‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 2 sur 77 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

J'ai toujours considéré que la mission la plus sérieuse qui incombe à un médecin qui se fixe, ne serait-ce que pour un temps limité, dans un pays étranger, c'est de s'enquérir de toutes les conditions qui influent sur la vie des êtres ou qui peuvent modifier leur mode d'existence. Il n'accomplit pas ainsi un travail purement spéculatif, mais il ouvre à son esprit un nouveau champ d'investigations saines et profitables, où il ne saurait manquer de trouver des éléments utiles à la solution des grands problèmes que laissent subsister encore nos connaissances biologiques.

A celui qui veut pratiquer avec avantage l'art de guérir, dans une localité, l'immortel auteur du traité des airs, des eaux et des lieux recommande de commencer par en étudier l'exposition, la constitution du sol, la qualité des eaux, la nature des vents, et tous les autres agents cosmo-telluriques qui, sous le rapport des êtres qu'elle engendre, en font une localité distincte de toutes les autres. Une série de recherches analogues, entreprises sur l'Egypte, forme précisément le fonds de ce livre ; et, suivant moi, c'est là également la base réelle de cet ensemble d'études connues aujourd'hui sous le nom de climatologie.

Les premiers devoirs que les fonctions de médecin sanitaire m'imposaient en Egypte, me conduisirent naturellement à m'occuper de l'étude du climat et du mouvement normal de la population, avant d'aborder les questions ardues des endémies, des épidémies, des maladies qui sont communes ou rares dans ce pays, et surtout avant de me prononcer sur le degré d'utilité que le séjour dans la vallée du Nil peut avoir pour les personnes qui souffrent de la poitrine.

Ce plan était vaste et d'autant moins attrayant que tout, en Egypte, était à faire. Les dernières lueurs du flambeau que la commission des savants de l'expédition française avait fait briller sur les rives du Nil, venaient de s'éteindre, et dorénavant on ne peut plus compter que sur soi-même. Le travail qui n'aboutit pas immédiatement à un salaire palpable n'a plus guère d'attraits pour les sujets du moderne Pbaraon. La profession de savant est complètement inconnue en Egypte, et même sous les successeurs les plus immédiats de Méhémet-A.li.

N'importe! je me suis mis à l'œuvre, et, sans me laisser décourager, j'ai installé mes appareils et instruments de météorologie; je me suis imposé, comme tàcbeà remplir ponctuellement, l'observation rigoureuse et régulière des pbénomènes atmosphériques que j'ai enregistrés avec le plus grand soin, jour par jour, et cela pendant quatre années ; j 'ai suivi le mouvement des naissances et des décès parmi les populations indigènes, tout comme parmi les nationalités étrangères ; j'ai visité les malades des bôpitaux et ceux des dispensaires de la ville, dont j'ai conservé un relevé précis, ainsi que des indigents qui se présentaient journellement à ma consultation; j'ai groupé autour de ces faits ceux qui m'ont paru mériter assez de confiance, et que j'ai recueillis dans les archives des consulats, dans celles de l'administration des divers cultes qui sont représentés dans la colonie, et dans celles de l'intendance sanitaire de l'Egypte ; de l'ensemble de toutes ces données, j'ai essayé

de former la base d'une climatologie de ce pays, et je les ai réunies sous la forme d'un livre.

Avant de me prononcer sur la valeur du climat de l'Egypte, comme station hibernale pour telle ou telle classe de malades, j'ai voulu, afin de me garantir surtout contre l'exagération enthousiaste, qui est si habituelle aux auteurs rpii traitent de ces sortes de sujets, comparer entre elles, auparavant, les localités les plus vantées, Alger, Madère, ISice, Hyères, Rome, Naples, Venise, Païenne, Malaga, etc.; et, dans des tableaux comparatifs, j'ai fait ressortir, avec le plus grand scrupule, les avantages ainsi que les inconvénients propres à chacune de ces stations.

La marche que j'ai suivie, dans l'appréciation des conditions climatériques, est également celle qui m'a servi pour déterminer la fréquence et la gravité des maladies générales, et spécialement des affections de poitrine, dans les localités les plus recommandées, pour les comparer entre elles, pnis avec les maladies propres à l'Egypte.

Il est facile de comprendre que, pour arriver à ces résultats multiples, il m'a fallu consulter un grand nombre d'auteurs ; mais chez la plupart je n'ai trouvé que des éloges pour les localités qu'ils habitent, d'une manière permanente, ou qu'ils fréquentent seulement pendant certaines époques de l'année. Aussi n'ai-je admis, en général, que des faits bien établis, et n'ai-je tenu compte (jue des chiffres capables de supporter le contrôle. Je dois déclarer (|u'ainsi ramenés à leur valeur intrinsèque, les ouvrages de climatologie se trouvent bien restreints; ceux-ci ne traitent d'ailleurs guère que de localités spéciales, et une étude générale des climats, considérés au point de vue de l'homme et de ses infirmités, est encore à faire.

J'ai voulu, avant tout, étudier dans ce livre le climat de l'Egypte, et j'ai pu constater, en suivant le programme que, dès mon départ de Paris, m'avait tracé mon très-honoré maître, M. le pro-

fesseur Rayer, l'existence de climats partiels nettement distincts, suivant qu'on séjourne sur le littoral méditerranéen, à la pointe du Delta, au Caire, ou dans l'une des provinces de la haute Egypte. Leur influence sur la santé, leur degré d'utilité pour des valétudinaires et des malades, principalement pour ceux qui sont menacés ou attaqués par la tuberculose, ont dû faire l'objet le plus sérieux

de mes investigations.

J'ai donc commencé par déterminer la fréquence de la phthisie parmi les populations diverses de l'Egypte ; mais quelle que puisse être la proportion de la mortalité par suite de cette maladie, parmi les indigènes des pays du Nil, je n'aurai garde d'en conclure que les poitrinaires des autres pays puissent y trouver la santé; je sais trop combien l'Egypte est une terre inhospitalière pour tous les êtres végétaux et animaux qui y sont étrangers ! L'examen des faits authentiques et dignes de foi me conduira d'ailleurs aux conclusions rigoureuses et logiques que je cherche.

C'est ainsi que ce livre a pris naissance. Il est loin d'être ce que je voudrais qu'il fût, mais malgré les imperfections et les lacunes inhérentes à un travail de cette nature, je le confie à la publicité, et je l'adresse surtout à ceux de mes confrères qui sont appelés à se prononcer sur le choix d'une station hibernale pour leurs malades. Puisse-t-il faire partager mes convictions à quelquesuns! Puisse-t-il surtout concourir au soulagement de mes semblables, et puisse-t-il enfin appeler l'attention des médecins dignes de ce nom, sur ces sortes d'études préliminaires, qui sont indispensables à la pratique de leur art, et qui deviendront la base de l'hygiène des nations !

Alexandrie d'Egypte, octobre, 1862.

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