‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 26 sur 77 · MINIMUM · texte numérisé non relu

MINIMUM

MOIS

mm.

mm.

Avril.

Décembre.

Octobre.

Janvier.

Décembre.

Mai.

Idem.

Novembre.

Février.

Mars.

Les orages mêmes ne manquent pas, d'une manière absolue, au Caire. Pendant les cinq années d'observations de Destouches, il y en a eu quatorze et il est tombé une fois de la grêle. Les époques des pluies et des orages rafraîchissent l'air et ne contribuent pas pour peu à assainir le climat chaud du Caire.

E. Humidité de l'air.

Les données relatives à la vapeur d'eau contenue dans l'air manquent presque d'une manière absolue pour le Caire, et nous ne comprenons guère ces auteurs qui, se contentant des quelques observations de Russegger ou des résultats grossiers de Destouches, déclarent que l'humidité est cent et même deux cents fois plus forte à Alexandrie qu'au Caire. Il est à regretter que les directeurs qui se sont succédé à l'école de Médecine du Caire, alors que cette école existait encore, n'aient pas compris toute l'importance qui s'attache à de pareilles observations; il leur eût été si facile, dans un pays où tout se mène si despotiquement, de combler des lacunes préjudiciables à l'hygiène publique plus encore qu'aux sciences médicales. C'est à peine si nous osons invoquer les faits relatés par Destouches! A défaut d'autres cependant, nous les reproduisons sous toute réserve.

Suivant cet observateur, l'humidité moyenne annuelle au Caire serait 56 pour ioo et, sans vouloir comparer ces résultats ni entre eux ni avec ceux de Russegger, nous rappellerons cependant que ce dernier admet pour moyenne 60,9 pour 100. Cette détermination est due plus au calcul qu'à l'observation directe; puis nous ne savons pas quelle est la précision des instruments employés , ni l'heure, ni le lieu des observations ; nous nous croyons donc amené à considérer les uns et les autres de ces faits séparément.

L'humidité extrême que l'observateur allemand a constatée au Caire, c'était 67,4 pour 100, le i5 décembre; la se-

cheresse la plus grande a été 35,3 pour ioo, le 23 du même mois. Mais ces données sont beaucoup trop restreintes, puisqu'elles ne s'appliquent qu'à un mois environ, pour pouvoir fournir une moyenne annuelle. Dans les observations de Destouches, les maxima d'humidité doivent être plus considérables, puisque nous trouvons des mois qui ont une moyenne de 72 pour 100, et cela en décembre, janvier et février; et, d'un autre côté, il a dû observer des sécheresses plus grandes encore, car ses minima mensuels descendent jusqu'à 38 pour 100. Ces grandes sécheresses correspondent au printemps, d'une manière presque constante au mois de mai, et cela nous paraît coïncider avec l'époque pendant laquelle règne le khamsin. Les mois les plus humides, au contraire, sont ceux de l'hiver; et, en prenant la moyenne des quatre mois de décembre, janvier, février et mars, poulies cinq années d'observations de Destouches, nous obtenons une moyenne de 60, 25 pour 100; et, cherchant de même la moyenne des quatre mois les plus chauds, mai, juin, juillet et août, nous trouvons 46, 60 pour 100. Ainsi, la saison d'hiver, la plus humide du Caire, renferme une proportion de vapeurs d'eau qui correspond au degré moyen annuel de l'humidité à Alexandrie, et la saison d'été, la plus chaude, contient encore autant d'humidité que l'air d'Alexandrie, au milieu des jours d'hiver et de printemps, période à laquelle correspondent nos minima mensuels. S'il est donc permis de tirer une conclusion des faits que nous venons de rapporter, nous croyons que le climat du Delta inférieur, et notamment celui d'Alexandrie, est plus humide que celui du Caire, mais non pas dans la proportion que veut bien poser M. Pruner-Bey; nous attendons, toutefois, avant

de nous prononcer définitivement , des observations plus précises et plus rigoureuses.

§ III. Stations de la haute Egypte.

Le voyage de la haute Egypte comprend le parcours entre le Caire et la première ou la deuxième cataracte; et, quoique l'île de Philre soit le terme le plus ordinaire qu'atteignent les voyageurs malades ou peu valides, il y en a cependant un certain nombre qui montent jusqu'à Korosko et même jusqu'à Wadi-Halfa. Dans ce long parcours sur le Nil, qui ne comprend pas moins de 8 degrés, depuis le 3ome jusqu'au S2me de latitude nord, le voyageur se porte pour ainsi dire directement du nord au sud; et, tout en naviguant dans la même vallée, tout en restant dans des pays chauds, il ne franchit pas moins le tropique, au niveau de Philae, sous le 24me degré et passe de la zone tempérée dans la zone torride. De là une foule de stations climatériques différant sous le rapport de la température, de la pression et de l'humidité de l'air, tout comme par rapport à l'influence des vents, à la marche des saisons et aux productions du sol.

