais pu joindre ici plusieurs autres documens que j’ai lus ou entendu lire au comité médical polonais; mais ils n’y ajouteraient rien et n’offriraient qu’une répétition des mêmes faits.

§ IL Origine et progrès de V épidémie du choléra ■

morhus.

On ne possède encore que des idées assez vagues sur la marche générale des épidémies. Tantôt rapides dans leur propagation à de grandes masses d’hommes, tantôt lentes à passer d’une contrée à une autre, elles semblent s’assoupir quelquefois et cesser leurs ravages, pour reparaître ensuite tout à coup avec une activité plus grande. Voilà ce que l’expérience a appris et ce que l’on a plusieurs fois observé en Pologne.

La cause première, suspendue vraisemblablement dans l’atmosphère, qui sert de véhicule au choléra-morbus, est transportée au loin, suivant différentes directions, sans cependant sévir d’une manière uniforme sur tous les lieux qu’elle rencontre. Parmi les villes, par exemple, qui se trouvent sur la ligne que paraît suivre l’épidémie, il en est presque toujours quelques unes,

intermédiaires, qu’elle épargne. Ces villes et leurs habitans étaient-ils exempts des causes prédisposantes de la maladie, ou bien celle-ci s’estelle déviée de sa route en arrivant près d’elles? Voilà ce qu’on ne peut déterminer : aussi est-il presque impossible dé tracer exactement la marche que l’épidémie a suivie de 1 Inde en Russie, en Pologne et en Allemagne, autrement qu’en notant les points où elle a exercé ses ravages. A-t-elle, dans certaines localités, contourné une montagne ou une ville, pour paraître du coté opposé de la ville ou de la montagne, ou bien a-t-elle passé directement par dessus? C’est ce que l’on ne saurait guère vérifier, quelque soin que l’on apporte à suivre exactement ses traces.

L’épidémie du choléra qui menace l’Europe occidentale ravagea, en 1817, non seulement presque toute l’Inde, mais s’étendit à l’île de Ceylan, où elle était établie en 1818. Elle parcourut, en 181g, le royaume de Siam, et gagna la Chine en 1820. Java était, en 1821, le théâtre de ses ravages; en 1822, elle gagna la Perse et la Syrie. L’épidémie frappa ensuite en 1828 les contrées voisines de la mer Caspienne, et, dès 1824, elle parut dans l’empire russe, vers le centre duquel elle marcha continuellement jusqu’à 1829 et i85o, où elle atteignit sa frontière. De là , continuant à s’avancer, l’épidémie envahit

la Gallicie d’un côté, s’avança vers Kœnisberg de l’autre, parut à Berlin, et, montant de plus en plus vers le nord-ouest , alla jusqu’à Hambourg; enfin Sunderland, en Angleterre, a vu ce terrible fléau.

En étudiant la position relative des différens pays frappés successivement par le choléra-morbus, il est fort difficile d’expliquer les espèces de sauts et île bonds qu’il .a faits pendant sa marche longue et meurtrière. Est -il possible de le suivre lorsque des espaces considérables sont restés exempts de son influence? S’est-il introduit dans la Russie d’Europe en longeant ta Tartarie et le nord de la mer Caspienne? Ât-il côtoyé les rives de la mer Glaciale, ou a-t-il franchi les monts Ourals? Ces questions, d’ailleurs fort peu importantes pour l’objet qui nous occupe, ne sont pas faciles à résoudre. Mais ce qui est certain, et beaucoup plus utile à constater, c’est que toutes les précautions prises au moyen des cordons sanitaires les plus serrés , et des misérables lazarets entassés sur les frontières, n’ont point empêché l’épidémie de marcher depuis 1817 jusqu’en i85i, et qu'011 ne sait encore où elle s’arrêtera.

Les irrégularités signalées plus haut , dans la marche générale du choléra, se rencontrent dans la succession de sçs ravages en Pologne, où nous

Pavons spécialement étudié. On sait qu il ne se développa à Varsovie que le 16 avril iSoi , après le combat du io, à Iganie, et que ce sont les Russes qui l’ont apporté (pour me servir du langage ordinaire), puisqu'il existait alors dans l’armée russe; mais, pour parler plus exactement , ou d’une manière plus vraisemblable, les Polonais se sont placés dans le foyer d’infection. Cette manière d’envisager la prétendue contagion sera examinée dans la suite.

On a rapporté, et on a cru ensuite que le choléra épidémique' avait existé à Varsovie, dès •le 5 avril, conséquemment avant l’époque du combat précité; mais nous tenons de M. le docteur Brandt, président "cl u Comité sanitaire, qui a traité les malades à Varsovie frappés du choléra le 5 avril, que les trois personnes dont il s’agit venaient du camp russe, où régnait la maladie. Voici ce qu’il rapporte : Un particulier de la basse ville, après être revenu du camp des Russes et s’ètre beaucoup fatigué en route, fut pris du choléra, et mourut quelques.jours après. J’ai vu, dit M. le docteur Brandt , la même affection cholérique chez un officier russe prisonnier et sur son domestique : tous deux moururent. Voilà tout ce que l’on connaît de positif sur la marche de l’épidémie, ainsi que sur son apparition à Varsovie et aux environs. On sait

qu’elle avance vers l’ouest et que, dans les derniers jours de juin, elle parut à Colo, sur la route de Posen à Varsovie, s’avançant vers le cordon sanitaire, et que, antérieurement à cette époque, elle exerçait ses ravages à Dantzick.

Voici les dates de quelques lieux où l’épidémie a successivement exercé ses ravages :

Le LO avril, Iganie; du 12 au 1 6 avril, Praga, Varsovie; ier. mai, Lowitz; 2 mai, Sochadchewo; 17 mai, Wistkiski; 27 avril, Villanova; 4 niai, Groise; 1 4 mai, Babyec; îer. juin, Gora; 19 juin, Muszczonow; i5 juin, Léchûca; i5 juin, Lodz, Piateck; 5o juin, Rava; ier. mai, Bialava; 3i mai, Tomaczow; 4 mai, Zabranie; 5 juillet, Radzinim, près d’Ostrolfnka; 3r mai, aux endroits suivans : Gizybovo, Sannicki, Rakaw, Mouckow, Kutno, Ilow, Gostine, Gombine, Lamieta, Lucca, Laszin; 29 juin, Lubronice; 7 juillet, Pzediez; i5 juillet, Kowal; 1 5 juillet, Ralisch, Petrikow.

§ III. Symptômes du choléra - morbus épidéinique.

Cette désastreuse maladie, qui a moissonné des milliers d’individus en Pologne, survient souvent, suivant quelques médecins, sans être précédée de prodromes. Elle frappe alors subitement , à l’occasion d’une indigestion , de 1 inges-

tion de liqueurs spiritueuses , prises en trop grandes quantités, d’un repas copieux, d’un refroidissement subit, ou d’une transition brusque du chaud au froid; quelquefois sans causes connues, ou du moins vraisemblables. D’autres praticiens lui ont assigné des signes avant-coureurs , tels qu’un état de malaise général, de la prostration des forces; quelquefois de la céphalalgie; de la gêne, un sentiment de poids, ou des douleurs dans le bas-ventre; du dégoût, des vomiturations ou des vomissernens. Quoi qu’il en soit, il est bien difficile, surtout dans les hôpitaux, et c’est là que nous avons spécialement étudié la maladie, d’obtenir des renseignemens certains sur les antécédens, soit de la part des malades, soit de celle des assistans ou des interprètes.

Relativement à l’invasion du choléra épidémique, M. Sauvé, qui l’a souvent observée, y a noté les particularités suivantes :

La maladie, dit-il, survient tantôt subitement, tantôt d’une manière graduelle. Dans le premier cas, les phénoihènes suivans se manifestent tout à coup : froid des extrémités; insensibilité du pouls; pâleur mate de la peau; yeux ternes, aplatis, enfoncés, recouverts d’un enduit particulier. Quelquefois , vomissernens et selles; d’autres fois nulle déjection; soif; voix

légèrement rauque et basse; commissures îles lèvres tirées en haut; bouche ouverte; mort en quatre, cinq ou six heures.

Dans le second cas, la marche est plus lente, et les phénomènes qui suivent caractérisent la maladie: selles plus ou moins liquides , comme aqueuses; nausées, bientôt après, vomissemens de matières séro-muqueuses. Il y a, dans ce deuxième cas, douleur à l’épigastre; anxiété; crampes, surtout aux extrémités inférieures.

Parmi les symptômes, il en est un très remarquable et qui frappe d’abord : c’est un abattement général , une extrême prostration des forces. Le malade a les bras pendans sur les côtés du corps; par intervalles, anxiété plus ou moins grande; couoher tantôt en supination, tantôt sur l’un ou l’autre côté; agitation en tout sens; crampes plus ou moins fortes , qui déterminent quelquefois chez les cholériques des contractions musculaires extrêmement violentes ; les muscles sont dans un état permanent de rigidité.

