Cf. IlERDER
quemeiit que l'intérêt d'Etat, soudain le protestantisme allemand inaugure un nouveau rationalisme. Celui-ci résume d'abord Tesprit critique développé par le siècle, contre lequel il réagit. Mais en revanclie il établit une nouvelle ba.se intellectuelle, le « Pratique ». La religion, rationnellement fausse, sera néanmoins « rationnellement » vraie. Là on finissait par opposer à la religion l'histoire et la simple nature : ici, au contraire, on impose à l'Histoire la religion nécessaire. La « raison pratique » démontre ce qui échappe à la « raison théorique » : distinction fameuse reprise par Fichte, après Kant, et, nous le verrons, par d'autres théoriciens, — théologiens ou philosophes.
L'édifice est sauvé : si le progrès des « Lumières » inquiéta ses gardiens, il n'est plus besoin de recourir à l'autorité politique pour maintenir les anciennes « vérités » et conserver ainsi la morale et l'Etat. Un autre « rationalisme », celui de la « raison pratique », nous sauve du premier ou nous en dispense. Il prétend redonner la foi et pourtant rester une « science » ^. Il restitue au présent, à l'avenir, cette fameuse religion « éclairée » dont le protestantisme faisait sa gloire. Or il n'est autre qu'un mystique vouloir. Le rationalisme et le mysticisme se sont rejoints.
En même temps, comme son nom l'indique, il soumet l'esprit à certaines « raisons pratiques », où l'Etat trouve son compte. Il est précisément étayé sur ce que l'Allemagne prétend conserver contre le flot de l'irréligion : il ne repose que sur le besoin d'une morale, et il organise un Etat futur qui serait un modèle de discipline.