‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 15 sur 77 · ON · texte numérisé non relu

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Pour ramener les déplacements de la masse d'air à la direction normale des points cardinaux, nous croyons devoir recourir à la méthode de Schouw, suivant laquelle nous trouvons les rapports ci-dessous :

En 1838-59 En 1859-60 En 1860-61 les vents d'Est sont aux vents d'Ouest. . . :: 1:3,86 :: 1:4,66 ::1:2,5S les vents de Sud sont aux vents de Nord . "1:1,81 :: 1:2,77 ::1:3,38

Les tableaux ci-dessus nous prouvent que les vents d'ouest sont généralement prédominants dans la partie littorale du Delta; que les vents de nord viennent après, et que ceux d'est régnent le plus rarement. Pour rendre plus sensible ce fait, qui est en opposition avec ce qu'on dit et écrit si gratuitement, nous allons établir la comparaison avec un seul terme, et à l'aide de nos propres données. Nous trouvons

que :

En 1838-59 En 1859-60 En 1860-61 les vents d'Ouest ont régné plus souvent

que ceux d'Est fois 3,86 fois 4,66 fois 2,58

les vents d'Ouest ont régné plus souvent

que ceux de Sud fois 2,12 fois 2,94 fois 2,87

les vents d'Ouest ont régné plus souvent

que ceux de Nord fois 1,17 fois 1,09 » »

Ces rapports sont bien loin, en effet, de confirmer l'opinion de ceux qui prétendent que les vents de nord soufflent, en Egypte, pendant neuf mois de l'année. Une seule fois, en 1 86 1 , ces vents, qui ont régné avec une fréquence de 4g ' , ont été prédominants, car ceux d'ouest n'ont soufflé que 4^ fois pendant cette même année.

Si nous considérons la fréquence des vents, par rapport aux saisons de l'année, nous voyons, d'après le tableau pré-

cèdent, que les vents d'ouest et de nord soufflent pendant tous les mois de l'année, mais principalement en été , époque pendant laquelle ils viennent tempérer les fortes chaleurs ; les vents d'est ne se montrent, pour ainsi dire, qu'au printemps, et ceux du sud n'apparaissent qu'en décembre, et encore dans une faible proportion, pour cesser à peu près complètement avec le mois de mai. Ce n'est pas sans une vive satisfaction que nous voyons nos résultats coïncider avec ceux signalés déjà par Volney. Donc, encore par rapport aux vents, le Delta ne saurait fournir une station hibernale recommandable; c'est pendant les mois d'hiver que les vents soufflent dans les directions les plus variées, amenant des modifications continuelles dans les phénomènes atmosphériques et donnant lieu aux plus fortes oscillations de l'année.

Avant d'aller plus loin , nous devons mentionner, d'une manière toute spéciale, ces vents de sud qui dévient tantôt à l'est, tantôt à l'ouest, et que les Arabes appellent khamsin, non pas qu'ils durent 5o jours, comme le prétendent certains voyageurs, ni qu'ils soufflent dans la période des 5o jours qui suivent Pâques, suivant d'autres, mais bien plutôt, comme dit Volney, parce qu'ils régnent plus fréquemment dans les 5o jours qui avoisinent l'équinoxe. Ces vents ne sont pas particuliers à l'Egypte; ils ont également lieu en Syrie, et Niebuhr les a trouvés en Arabie, à Bombay, dans le Diarbekir; on en éprouve les effets en Perse, en Afrique, en Espagne, etc.; seulement, leur direction varie avec les différentes localités.

« En Egypte, dit Volney, le plus violent vient du S.-S.-O.; « à la Mecque, il vient de l'est; à Surate, du nord; à Basée sora, du nord-ouest; à Bagdad, de l'ouest, et en Syrie, du « sud-est. Ce contraste, qui embarrasse au premier coup

« d'œil, devient, à la réflexion, le moyen de résoudre l'énigme. « En examinant les sites géographiques, on trouve que c'est « toujours des continents déserts que vient le vent chaud. »

Le khamsin est loin de commencer toujours en avril, vers Pâques, ainsi que le prétendent certains voyageurs et même des météorologistes ; il se montre assez communément en mars et même en février, comme nous l'avons observé en i85g; il devient surtout intense en mai. Nous l'avons fait remarquer ci-dessus déjà, c'est dans ce mois que, sous son influence, arrive la plus forte température de l'année. Ce vent se prolonge en juin, mais avec une intensité moindre.