Les cholériques présentent un aspect spécial, qui les fait reconnaître au premier abord, ‘et dont nous allons tracer les principaux caractères : traits du visage profondément altérés, y eux cernés, aplatis, enfoncés dans le fond des orbites, le pourtour mi la base de ceux-ci paraissant saillant; paupières presque fermées,

laissant apercevoir la sclérotique, et de temps [à autre la cornée transparente; la «conjonctive, parfois injectée, paraît recouverte d’un enduit particulier; pommettes saillantes ; joues enfoncées, déprimées; lèvres ternes, bleuâtres, quelquefois livides, écartées, laissant voir les dents, qui sont le plus souvent rapprochées'; douleurs rapportées dans les joues et les mâchoires ; la langue est sèche, froide, blanche, d’autres fois chaude , humectée et blanche à sa base, ce qui relève la couleur de sa pointe et de ses bords, et pourrait faire croire à une rougeur inflammatoire, si l’on n’y apportait quelque attention. Ouïe dure, bourdonnement et douleurs dans les conduits auditifs; céphalalgie frontale, et plus souvent de toute la tête; facultés intellectuelles saines pendant toute la durée de la maladie, excepté aux approches de la mort; soif plus ou moins vive; cris sourds, étouffés, plaintifs, indiquant la douleur; voix altérée, éteinte, basse, rauque; respiration difficile, quelquefois haute, précipitée, d’autres fois courte, lente, mais gênée, suivant l’intensité des douleurs produites par des crampes plus ou moins fortes; le malade paraît quelquefois comme élouffé; haleine froide dans la plupart des cas; hoquet plus ou moins fort, manquant quelquefois, mais n’indiquant d’ailleurs jamais rien de fâcheux. Tl y a

quelquefois contraction et resserrement de l’appareil antérieur du cou.

La température du corps et l’état delà peau sont très remarquables chez les cholériques. Uu froid plus ou moins intense est répandu sur toute la périphérie du corps, particulièrement aux extrémités, et surtout aux membres inférieurs, la poitrine conservant encore un reste de chaleur. Le froid est quelquefois si considérable, qu’on ne peut mieux le comparer qu’à celui du cadavre; il diffère essentiellement de celui qui a lieu dans les fièvres intermittentes, en ce qu’il n’est point précédé par des frissons, et qu’il est très sensible au toucher. Le cholérique seul semble ne pas s’en apercevoir; car, bien que glacé , il annonce qu’il a chaud , ou qu’il n’a ni chaud ni froid. La peau devient terne, d’un gris sale, sèche, puis humide, grasse, lâche, insensible, se laissant plisser et restant plusieurs secondes dans cet état. Muscles quelquefois insensibles, d’autres fois très douloureux et fortement contractés; ventre déprimé, affaissé, formant une concavité, parfois tendu, d'autres fois mou; douleurs plus ou moins vives lorsqu’on le palpe, soit que cette douleur provienne de la pression exercée sur les muscles, ou de ceux-ci sur l’estomac et le tube alimentaire; ongles des doigts et des orteils ternes, quelquefois bleuâtres, La

peau des extrémités, surtout celle des parties inférieures, est presque violacée, offrant des vergetures, des plaques rouges, livides. Les veines superficielles sont injectées, noires : les jambes sont ordinairement engorgées.

Quelques cholériques n’ont ni vomissemens ni vomiturations, mais seulement de la disposition à vomir; quelques uns n’ont que peu ou pas de selles; d’autres, et c’est le plus grand nombre, ont des vomituritions , des vomissemens et des selles fréquentes.

Lorsque le choléra ne survient pas subitement, celui qui va en être frappé éprouve des étourdissemens, puis des douleurs de tête; le pouls est plein, accéléré; la langue est humide, blanche, chaude; la respiration est gênée, la chaleur halitueuse, l’abattement plus ou moins grand; anxiété, envie de vomir, parfois vomituritions ou vomissemens; selles plus ou moins fréquentes, émissions d’urine supprimées, ou n’ayant lieu qu’en très petite quantité; point de froid, point de crampes encore. Après ces prodromes, la maladie paraît avec ses autres symptômes habituels.

Les matières expulsées par la bouche sont d’abord composées des alimens et des boissons ingérés; le malade rejette ensuite un liquide blanchâtre, séro - muqueux , plus ou

moins transparent, quelquefois inodore, mêlé de flocons albumineux; dans d’autres cas, c’est un liquide odorant, mêlé de bile très jaune, ou d’un vert foncé, et en plus ou moins grande quantité. Les efforts pour vomir sont souvent très douloureux, et augmentent encore l’abattement général. Les vomissemens, d’ajbord plus ou moins rapprochés, cessent quelquefois pour reparaître ensuite. Un symptôme constant, c’est la suppression des urines.

Les cholériques éprouvent quelquefois des épreintes sans pouvoir satisfaire le besoin d’aller à la selle. Souvent, il existe de la chaleur au siège avec douleur ; les selles sont liquides, blanchâtres, quelquefois teintes ou mêlées de sang, d’autres fois épaisses, fétides, bilieuses, plus ou moins abondantes, et alternant avec les vomissemens. Quelques praticiens ont cru remarquer que l’absence des selles ou des vomissemens, ou leur cessation prompte, était un mauvais présage, et qu’il était utile dans ces cas de provoquer les évacuations, surtout celles par le bas.

Dès l’invasion de la maladie, et pendant la durée du froid , le pouls est presque toujours imperceptible, et ne fait sentir que vingt à trente faibles pulsations par minute; quelquefois moins; mais, chose remarquable! il est parfois, quoique petit, très accéléré, et donne quatre-vingts à cent pulsations dans le même intervalle de

temps; le plus ordinairement il est petit, serré, concentré. Les mouvemens du cœur, lorsqu’on peut les saisir, sont petits, parfois précipités, ainsi que ceux des carotides. La circulation est pour ainsi dire suspendue chez les cholériques; les malades offrent toutes les apparences des sujets asphyxiés. C’est pendant cet état, qui dure depuis quelques heures jusqu’à six ou sept jours au plus, que les malades succombent fréquemment, quelque chose que l’on fasse pour améliorer leur situation. Le moment de la mort^st souvent précédé d’un calme parfait. La vie s’éteint, sans agonie, et avec elle les facultés intellectuelles

que le sujet a presque toujours conservées du- ; rant toute la maladie.

§ IV. Marche du choléra.

On n’a point ici divisé la marche du choléra en différentes périodes. Une affection dont la durée est aussi courte n’a point de stades marqués, mesurés par des symptômes constans, et qui se succèdent avec ordre. Alors meme qu’elle se prolonge jusqu’au sixième ou au septième jour, rien n’est réellement constant dans la marche de plusieurs de ses phénomènes. Chez tel cholérique, les vomissemens et les selles précèdent le froid; chez tel autre, le froid précède les évacuations. On peut doric dire que la maladie n’a pas de

marche régulière, constante; que, clans beaucoup de cas, une grande partie des symptômes manque, et que la mort termine souvent tout à coup un nombre plus ou moins grand de phénomènes morbides. Tel est, je pense, le jugement des médecins qui ont bien étudié le choléra, jugement en tout contraire à celui de certains méthodistes, cpii font l’histoire des maladies dans le cabinet sans les avoir observées. D’ailleurs, la marche du choléra diffère encore suivant qifil sévit subitement ou qu’il se développe d’une manière graduelle. Dans le premier cas, le froid des extrémités et de tout le corps précède les évacuations, dans le second, on observe l’inverse; la mort est prompte chez les sujets de la première catégorie, quelque traitement que l’on emploie pour les y soustraire; chez les^ autres, la maladie, se prolongeant, se termine plus ordinairement par le retour à la santé.

§ Y. Terminaisons du choléra-morbus.

Le choléra, comme toutes les autres maladies, se termine par la guérison, par une autre maladie ou par la mort.

Aux symptômes précédemment indiqués, lorsque, soit par un effort salutaire de la nature, soit par des moyens propres à l’aider, ou par l’une et l’autre de ces causes réunies, le retour à la santé

doit avoir lieu, les phénomènes suivans se font remarquer.

L’abattement et l’anxiété diminuent; mais les yeux restent cernés et retirés dans le fond des orbites. Le faciès reprend peu à peu son aspect naturel; le pouls, les mouvemeps du cœur et des carotides se font sentir. Le froid n’est plus aussi intense, ce n’est plus le froid cadavérique. Le malade se plaint de douleurs susorbitaires; il prend quelques potages clairs, mais sans appétit. Les vomissemens cessent, plus de nausées, de vomituritions, ou celles-ci sont très éloignées. Peu à peu, la chaleur revient, le pouls se développe, la peau devient moite, sa couleur naturelle reparaît; la chaleur est halitueuse, et quelquefois, mais rarement, ai -je remarqué une transpiration bien apparente, à moins qu’elle n’ait été provoquée par des boissons extrêmement chaudes. L’anxiété, l’inquiétude se dissipent; les douleurs du ventre et des autres parties cessent; les selles, moins fréquentes, moins abondantes, deviennent liées et plus naturelles. La peau, rude, sèche, quelquefois onctueuse, qui conservait les plis qu’on y faisait, et qui était insensible au toucher fortement exercé, reprend son état de blancheur, de souplesse et de sensibilité ordinaires.

Lorsque le choléra , après avoir suivi sa mar-

che, sans frapper de mort celui' qui en est atteint, se termine heureusement, la convalescence est ordinairement très courte. Quelquefois il provoque une autre maladie, plus ou moins grave, à laquelle le cholérique succombe assez souvent. Une diarrhée, une ^dysenterie, une congestion cérébrale, une gastrite, ou une gastro-entérite chroniques, des parotides, rarement un ictère, quelques fièvres ou quelque maladie régnante : tels sont les accidens les plus ordinaires qui suivent cette redoutable affection. Les lésions secondaires sont d’autant plus graves et plus difficiles à guérir, que le malade est, pendant la convalescence, dans un état de faiblesse plus prononcé.