Ici nous ne rencontrerons qu'un petit nombre d'observateurs dignes de foi et à peine quelques documents vagues, comme ceux que nous avons cru devoir utiliser dans les stations inférieures de l'Egypte, au Caire et à Alexandrie; peu de savants, en effet, ont séjourné une ou plusieurs années dans ces parages; et, parmi les voyageurs qui les ont visités, tous presque ne l'ont fait qu'en courant, et la plupart de leurs

observations n'offrent ni la rigueur scientifique ni une suffisante garantie d'impartialité et de véracité. Nous n'aurons guère à invoquer que la relation de voyage d u docteur Uhle ( i ), qui a passé sur le Nil les quatre mois de décembre, janvier, février et mars de i856 à 1857. Nous essayerons également d'utiliser quelques observations de lord Haddo et de Nardi (2). Le docteur Barclay (3) a recueilli aussi quelques données sur la température d'Assouan, pendant l'hiver de i852- 53; nous en profiterons. En traitant des conditions d'existence sur la cange du Nil, nous aurons à rappeler les résultats thermométriques que Wells (4) et Rhind (5) ont constatés, le premier dans l'hiver de i84g-5o, le second dans celui de 1 855-56. Nous donnerons enfin le journal complet des observations que nous avons recueillies nous-même dans notre voyage de la haute Egypte, en janvier 1859.

A. Préparatifs de voyage sur le Nil.

Bien que le Caire soit le point de départ du voyage sur le Nil, il peut être cependant utile, surtout aux malades et aux valétudinaires, de faire déjà certains préparatifs soit en Europe, soit même avant de partir de leur pays. Il ne faudrait pas s'attendre à rencontrer, à partir du Caire, des hôtels ou

(1) Der Winter in Oberœgyplen als klimatisch.es Heilmitlel . Leipzig, i858.

(2) Petermann's Geogr. Mittkeilungen, i85y, H. IX, X.

(3) The Edinburgh médical and surgical journal, oct. i854-

(4) British association report, i85o.

(5) Egjpt and its climate. Edinburgh and London, i856.-

même de simples auberges, ou encore seulement une maison confortable où une famille aisée de nos pays civilisés puisse trouver à se loger. La seule habitation sur laquelle il faille compter, dans ce voyage de la haute Egypte, c'est sur la barque qu'on loue au Caire en partant. Cependant nous conseillerions à certains malades qui auraient besoin de respirer, de temps en temps, l'air frais et vif sur les limites du désert, qui touche plus ou moins immédiatement les rives du fleuve, d'emporter avec eux une ou deux tentes. C'est ainsi seulement qu'ils pourront se garantir contre l'intensité de la chaleur du jour et contre la fraîcheur très-sensible des matinées et des soirées. Nous ne les engageons d'ailleurs pas à sortir de l'étroite cange, soit au commencement, soit au milieu, soit à la tin du jour, sans prendre certaines précautions: depuis le lever du soleil jusqu'à deux et même trois heures après, il faut se garantir contre le froid et les brouillards, qui sont quelquefois assez intenses; à partir de dix heures du matin jusque vers quatre ou cinq heures du soir, il est indispensable de se préserver contre l'ardeur du soleil, et, pendant cet intervalle de temps, qui est une véritable période estivale entre deux époques de froid, on peut impunément se dévêtir; mais, vers le soir, peu après que le soleil est couché, il s'élève, dans la vallée du Nil, une brise très-fraîche qui oblige à se couvrir de vêtements chauds; et, même lorsqu'on est enveloppé dans des châles ou des pelisses, on ne supporte pas toujours la vive impression de froid que cause l'air du soir et qui n'est aucunement en rapport avec les indications du thermomètre.

Ainsi, par suite de ces considérations, nous engageons les personnes qui doivent entreprendre le voyage de la haute

Egypte, à se munir de vêtements chauds, à porter de la flanelle sur le corps, à avoir en réserve des morceaux de flanelle pouvant leur fournir des ceintures, pour garantir le ventre contre les perturbations atmosphériques fréquentes et brusques. La tête a principalement besoin d'être préservée contre l'ardeur du soleil par une coiffure appropriée ; pour cela, nous donnerons volontiers la préférence au chapeau de feutre à larges bords, dont le fond est garni, en outre, par une étoffe blanche cpii diminue l'absorption des rayons calorifiques, et qui, grâce à son épaisseur, sert ainsi à protéger davantage le crâne. De grands parapluies d'étoffés vertes, recouverts d'une toile blanche, mobile, deviennent indispensables non-seulement dans les excursions qu'on fait à terre, mais encore quand on veut s'abriter sur le pont de la barque.

