DE L'EAU DU NIL
Différ.
Moyen
Dans la station inférieure, comme dans la supérieure, la température de l'eau du Nil dépasse celle de l'air, aux observations du matin , dans la première de 6°,i i, dans la seconde de 3°, 55 seulement; la température de l'air excède, au contraire, celle de l'eau, dans la seconde région comme dans la première, à partir de midi jusqu'à minuit, mais d'une manière moins marquée que pour l'observation du matin : ainsi la différence, dans la première région, est de o°,65, et, dans la seconde, de 3°, 07. De là on peut conclure que l'eau du Nil se chauffe à peu près uniformément dans toute l'étendue de son parcours, entre le Caire et l'île de Philae; qu'elle ne varie, quant à sa température, que de 2°,o, dans le cours d'un mois, pendant que l'air subit des variations qui peuvent aller jusqu'à 28°,2 ; qu'elle peut être supérieure à la température de l'air de 1 1°,5, le matin, peu après le lever du soleil, et qu'elle est inférieure à la température de l'air, toujours le soir, d'une différence qui peut s'élever à i3°,8.
II ressort encore de l'examen attentif de notre tableau XX que les eaux du Nil, tout en restant supérieures le matin et inférieures le soir à la température de lair ambiant, ne descendent plus, entre Thèbes et Philae, au-dessous de i6°, tout comme elles ne s'élèvent pas non plus au-dessus de 17". Elles ne varient donc, dans les vingt-quatre heures, pas plus de 1", tandis que la température de l'air passe par des oscillations dont les amplitudes peuvent aller jusqu'à 20 et 220.
De ce qui précède nous croyons devoir conclure que l'eau du Nil a une température instable qui varie avec les heures du jour, ainsi qu'avec la latitude; qu'elle ne descend pas au-dessous de i4°, et qu'elle ne s'élève pas au-dessus de 170; qu'à partir de une ou de deux heures après le coucher du soleil jusqu'à deux ou trois heures après le lever du soleil, elle est plus ou moins supérieure à la température de l'air ; que la plus grande différence de température entre l'air et l'eau peut aller jusqu'à 12 et i3°, et cela, peu après le lever du soleil, alors que la température atmosphérique est à son minimum ; que la plus petite différence de température entre les deux milieux se constate vers le soir, avant le coucher du soleil.
Il découle naturellement de ce que nous venons de constater que l'infériorité de température des eaux du Nil, pendant le jour, contribue à apaiser la chaleur, et que sa supériorité, pendant la nuit, tend à lutter contre le froid que les déserts voisins des rives du fleuve répandent dans la vallée du Nil. C'est donc avec raison que les pharaons et les souverains plus modernes de l'Egypte se réfugiaient sur ce fleuve, pendant les mois des plus fortes chaleurs ; mais les joyeuses fêtes qui accompagnaient ces promenades ont dis-
paru à peu près aujourd'hui, avec les palais des lois et les temples grandioses qui bordaient le fleuve. Le touriste, le valétudinaire et le malade sont livrés à eux-mêmes, pendant ce long, ennuyeux et monotone voyage ; ils ne rencontrent plus que solitude et ruines; mais si du moins encore le malade y recouvrait un peu de santé !