DES ADULTES
TOTAUX
des
Décès.
Masculin
Féminin.
Total.
Masculin
Féminin.
Total.
Août 1
Septembre 2 . . . .
Octobre 3
Novembre 4 . . - .
ISO
Décembre 5
Janvier 6. . . .
Février 7
Mars 8
Avril 9....
Mai 10....
Juin 11....
Juillet 12
Totaux
Il ressort de ces tableaux, comme de tous ceux que nous pourrions dresser, d'après les chiffres de la mortalité des années précédentes, que le maximum des chiffres de décès des enfants, tant au Caire qu'à Alexandrie, tombe aux mois les plus chauds de l'année, en août, septembre et juin, tandis qu'à cette période correspond le minimum de décès des adultes. La plus grande mortalité parmi ceux-ci a lieu dans
les mois de la saison froide. Mais, nous avons hâte de le dire il faudra des statistiques plus sérieuses que celles qu'où possède, et une grande série d'observations reproduisant des faits se rapportant à des années entières, avant de pouvoir se prononcer avec la rigueur qu'exige la science numérique.
En nous résumant d'après ce qui précède, nous croyons pouvoir soutenir que la population indigène de l'Egypte actuelle ne suit pas une marche régulièrement et uniformément croissante; que les décès l'emportent chaque année sur les naissances au Caire, à Suez, et probablement encore dans d'autres localités; que l'accroissement du peuple égyptien ne nous paraît pas un fait évident ; que la mort frappe principalement parmi les enfants, dont plus de la moitié n'arrive pas à l'âge de 10 ans; que ceux-ci succombent en plus grande proportion pendant les fortes chaleurs; qu'enfin, chose singulière, les israélites subissent les mêmes lois physiques et passent par les mêmes phases morbides que les indigènes, dont ils ont d'ailleurs adopté le genre de vie et les habitudes.
§ II. Des maladies propres à L'Egypte.
Il ne nous a pas échappé qu'il eût fallu comprendre aussi, dans le paragraphe précédent, une mention particulière relative à la longévité ou à la durée moyenne de la vie, parmi le peuple égyptien ; mais il n'existe nulle part des documents qui eussent permis de traiter sciemment cette question. Nous avons entendu, comme Guilandinus écrivant à Prosper Alpin : « Audio in JEgypti locis homines vivere longiorem vitam, » et, comme cet auteur, nous regretterions les raisons
suivant lesquelles, d'après Galien ou plutôt d'après Aristote, les Éthiopiens vivraient de longues années : « Non videntur mihi hcec usquequaque veritatem continere, usque ita facile te posse medicis persuadere arbitror, usum carnis et vint esse causant, ut nostra corpora sint brevioris vitœ quàm JEgyptiorum observentur, quœ paucissima carne vescuntur, et minime vinis indulgent, aquamque in potu fréquentant (i). » Nous savons bien que quelques égyptologues parlent de la longévité des anciens Egyptiens; mais nous savons aussi, par nos savants collègues, MM. Mariette et Devéria, que les inscriptions hiéroglyphiques sont complètement muettes à cet égard, et que rien n'autorise à croire à la durée plus grande de la vie moyenne parmi les anciens que parmi les modernes Egyptiens. Nous ne nous arrêterons pas à la fable d'Hérodote, sur l'ossification et la grande épaisseur des crânes égyptiens. 11 est tellement vrai, pour les populations du pays du Nil, qu'on n'a que l'âge que l'on paraît avoir que, dans ces contrées, on rencontre rarement des individus qui croient nécessaire de savoir exactement ou de connaître leur âge.
11 nous resterait aussi à traiter des causes probables de la mortalité en Egypte ; mais, comme il est aisé de le comprendre par ce que nous avons dit, de pareils sujets sont encore bien loin d'être mûrs dans ce pays. Tâchons donc de rechercher quelles sont les maladies qui y prédominent, de montrer en quoi la pathologie égyptienne diffère de celle des autres pays, surtout de celle des contrées placées dans la même zone. Nous réservons un chapitre particulier pour les maladies de la poitrine, la tuberculose et la scrofule, base et but spécial de notre travail.
(i) Prosperi Alpini medicina /Egyptiorum, i"]^.
Les considérations physiologiques dans lesquelles nous sommes entré précédemment nous conduisent tout naturellement à envisager le genre des désordres qui peuvent en être la conséquence, sous le ciel d'Egypte. D'une part, l'élévation de la température du milieu ambiant, en activant les fonctions de la peau, alanguit et trouble celles de l'appareil digestif, en même temps qu'elle modifie les sécrétions des glandes accessoires ; de là, des maladies cutanées, des affections du tube digestif et surtout du foie. Le système vasculaire qui charrie un sang moins riche en fibrine, moins plastique et moins stimulant, tombe dans un certain relâchement ; tandis que la diminution de la pression atmosphérique tend à accumuler la masse sanguine dans l'arbre veineux et à y produire des stases, surtout dans le système capillaire qui est porté à se congestionner; d'où, des causes puissantes d'hémorrhagies de toute nature, mais surtout des hémorrhagies passives. Le sang veineux qui afflue dans le système de la veine porte aux affections gastro-entériques, à celles du foie et à celles de la rate. Ce défaut de plasticité et de vitabilité du fluide nourricier, qui est encore augmenté par une hématose languissante et incomplète, devient aussi la cause d'une innervation de peu d'énergie ; d'où cette torpeur musculaire, ce peu d'irritabilité de la fibre sensitive et cet anéantissement des forces qu'on constate chez les habitants des pays chauds.
