SA NATURE ET SON TRAITEMENT
Mr.-w-a'»-» O — «Tir.» jr»> • «
Jene désigne sous le nom de ChoIéra-iMorbus, que cette période que l’on appelle Algide, que j’appellerai nerveuse, qui se termine par un état de stupeur, dont la durée est très variable , peut être de 5 heures, de 10 heures, de 2.4 heures; je ne sache pas que jamais on l’ait vu durer plus long-temps. Je regarde comme consécutifs, et d’une nature toute différente, souvent comme un effet du traitement , les phénomènes si variables , si incoustans , quelquefois nuis qui succèdent à celte période.
S’il est vrai que cette maladie se fasse remarquer par les dérangemens qui surviennent dans les fonctions de la digestion , de la respiration. de la circulation et des sécrétions;
S’il est vrai que l’on trouve constamment il l’autopsie des cadavres qui ont succombé au choléra :
La vessie dépourvue d’urine,
La vésicule biliaire remplie de bile ,
Un liquide blanchâtre , floconneux , dans l’intestin grêle ,
Du sang noir dans les artères.
S’il est encore vrai que les signes caractéristiques de celte maladie soient :
Des déjections intestinales dépourvues de matières colorantes ,
La cessatiou du pouls,
Le refroidissement de toutes les parties du corps, d’abord des extrémités, puis du centre, Le défaut d’hématose,
La cessation de la sécrétion urinaire:
S’il est vrai qu’avant de présenter ces symptômes, le malade éprouve une petite diarrhée sans colique;
Un sentiment vague d inquiétude et de faiblesse;
La conviction d’un commencement de maladie , sans presqu’oscr en faire l’aveu ;
Nous devons être étonnés que les médecins ne soient pas d’un avis unanime sur la nature
et le siège de cette maladie, et que les opinions pour le traitement soient si dissidentes.
Comment, en effet j l’anatomiste a-t-il pu voir un cholérique sans se rappeler la grande division indiquée par Bichat : en organes de la vie organique, et organes de la vie animale?
Je copie textuellement Bichat, et j’appelle toute l’attention des médecins sur ce passage :
« Tous les anatomistes ont considéré jus-
* qu’ici le système nerveux d’une manière » uniforme, mais pour peu que l’on réflé- » chissc aux formes, à la distribution, à la - texture , aux propriétés et aux usages des
branches diverses qui le composent, il est » facile de voir qu elles doivent être rappor- » tées à deux systèmes généraux, essentielle- » ment distincts l’un de l’autre, et ayant pour » centres principaux , l’un le cerveau et ses dé- -> pendances, l’autre les ganglions. Le premier » appartient spécialement à la vie animale ; il » y est, d’une part, l’agent qui transmet au » cerveau les impressions extérieures desti- » nées à produire les sensations, de l’autre » part il sert de conducteurs aux voûtions de » cet organe, qui sont exécutées par les mus-
* clés auxquels ils se rend. Le second , près-
» que partout distribué aux organes de la di- » gestion, de la circulation, de la respiration , » des sécrétions, dépend d’une manière plus »' particulière de la vie organique , où il joue » un rôle bien plus obscur que celui du pré- >1 cèdent. »
Cette division professée, généralement reconnue , adoptée par tous les anatomistes depuis Bichat, ne peut être aujourd’hui méconnue.
L’anatomie ne démontre-t-elle pas jusqu’à l’évidence que certains organes ne reçoivent de nerfs que du cerveau; d’autres que du système ganglionaire, autrement dit grand sympathique , et que d’autres reçoivent des nerfs de l’un et de l’autre système?
]\’est-il pas démontré que les organes qui tirent leurs nerfs du cerveau sont soumis à notre volonté? q'u ainsi nous pouvons contracter les fibres musculaires qui font agir nos doigts , nos membres , modifier les mouvemens qui en résultent, et que toutes les sensations perçues par cette classe d’organes , sont rapportées au cerveau ?
IS ’est-il pas démontré que les organes au contraire qui reçoivent leurs nerfs du grand
sympathique , sont indépendants de notre volonté , et les sensations perçues par eux ne sont point rapportées au cerveau?
Ainsi nous ne pouvons pas faire que notre cœur batte plus vite ou plus lentement, nous ne pouvons pas faire que notre poumon absorbe une plus grande quantité d’air, que notre estomac se débarrasse des alimens contenus dans sa cavité, que le foie sécrète une plus grande quantité de bile , le rein une plus grande quantité d’urine, etc.
Ainsi les sensations perçues par ces organes ne sont point rapportées au cerveau, notre cœur est rempli de sang , nous n’en avons pas la conscience. L’air introduit dans nos poumons est froid ou chaud , nous n’en éprouvons aucune sensation. Des alimens sont portés dans l’estomac , nous n’en gardons que le souvenir , nous ne pouvons pas faire que cet organe les digère plus vite ou plus lentement; tant qu’ils ont été dans la bouche , nous en avons apprécié la température, la saveur, les qualités âcres ou alcooliques ; à peine ont-ils franchi l’arrièrebouche , que nous ne les sentons plus , l’estomac les digère malgré nous , et indépendamment de notre volonté.