Après s'être prémuni contre ces variations atmosphériques diurnes, le voyageur doit se livrer à d'autres préoccupations non moins sérieuses: celle du choix d'une cange ou dahabiéh et celle de son installation. La plupart des voyages du haut Nil se font sur des barques ou canges particulières, qui stationnent au port du vieux Caire et qu'on loue à tant par jour avec l'équipage, y compris le maître ou rhaïs; d'ordinaire aussi les étrangers ont besoin d'un drogman. Il est indispensable de faire des conventions par écrit, de bien préciser le jour du départ et de l'arrivée, le prix de la cange par jour ou par mois, suivant les distances à parcourir ou la hauteur à atteindre, de fixer surtout avec soin le nombre des hommes qui doivent composer l'équipage, et de régler les indemnités qu'on peut avoir à discuter. Il ne faut pas manquer de déposer le double de ce contrat à la chancellerie de sa nationa-

lité respective. Malgré toutes ces précautions, on aura encore bien de la peine à se soustraire aux ruses et à la fourberie des rhais et des drogmans. Que de misères les voyageurs non prévenus ont eu à supporter de la part de ces gens! Tous les jours votre équipage s'arrête au coucher du soleil, même plutôt avant qu'après; et, le matin, on a souvent les plus grandes peines pour se mettre en route de bonne heure ; c'est tantôt un des hommes de l'équipage qui est en arrière; ce sont tantôt des vivres que ceux-ci ont besoin de chercher dans un village éloigné; c'est tantôt une partie de l'équipage qui se querelle ou qui feint de se quereller avec l'autre, pour ne pas marcher, et qui vous menace de vous quitter, etc., etc.

Les conditions ne sont plus les mêmes quand on peut disposer d'un remorqueur, qui fait aisément parcourir à votre dahabiéh, en cinq ou six jours, la distance longue et monotone qui sépare le Caire d'Assouan; tandis que le voyage à la voile ne se fait pas en moins de vingt à vingt-cinq jours, quand les vents ne sont pas trop contraires et que l'équipage n'est pas trop mutin. Mais la compagnie du remorquage du Nil, qui d'ailleurs n'a jamais fonctionné régulièrement, a eu le sort de toutes les entreprises de ce pays auxquelles prend part l'administration locale : rien n'y est stable, rien n'y est durable. Aussi le remorquage, qui cependant avait une raison économique et commerciale d'exister, et qui était organisé sur des bases financières assez solides, n'a-t-il pas même duré deux ans. De sorte qu'aujourd'hui il n'y a plus qu'un petit nombre de personnes privilégiées qui peuvent espérer faire des voyages à l'aide de la vapeur; et nous avons été assez heureux de nous trouver dans ces conditions, grâce à

notre consul général d'alors, qui a obtenu du vice-roi un bateau remorqueur.

Une fois en possession de la barque, il s'agit de la garnir de vivres dont quelques-uns peuvent se renouveler; mais il y en a aussi un certain nombre dont il est bon de se prémunir pour toute la durée du voyage. Ainsi la farine en suffisante proportion est de première nécessité , car on ne rencontre pas toujours du pain mangeable, même dans les stations principales. Depuis une année seulement l'habitant du pays, encore n'est ce que celui d'une partie du Delta, d'Alexandrie et du Caire, se nourrit d'un pain fait avec de la farine préparée par des moulins bien établis, comme, par exemple, celui que M. Darblay a fait construire à Alexandrie. lies moulins arabes, où l'on mouille le grain, sans même le débarrasser de la terre qui l'enveloppe , ne séparent pas le son de la farine; et, dans les villages de la basse comme dans ceux de la haute Egypte, on se borne souvent encore à broyer le blé entre deux pierres. Os farines humides et malpropres éprouvent bientôt un commencement de fermentation qui rend plus sensible en elles l'odeur musquée qu'elles tiennent du bléou du sol ; elles prennent une saveurfade, sucrée et désagréable, odeur et saveur qui sont encore exagérées, pendant la préparation du pain, par un levain trop avancé, par une proportion d'eau considérable, et principalement par la lenteur de la fermentation panaire ; le genre de cuisson même est un obstacle à la bonne fabrication du pain dans ce pays. Les fours, qui ont en général une sole en dalles ou en pierres, bonnes conductrices de la chaleur, s'échauffent vite et se refroidissent de même; il en résulte que le pain est saisi au moment de l'enfournement; mais la chaleur, qui n'est pas

84 — assez constante, et la proportion de gluten, déjà très-faible même dans la bonne farine du pays, et amoindrie encore par une foule de causes inhérentes aux manipulations qu'on fait subir au blé , empêchent la pâte de lever et fournissent un pain lourd, mal cuit, contenant une forte proportion d'eau pour peu de principes alibiles , ayant l'odeur du sol poudreux de l'Egypte et une saveur sni generis très-désagréable.