La mort est prompte, lorsque la maladie s’est annoncée subitement; qu’un froid glacial s’est instantanément répandu sur tout le corps; que le pouls est imperceptible, l’agitation extrême, les cris plaintifs, sourds, étouffés, la respiration pénible; et surtout lorsque l’abattement est très profond, et qu’il n’y a ni vomituritions ni vomissemens, ni selles, malgré les efforts inutiles des malades. Alors les cholériques meurent presque tout à coup, quelquefois en arrivant dans les hôpitaux , peu d’heures après l’invasion , et ayant à peine répondu aux différentes questions qu’on a eu le temps de leur adresser. Les morts promptes sont assez fréquentes; l’individu est comme

frappé par la foudre, ou asphyxié; il meurt presque avec toute sa connaissance (i).

§ YI. Anatomie pathologique.

Les ouvertures des cadavres, à la suite du choléra-morbus, offrent des lésions ou des altérations plus ou tnoius prononcées , plus ou moins profondes, suivant qu’elles ont été pratiquées sur des sujets morts presque subitement, ou sur des individus qui ont résisté cinq, six ou sept jours à la maladie. C’est une remarque que j’ai faite, et qu’il est extrêmement important de ne point perdre de vue, afin de ne pas se laisser entraîner par une imagination trop prompte à prononcer légèrement sur le siège de la maladie.

Habitude du corps. L’aspect général propre aux cholériques reste parfaitement bien dessiné et conservé sur les cadavres : peau terne, grise, sèche, rugueuse, quelquefois grasse; froid glacial, plus ou moins intense, et raideur cadavérique plus ou moins prononcée, à raison du temps écoulé depuis la mort. Ventre déprimé, ongles ternes, bleuâtres; embonpoint conservé; muscles fermes ou dans l’état ordinaire, suivant l’époque de la mort.

(i) En traitant du pronostic, il sera question des réduites et des récidives.

Des cadavres d’individus récemment morts, et portés de suite à l’amphithéâtre, laissent quelquefois apercevoir des mouvemens des pieds, des mains, des doigts et des orteils pendant plusieurs heures. J’ai vu le cadavre d’une femme de quarante -cinq à cinquante ans environ, morte en deux jours , ayant les yeux clairs et très vifs; toute la surface du corps était très froide, mais les articulations souples; le cadavre était placé en supination, sur le carreau de l’amphithéâtre. Ses deux talons étaient à trois ou quatre pouces l’un de l’autre, et la pointe des pieds dirigée en dehors. La pointe du pied gauche se porta très visiblement, avec un mouvement lent, mais uniforme, de dehors en dedans, reprit ensuite sa position première, et ce mouvement se renouvela dix à douze fois dans l’espace d’une heure. Le pied droit participa un peu aux mêmes mouvemens, mais plus faiblement; ensuite on aperçut le gros orteil du pied gauche exercer visiblement et alternativement des mouvemens de flexion et d’extension. Je fis appeler le médecin en chef anglais , M. Scarle, qui m’a dit avoir vu plusieurs fois ce phénomène se renouveler; et sur ma proposition de tenter quelques moyens propres à rappeler le sujet à la vie, dans le cas où la mort ne serait qu’apparente, il m’apprit que ces moyens

; - ( % ) avaient été essayés inutilement, et qu’il était notoire, pour lui et pourbeaucoup d’autres, que la vie intérieure était tout à fait éteinte. On m’a rapporté que, dans de semblables cas, on avait renouvelé ou multiplié les mouvemens , en piquant avec un scalpel la peau de la plante des pieds et de la paume des mains.

Ce fait, bien observé, a fait croire que plusieurs cholériques pouvaient avoir été inhumés vivans; qqe la vie intérieure existait encore, malgré les apparences extérieures, qui semblaient indiquer une mort réelle : de là peut-être une foule d’histoires, dans lesquelles des exhumations auraient eu lieu à la suite de cris sortis de la tombe de quelques cholériques.

Tête. Vaisseaux de la dure-mère ordinairement injectés avec plus ou moins de force. Liquide blanc, clair, quelquefois sanguinolent, répandu à la surface du cerveau et des méninges; vaisseaux de l’intérieur du cerveau gorgés d’un sang noir; substance cérébrale présentant, après la-section, une infinité de gouttelettes de sang ; consistance du cerveau diminuée, d’autres fois conservée dans son état ordinaire; ventricules latéraux remplis d’une sérosité abondante chez certains sujets; leur capacité parfois augmentée, et d’autres fois restée naturelle; origine des nerfs dans l’état sain. Le grand sympathi-

que, non plus que le pneumo-gastrique n’ont rien offert de particulier. Toute la base du crâne est quelquefois bleuâtre; tous les sinus sont gorgés d’un sang noir. Cerveau et cervelet ordinairement ramollis; moelle allongée et moelle épinière saines; liquide blanc, clair, quelquefois mêlé de sang, le long du canal vertébral, particulièrement à son extrémité inférieure.

Cou. Larynx; oesophage et autres parties du cou dans l’état normal.

Poitrine. Cœur ordinairement sain , quelquefois mou, renfermant une assez grande quantité de sang noir, tantôt épais, tantôt clair et comme dissous, suivant l’époque de la mort. Les cavités droites sont fréquemment distendues par beaucoup de sang noir plus ou moins liquide. Les cavités gauches, bien moins distendues, renferment peu de sang, mais il est coagulé, sous la forme d’une masse épaisse, cylindrique, composée de graisse et de sang, offrant l’aspect de ce que l’on nommait autrefois concrétions poljpeuses. Ces corps s’étendent jusque dans les vaisseaux qui partent des cavités qu’ils occupent ou qui s’y rendent. Les artères sont toujours saines. Il existe beaucoup de variétés dans l’épaisseur des parois des ventricules et dans leur capacité. Les veines extérieures du cœur et ses artères nourricières sont ordinaire-

ment dilatées et gorgées d’un sang noir; le péricarde, constamment intact, renferme habituellement peu de sérosité; les poumons, toujours sains, sont* quelquefois plus denses et plus épais à leur partie postérieure; plèvres saines.

Bas-ventre. Epiploon sain, graisseux; ses vaisseaux sont plus ou moins injectés et gorgés d’un sang noir; apparence d’inflammation chez les sujets qui ont survécu six à sept jours à la maladie; péritoine sain. Point de sérosité dans la cavité du bas#-ventre.

• L’intestin grêle est quelquefois, mais rarement, sain ou dans l’état naturel ; plus ou moins rouge à l’extérieur, par suite de l’injection des vaisseaux, cette coloration ne doit pas être confondue avec celle de l’inflammation. L’injection est fréquemment plus prononcée à la partie inférieure , qui est rétractée et enfoncée dans le petit bassin; là, l’intestin offre souvent des facettes appliquées fortement les unes contre les autres; ses parois sont plus ou moins épaisses, d’une couleur terne , cendrée : des vers vivans y ont été rencontrés.

Estomac ordinairement dilaté, renfermant un liquide blanchâtre, clair, floconneux; membrane muqueuse, ridée, recouverte d’un enduit blanchâtre, comme purulent, gris, glutineux, pultacé. Forme de 1 estomac changée par des brides

dans son milieu. Vaisseaux souvent injectés; membrane muqueuse enflammée sur plusieurs points, épaisse , ridée, d’un rouge plus ou moins vif lorsque la maladie s’est prolongée. Au reste, la membrane muqueuse de l’estomac diffère peu de celle du canal intestinal, et l’on y rencontre parfois certaines dispositions qui paraissent tenir à des lésions tout à fait étrangères au choléra.

Je ne me suis point arrêté à décrire des infiniment petits détails observés dans la membrane muqueuse de l’estomac ou de l’intestin, ou dans le tissu sous-muqueux. Ainsi , je n’ai point noté un petit tubercule mou, de la grosseur de la tète d’une petite épingle , qui faisait saillie sur la membrane villeuse; une tache d’une ligne de diamètre, ayant telle ou telle forme, et d’une demi-ligne d’épaisseur; un soulèvement de la même membrane , d’une ligne environ , renfermant la quantité d’une demi-goutte d’un liquide blanc; un petit tubercule dur, pointu, sensible seulement au toucher, et une foule d’autres niaiseries, plus propres à détourner l’attention des choses importantes qu’à découvrir le véritable siège du mal, qui ne saurait exister dans une prétendue lésion à peine peuceptible aux sens.

La membrane muqueuse est saine dans les cadavres des personnes mortes presque subitement, ou qui n’ont survécu que quelques heures

oti un jour au plus à la maladie. Lorsque les sujets cholériques ont supporté cinq, six ou sept ' jours de maladie, on trouve plusieurs points de la membrane muqueuse injectés et d’autres fois essentiellement enflammés, le lavage et la prèssion ne faisant point disparaître la rougeur; cette inflammation, dans quelques cadavres, s’étend à toute l’épaisseur du tube intestinal. La membrane muqueuse, -quelquefois ramollie, se détache facilement, d’autres fois elle conserve son adhérence naturelle. Elle est, dans certains cas, détruite sur quelques points; d’autres fois, épaissie, elle forme quelques tumeurs de différentes formes et de différentes couleurs ; souvent, dans le tube intestinal,* les valvules conniventes sont très prononcées. On trouve parfois, chez les personnes qui ont fait un grand usage du calomel, cette substance adhérente enccrre à la surface interne de la membrane de l’estomac et du duodénum, qui offre le plus souvent, à ces endrqjts, de la rougeur et même de l’inflammation. Enfin, la membrane muqueuse est quelquefois, sur divers points, d’une couleur noire.