Le khamsin (expression dont nous ne chercherons pas à préciser le sens, pas plus que de celle de samoun ou semoun, dont se servent les Arabes, de celle de chamyele , qui est le nom des Turcs, et de celle de samiel, employée par les Syriens), ne dure pas également longtemps chaque année. Ainsi M. Pruner-Bey (i) dit qu'en terme moyen ce vent règne onze jours ; qu'il y a des années qu'il ne souffle que pendant quatre jours, et que d'autres fois il dure de seize à vingt jours. Nous l'avons observé, en 1 858-1 859, dix-sept fois, et l'année suivante quatorze fois seulement, puis cette dernière année seize fois.

Ce vent débute, le plus souvent, d'une manière lente et peu sensible ; c'est ordinairement après un calme général qu'on voit s'élever, peu à peu, un souffle léger, à l'est ou à l'ouest, qui bientôt augmente d'intensité en virant complètement au sud. « Le ciel , dit Volney, toujours si pur en ces « climats, devient trouble ; le soleil perd son éclat, et n'offre « plus qu'un disque violacé. L'air n'est pas nébuleux, mais « gris et poudreux, et réellement il est plein d'une poussière

(1) Die Krankheiten des Orients, Erlangen, 1847.

a très-déliée qui ne se dépose pas et qui pénètre partout. » Ce vent n'atteint cependant pas par toute l'Egypte l'intensité dont parle cet illustre voyageur; ainsi, dans le Delta, l'air ne se trouble pas toujours de poussière fine, pendant la première journée; le vent ne devient ordinairement très-violent que le second jour, et cilors il atteint son maximum d'intensité : le ciel est obscurci, l'horizon grisâtre est rétréci à quelques mètres, comme par un brouillard épais; le soleil a perdu son éclat, et ses pâles rayons n'arrivent sur la terre qu'avec des nuances variées de rouge et de bleu ; les objets de la nature prennent un reflet terne. Vers le soir, tous ces phénomènes disparaissent, et ne se remontrent plus qu'affaiblis le troisième jour, pour cesser définitivement vers le soir ; il est très-rare que le khamsin dure quatre jours de suite, mais, quand cela arrive, on voit aussi son intensité augmenter avec sa durée. 1 .es conditions propres au khamsin peuvent être nettement déterminées : c'est un vent qui est éminemment chaud, qui élève subitement la température de l'air de 200, et même de 25°, dans le Delta; les différences seraient encore plus considérables dans la haute Egypte, suivant M. Pruner-Bey. Une particularité singulière de ce vent, c'est qu'il ne règne que pendant le jour, apparaissant quelques heures après le lever du soleil, atteignant sa plus grande intensité souvent une ou deux heures plus tard, et se calmant peu avant le coucher du soleil. Ce phénomène, qui est réellement bien singulier dans le Delta, se reproduit sans doute aussi dans la haute Egypte ; les voyageurs gardent cependant le silence sur cette particularité. Une autre qualité fâcheuse de ce vent, c'est son extrême sécheresse ; il abaisse d'un quart la tension de la vapeur d'eau contenue dans l'air. Ainsi, le degré moyen

de l'humidité à Alexandrie étant de 60 à 65 pour 100, le khamsin l'abaisse subitement à 16 et même à i5 pour 100. La sécheresse la plus grande qui ait été signalée jusqu'ici n'avait pas dépassé 16 pour 100, et le fait a été constaté par Rose, Ehrenberg et de Humboldt (1), t. I, dans la vallée de l'Obi et de l'Irtisch , également par un vent de sud. Nos observations nous ont cependant permis de constater une sécheresse telle que l'air ne contenait plus que 12 p. 100 d'humidité.

