Id., p
« sauf par le pape et le grand-sultan ». C'est un principe de la curie romaine que « de considérer tous les droits des protestants, de quelque prix qu'ils les aient payés, comme usui-pés et non avenus ». L'influence des « ex-Jésuites » « opère sous les formes les plus diverses, et produit les plus étranges pliénomènes. Ils s'entendent même à gagner le cœur des princes ; et l'on voit avec étonnement les progrès rapides de l'expansion catholique, çà et là ». La tolérance est donc un vain mot qui leune. a L'union religieuse » est un « appât qui a rendu captifs assez d'honnêtes protestants ». Et l'auteur de l'article signe : « Tolérant «catholique ».
En juin 1784, le « tolérant-wcatholique » communique aux lecteurs une lettre d'un ami de Silésie, « un savant pasteur de campagne ». Elle ne traduit pas une expérience isolée ; car ses collègues en diraient autant ^^^. On a supprimé le nexus parocliialis : c'était l'obligation, pour tous les possesseurs de terres, même catholiques, de contribuer aux églises protestantes, parce que l'imposition était attachée au sol. De sa disparition résultent de douloureuses conséquences : « Mais réfléchissez que la suppression du nexus 'parochiaUs m'a enlevé audelà de 45 boisseaux de blé : vous verrez aisément que j'ai perdu p£ir là tout mon salaire ». Ainsi gémit le pasteur. Le catholique, au contraire, lisons-nous, a tout avantage à s'établir dans de pareilles localités : dans une paroisse de sa confession, il devrait contribuer par des dîmes et des corvées à la « fabrique » de l'église i'^; dans une paroisse évangélique, il est libre de telles imposi-
118. Bcrl. Monatsschr., 3. Bd., Junius 1784. 6. Schreiben eines Schlesiers an den Akatholikus Tolerans, p. 532-533.
tions, « il peut, par suite, donner bien plus qu'un protestant, qui doit supporter toutes ces charges. Supposez, par exemple, qu'on mette ici en vente une propriété rurale dont la dîme soit de 4 boisseaux : le catholique offrira volontiers 100 et 150 rixdales, parce que l'exemption des charges lui rembourse amplement les intérêts de cette somme ».
Le « tolérant <7catholique » poursuit avec amertume : « Xous tenons des catholiques toutes les vieilles églises et les anciens cloitres : de ces derniers on a fait des écoles. Comme elle serait bienvenue, l'occasion d'utiliser de nouveau pour la religion romaine les temples luthériens! » ]klaintenant, jetons un regard sur les villages qui ouvrent aux catholiques leurs églises protestantes! (( Et si un riche agriculteur catholique devenait bailli royal ?... Si celui-ci introduisait des habitants catholiques parmi les protestants luthériens ? Si le bailli voulait avoir un prêtre pour lui et ses coreligionnaires, mais sans pouvoir ou vouloir construire une église ? Et ,si l'on demandait au ministre luthérien de mettre la sienne en commun!-^ Et si ce dernier, ou ses supérieurs, s'y refusaient ? si alors on invoquait l'exemple des villes que nous avons nommées ?» — Sans doute, aux sermons utilitaires du « tolérant ^/catholique » et de Xicolaï, s'opposaient quelques contradicteurs, parmi les protestants eux-mêmes. L'un d'eux écrit : ^^^ « Je vis dans un paj's, qui est de tous les Etats prussiens le plus peuplé d'habitants catholiques, et où le clergé de cette Eglise possède les plus grandes
120. Btrl. Monatsschr., Julius 17S5. 4. L'eber die Besorgnisse der Protestanten in Ansehung der Verbreitung des Katholicismus. An Herrn Doktor Biester, vom Hrn. Prof. Garve In Breslau. p. 60.
richesses. Mais, je l'avoue, et j'en suis aussi fermement convaincu que de mon existence : lorsqu'ils lisent le récit des machinations et des menées extraordinaires qu'on prête à leurs coreligionnaires pour l'expansion du catholicisme, leur étonnement est égal au mien ». Le protestant Garve défendait la tolérance contre Berlin ; et le pasteur Triesch, de l'Eglise réformée, s'évertuait à soutenir Garve i^i. — En vain : les raisons de Garve n'étaient pas des raisons pour les protestants exaltés. Il s'agissait bien de pliilosophie générale et de tolérance! Les intérêts vitaux du protestantisme étaient menacés. On lisait dans la « Revue mensuelle de Berlin b que des plaintes s'élevaient de tous côtés : les adversaires, disait-on, se sont procuré dans deux villes, sans que le consistoire ait été prévenu, des églises luthériennes pour y célébrer le culte catholique. Et Biester répond publiquement à Garve 122 ; a De Poméranie et de Silésie, on me signale de pareilles importunités des catholiques en quête d'églises protestantes ». — A toute tolérance intellectuelle ou morale une raison majeure imposait silence : la raison d'Etat. Examinons ce qui nous sépare des catholiques, disait un de leurs adversaires 123 : a Pour l'amour de la paix », nous accepterions « aussi bien la confession auriculaire que le Purgatoire » . 0 Mais 1^4 comment concilier la divergence de nos intérêts politiques ? c'est ce que je ne vois pas. » « Toilà le véritable nœud de