On rencontre parfois des invaginations plus ou moins nombreuses; mais elles sont rares. Sur les points qu’elles occupent, et à quelques pouces en deçtt et au delà, l’intestin est épaissi, les vaisseaux fortement injectés, et même le tissu parfois

enflammé: celte différence paraît tenir au temps plus ou mois long depuis lequel existe l’invagination.

Le gros intestin est ordinairement moins injecté que l’intestin grêle et moins enflammé; il renferme quelques gaz et contient souvent des

matières fétides, vertes ou noires.

Lemésentere est souvent fortement injecté-; le plus ordinairement, les glandes sont dans un état sain.

La rate et le pancréas sont toujours sains. Quelquefois, cependant, la rate, ramollie, se laisse facilement déchirer et renferme beaucoup de sang noir et épais. , .

Les reins conservent ordinairement leur état naturel; mais on trouve souvent dans les bassinets un liquide blanc, comme puriforme, en petite quantité. •>

Le foie est quelquefois volumineux, ramolli, se laissant déchirer facilement; ses vaisseaux sont remplis d’un sang noir et épais ; ses canaux, ses artères, ses veines, -sont le plus ordinairement dans l’état normal.

Quelquefois, la vésicule du fiel est distendue par de la bile d’un jaune safrané , très foncée ou de couleur vert-bouteille, dans certains cas noirâtre, épaisse, filante, poisseuse, exhalant une odeur nauséeuse bien prononcée.

La vessie est saine, peu ou point injectée intérieurement, petite, dure, épaisse, enfoncée dans le petit bassin, et, le .plus souvent, ne contenant point d’urine, ou seulement une extrêmement petite quantité de ce liquide: ceci existe chez tous les cholériques.

Le péritoine est presque toujours sain, ou n’offre qu’une injection sanguine à peine sensible , après les morts promptes. »

Les tubfes artériels et veineux sont toujours sains dans tout leur trajet. On rencontre quelquefois cependant une belie injection, d’un beau rouge clair, des vaisseaux capillaires qui rampent à la surface des artères aorte et pulmonaire, à leur sortie du cœur.

§ VII. État du sang , de la bile, de la sérosité , de b urine , des matières vomies.

Je crois utile de rapporter ici le résultat des analyses faites par M. Foy, ancien pharmacien , docteur en médecine, chargé .de traiter les cholériques, à l’hôpital d’Ujazdower, un de ceux où j allais, tous les jours, observer la maladie.

Laissons l’auteur parler lui-mème de ces recherches, autant neuves qu’importantes.

« Malgré la grande difficulté qu’on éprouve , dans 1 état actuel de la science, de faire connaître la composition des matières animales *en les

soumettant aux recherches chimiques les plus minutieuses, je n’ai pas voulu laisser échapper l’occasion de multiplier des tra.vaux qui, bien qu’ils soient encore, pour la plupart, sans résultats satisfaisans, tie doivent pas cependant être négligés.

» i°. Bile d’un cholérique mort èn six heures , ouvert douze heures après avoir succombé : bien portant , fort , vigoureux avant l’invasion subite de la maladie , qui s’est présentée avec tous les caractères du choléra.

» Soumise à l’analyse chimique, cette bile, de consistance sirupeuse, plastique; d’une couleur noire foncée, en masse; d’un jaune safrané après avoir été étendue d’eau, d’une odeur caséeuse très prononcée, d’une saveur moins amère que celle du bœuf, n’a rien présenté de particulier dans sa composition , si ce n’est une proportion d’eau d’un tiers moins grande que dans l’état habituel.

» 2°. Matières .vomies par le même malade , dès le début du choléra , avant qu’il eût pris aucun médicament , et en faisant abstraction des matières alimentaires qui s'y trouvaient quelquefois.

» Les matières vomies, qui se présentent ordinairement sous forme d’un liquide blanchâtre, séro-albumineux , assez analogue à du blanc

d’œuf étendu d’eau, presque transparent, incolore, sans odeur, d’une saveur fade et légèrement alcaline; ces matières, dis-je, n’ont également rièn offert de particulier. Je les ai trouvées quelquefois légèrement jaunâtres et mélangées avec une petite quantité de bile; dans ce cas, leur saveur était un peu amère; enfin, après

quelques vomissemens, cette saveur devenait

souvent acide.

» 3°. Sang et urine du même cholérique .

» On peut en dire autant du sang et de burine. Cependant, le sang est de couleur noire foncée, de consistance ordinairement épaisse, plastique, d’un aspect grumeleux; sa surface est recouverte en partie par un réseau extrêmement mince, brillant, d’une couleur violacée, et ses nombreux caillots sont souvent enveloppés dans une couche de fibrine presque pure et jaunâtre. On y trouve deux fois moins de sérum que dans l’état ordinaire. Le sang contenu dans les veines et les artères des extrémités contient encore moins de sérosité ou de parties aqueuses que celui du tronc ou de la tête.

» La présence d’un acide particulier dans le sang des cholériques avait été signalée par quelques jeunes médecins français; mais jusqu a présent, cet acide libre, et très fort, dit-on, a échappé à mes recherches. Tout ce que je puis assurer sur

ce point, c’est qu’une Heur bleue naturelle, mise dans du sang sortant de la veine, n’a pas changé de couleur. Enfin, je n’ai pas rencontré de trace d’urée dans le sang des cholériques.

» Quanta l’urine, blanchâtre, épaisse, louche et d’une odeur assez forte, que ces malades rendent, elle contient une fois et demie moins d’eau et d’urée, que dans l’état naturel.

» 4°. Sérosité du cerveau , du rachis , de F estomac et des intestins.

» J’ai trouvé la sérosité cérébro-spinale limpide, inodore , et très légèrement visqueuse, composée d’une grande quantité d’eau ( quatre cent quatre-vingt-neuf parties sur cinq cents), de six parties d’albumine, d’une de chlorure de soude, d’une partie de chlorure de potassium, d’une demi-partie de sous-carbonate de soude, et de deux de phosphate de chaux.

» La sérosité des voies digestives , d’une couleur jaunâtre ou grisâtre, et d’une odeur très fétide, m’a présenté, outre les principes élémentaires de la bile, de l’eau en grande proportion, de l’albumine, une matière extractive particulière, des substances alimentaires mal digérées, un peu de soufre, et tous les sels dont la chimie a déjà démontré la présence dans les matières fécales. Je rencontrai encore, dans cette matière, et en proportion très grande.

cette espèce de couenne résinoïde que j ai déjà signalée dans tous les autres liquides des cholériques, liquides qui tantôt rougissent, tantôt verdissent la couleur du tournesol, et qui, d’autres fois, sont sans action sur elle, (r) •>

Tels sont les altérations, les lésions des organes, et l’état des liquides que l’on observe le plus ordinairement dans les cadavres des cholériques. Les résultats des ouvertures Lûtes sur les hommes dont la maladie a eu quelque durée varient du plus au moins, et offrent, à peu de chose près, les mêmes altérations. Les organes i des personnes mortes presque subitement ne i présentent, au contraire, que très peu de chan- ; gemens, si ce n’est l’injection d’un sang noir dans quelques vaisseaux, soit du cerveau, soit du tube intestinal et de l’intérieur du foie.

Afin de rendre plus sensible le diagnostic, et : de faire mieux ressortir les divers symptômes i que l’on rencontre chez les cholériques, je crois

! devoir consigner ici quelques observations recueillies au lit des malades, et à la suite de

(i) Je n’ai point assisté à cette analyse; je la donne sur la foi de celui qui l’a laite. Je ne connais personne qui y ait été présent. Ce que je crois, c’est que la quantité de sérosité m’a toujours paru beaucoup moindre dans le sang tiré des veines, sur le su jet vivant, et dans celui des cadavres.

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quelques unes d’entre elles je retracerai les lésions et les altérations observées sur les cadavres.

§ VIII. Observations particulières de choléra -

rnorbus.

Hôpital de Bagatelle, établi à une lieue de Varsovie.

Première observation.

Une fille de dix-huit à vingt ans a été apportée a l’hôpital, le 4 juillet 1 83 1 . Elle offrait, le 3 au matin, les symptômes suivans. Fades des cholériques, froid de tout le corps, particulièrement des extrémités inférieures. Veines superficielles , noires, médiocrement injectées; peau des extrémités inférieures légèrement rougeâtre; à la poitrine, au bas- ventre, aux extrémités supérieures, la peau est terne, grise, un peu rudeau toucher. Seins affaissés , mous, pendans; mamelons déprimés, aréole pâle, rugueuse. Cris plaintifs, annonçant la douleur. La malade pleure une partie de la journée. Mouvemens en tous sens. Pouls à peine sensible , petit, sefré, concentré; mouvemens du coeur très faibles, précipités. Céphalalgie assez intense. La malade, qui jouit de toutes ses facultés intel-

lectuelles, se plaint de douleurs et de gêne à la mâchoire inférieure et aux joues. Langue blanche à sa base, peu rouge à sa pointe et à ses bords: elle est chaude, humectée; mais l’haleine est un peu froide. Celte fille a les cheveux pliqués. Vomituritions. Matières rendues par le haut , claires , blanches , mêlées de crachats blancs, spumeux, épais , puis un peu jaunâtres. Peu de selles, je n’ai pu en constater la nature. Suppression des urines ; soif médiocre ; respiration assez libre : ongles bleuâtres. On a fait pre*dre à la malade, depuis son entrée à l’hôpital, vingt à trente grains de calomel par jour, et une boisson spiritueuse. Deux femmes âgées, ses voisines, meurent. Chagrin; anxiété augmentée ; pleurs continuels. Je la console par gestes, en lui faisant entendre que son état: n’a rien de dangereux, qu’elle guérira : elle paraît avoir confiance à mes encouragemens. Je la recommande, en sa présence, au médecin de 1 établissement : elle paraît reconnaissante, et se montre plus calme.

