PRÉSIDENT PERPÉTUEL DE L\ SOCIETE DE BIOLOGIE
MEMBRE HONORAIRE OU L'INSTITUT ÉGYPTIEN, ETC , ETC., ETC., Eli
Tres-honoré et très-cher Maître,
Vos nombreux disciples qui remplissent les Académies, les Universités et les Ecoles, et ceux qui ont le bonheur de vivre près de vous savent combien vous apportez de soins à la précision d'un fait scientifique ; quelle réserve vous mettez à le faire passer ensuite dans la pratique de notre art !
Vous nous apprenez aussi comment vous entendez la responsabilité médicale ! Ce volume, que vous m'avez inspiré et dont vous avez daigné me donner le plan, doit lui-même son origine à l'un de ces honorables scrupules.
La sévérité de votre esprit et la droiture de votre jugement ne pouvaient assurément se contenter de ces conclusions uniformément louangeuses qui résument la plupart des ouvrages de climatologie médicale. Ceux qui préconisent une station d'hiver finissent, en effet, le plus souvent, par la trouver favorable à toute espèce de maladies. Quant à l'Egypte, vous avez pensé qu'on devait procéder autrement, et qu'il fallait recueillir des faits avant d'arriver aux interprétations. Vous avez bien voulu me croire digne de ce travail : j'en suis heureux et fier !
Il y a plusieurs années déjà, cher Maître, que vous m'avez adressé ces paroles si paternelles et si encourageantes : « Étudiez avec soin et avec persévérance l'influence du climat de l'Egypte sur les affections pulmonaires, dans les parties voisines de la Méditerranée et en remontant le cours du Nil, aux différentes époques de l'année et mois par mois. On m'assure, disiez-vous, que les malades doivent quitter ce pays à une époque à laquelle y régnent certains vents Tâchez de recueillir des documents positifs sur les stations d'Alexandrie, du Caire et de la haute Egypte, et comparez-les entre elles. Il serait indispensable d'entrer dans quelques détails sur la manière de vivre dans ces diverses stations, sur les ressources qu'on y trouve et sur les facilités qu'on peut avoir pour s'installer confortablement, par rapport au logement, à la nourriture, aux soins médicaux en cas d'accidents, d'hémoptysie, etc., etc. Indiquez les excursions que peut faire un phthisique, les dangers auxquels il s'expose en abordant le sol égyptien, et, ajoutiez-vous , contrairement à ce que font d'ordinaire les médecins qui recommandent une station, signalez les inconvénients tout comme les avantages. »
Pénétré de l'importance d'un sujet dont vous-même, cher Maître, vous vouliez bien me tracer le programme, je rne suis mis à l'œuvre; j'ai puisé aux sources authentiques, j'ai sondé des plaies bien graves et j'ai été assez heureux pour verser du baume sur quelques-unes; mais il y en a, je le
confesse, que je ne pouvais dévoiler dans toute leur repoussante réalité. Il m'a fallu méditer sur plus d'une question, modifier bien des sujets avant de les entamer. Je n'ai jamais perdu de vue vos sages conseils, de ne rien précipiter, de me hâter lentement et de mûrir longuement. Aujourd'hui je crois avoir rempli le cadre que vous m'avez tracé, et je viens , sous vos auspices, très-honoré Maître, livrera la publicité le fruit de mes observations et de mes investigations :
Te sine nil altum mens inchoat....
(Géorg., Iiv. III).
Puisse ce travail répondre au moins à quelques-unes des questions dont vous attendez la solution, et puissiez-vous surtout, cher Maître, l'accueillir avec cette bienveillante faveur à laquelle vous avez habitué
Votre très-reconnaissant et très-dévoué disciple,
Dr B. SGHNEPP.
Alexandrie d'Egypte, octobre 1862.