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Nous n'avons pas eu la prétention de comprendre dans les tableaux ci-dessus toutes les variétés morbides qui figurent dans les hôpitaux indigènes. Ce n'est d'ailleurs pas dans ces établissements hospitaliers, où les fellahs ne se résignent à entrer qu'à la dernière extrémité, qu'il faudrait chercher l'expression réelle de la constitution médicale du pays. Les affections, certes, les plus communes en Egypte, comme dans tous les pays du Levant, portent sur les premières voies. Ici, tout le monde est plus ou moins dyspeptique ; les troubles des fonctions digestives se traduisent sous toutes les formes, primaires, secondaires ou deutéropathiques. Comment, en effet, pourrait-il en être autrement dans une population aussi misérable, qui ne se nourrit que de crudités, d'herbages, de fromage et d'un pain lourd, indigeste et pauvre en principes azotés? Dans ces pays l'homme est, pour ainsi dire, un herbivore ; les rares repas où figurent des aliments empruntés au règne animal se composent de viandes fades, à fibres lâches et peu succulentes. De là, des causes nombreuses de gastrites, de gastralgie, d'entérites; et les conditions climatériques aidant , les fièvres gastriques et bilieuses surviennent pendant la saison chaude; la synoque, les fièvres éphémères, muqueuses, s'aggravant jusqu'aux typhiques, se montrent à leur tour en automne et en hiver.
Dans ce tableau général des pyrexies de l'Egypte, rentre bien évidemment cette forme légère des fièvres continues qui présentent quelques-uns des symptômes de la typhoïde, mais sans localisation des lésions anatomiques propres à cette pyrexie ; c'est une fièvre qui prostré, qui abat au début, comme cette maladie gi^avequi en est le type générique ; mais sa durée est beaucoup plus limitée, tant qu'elle reste
simple. Ces fièvres, qui donnent rarement lieu à des décès, laissent cependant ceux qu'elles atteignent dans une grande prostration des forces physiques et même intellectuelles ; leur convalescence est souvent très-longue et ne marche jamais mieux qu'après un déplacement. Il y a dans ces fièvres un caractère de spécificité qu'elles tiennent évidemment du climat chaud, tout comme dans les fièvres inflammatoires des Antilles, dont M. Dutroulau fait des fièvres légères, ou comme dans les fièvres climatiques de Jacquot. Elles ne sont pas dues à une septicémie aiguë, comme les fièvres typhiques des climats tempérés, ou à une intoxication plus active encore, comme le typhus des prisons, des bâtiments de transport, etc.; mais elles tiennent surtout, suivant nous, à cette modification lente de la crase du sang, que les climats chauds impriment à la masse du fluide nourricier. C'est donc une forme légère des fièvres typhiques propres aux pays chauds, à laquelle on oppose, comme traitement le plus rationnel, celui-là même que nous employons aujourd'hui , dans nos hôpitaux de France, d'Angleterre et d'Allemagne, contre les pyrexies continues.
Nous croyons à peine nécessaire d'ajouter que, dans les contrées palustres, tout comme dans la zone tropicale, il s'associe à ces fièvres le principe miasmatique ou zymotique de la malaria ; que de là naissent ces formes mixtes, ces fièvres climatiques que nos médecins de l'armée d'Afrique ont si bien observées. Ces affections, tout en revêtant alternativement des types continus, rémittents et intermittents, reconnaissent néanmoins les mêmes causes morbifiques, primordiales et pathogéniques des fièvres typhiques ; elles sont influencées seulement, temporairement et passagèrement,
par des conditions de climat ou de localité. Elles exigent, au début surtout, la médication évacuante; et c'est faute d'avoir méconnu ces indications que bien des médecins, nouvellement arrivés dans ces pays ou imbus d'idées systématiques, ont eu à enregistrer des insuccès. Le quinquina n'intervient avec avantage qu'alors que des rémissions se déclarent franchement.
Ces généralités étant posées, nous rappellerons, d'après les relevés des décès des hôpitaux indigènes du Caire et d'Alexandrie, que les fièvres gastro-entériques des pays chauds, que nous ne saurions mieux définir qu'en disant que ce sont des fièvres continues, muqueuses, bilieuses, anémiques et adynamiques, qui frappent les populations misérables à peu près également, pendant tous les mois de l'année, quoiqu'elles soient plus fréquentes pendant la saison la plus chaude, et que ces pyrexies forment les maladies prédominantes en Egypte. Ainsi, au Caire, elles sont à l'ensemble des causes de décès comme i : 3, 20, et, à Alexandrie, comme 1 : 3,8o. Si la proportion de ces fièvres .n'est pas la même à toutes les hauteurs du cours du Nil, le tableau suivant va nous servir pour en déterminer, approximativement du moins, le rapport qu'on constate dans la basse, la moyenne et la haute Egypte.
Tabl. XLll.
Mouvement, pendant les années 4S59-i860, dans les hôpitaux des villes de
BÉNISOUEF.
MOIS
1859. Juillet i.
- Août 2.
- Septemb. 3.
- Octobre 4.
- Novemb. 5.
- Décemb. 6.
1800. Janvier.
Février
- Mars Avril
- Mai
- Juin
Totaux .
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MALADIES PREDOMINANTES.
Fièvres typhiques
— gastro-entériques
Ophthalmie
Blessures
Fièvres typhiques
ls 1!) -21) 1S L2
SIOCT.
1859. Juillet 1.
- Août 2.
- Septemb. 3.
Octobre 4.
- Novemb. 5.
- Décemb. 6.
1860. Janvier 7.
— Février 8.
— Mars 9.
— Avril 10.
— Mai 11.
— Juin 12.
Totaux .
Fièvres gastro-entériques .
Syphilis
Fièvres gastro-entériques .
Diarrhées
Fièvres gastro-entériques.