Dès le g, tous les symptômes diminuent peu à peu : la peau perd sa teinte grisâtre, devient blanche, souple; les seins se relèvent, prennent une forme demi-sphérique et uneconj sistance ferme; Ja peau devient fine et douce au ( toucher; mamelons un peu saillans, prenant une

couleur rosée; joues un peu colorées; lèvres vermeilles; les traits de la face s’animent, la gaieté revient. Ce changement est frappant et mérite toute l’attention d’un médecin observateur. La malade cesse de pleurer ; elle est calme; sa physionomie devient de plus en plus riante; la peau est perspicable; plus de vomituritions; l’appétit revient. Le 1 5, elle est renvoyée comme convalescente.

Deuxième observation.

Une autre fille de vingt-quatre ans environ, plus grande, plus forte que la précédente, est entrée le meme jour et est placée dans la même salle. Elle voit avec calme la scène affligeante

qui se passe autour d’elie. Mêmes symptômes à peu près que chez l’autre: elle a plus devomissemens, moins de selles, et paraît moins souffrir; peut-être, son moral étant moins affecté que celui de la malade de la première observation, supporte-t-elle mieux la douleur, Comme chez sa voisine, la soif n’est pas ti’ès intense : tout le corps m’a paru moins froid. Les ongles des doigts et des orteils ne sont point bleuâtres, comme chez la précédente malade, et comme on l’observe dans le froid cadavérique. La respiration n’est pas très gênée. Elle est soumise au même

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traitement : le retour à la santé a lieu dans le même temps, et elle est renvoyée de l’hoçpital le même jour.

Troisième , quatrième , cinquième et sixième observations.

Quatre autres femmes de cinquante à cinquante-huit aifs sont également entrées dans le même établissement, le 4 juillet, et ont été soumises au même traitement. Elles ont été observées par moi, le 8, pour la première fois. 11 y avait enfr’elles si peu de différence dans les symptômes, que l’on peut réunir en une seule observation les phénomènes qu’elles ont présentés. Faciès des cholériques; agitation extrême; froid universel, presque glacial ; poids insensible, mouvemens J du cœur et des carotides imperceptibles; céphalalgie; crampes; abdomen affaissé, contracté, dur, douloureux. Deux de ces femmes ont les

cuisses appliquées presque sur le bas -ventre. Couleur violacée des extrémités inférieures, qui sont en même temps engorgées, les jambes particulièrement, à leur partie inférieure : l’impression du doigt reste. Respiration très difficultueuse; peau grise, terne, onctueuse; les plis qu on y lait restent plus ou moins long-temps imprimés; insensibilité de la peau ; muscles pa~

ràissant douloureux ; yeux hagards; air inquiet; abattement remarquable. Vomissemens d’un liquide blanc d’abord, puis mêlé de bile d’un jaune foncé. Selles fréquentes, fétides, un peu jaunâtres; soif très vive. Cet état dure jusqu’au i i , jour où la mort a lieu. J’ai appris que leur lin n’a été précédée d’aucun symptôme particulier; elles se sont éteintes sans agonie, à quelques heures de distance. J’ai plusieurs fois observé la mort sans agonie chez des cholériques qui succombaient au moment où j’étais dans les salles.

Deux de ces femmes ont été ouvertes , voici ce que les cadavres ont présente.

Premier cadavre. Embonpoint modéré; rigidité extrême des membres; corps couvert , endilférens points, de plaques livides, irrégulières; engorgement des veines cutanées , surtout de celles des extrémités inférieures.

Poitrine. Poumon gauche attaché aux parois costales par d’anciennes adhérences; le droit est libre : tous deux sont dans l’état naturel, ainsi que les bronches.

Cœur. D’un volume ordinaire, d’une consistance un peu molle , contenant une certaine quantité de sang noir et quelques caillots dans ses cavités gauches; péricarde sain, renfermant peu de sérosité.

Abdomen. Péritoine sain; estomac énormément dilaté, appuyant presque sur le pubis et recouvrant ainsi tous les viscères abdominaux, de drqjte à gauche et de haut en bas. Il contient de l’alcool de vin, étendu dans une liqueur incolore, résultat de la boisson. La surface intérieure de ce viscère, uniformément rosée, exhale une odeur alcoolique.

Intestin grêle. Membrane séreuse injectée, rouge, rose, surtout inférieurement. Intestin réuni en paquet dans le petit bassin, contracté dans son quart inférieur, contenant une petite quantité de liquide trouble , non floconneux et purement aqueux , sans mucosités. Membrane muqueuse d’un rouge très intense dans son quart inférieur, et manifestement enflammée. Cæcum sain; colon sain, rempli de liquide légèrement blanchâtre , sans flocons.

V essie. Fortement contractée sur elle-même et vide.

Reins. Couleur naturelle, volume ordinaire, mais un peu mous.

Foie. Couleur naturelle, volume ordinaire, et répandant, par l’incision, une grande quantité de sang liquide, noir, dont les vaisseaux sont gorgés.

V ésicule du fiel. Remplie, aux trois quarts, de bile liquide, d’un vert brun.

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Veines caves. Saines , remplies d’un sang liquide, noir.

Second cadavre. Embonpoint, rigidité des membres; vergetures aux parties postérieures du tronc.

Cœur un peu mou , contenant quelques concrétions membraneuses et peu de sang ; péricarde sain.

Abdomen déprimé à l’épigastre.

Epiploon fortement, injecté , assez graisseux. •

Rate exempte d’altération.

Foie volumineux, laissant écouler, par la section, beaucoup de sang noir liquide.

Ganglions mésentériques un peu plus volumineux que dans l’état de santé.

Vésicule biliaire remplie de bile verte, brune.

Estomac modérément dilaté, contenant huit à dix onces de liquide aqueux, d’un vert sombre, sans flocons; replis de la membrane muqueuse très prononcés; rougeur rosée du côté du pylore et dans le duodénum, qui contient des mucosités très épaisses, d’un blanc jaunâtre.

Intestins grêles non contractés, mous, de couleur naturelle à l’extérieur. Invagination de près d’un pouce à l'iléon; rougeur prononcée aux environs; épaississement de la membrane muqueuse, et rougeur très intense au dessus et

(' Iü7 )

au dessous; intestin grêle contenant un liquide pultacé d’un jaune brun.

Gros intestin rempli de ce liquide, mais plus épais.

l^eins sains.

Vessie vide, extrêmement contractée.

Matrice volumineuse, ronde, contenant du sang caillé.

Septième observation.

Un homme de trente-cinq ans environ, fort, bien constitué, entra à l’hôpital de Bagatelle le 12 juillet i83j. Vers six heures du matin, il offrait les symptômes suivans :

Fades des cholériques; air inquiet; yeux hagards, cernés, enfoncés dans les orbites; lèvres décolorées ; toute la périphérie du corps froide , particulièrement les extrémités inférieures ; jambes engorgées, pâteuses; ongles bleuâtres; anxiété extrême. Le malade prend à chaque instant une position nouvelle. Cris étouffés, plaintifs; respiration très laborieuse; pouls impercep tible. Cet homme n’avait point éprouvé de vomissemens; il avait eu quelques selles avant sou entrée à l’hôpital. Ventre rétracté, affaissé, peu douloureux; muscles durs , sensibles au toucher; point ou très peu d’urine rendue ; froid ca-

davérique; vergetures aux jambes. Mort dans un état de calme parfait, le 18 suivant. On n’a pu savoir depuis quand il était malade.

Ouverture du cadavre, faite le lendemain 19. Raideur cadavérique très.prononcée; peau tçrnc d’un gris sal faciès des cholériques.

Tête. Injection prononcée des méninges; écoulement assez considérable de sang, partie noirâtre, partie rouge, lorsqu’on enlève la calotte du crâne. Cerveau injecté dans toute son épaisseur; sérosité abondante dans les ventricules latéraux, qui sont très dilatés : deux onces environ de liquide existent dans chacun d’eux; cervelet injecté et offrant sa densité ordinaire.

Poitrine. Poumons sains; péricarde dans l’état normal ; il n’y a que très peu de sérosité dans son intérieur.

Cœur sain , de consistance et de volume ordinaires , renfermant un sang noir, liquide, encore chaud, en plus grande quantité dans les cavités droites que dans les autres.

Abdomen. Intestins grêles fortement injectés dans toute leur t épaisseur, particulièrement à l’extrémité inférieure, qui est refoulée dans le petit bassin, et rétrécie sur plusieurs points.