Mais aujourd'hui cependant on peut fabriquer, même avec les blés d'Egypte, un pain qui lève sensiblement, qui n'a pas d'odeur désagréable très prononcée, ni de saveur fade et aigrelette. Pour cela, il faut avoir soin de choisir un blé qui n'a pas été mouillé ; il faut le nettoyer à sec et opérer la mouture avec la précision que donne la pratique intelligente de l'Europe; le pétrissage de la farine doit se faire avec de justes proportions d'eau, et le levain être remplacé par de la levure de bière, qui a pour effet d'activer la fermentation panaire et d'empêcher un commencement d'altération du principe azoté d'où dépendent en partie l'odeur musquée et la saveur aigrelette du pain. Des expériences nombreuses, pratiquées avec le concours de l'habile direction du moulin français de notre ville, nous ont permis d'élucider toutes ces questions. Et, dorénavant, ceux qui le voudront pourront fabriquer avec le blé d'Egypte un pain qui, sans être moins riche en principes alibiles que celui qu'on obtient avec les blés d'autres pays, sera agréable au goût et de digestion facile (i).

Le voyageur du Nil fera bien d'avoir une suffisante provi-

(i) M. le docteur Baud, qui s'occupe avec la plus louable et la plus généreuse ardeur des questions alimentaires, est parvenu, dans ces derniers temps, à désinfecter complètement le blé d'Egypte et à eu tirer du pain qui ne le cède en rien au bon pain de Paris.

sion de farines, et, pour avoir toujours du pain frais et bon, il chargera le cuisinier du soin de confectionner celui-ci d'après la méthode que nous venons d'indiquer; sans cette précaution, il serait réduit souvent à se passer de pain, ou bien à manger des galettes arabes, d'une saveur nauséeuse et de digestion pénible. L'homme en bonne santé pourrait bien encore s'en contenter, pendant quelque temps; mais une personne malade ou valétudinaire ne saurait en faire usage impunément.

Les autres provisions qu'on devra embarquer, ce sont des légumes conservés, qu'on fera bien d'emporter d'Europe, de même que du poisson salé, car celui du Nil n'est pas mangeable; il est rejeté même par l'indigène. Quant à la grosse viande de boucherie, on n'en trouve que dans quelques grands centres de population et encore pas toujours; il est du reste impossible de s'en prémunir, au moment du départ, pour tout le voyage. On supplée à ces viandes par celles de mouton ; il est assez facile d'emporter quelques-uns de ces animaux, du point de départ, et l'on trouve à en acheter, à un prix modique, sur tout le trajet du voyage. Les volailles, les dindes, les pigeons, les œufs, etc., ne font pas non plus défaut. Si l'on veut avoir du lait, on fera bien d'avoir sur la barque même une ou deux chèvres.

L'eau du Nil, filtrée par de grandes jarres en terre légèrement cuite, est une excellente boisson, que l'on rafraîchit dans les gargoulettes; mais ceux qui ne s'en contenteraient pas, et qui ne se laisseraient pas apaiser par cette réponse, comme les soldats révoltés de Pescennius Niger : « Nilum habetis et vinum quœritis? » feront bien de prendre leur vin en France même; car, à Alexandrie et au Caire, ils trouve-

ront difficilement un vin naturel, surtout quand celui-ci doit servir à des malades. Quant aux autres boissons, elles sont à peu près inconnues dans la haute Egypte , et il serait sans doute assez difficile d'y emporter de la bière.

Quelle monotonie dans ces voyages si lents et si pénibles entre des rives désertes et souvent nues, alors que la moisson est faite! C'est à peine si, de temps en temps, on rencontre quelque compagnon de voyage; mais la différence de nationalité et la diversité de langage, sans parler des dispositions différentes d'esprit entre les habitants d'une cange et ceux d'une autre, font qu'on voyage toujours seul, et qu'on reste livré aux ressources qu'on se crée. Quelle différence avec ces voyages et ces fêtes perpétuelles dont parlent les anciens et que le consul de Maillet décrit tels qu'il les a encore vus: « Le Nil est. sans contredit, celui de tous les « fleuves du monde sur lequel la navigation soit plus frète quente. Elle l'étoit encore infiniment davantage, dans les « anciens tems, lorsque ses bords se trouvoient parsemés, « d'un bout à l'autre, de temples et de monumens célèbres, « et qu'en certains jours de l'année on avoit établi dans tous ce ces lieux des fêtes et des foires, dont la fréquentation fai- « soit la principale passion, ou même l'occupation la plus « agréable de tous les habitans de l'Egypte. Alors les plaisirs, « les spectacles, l'utilité que l'on trouvoit dans les pèlerina- « ges, la commodité avec laquelle on les faisoit, dans des ba- « teaux comiiiins pour le peuple, et dans des gondoles parte ticulières pour les gens riches ou distingués, le prix trèsce médiocre du louage de ces bateaux, la vitesse avec laquelle « ils remontoient le Nil, surtout dans le tems de son augct mentation, et celle avec laquelle ils le descendoient, la f'raî-

« cheur de l'air qu'ils y respiroient, bien différent de celui a de leurs maisons échauffées pendant le jour par les cha- « leurs du soleil, l'envie même de remplir les devoirs de leur « religion, qui leur imposoit des pèlerinages et des sacrifi- « ces, tout cela étoit de puissaus motifs pour les inviter à « entreprendre ces sortes de voyages (i)... »