IVest-il pas encore démontré que les organes qui tirent leurs nerfs du grand sympathique et du cerveau, sont, jusqu’à un certain point, soumis à notre volonté , et les sensations
perçues par eux, sont, dans certaines circon-
stances , rapportées au cerveau ?
En divisant ainsi les organes en trois classes , nous trouverons :
i° Des organes qui ne reçoivent des nerfs que du grand sympathique.
2° Des organes qui reçoivent des nerfs et du grand sympathique et du cerveau.
5° Des organes qui ne reçoivent des nerfs que du cerveau.
S La partie moyenne do tube intestinal, La vésicule biliaire,
Le foie ,
La rate,
nous placerons : \ Le Pancréas,
J Le rein , f Le cœur,
'Les vésicules pulmonaires.
Dans la ü" série nous placerons :
[ L’estomac , a La vessie ,
(Le colon , /Le rectum, j L’œsophage .
S Le pharynx.
\ Le larynx.
Dans la 5" série \ Tous les muscles du troue et des nous placerons: ( membre*.
Que conclure de ces considérations physiologiques ?
Que les organes delà première série peuvent être malades sans que nous en soyons prévenus, ou par la douleur, puisque les sensations ne sont pas rapportées au cerveau , ou par les dérangemens qui surviennent dans leurs fonctions, puisque ces fonctions ne sont pas apparentes.
Que les organes de la deuxième série ne peuvent être malades sans que nous en soyons prévenus, soit par le dérangement de fonctions , soit par un sentiment de douleur.
Que les maladies de la troisième série ne peuvent jamais être méconnues.
Il est à regretter que les praticiens n’aient pas plus tôt fait l’application de ces données physiologiques aux phénomènes que présente le choléra-morbus; il est très-probable :
Que tous les praticiens seraient maintenant d’accord sur le siège de cette maladie, sur sa nature et sur le traitement.
Que les phénomènes , peu apparens à la vérité, mais constans , qui se font remarquer au début de la maladie , seraient mieux connus et mieux appréciés.
(J ue, dans un grand nombre de cas, on en aurait arrêté le développement en n’attendant pas, pour constater la maladie et y opposer un traitement, que certains organes aient déjà cessé leurs fonctions.
Car tous les médecins de bonne foi conviennent que c’est seulement au début de la maladie que la médecine offre quelque ressource contre cette épidémie.
Pour moi , le choléra n’est ni une inflammation du tube intestinal, ni une asphyxie du poumon , ni une maladie cérébro-spinale.
Je la regarde comme une maladie analogue à l’épilepsie. Le choléra-morbus est au grand sympathique, ce que l’épilepsie est au cerveau.
L’épilepsie apporte des dérangemens dans les fonctions de tous les organes de la vie annimale.
Le choléra-morbus apporte des dérangemens dans les fonctions de tous les organes de la vie organique.
Puisqu’on ne peut nier que la première ait son siège dans le cerveau , pourquoi refuserait-on d’admettre que le second ait le sien dans le grand sympathique?
Tous les médecins qui possèdent des connaissances positives en anatomie , en ont eu la
pensée, mais aucun, je crois, jusqu’à présent, ne l’a démontré anatomiquement , physiologiquement et pathologiquement.
Je vais tâcher de le faire.
Si l’on tient compte des différentes périodes de cetté maladie, on remarque que le eholéramorbus, observé en Asie, en Afrique, en Europe, a partout offert les mêmes symptômes, et que les cadavres ont constamment présenté à l’autopsie les mêmes phénomènes dans les organes.
Si dans les observations publiées jusqu’à ce jour nous trouvons quelque différence, elle vient de ce que l’examen n’a point été fait à la même période de la maladie. Toutes les autopsies cadavériques faites par nos plus habiles médecins au début de l’épidémie n’ont offert aucune altération de tissu , parce que presque tous les malades succombaient à la période de froid ; maintenant l’épidémie perdant de son intensité, la maladie parcourt ses périodes avec moins de rapidité , la réaction a lien le plus souvent , beaucoup de malades guérissent, et l’autopsie de9 cadavres cholériques présente constamment des altérations de tissu plus ou moins appréciables.
Comme l’ont fait remarquer tous les observateurs de tous les siècles , au commencement d’une épidémie les malades succombent avec une promptitude extrême, tandis qu’à la fin ils guérissent presque tous , ce qui fait croire aux médecins qu’ils ont trouvé les moyens de guérison.
' Je distinguerai , comme on l’a fait j usqu’alors pour cette maladie , trois périodes :
Période d’invasion , période algide, et période de réaction.
Dans la première période, dérangement dans les fonctions des organes de la première série , c’est-à-dire de ceux qui ne reçoivent des nerfs que du grand sympathique.
Dans la seconde période , dérangemens dans les fonctions des organes de la seconde et de la troisième série.
Dans la troisième période, réaction ou résurrection des organes, c’est-à-dire que les organes qui avaient cessé momentanément leurs fonctions les reprennent.