Le duodénum est moins injecté; le jéjunum contient plusieurs vers vivans, cl renferme un liquide bilieux.

Le gros intestin est presque sain, mais rétréci sur plusieurs points.

L’épiploon est très injecté et d'un rouge vif.

Le mésentère n’offre que peu d’injection; ses glandes sont dans l’état normal.

Les reins, sains d’ailleurs, contiennent dans les bassinets un peu de liquide blanc, comme puriforme. *

lié foie a son volume normal; il est un peu ferme et contient beaucoup de sang noir.

La vésicule hépatique, d’une capacité ordinaire, contient une bile foncée en couleur.

Huitième observation.

Un homme, de quarante ans environ, entre, le i3 juillet au matin, à l’hôpital de Bagatelle. Il est fort, d’une haute stature , pourvu de muscles bien prononcés, et n’a point eu de vornissemens. Il présente \e faciès des cholériques; il a eu quelques selles; des crampes se font sentir; tout le corps est froid, bien qu’il assure cependant n’avoir ni chaud ni froid; soif vive, qu’on 11e lui permet pas de satisfaire d’après l’ordre deM. Scarle , médecin anglais, chargé du traitement. Langue froide, blanche à sa base, paraissant offrir, à sa pointe et à ses bords , une teinte rouge plus intense que dans l’état de santé.

( no )

Inquiétude, abattement général remarquable; froid de la peau, que l’on peut comparer au froid cadavérique; dépression du ventre, qui est dur, tendu , douloureux à une légère pression. Pouls imperceptible; mouvemens du cœur fréquens (quatre-vingt-dix à cent pulsations par minute). Çet homme a déjà pris du calomel à la dose^le vingt à trente grains par jour.

Le 1 4 juillet, il a eu quelques vomissemens; il a été saigné du bras, et le sang sortait à peine de la veine. Matière du vomissement claire, tenant en suspension des flocons albumineux; moins d’agitation; pouls à peine sensible; mouvemens du cœur sourds, profonds, mais précipités; conjonctive un peu injectée; selles dysentériques; langue froide, blanche, humectée; froid moins intense. Ce malade est mort le 14, dans la nuit. Son corps a été enlevé de suite de l’amphithéâtre.

Neuvième observation.

Un m^çon, âgé de quarante ans, est apporté à l’hôpital de Bagatelle, le i i juillet i85i , à huit heures du matin : c’est un homme fort et robuste.

D’après le rapport du malade, il n’a point éprouvé de prodromes; la veille encore, il était dans un état parfait de santé.

Affaissement et abattement général, crisétoul-

fés, plaintifs, suivis (le mouvemens en tous sens, indiquant la souffrance ; douleur rapportée principalement au bas-ventre, affaissement de cette partie; muscles un peu tendus; coucher tantôt en supination, tantôt sur un côté ou sur l’autre. Cet homme a eu des vomissemens dont on n’a pu constater la nature; il éprouve de la céphalalgie.

Peau froide, terne; peu de sueurs, mais froides; ongles bleuâtres. Le froid que l’on observe n’est , pas caractérisé par ce que l’on observe dans les fièvres intermittentes. Respiration difficile; yeux enfoncés , retirés dans le fond des orbites ; paupières et lèvres presque livides ; langue froide, blanche à sa base, rouge à sa pointe et à ses bords, humectée; air inquiet; pouls presque nul, petit, serré, concentré; mouvemens du cœur presque insensibles, lents; ouïe dure. Le malade répond avec peine aux questions qui lui sont faites; il assure qu’il n’a pas eu^le selles; il se plaint de tintement et de douleurs d’oreilles. Fades particulier, qui indique de suite la maladie, et qui se rencontre chez tous les cholériques.

Mort le 1 1 au soir. Ouvert, le 1 2 au matin, par un médecin qui m’a promis les notes prises à l’autopsie, faite à mon insu; notes que je n’ai pu obtenir.

Dixième observation , recueillie à V hôpital iV (Jjazdower.

Homme âgé de trente ans, entré le 19 juillet, à cinq heures du matin. Invasion subite : froid universel, intense; crampes aux jambes; respiration difficile; cris plaintifs; pouls presque nul; ventre contracté; ongles d’un blanc terne; mouvemens du cœur et des carotides insensibles; douleurs à l’abdomen ; des vomissçmens ont précédé l’entrée ; plusieurs selles ont eu lieu ; faciès des cholériques. Il dit avoir chaud. Expulsion de peu d’urine; langue blanche, froide, mais humectée; voix éteinte : le malade peut à peine se faire entendre; saillie très prononcée des pommettes. (Ventouses scarifiées sur le basventre; saignée du bras; bains chauds.)

Le 20 au matin , coucher en supination; peu d’anxiété; air triste; langue blanche, froide, humide; haleine froide; pouls imperceptible; froid intense; jambes bleuâtres; ventre déprimé, affaissé, peu douloureux; peu de selles, elles sont couleur de lie de vin; ongles d’un blanc mat, ternes; envies fréquentés d’aller à la selle sans pouvoir y satisfaire; abattement général.

Le malade est mort le 20 au soir; il était calme

quelque temps avant la mort; on n’a pu faire l’ouverture du cadavre.

Onzième observation.

Lefait suivant offre de l’intérêt, sous le rapport de la variété des symptômes.

Une femme de vingt-six ans est apportée à l'hôpital de Bagatelle, le 20 juillet i83i , à huit heures du matin. Elle est encore habillée et assise

sur le bord de son lit; toute la peau est chaude; pouls fréquent, donnant cent vingt pulsations par minute; abattement général; faciès des cholériques. Elle est malade depuis trente-six heures.

i La veille au soir, des vomissemeris ont eu lieu

et se renouvellent le 20 au matin, avant son entrée à l’hôpital ; respiration un peu difficile;

affaissement accompagné de crampes; point de

céphalalgie, peu de douleurs; soif.

Le 21, à peu près même état. Point de vomissemens; la malade a eu quelques selles.

Le 22, point de vomissemens; une ou deux selles. Le pouls se rétablit; la chaleur est moindre; le visage est meilleur.

Les 23 et 24, plus de vomissemens. La chaleur se conserve; le pouls est plein; la malade souffre du bas-ventre; elle a quelques selles na-

lu relies; céphalalgie supportable; amélioration croissante du visage.

Le 25, mieux sensible; convalescence, et bientôt après sortie de l’hôpital.

Traitement. Emploi du calomel et boissons spiritueuses.

J’ai rapporté cette observation, qui probablement a ses analogues, pour faire voir que la maladie épidémique qui nous occupe varie quelquefois dans ses symptômes; ici le faciès des cholériques était le seul phénomène qu’on observât d’abord chez la malade.

Douzième observation.

Cette observation est remarquable, à raison du peu de durée de la maladie.

Une jeune fille de dix-huit ans, bien constituée, assez forte et bien formée pour son âge, est apportée à l’hôpital de Bagatelle, le 20 juillet après midi. On la dépose sur l’herbe, où elle reste un quart d’heure environ ; puis ç>n la transporte dans la salle. Deux heures après elle expire, après avoir offert tous les symptômes du choléra, qui ont commencé à se manifester vers six heures du matin ( 20 juillet).

Ouverture du cadavre , faite le 21, à huit heures et demie du matin.

Peau blanche, cependant un peu terne au devant du côu, de la poitrine et du bas-ventre; dans plusieurs autres parties, plaques bleues, livides; commencement de raideur cadavérique.

Tout l’intérieur du cadavre offrait l’état le plus sain. Quelques vaisseaux plus injectés que de coutume, et remplis d’un sang noir, se faisaient cependant remarquer sur les méninges et dans le cerveau. Vessie vide, contractée. Tube intestinal sain, rempli d’un liquide blanchâtre, lié, gras, adhérent à la membrane muqueuse, qui est saine : M. Guyon s'est fait inoculer de ce I liquide au bras.

Cœur, poumon,- péricarde, reins, pancréas, matrice, vessie, etc., dans l’état le plus sain.

Je signale cette ouverture de cadavre, afin de confirmer ce que j’ai dit en parlant des lésions trouvées après la mort , savoir, qu’il n’y avait que très peu ou point de lésions chez les personnes qui meurent promptement. Cette remarque, que j’ai faite plusieurs fois, s’accorde avec les notes prises par des médecins polonais, sur l’esprit d’observation et d’exactitude desquels on ne peut élever le moindre doute.

Treizième observation.

Ici, la promptitude de la mort fut d’autant

plus remarquable, que les premiers symptômes étaient peu alarmans.

Le cuisinier de l’hôtel de l’Europe, rue Miodowa, à Varsovie, avait, depuis deux ou trois mois, des selles assez fréquentes, digérait mal, et ressentait, presque toute la journée , des douleurs plus ou moins vives à l’épigastre et dans tout le bas-ventre. Cependant, il continuait son régime de vie ordinaire; il mangea même, quelques jours avant d’être alité, différens mets indigestes, et but du vin et de l’eau-de-vie. Il avait pris plusieurs médicamens purgatifs, lorsque, le 24, dans l’après-midi, il garda le lit.

Chaleur uniformément répandue; pouls presque naturel (soixante pulsations par minute). Vomissemens fréquens, d’un liquide clair, blanc, mêlé de crachats. Selles fréquentes, claires, blanches; épreintes; faciès très peu altéré, mais cependant celui des cholériques; crampes d’abord aux pieds, puis aux jambes- Agitation continuelle, produite par les crampes et les douleurs au bas- ventre, qui reviennent par intervalles. Langue d’une personne en santé; facultés intellectuelles parfaitement libres.