Les distractions que le voyageur trouve sur le Nil, depuis le Caire jusqu'à la hauteur de Kéneh , sont extrêmement bornées: la pêche monotone dans le fleuve ne peut donner qu'un résultat déprécié d'avance; l'exercice des bains n'a rien de bien séduisant, dans une eau sale et boueuse, sans compter qu'on peut être exposé à rencontrer, surtout dans le haut Nil, quelque crocodile affamé. La chasse, soit dans les îles du fleuve, soit sur ses rives, n'offre pas non plus beaucoup d'attraits; à l'exception de quelques échassiers, des troupes de grues, de l'ibis garde-bœuf, des hérons, un grand nombre de rapaces, des éperviers, de grands vautours, des milans, on ne rencontre de gibier que les pigeons que les habitants de la haute Egypte logent par milliers dans l'étage supérieur de leurs huttes. Quant à la chasse du crocodile, elle n'est possible que quand on n'est pas remorqué par un vapeur et encore faut-il arriver en pleine Thebaide pour en rencontrer.

Mais une fois que le voyageur a atteint Siout et Girgeh, il trouve, non loin des rives du fleuve, d'antiques ruines qui deviendront pour lui des buts de promenade. Il n'est pas forcé cependant de renoncer complètement à ses relations avec l'Europe; il ne lui sera pas très-difficile de faire parve-

(i) Description de l'Egypte de M. Maillet, par M. l'abbé le Mascrier, pages j5-j6.

nir sa correspondance jusque dans la haute Egypte, car il existe le long du fleuve , jusque dans les lointaines possessions de l'Egypte, dans le Sennâar et dans le Soudan, des stations de courriers qui sont plutôt de véritables coureurs, à l'aide desquels on reçoit au Caire des nouvelles de Karthoum, en moins d'un mois. Cependant, pour plus de sûreté, nous conseillons au voyageur européen de faire adresser ses lettres à quelque agent consulaire, représentant sa nationalité. S'il se confirmait que les voyages sur le Nil fussent de quelque utilité pour certaines classes de malades, il y aurait à s'occuper sérieusement, pour les rendre plu scommodes et plus abordables aux fortunes modestes, d'organiser une entreprise qui prendrait le voyageur à son entrée en Egypte, qui l'installerait convenablement dans la barque, en lui évitant, dans ses rapports avec des indigènes qu'il ne comprend pas et qui ne songent qu'à le voler, cette foule de désagréments dont nous avons parlé plus haut. Cette compagnie, sérieusement instituée, formerait des stations, pour ses approvisionnements et pour les excursions nombreuses et variées qu'elle ménagerait à l'amateur, à l'artiste et au savant. De cette façon une personne pourrait seule, et sans de trop fortes dépenses, profiter des voyages sur le Nil.

B. Les différentes stations sur le Nil.

Les voyages du Nil commencent le plus ordinairement en décembre, surtout quand on les fait à la voile, et quand on veut monter jusqu'à la deuxième cataracte, car on reste alors de trois à quatre mois sur le fleuve. Mais, avec un remorqueur, on peut retarder le départ jusqu'en janvier. Comme

l'allée et le retour se font nécessairement à des époques différentes, le -voyageur qui poursuit un but scientifique peut observer les mêmes localités deux fois, à un intervalle de temps plus ou moins rapproché. C'est ainsi que M. Uhle et nous-même avons pu recueillir des observations météorologiques à deux reprises différentes, dans chacune des stations comprises entre le Caire et Wadi-Halfa.

Les points principaux que nous avons considérés comme des centres d'observations, sur ce long parcours, peuvent être classés, suivant la latitude de chacun d'eux, de la manière suivante :

, Benisouef, qui répond au 29° latit. N.

1° Partie inférieure delMinieh entre le 29° et 28° —

la haute Egypte.. . 1 Siout — le 28° et 27° —

(Girgeh etKéneh. ... — le 27° et 26° —

2° Partie supérieure de JThèbes et Esneh. ... — le 26° et 25°

la haute Egypte. .. I Assouan et Philœ. . . — le 25° et 24° —

/ Dendour — le 24° et 23° —

3° Nubie ] Korosko — le 23° et 22° —

[Wadi-Halfa — le 22° et 21°. 50 —

Cette subdivision du cours du haut Nil, en trois régions, doit paraître assez naturelle, car chacune d'elles correspond à environ 3° de latitude, et la suite de ce travail prouvera que ces divisions coïncident avec des climats partiels différents, quoique toutes rentrent dans le même genre, qui est celui du climat chaud.