Nous avons hâte d'ajouter que ces conditions climatériques n'exercent pas tout à fait la même influence sur les indigènes que sur les étrangers; et, comme il s'agit d'apprécier principalement les modifications qui doivent résulter pour ces derniers, par suite d'un déplacement des contrées
froides et septentrionales dans des climats chauds, il nous faudra bien nous occuper, d'une manière plus particulière, des maladies auxquelles s'exposent les voyageurs cpii viennent habiter, même temporairement, les pays du Nil. Il est bien entendu que nous ne parlerons pas de leur acclimatation : cette question a été jugée plus haut et déclarée insoluble quant à présent.
Chez les nouveaux venus en Egypte, l'influence du changement de climat se fait sentir, tout d'abord, par une activité plus grande des fonctions de la peau, par une transpiration plus abondante, par un certain degré de congestions, qui amènent, le plus ordinairement, des furoncles, des éruptions eczémateuses, lichénoides ou simplement érythémateuses , auxquels échappent rarement les étrangers dès leur première année dans ce pays.Tout le mondeconnaîtcette éruption rubéoleuse appelée hamoun-cl-Nil par les Arabes, et boutons du Nil par les Européens, cpii s'annonce par des poussées de petites taches rouges, semblables à des piqûres de puces, plus ou moins confluentes et accompagnées de démangeaisons cuisantes, éruption qui commence par le cou, par les bras, les avantbras, le bas-ventre, et qui finit par envahir tout le corps. Dès le second jour, il se montre, au milieu de la tache rouge, une petite vésicule transparente et incolore qui se crève et laisse à sa place une petite croûte qui tombe vers le quatrième ou cinquième jour ; la tache disparaît, 1'épiderme se renouvelle et la peau reprend son aspect normal. Ce sont surtout les poussées successives qui fatiguent, non-seulement par un prurit irrésistible, mais encore par le trouble du sommeil qu'elles causent pendant des mois. Elles rendent pénible le séjour au lit, parce que la chaleur et la pression des couvertures éveil-
lent une sensation de picotements que les malades comparent à celle que produiraient des pointes d'aiguilles. Chez certains individus lymphatiques et chez les enfants, la congestion de la peau se résout moins vite, les parties du corps envahies sont plus turgescentes et présentent une espèce d'empâtement. 11 n'est pas rare non plus de trouver un peu de fièvre chez les personnes irritables et dont l'éruption est plus confluente.
Cette éruption, qui se montre sur les rives du Nil à L'époque des chaleurs de l'été, et principalement vers la fin de cette saison, n'épargne pas complètement les indigènes; elle serait, suivant certains auteurs, liée à la qualité des eaux, opinion cpii ne soutient pas la critique, car ces éruptions se montrent avec les basses comme avec les hautes eaux ; elles attaquent les personnes qui ne boivent pas d'eau ou qui en boivent peu, comme elles épargnent d'autres qui usent cependant exclusivement de ce liquide. Les causes véritablement sérieuses de cette désagréable endémie, ce sont la grande activité physique, les fortes transpirations et l'influence des chaleurs humides. Aussi le moyen prophylactique le meilleur consiste à éviter, pendant les fortes chaleurs, les fatigues corporelles qui activent la transpiration cutanée. Le repos, l'inaction et les ablutions froides ou bains froids en constituent tout le traitement.
La complication la plus sérieuse de ces éruptions, ce sont les furoncles et l'anthrax qui envahissent non-seulement le corps, mais surtout le visage, et laissent après eux des cicatrices indélébiles.
Parmi les maladies éru prives doivent aussi se placer la rougeole, la scarlatine et la variole, qui, aujourd'hui cepen-
dant, font moins de ravages en Egypte qu'autrefois; la vaccine est pratiquée d'office dans toutes les prox Mes et dans tons les districts du pays. Les indigènes ont compris l'importance de ce moyen prophylactique.
Les autres maladies cutanées qu'on rencontre ire-
•. rament parmi la population indigène, ce sont, la lèpre vulgaire, les variétés d'eczéma, de lichen et de psoriasis. Noos n'imiterons pas M. Pruner-ÏVy. en rangeant les syphiltdes parmi les maladies de la peau, quoique nous ne dussions pas omettre de rappeler, à cette occasion, que les phénoi - satanés de la vérole ne sont ni plus fréquents ni ditterents en Egypte de ce qu'ils sont en Europe.
ephantiasis, siégeant principalement aux jambes et au tum, n'est pas ime maladie très-rare dans les provin de la basse Egypte. Et il nous a ete donne de constater des cas de récidives d elephantiasis du scrotum après des opérations pratiquées, depuis quatre ans et même depuis trois ans seulement.
Avant de continuer cette enumeration. nous allons essayer de retracer, dans les tableaux suivants, les principales causes des décès dans les hôpitaux indigènes de quelques localités de l'Egypte.
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