On prescrit, le soir, trente à quarante gouttes de laudanum liquide, dans un véhicule mucilagineux, à prendre par petites portions, à des intervalles rapprochés; boissons tièdes; frictions

sur le bas- ventre , lavemens émolliens; bains de pieds; mais le malade meurt pendant la nuit, en proie à de vives douleurs.

Cette observation m’a été fournie par mon ami et bien bon camarade Chamberet; elle a quelques analogues : la maladie s’approchait beaucoup du choléra sporadique.

Je n’ajouterai point ici un plus grand nombre d’observations, parce que presque toutes se ressemblent et n’apprendraient plus rien. Qui a vu dix cholériques en a vu cent: la maladie est toujours la même, à quelques nuances près, qui ne changent rien ou très peu de chose à sa marche ordinaire.

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§ IX. Pronostic du cholèra-morbus épidémique.

Le jugement que l’on porte sur le choléramorbus épidémique doit presque toujours être fâcheux, surtout lorsque la maladie frappe tout à coup, et s’étend à un grand nombre d’individus à la fois. La mortalité a été grande dès l’invasion, le 10 avril 1 83 1 . Ensuite elle a diminué, pour reprendre de nouveau, mais cependant avec moins de vigueur. Une température élevée ( 2o°cent.), un temps sec, ne paraissent pas augmenter ou propager la maladie; mais un air humide et froid, quelques jours de pluie aggravent le

choléra el augmentent le nombre des malades r voilà ce que j’ai remarqué à Varsovie: et Ton sait, par expérience, qu’après un combat, ou un grand mouvement de troupes, la maladie paraît de nouveau

Lorsque la maladie prend subitement, qu’il n’y a ni vomissemens, ni selles; que le froid est intense, le pouls imperceptible; que des vergetures, des plaques rouges surviennent aux jambes; que celles-ci sont engorgées et recouvertes de veines noires fortement dilatées; que les crampes sont rapprochées, les douleurs vives, la mort suit de près l’invasion , quelque chose que l’on fasse. Si, au contraire, la maladie s’èst annoncée par des lassitudes, le défaut d’appétit, des vomissemens, puis des anxiétés; si le froid n’est pas intense; si le pouls, quoique petit, serré, se laisse cependant sentir, et que les crampes et les douleurs du bas-ventre soient éloignées et supportables, le malade n’est point tout à fait en danger ; il y a beaucoup d’espoir de guérison, surtout lorsque la chaleur revient et que la transpiration a lieu; souvent même celle-ci est insensible,

quoique la guérison s’opère ; un signe salutaire

• * est l’émission de l’urine.

Les rechutes sont rares, lorsqu’il n’y a pas d’écart dans le régime; mais elles sont dangereuses, et le plus souvent mortelles. Les réci-

dives sont très rares : quelques praticiens seulement disent en avoir observé ; mais le nombre en est très petit, à en juger d’ailleurs par le silence que gardent là dessus presque tous les i médecins.

§ X. Réflexions sur le diagnostic du choléramorbus, et sur les observations précédentes.

La cause de la maladie porte-t-elleson action sur quelqu’organe particulier de l’économie ?

L’invasion prompte de la maladie, qui, le plus souverit, n’a pas de prodromes; la mort, qui lui succède le plus ordinairement, quelques heures après, et même plus tôt; le refroidissement subit de la peau , qui ressemble au froid cadavérique; la difficulté de la respiration; le pouls qui disparaît tout à coup; les mouvemens du cœurquelquefois précipités, d’autres fois lents ou imperceptibles: tout indique qu’un mouvement de concentration, un refoylement des forces vers l’intérieur, s’opère chez les malades. La circulation , au moins à l’extérieur, est comme suspendue; aussi arrive-t-il souvent que la section de la veine ne donne point issue au sang: tout annonce une mort semblable à celle des asphyxiés ou des foudroyés. Il paraît que le système nerveux cesse ses fonctions, et que l’individu

meurt sans qu’il en résulte (l’altération notable dans les tissus, si ce n’est une injection plus ou moins prononcée des vaisseaux du cerveau, de l’estomac et du tube intestinal. Lorsque la maladie se prolonge, on trouve des inflammations plus ou moins bien dessinées*Mais les personnes qui succombent promptement ou presque subitement n’offrent, à l’ouverture du corps, aucune lésion à laquelle on puisse raisonnablement attribuer la mort. Les lésions ou les altérations des organes de la digestion , l’injection prononcée des vaisseaux, l’inflammation plus ou moins marquée de certains tissus, ne s^bservent, le plus souvent , que chez les individus qui ont résisté plusieurs jours à la maladie. Aussi remarque-t-on que des sujets gravement affectés ont été rendus à la santé, quoiqu’ayant fait usage de remèdes incendiaires. Cependant , une telle médication a été bien loin de toujours réussir ; elle a souvent nui, particulièrement lorsque, la maladie se prolongeant, une gastrite ou une gastro-entérite s’en est suivie, si toutefois les médicamens irritans n’en étaient pas la cause déterminante.

Ces réflexions, que nous pousserons plus loin à l’occasion du siège de la maladie, sont basées sur l’observation des symptômes, sur celle de l’extinction prompte de la vie, ainsi que sur les

résultats des ouvertures de cadavres, et les effets des moyens excitans employés à Bagatelle par M. Scarle, qui a traité selon la meme méthode le choléra de l’Inde. Si elles étaient vraies ou seulement très vraisemblables, elles pourraient guider le médecin dans l’emploi d’un genre de traitement plus salutaire, et applicable dès 1 invasion du mal.

§ XL Causes de la maladie.

En dépit de tout ce qui a été dit et écrit sur la cause du choléra épidémique, rien n’est .encore certain sur les circonstances qui provoquent son développement dans un pays déterminé, à moins qu’on n’ait recours, soit à une communication d’individus venant des lieux ou règne la maladie avec des personnes saines, soit à un état particulier de l’atmosphère, qui se propagerait à des contrées plus ou moins éloignées du centre de l’infection primitive, et répandrait ainsi la maladie avec elle. Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable.

Mais, quelle est la cause première de la maladie ? Comment le choléra sporadique est-il devenu épidémique ? comment et par quelle voie se communique-t-il?

Ces questions sont encore pour la plupart in-

( la» )

solubles, si l’on ne veut tomber dans le vague des explications, fondées sur des idées préconçues, ou sur des notions souvent inexactes, puisées dans des rapports superficiels ou erronés. On en est aujourd’hui, pour les trois questions précédentes, relativement au choléra, au même point que relativement à la fièvre jaune, dont la cause première n’a pas encore été fixée, malgré plusieurs années de recherches et d’observations.

D’une autre part, l’opinion des médecins qui ont observé l’une et l’autre maladie, dansdifférens pays, est encore partagée sur leur propriété contagieuse ou non contagieuse ; mais à Varsovie cette opinion est unanime. Ne donnons cependant ici rien d’hypothétique. Il est pardonnable, il est même sage de rester encore dans le doute, plutôt que de créer des théories, ou de donner des explications qui s’accorderaient peu avec la vérité et la saine raison. Puisse l’esprit d’investigation; bien dirigé, déchirer le voile qui nous cache encore la vérité ! Mais nous pensons malheureusement.que ce temps est encore éloigné de nous; aussi ne parlerai-je des causes premières qu’av.ec la plus grande réserve et pour remplir un devoir.

Nous devons nous borner à parler des choses saisissables par nos sens, et relater seulement ce que les malades nous ont rapporté, et ce que

nous- même, ainsi que les médecins les plus attentifs avons appris de l’observation des choses , des lieux et des hommes.

i°. Causes prédisposantes. En général, les adultes sont plus particulièrement atteints du choléra-morbus que les vieillards et les jeunes gens, et les hommes plus que les femmes, probablement parce que les premiers, à raison de la nature de leurs travaux ou de leur genre de vie, se trouvent plus souvent dans les conditions propres à le développer. Les enfans y sont moins exposés encore que les femmes. Les militaires, surtout le soldat', et la classe peu aisée des citoyens, en sont plutôt atteints qu’aucune autre classe d’individus. Les personnes d’une forte constitution, d’un tempérament bilieux, emportées, ou d’une grande sensibilité, ou agitées par la crainte du mal, y sont spécialement prédisposées. Les lieux bas, humides, marécageux, d’où s’élèvent des émanations putrides; un état froid et humide de l’atmosphère; un très grand nombre de cholériques renfermés dans un petit espace ; la malpropreté, les nourritures peu substantielles; les logemens malsains, placés dans des quartiers bas, à rues étroites, et toutes les circonstances hygiéniques analogues favorisent évidemment l’apparition de la maladie, ou augmentent son activité.

2°. Causes occasionelles. Vicissitude de l'atmosphère, passage prompt du chaud au froid, ce qui a lieu très souvent à Varsovie et aux environs; bains pris froids, le corps étant très échauffé; refroidissement sur le corps de vêtemens mouillés , soit par la sueur, soit par la pluie; fraîcheur des nuits après une journée chaude; excès dans les alimens et les boissons alcooliques; usage de fruits qui ne sont pas dans leur état parfait de maturité; indigestion : telles sont une partie des causes qui provoquent le plus communément l’invasion du choléra-morbus.