Les localités désignées ci-dessus ne sont pas les seules dans lesquelles nous ayons fait des observations ; ce ne sont que les points principaux auxquels nous et les autres voyageurs nous rapportons toutes les observations faites dans les par-

ties les plus voisines; le nombre de ces stations est naturellement en rapport avec la rapidité avec laquelle on voyage. Les haltes sont souvent très-rapprochées , surtout quand on voyage à la voile ; on s'arrête chaque jour, comme nous venons de le dire, après le soleil couchant; si l'on parvient à prolonger le voyage au delà du jour, c'est à l'époque des clairs de lune, et encore le rhais n'y consent-il qu'avec peine. L' Arabe ne peut pas comprendre que la nuit ne soit pas faite pour le sommeil. Cependant il n'est pas nécessaire de s'arrêter pour faire des observations météorologiques; c'est dans le lit même du fleuve, sur la barque et pendant qu'elle marche, mais toujours à l'abri du soleil, que la plupart de nos observations ont été prises, aux heures les plus variées de la journée et même pendant la nuit ; mais, en outre, nous avons recueilli, d'une manière précise et régulière, des observations au lever et au coucher du soleil, à midi et à deux heures du soir, et ce n'est que rarement que nous en avons fait pendant la nuit. Nous ne manquerons pas de rappeler si nos résultats ont été obtenus sur la barque, à l'intérieur ou au dehors de cette maison flottante, dans le lit du fleuve ou à une distance plus ou moins grande sur ses rives. Nous consacrerons un chapitre particulier aux conditions d'existence du voyageur sur la Dahabiéh, qu'il s'agira de bien préciser, surtout quand c'est pour y loger un malade pendant quelques mois.

Ce n'est pas seulement de biscuits, mais aussi de patience que doit faire provision le voyageur, à son départ du Caire. Dans le long parcours qui le sépare de Kéneh, il décrit lentement une grande courbe à convexité occidentale et à concavité orientale qui est un croissant ouvert à l'E.-N.-E. et dont la corne supérieure répond à Benisouef et l'inférieure

à Kéneh. Dans cette première partie, il se porte en définitive vers le S. et vers l'E. ; nous avons déjà dit que ce dernier point est le plus rapproché de la mer Rouge. Cette première partie comprend, du N. au S., les provinces de Ghiséh où, sur la rive gauche du fleuve, s'élèvent encore les plus hauts monuments du globe, les Pyramides de ce nom, celles de Dahschour, celles de Sakarah , où notre savant collègue, M. Mariette, a déjà fait des fouilles si productives, au point de vue de l'art égyptien et des connaissances historiques. C'est aussi dans cette région et sur cette même rive qu'on rencontre les ruines de l'ancienne capitale de l'Egypte, Memphis, dont Abdallatif, l'historien arabe, disait, il y a six siècles : « En dépit de ce que quatre mille ans et plus ont dû « ajouter à tant de causes de destruction, ses ruines offrent « encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles « qui confond l'intelligence, et que l'homme le plus élo- « quent entreprendrait inutilement de décrire. » Mais que reste-t-il aujourd'hui de la rivale de Thèbes, de Tyr, de Babylone? que retrouve-t-on encore au berceau de Moïse, dans cette cité royale de Menés? à peine quelques traces nous avertissent qu'on foule un sol habité autrefois.

Plus au S., et toujours sur la rive gauche du fleuve, s'étend l'ancienne province du Fayoum, où les savants membres de la Commission scientifique de l'expédition française ont retrouvé les traces du fameux lac Mœris, à la fois réservoir et déversoir du Nil. Cette contrée, si fertile autrefois, est aujourd'hui envahie, en partie, par le désert; elle ne forme plus qu'un district uni à la province de Benisouef. C'est toujours au milieu d'un pays plat et monotone qu'on franchit les trois provinces de Minieh, de Siout et de Girgeh, dont

les trois villes principales, de même nom, se trouvent également sur la rive gauche du fleuve. Dans ces trois stations le voyageur trouvera quelques vivres frais. Sur la rive droite, il laisse derrière lui plusieurs couvents coptes où l'ignorance la plus crasse retient encore, dit-on, cachés au monde, des manuscrits nombreux écrits en langue copte qui peuvent renfermer, outre les récits de martyrologues plus ou moins inconnus, des parties ayant trait à la science ou à l'histoire. 11 aurait fallu, en son temps, faire un catalogue raisonné des ouvrages oubliés dans ces retraites presque impénétrables; un pareil travail n'aurait pas manqué d'intéresser au plus haut point le monde savant. ±Mais il est de ces richesses comme de bien d'autres propres à l'Egypte, elles ont disparu aujourd'hui en grande partie; les quelques volumes qu'on trouve encore dans ces couvents ne sont ni rares ni intéressants.

Sur cette rive droite on visitera, avec intérêt, les ruines de Beni-Hassan avec ses deux hypogées et les grottes décorées de peintures relatives à la vie civile, aux arts et métiers des anciens Égyptiens et, comme dit Champollion, ce qui est plus rare encore, à la caste militaire.