Le khamsin agit également sur la pression de l'air; sous son influence la colonne barométrique descend ordinairement de 6, de 8 et même de 10 millimètres. Enfin certains voyageurs, et notamment Russegger, qui prétendent qu'en dehors du khamsin il n'y a que très-peu d'électricité dans l'air, et même pas du tout, quand l'humidité est considérable, soutiennent que, sous l'influence du khamsin, l'air accuse d'abord de l'électricité négative, puis de l'électricité positive. Il y en a qui disent avoir éprouvé, au moment où régnaient de forts khamsins, une sensation de picotement et des secousses pénibles sur toute la périphérie du corps; d'autres parlent de craquements, de frémissements qu'ils auraient entendus, d'étincelles de feu qui se seraient échappées de la terre, au moment de la plus forte intensité de ces vents chauds. Mais des phénomènes électriques de cette nature ont besoin d'être confirmés à l'aide d'instruments de précision; l'existence de l'électricité libre dans l'air, au moment du khamsin ou quand ce vent ne règne pas, n'est pas simplement un curieux fait de météorologie, donnant lieu à des combinaisons multiples, engendrant des vapeurs d'eau, des acides ou des composés ammoniacaux ; c'est

(1) Cosmos , t, I.

encore et surtout, comme dit de Ilumboldt (i), une force, un agent qui excite le système nerveux et qui accélère la circulation des liquides. Avant de vouloir connaître la cause de ces phénomènes, il faut s'attacher à en bien préciser l'existence.

Quant à cette poussière fine et si abondante qui obscurcit l'air au moment où le khamsin prend de l'intensité et qui s'élève quelquefois en colonnes, comme des masses de feu, nous ne savons encore si elle forme un simple écran qui absorbe, en partie, la lumière et le calorique des rayons solaires, ou bien si, par rapport à l'électricité, elle remplit les fonctions des nuages. Toutes ces questions, ainsi que l'opinion émise sur la nature orageuse du khamsin, attendent encore plus d'un élément indispensable à leur solution.

L'action de ces vents de déserts se fait sentir sur tous les êtres organisés : leur souffle chaud et sec flétrit les feuilles, fane les fleurs et atteint même les fruits dont il arrête, parfois, le développement. C'est aux effets nuisibles du khamsin qu'un habile agronome de l'Egypte, M. Grégoire, attribue la forte proportion du blé retrait que donnent certaines récoltes (2). Nous renvoyons nos lecteurs au travail même de notre collègue.

Déjà, à l'approche de ces vents, les animaux deviennent inquiets et cherchent un abri ; l'homme lui-même ne peut se défendre d'un sentiment d'anxiété. Les fonctions physiologiques sont sensiblement affectées; le poumon, ne recevant plus qu'un air raréfié, chaud et sec, accomplit une hématose imparfaite; la respiration devient courte et pénible, la circulation s'accélère, et l'activité considérable de la perspiration pulmonaire et de la transpiration cutanée appellent des con-

(1) Loc. cit.

(2) Des effets du khamsin sur le blé, 1. 1 des Mémoires de [Institut égyptien

gestions vers la tête, vers le poumon et vers la périphérie du corps. De là cette sensation de pesanteur à la tête, de battements douloureux dans les tempes, les saignements de nez, la sécheresse de la peau; nous ne parlerons pas de cette soif inextinguible qui tourmente tant. Le danger, suivant Volney, est surtout plus grand au moment des rafales ; la vitesse accroît la chaleur au point de pouvoir tuer subitement. « Un de « mes domestiques, dit Niebuhr, avait été surpris par le kham- « sin, dans une caravane sur le chemin de Basra, à Haleb ; les a Arabes ayant crié à temps que l'on se jetât à terre, aucun de « ceux qui prirent cette précaution ne périt ? les autres, qui « crurent n'avoir rien à craindre, et qui la négligèrent, en « moururent, entre autres un chirurgien français qui voulut « approfondir ce phénomène ( i ). » Cette mort paraît devoir être rapportée à la suffocation; mais nous ne savons rien de précis

à cet égard.

D. État du ciel.

L'ensemble des phénomènes atmosphériques que l'on comprend sous la dénomination d'état du ciel, forme ce qui produit l'impression la plus sensible sur la disposition individuelle de l'homme, dans l'état de santé, tout comme dans l'état maladif. Une belle journée réjouit, la sérénité du ciel égayé le caractère autant qu'elle tonifie le corps ; les nuages, qui obscurcissent l'horizon, portent au recueillement, et la pluie à la tristesse. Il s'attache donc à ces phénomènes non-seulement un intérêt scientifique et météorologique, mais aussi une foule de considérations relatives à la vie des êtres organisés.

Les observations que nous avons faites à ce sujet sont résumées dans les tableaux suivants :

(i) Description de V Arabie, page n.

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