M. Sauvé, que j’ai déjà cité, dit que la cause la plus puissante de cette maladie a été l’usage des eaux bourbeuses dont les soldats se gorgeaient, en été, pendant les marches.

Ainsi, lorsque ces circonstances réunies ou séparées exercent leur influence sur un certain nombre d’individus, et qu’en même temps la cause inconnue vient à agir, le choléra se développe et frappe toutes les, personnes ainsi prédisposées, tandis qu’il n’a aucune action sur celles qui sont dans des circonstances plus favorables , quoique vivant et logeant avec les autres.

§ XII. Traitement du Choléra.

Il en a été et il en est encore du traitement du

choléra épidémique ce qui en a été de celui de la fièvre jaune et d’autres maladies analogues. La difficulté et l’impossibilité même de découvrir la cause immédiale de ces affections; le si-

Jlencedes cadavres, relativement à l’organe ou aux organes essentiellement frappés; la difficulté de distinguer, après la mort, les lésions ou les altérations primitives des secondaires et des acciden-

I telles : telles sont les causes d’incertitude. qui ont fait autant varier le traitement de la maladie qui nous occupe. Aussi, la plupart des médecins qui en ont été chargés se sont-ils dirigés, soit d’après les théories variées qu’ils avaient reçues ou qu’ils s’étaient faites, soit d’après les symptômes qui frappaient leurs sens.

Le froid de tout le corps, les douleurs, les crampes, les congestions cérébrales, ont fait naître un mode de traitement qui, pendant quelque temps, a prévalu dans les hôpitaux civils et militaires de Varsovie et des environs. Les bains chauds, les frictions, tantôt sèches, tantôt avec des linimens anodins, ammoniacés, camphrés; les saignées, l’usage de tisanes légères ou d’eau • chaude, l’emploi de l’opium, l’application de moyens artificiels propres à réchauffer les malades, tels ont été les premiers secours administrés, les seuls qu’on ait employés pendant les premiers temps; mais la grande mortalité qui sur-

vint, et dont l’inexpérience ne permit pasdedéterminerles véritables causes, a fait présumer que ce traitement était ou insuffisant, ou peut-être nuisible : de là , la variété des traitemens subséquens. Ainsi , le tartre stibié , comme vomitif ou comme altérant, l’ipécacuanha, la rhubarbe, le calomel, le bismuth, les boissons alcoolisées, le vin de colchique , l’huile de ricin , le musc , le camphre, l’opium, etc., ont tour à tour joué un rôle plus ou moins important, et ont été employés avec plus ou moins de succès, puis abandonnés, pour revenir au traitement général simple.

L’extrait suivant du rapport de M. le docteur Brandt, président du conseil de santé à Varsovie, donnera une idée des moyens qu’on opposa successivement à l’épidémie. Le grand nombre de militaires, frappés du choléra dans un espace de temps très court , la propagation effrayante de la maladie, ont de suite donné l’idée de la contagion : de là, la proposition faite par le comité sanitaire d’isoler, le plus possible , les cholériques.

« Les membres du comité, et les médecins de la ville qui n’en faisaient pas partie, n’ayant point encore vu la maladie, employèrent différentes méthodes dont ils avaient la tradition, particulièrement les moyens mis en usage dans l’Inde et dans l’armée russe.

» On croit utile de s’occuper de suite des mesures de police.

» On éloigne de Praga les hommes frappés du choléra; mais les militaires sains y prennent bientôt la maladie, et, peu de jours après, les hôpitaux civils et militaires de la capitale, et un grand nombre de particuliers, sont frappés de la maladie.

» On met dans des établissemens particuliers les cholériques isolés; on laisse dans les familles

!les personnes malades, confiées aux soins de leurs parens, de leurs amis.

» Ces opérations terminées ,1e comité s’occupe à indiquer un traitement général; on propose le suivant :

» La saignée générale; deux à trois grains de calomel avec un demi-grain d’opium, réitérés plusieurs fois dans la journée; pour boisson, une infusion de menthe. Frictions, sinapismes, mox-as à la région épigastrique. On crut d’abord à l’efficacité de ce traitement ;%ensuite la mortalité augmenta; les hommes ainsi traités succombèrent au moins pour la dixième partie (1).

(i) Sans rechercher à expliquer le motif qui a pu donner ce chiffre, les tables de mortalité indiquent une moitié environ de morts, quelquefois plus, sur un nombre déterminé

• de cholériques. . * «

o On établit plusieurs hôpitaux hors de la ville; on laisse dans la capitale les malades à domicile.

» On remarque par la suite que les personnes qui soignent les malades, tant dans les hôpitaux que chez les particuliers, que les médecins euxmêmes, ne prennent pas la maladie; le comité déclare alors que la maladie n’est pas contagieuse.

» On abandonne la saignée, on continue le calomel; on croit que l’opiimi qui y est joint engourdit : on l’abandonne.

» On préconise ensuite les boissons chaudes , prises d’heure en heure; on fait revenir la chaleur, la sueur s’ensuit, le mal diminue. On ordonne pour tous l’emploi de ce simple moyen.

» M. Léo, chirurgien polonais, propose et administre le magister de bismuth, à la dose de trois à quatre grains toutes les deux heures; on croit d’abord en obtenir de bons effets,' on doute ensuite : yne commission est nommée pour suivre le traitement, on l’abandonne (i).

» L’ammoniaque caustique, à la dose de quelques gouttes dans une potion glutineuse (eau

(i) D’après le rapport fait par une commission d’enquête , vingt malades moururent sur vingt-trois que l’on avait choisis pour l’essai de ce médicament.

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gommeuse) , a été du nombre des boissons indiq uées.

» L’ipécaeuanha a aussi joué son rôle; il a été administré de temps en temps, afin de provoquer les évacuations par le bas.

» Le musc, le camphre, ont tour à tour été employés : on a cru d’abord à leur efficacité.

» Le docteur anglais Scarle, venu aux frais du Gouvernement polonais pour traiter le choléra, comme médecin anglais qui avait observé et guéri des malades pendant long-temps sur les lieux d’où cette maladie est originaire , employa d’abord le calomel à des doses extrêmement élevées, telles que six grains toutes les demi-heures, et des boissons chaudes, avec quelques cuillerées de rhum ; mais cette médication ne lui ayant pas procuré les succès qu’il disait en avoir obtenus dans l’Inde (i), il employa le sel de cuisine (une cuillerée àsoupe, fondu dans un verre d’eau froide), et une deuxième, si les selles n’avaient pas lieu. Il fit prendre, deux fois le jour, quelques cuillerées d’un potage clair fait avec le salep.

» On a aussi employé les frictions sur tout le corps, avec l’esprit 'de vin, quelques linirnens ,

(i) Sur un nombre de (rente— deux malades observés et soumis à ce traitement dix-huit sont morts.

anodins, ammoniacés, et des fumigations de diverses espèces, en y joignant les bains chauds. »

M. Brandt rappelle qu’après une bataille le nombre des* cholériques a beaucoup augmenté, et il termine en avouant que, quel que soit le traitement employé, la maladie n’a point diminué, et qu’il y a eu autant de morts que de gué* ris par l’emploi de l’un ou de l’autre traitement.

L’application de ces divers moyens a donc été sans succès chez la plupart, des cholériques. J’ai remarqué d’ailleurs qu’un traitement simple et antiphlogistique était le plus convenable; qu’il calmait plus sûrement les symptômes, et que par son application la mortalité devenait moindre. S’il était nécessaire de motiver le traitement que j’indique, on appuierait ses succès sur letat des viscères : en effet, l’engorgement des vaisseaux du foie, l’injection de ceux de l’estomac, du tube intestinal, donneraient beaucoup de poids à ce genre de médication ; d’ailleurs, on trouve dans les cadavres des traces d'inflammation plus ou moins étendues et marquées, en raison des médicamens plus ou moins irritans qui ont été employés. Ainsi nous avons quelquefois trouvé de ces traces sur les portions inférieures de l’estomac où le calomel était encore en contact.

D’après les symptômes qui se développent pendant la maladie, d’après ce que l’on ren-

contre à l’ouverture des corps, chez lesquels, pour la plupart , existent des inflammations secondaires, ou un grand nombre de vaisseaux injectés, voici Je traitement que je crois le plus utile, celui sur lequel la raison et la science doivent fonder le plus d’espoir. Je dirai même, , comme praticien, que ce traitement est le seul qui soit convenable; et ce jugement, je le porte après les avoir tous examinés avec impartialité, ainsique ma mission me le commandait. Lorsqu’il a été employé en totalité ou en partie, il a toujours eu la supériorité sur les autres, et c’est à lui que l’on doit attribuer le grand nombre de succès obtenus à l’hôpital des Juifs à Varsovie, dirigé par M. le docteur Bernstein. •

Privation de toute*espèce d’alimens, quelque légers qu’ils soient. Plonger le malade dans un bain chaud, pendant tout le temps qu’il pourra le supporter. Au sortir du bain, pris dans une pièce dont la température soit douce, essuyer avec soin tout le corps avec des linges chauds; placer ensuite le malade, ayant le corps bien sec, dans un lit préalablement échauffé, ou l’envelopper d’une couverture de laine extrêmmnent chaude, et en avoir d’autres prêtes pour .la remplacer. Si le pouls se fait sentir, que les douleurs soient vives, que la tète paraisse prise, que des

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