Siout et Girgeh sont les centres d'une population agricole, industrielle et commerciale où l'on trouve des produits du pays, des terres cuites, des toiles, et surtout une bonne qualité de blé. En quittant cette dernière Aille, on se porte presque directement à l'E. et parfois même au N., pour sortir enfin de cette longue et monotone navigation. La première station qui s'offre alors est encore sur la rive droite, c'est Kéneh. Cette ville, qui est éloignée d'environ une lieue du Nil, offre l'aspect de riches cultures qui font pressentir le voisinage de la Thébaide, dont cette localité forme réelle-

ment In pointe septentrionale. C'est dans sa circonscription, mais sur la rive opposée, qu'on rencontre encore debout des vestiges du temple de Denderah,que le voyageur visite avec d'autant plus de curiosité que c'est la première station intéressant l'art ancien, l'histoire et les sciences, qu'il rencontre à la sortie de la longue vallée dont nous venons de parler, et que, du reste, c'est pour ainsi dire l'entrée dans le mémorable et gigantesque musée de la Thébaide. Te temple de Denderah, situé à environ une demi-lieue des bords du Nil, sur la rive gauche, a été construit par Cléopàtre et son fils Ptolémée Césarion ; mais des parties considérables, le propylone du grand temple qui est d'Auguste, d'autres de Tibère, de Néron, d'Antonin, de Trajan, et même de Domitien, ont été édifiés par des empereurs romains; le grand temple était consacré à la déesse Hathor, la Vénus des Romains.

De Kéneh aux limites méridionales extrêmes de l'Egypte, à la première cataracte, le Nil se porte directement du N. au S. et traverse la riche vallée du Saïd, l'ancienne et fertile Thébaide, les provinces de Kéneh etd'Esneh, qui sont réunies actuellement en une seule province, avec Syène ou Assouan pour chef-lieu. C'est dans cette partie qu'on rencontre encore les souvenirs les plus imposants de l'empire des Pharaons. C'est d'abord, et avant tout autre, l'emplacement où. s'élevait la fameuse Thèbes, bouleversée par trente siècles de dévastations, et qui frappe encore d'étonnement et de surprise ceux qui fouillent les restes innombrables de son antique magnificence. Comme l'homme s'abîme dans un profond et silencieux recueillement à la vue de tant de ruines et de tant de grandeurs passées! Comme le contraste de la misère actuelle, quoique affligeant, avec les majestueux tem-

pies et les palais somptueux que l'imagination reconstruit avec ces restes, combien ce contraste frappe d'admiration pour la civilisation ancienne des pays du Nil! Combien ces débris de la gloire égyptienne remontent haut dans les conjectures historiques! A l'exemple de nos grandes, populeuses et modernes cités, cette reine du monde, à l'époque des premiers temps historiques, s'étendait sur les deux rives du vaste fleuve, comme nous le montrent encore ses ruines. Sur la rive droite nous rencontrons d'abord les magnifiques palais de Louqsor, qui retracent surtout les hauts faits de leur fondateur Aménophis , Memnon III; puis les immenses et grandioses constructions de Karnac, qui rappellent les splendeurs de l'Egypte, sous Thouthmosis III, l'illustre Mœris, le grand bienfaiteur de son peuple, qui a laissé partout des traces de son passage. Outre les temples avec leurs pylônes, le voyageur contemplera cette immense salle hypostyle et le plus magnifique de tous les obélisques égyptiens qui la précède; ces monuments ont été déblayés récemment. C'est le palais de Karnac qui, d'après Champollion, témoigne de l'art perfectionné des Egyptiens, au temps de Menephtha et de Sésostris, son fils. Nous retrouvons encore les munificences de Thouthmosis sur la rive gauche du fleuve, dans un palais de Medinet-Abou, dans leMemmnonium et dans le temple d'El- Assassif, consacré à Amon-Rha. Sur cette même rive occidentale existent enfin les hypogées des Pharaons, la nécropole des rois thébains des XVIIIe, XI \c et XXe dynasties ; ce sont seize tombes ou plutôt des palaissouterrains, somptueux, taillés dans la craie blanche et fine de Biban-el-Molouk, monuments très-bien conservés encore, malgré quelques profanations de modernes voyageurs qui n'ont pas pu contempler

ces œuvres sans chercher à les dégrader et à les rendre plus Indéchiffrables pour nos arrière-petits-neveux.

Après la station de Thèbes, qu'on quitte toujours à regret et sans jamais avoir vu suffisamment, on laisse sur la rive gauche Herment et les champs fertiles qui l'entourent, pour s'arrêter plus au S., et toujours du même côté, à Esnéh, la capitale de l'ancienne province de ce nom. Dans cette ville existe encore debout une partie du temple que Thouthmosis III v a fait élever au dieu Chnouphis, le seigneur du pays. Il n'est pas rare de rencontrer à cette hauteur des crocodiles de grande taille ; des voyageurs rapportent même que les plus monstrueux ont été vus dans ces parages. Plus loin, et sur la rive opposée, se dressent devant vous les ruines d'Éléthya, où la mère de ce pharaon, la reine Amense, avait construit un temple au culte de Seveh-Ra, le Saturne égyptien, en y associant aussi la déesse Sowan ou Lucine. Tout près de là, mais après avoir repassé sur la rive gauche, le voyageur se trouve presque en face d'Edfou, où existe un des temples les mieux conservés de l'ancienne Egypte; il a été mis à découvert et déblayé par les soins de notre savant ami, M. Mariette, le conservateur des monuments historiques de l'Egypte. Ce temple est aussi de Thouthmosis III , qui l'avait consacré au culte du grand dieu, Har-Hat, seigneur liturgique du lieu.

