‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 45 sur 210 · Cf. chap. VII-IX · texte numérisé non relu

Cf. chap. VII-IX

et la netteté de rexposition. Elles éclaireront la nature du problème religieux en Allemagne, avec sa solution. Elles nous guideront dans le jeu des partis. En même temps, leur vérité apparaîtra.

Intellectuellement, le protestantisme se réclame de la « Raison » ^. Son rationalisme réagit contre l'abus de la « crédulité » catholique. Il détermine dans les dogmes la part du divin; il la démontre. Sa « raison » est le moyen d'une croyance préférable. Elle en conçoit de l'orgueil, se vante de sa religion, comme de son oeuvre inséparable d'ellemême. En critiquant et démontrant, elle croit suivre une destinée sainte. Il est à craindre qu'un jour cette prétention ne se mêle à toutes ses besognes. Quelle clarté en résultera pour la science? Une « raison » qui se prend pour une autorité religieuse, ne s'élève-t-elle point au-dessus de ses facultés, et n'est-ce pas confusion d'une mission divine et de l'humaine connaissance ? Qui veut faire l'ange fait la bête, dit la sagesse des nations. L'orgueil d'un esprit qui se dépasse lui-même ^ engendre un désordre mystique. Toutes les folies du (Germanisme naissant sont ainsi expliquées. Si vous cherchez à faire une religion avec votre raison, vous tombez au mysticisme ; à trouver du « divin » dans l'Histoire et la Science, vous tombez encore au mysticisme. Tous affirmez que plus une chose est humaine, plus elle est divine ; que plus une religion est naturelle, plus elle est surnaturelle ^.

4. En particulier, cette prétention incessante se mêle à la campagne contre le catholicisme, ainsi qu'à l'apologie du germanisme : Cf. ci-dessous ce même chapitre et chap. IX.

5. Cf. Kaxt : » Le Dieu qui parle par notre propre Raison pratique ». Cf. ci-dessous, chap. VII.

6. Cf. Herder, qui mène au » Naturalisme » mystique de Schelling.

li?8 DU CHRISTIANISME AU GERMANISME

Ainsi, du « rationalisme » protestant dérivera un mj-sticisme intellectuel. Dès qu'il passe outre à la distinction de la connaissance et de la foi, il est tenté de voir en lui-même comme une impulsion sacrée, et en la Xature la divinité immanente '7. Mais à l'origine il n'a point le parti-pris de cette antinomie, que le progrès de l'expérience lui révélera; naïvement, pourrait-on dire, il applique aux dogmes sa critique, selon son rêve d'une croyance a éclairée ». C'est au XYIII^ siècle, profitant de l'expérience moderne, qu'il aperçoit soudain le proche résultat : le savoir conduit aux confins de l'irréligion. Abandonnera-t-il l'ambition d'un « rationalisme » religieux ? C'est alors que la confusion se précise, volontairement cette fois. Le conflit passa comme une crise, d'où sortit une « raison » régénérée. In-éligieuse, elle pouvait être un danger pour l'Etat : celui-ci devait réagir; sur ces entrefaites, la « raison » se réveille religieuse. Sa restauration mystique apporte le salut. Nous revenons dès lors à la prétention traditionnelle du protestantisme : mais la situation est changée. La nouvelle autorité intellectuelle ne se laisse plus guider par l'histoire et par l'expérience de la nature : elle leur prescrit la voie, « a priori ». C'est de la foi, dira-t-on : mais le protestantisme veut s'appeler « ratioanel »; contre, les lumières devenues dangereuses, il fonde une arbitraire croj^ance qui sera « raison » quand même.

Il se produit ainsi un étrange phénomène : tandis que l'ancien rationalisme — celui de nombreux exégètes et historiens — s'est acheminé, victime de son illusoire ambition, à la négation du dogme, et ne trouve plus pour le maintenir politi-

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