Il est toujours prudent de ne pas quitter cette dernière station sans renouveler les vivres frais, afin de pouvoir atteindre Assouan. Dans ce trajet, les rives du fleuve ne sont plus aussi désertes ; l'on passe , mais sans s'y arrêter longtemps, devant quelques ruines abandonnées, comme celles d'Ombos, qui n'offrent plus de puissants attraits pour le

voyageur. A cette hauteur, la plaine reste presque toujours verdoyante, et l'on ne sort des champs fertiles de laThébaïde que quand on voit s'élever devant soi, du sein des eaux, les noires roches d'Eléphantine, cette sentinelle avancée de la première cataracte. On est arrivé alors à Syène ou Assouan, qui est appuyée sur la droite du fleuve. C'est derrière les huttes entassées qui forment aujourd'hui cette ville arabe, que s'ouvrent les vastes carrières de granit rose d'où probablement ont été extraits les plus majestueux blocs qui entraient dans la construction des monuments égyptiens. Éléphantine et Syène, élevées sur d'immenses blocs de roches granitiques, ne présentent cependant pas autant d'attraits que l'excursion qu'on fait à la première cataracte, à travers un petit désert de quelques heures, route pleine de charmes et de vues pittoresques, décrite déjà par Strabon, mais indiquée avec plus de précision par la Commission scientifique de l'expédition française, route qui conduit à la charmante île de Philae. C est là un lieu vénéré par les anciens Egyptiens, qui s'y rendaient en pèlerinage. île célèbre par ses temples et principalement par le tombeau d'Osiris, dont on croit avoir retrouvé même quelques vestiges. C'est là que l'art pharaonique rivalise avec les sites les plus merveilleux que puisse offrir la nature primitive. C'est de là que les eaux du Nil, après avoir franchi leur dernière barrière, se précipitent dans la calme et fertile vallée de l'Egypte. C'est dans ce point que la Commission française fait passer le a4° i ' 34" de latitude N. ; c'est là que finit l'Egypte et que commence la Nubie ; c'est là aussi que s'arrêtent la plupart des voyageurs; c'est là enfin la dernière station à laquelle puissent remonter les vapeurs.

La troisième et dernière partie du voyage du haut JNil comprend l'espace qui s'étend depuis la première jusqu'à la deuxième cataracte. Ici le fleuve se porte vers l'O., au milieu des roches granitiques qui l'encaissent, pour ainsi dire; ses flots battent les débris des monuments de Kalabschi, sur lesquels Rhamsès et son fils Sésostris ont transmis à la postérité le récit des victoires qu'ils ont remportées sur les peuples de la Libye. Du reste, la plupart des monuments de la Nubie, Ibrim, Amada, etc., témoignent des hauts faits de ces pharaons.

Arrivés à Korosko, un petit nombre de voyageurs seulement persistent à vouloir aller plus loin, par suite des difficultés qu'on a pour se ravitailler et aussi à cause du brusque changement de direction que prend le cours du Nil , qui, de Korosko à "Derr, se porte presque directement au N., et enfin surtout parce que, dès lorsj les vents sont à peu près constamment contraires. Mais, après avoir tourné Derr, on reprend la route vers le S.-O; l'on rencontre bientôt les vastes édifices d'Ibsamboul, son temple creusé dans la montagne et la représentation fidèle des nombreuses victoires que Sésostris a remportées en Asie et en Afrique. De ce point à Wadi-Halfa, il n'y a plus qu'une petite distance; et l'attrait des monuments de la XVIIIe dynastie, l'antique Béhéni et la seconde cataracte tentent suffisamment le voyageur, pour qu'il continue son excursion jusqu'au terme extrême qu'il s'est imposé et qui correspond à peu près au 22° degré de latitude N.

Dans le vaste itinéraire que nous venons de tracer sommairement existent des climats partiels dont tous les éléments ne sont pas identiques : la température, la pression et

l'humidité de l'air diffèrent, non-seulement d'une région à l'autre, mais encore entre deux stations successives, comme le prouveront les relevés que nous rapporterons plus loin. Mais la direction des vents et l'état du ciel peuvent être considérés au point de vue de l'ensemble de la vallée nilotique et étudiés à la fois dans les trois subdivisions que nous avons adoptées. Intervertissant donc l'ordre que nous avons suivi jusqu'ici, nous traiterons, afin d'éviter également des répétitions, d'abord des vents, puis de l'état du ciel, dans les trois divisions adoptées ; ensuite seulement nous nous occuperons des autres éléments, dans chacune des grandes régions que nous avons délimitées.

Page 1