‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 62 sur 77 · CD CD · texte numérisé non relu

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En comparant le nombre des malades atteints de fièvres gastro-entériques et bilieuses à la totalité des malades traités à l'hôpital européen, pendant les dix-huit dernières années, on trouve le rapport de i : 5,84, qui est un peu inférieur à celui que nous avons constaté ci-dessus, dans la population indigène. La même chose se présente, à peu près, pour les fièvres typhiques, puisque le rapport entre celles-ci et l'ensemble des maladies observées à l'hôpital européen d'Alexandrie n'est que de i sur 47,50, rapport inférieur également à celui fourni par les hôpitaux indigènes. Mais les pyrexies qui travaillent dans une forte proportion les étrangers en Egypte, ce sont les fièvres palustres, dont le rapport à la totalité des malades de l'hôpital d'Alexandrie est comme i : i5,58.

La mortalité est loin d'être la même dans ces diverses maladies. Tandis que le chiffre des décès, par rapport au nombre des admissions, est comme i : i3,3i, le rapport des morts est à celui des malades atteints de fièvres gastriques, bilieuses, comme i : 21,99, et celui des fièvres intermittentes, seulement comme 1 : 3i,o6. La mortalité devient effrayante quand il s'agit des fièvres typhiques proprement dites, car le rapport des décès aux malades est comme 1 : 4?^2> toujours d'après les relevés de l'hôpital européen d'Alexandrie, que nous n'invoquons que sous toute réserve.

La dyssenterie, qui fait encore de très-grands ravages sur les rives du Nil, comme d'ailleurs dans la plupart des autres pays chauds, contribue à la mortalité dans une forte proportion. Sur 363 autopsies, M. le professeur Griesinger a trouvé 186 cas de dyssenterie, dont 96 rentraient dans la forme primaire ou idiopathique, et dont 90 étaient secon-

daires on deutéropathiques. Pour cet observateur, la dyssenterie et l'ophthalmie sont les deux maladies vraiment endémiques en Egypte. Nous aurions voulu seulement que le médecin allemand nous expliquât nettement ce qu'il entend par dyssenterie idiopathique.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de cette question de théorie, nous nous trouvons conduit, par nos propres relevés, à admettre que les décès ont été, au nombre des malades traités pour la dyssenterie, comme i : 5, 98. Mais, chose incroyable, cette forte proportion de décès par les fièvres typhiqnes et par les dyssenteries est encore dépassée, d'après ces données de la statistique, par les ravages de la phthisie! On meurt donc de phthisie, en Egypte? Nous réservons cette grave démonstration pour le chapitre suivant.

D'après les auteurs qui ont écrit sur les maladies de l'Egypte, la proportion des fièvres paludéennes et typhiqnes aurait une certaine liaison avec cette autre forme du typhus qu'on appelle la peste. Nos documents ne vont pas plus loin que l'année 1 844» époque jusqu'à laquelle ce fléau se montrait fréquemment dans la vallée du Nil, sans dépasser toutefois la première cataracte. M. Pruner-Bey fait remarquer, avec une certaine autorité, que la peste de 18^0 était précédée de fièvres palustres plus nombreuses et de typhus abdominaux ou fièvres typhoïdes, plus fréquentes alors que les autres années. Cette cruelle épidémie manquant dans l'Orient depuis vingt ans, depuis qu'on a appris à mieux l'observer, nous n'avons rien à ajouter à ce qu'on a écrit sur cette maladie. Nous croyons seulement devoir faire remarquer, à cette occasion, que l'épidémie qui a sévi à Bengahsi et dans la régence de Tripoli (Barbarie), en 1 858, et qui,

sous le nom de peste de bengahsi, a tant épouvanté les populations du Levant, n'a été qu'un typhus de misère, comme ceux qui régnent parfois en Irlande, et qui, d'ailleurs, se montrent assez fréquemment parmi les populations si malheureuses qui vivent sur les côtes de Barbarie ; et cela, surtout, à la suite delà famine qui les réduit souvent à se nourrir, non-seulement des herbes maigres de leur désert, mais encore de la chair et des os d'animaux qu'ils déterrent autour de leurs campements.

La forte proportion des dyssenteries que nous trouvons dans les relevés de l'hôpital européen d'Alexandrie, et qui n'est pas moins considérable parmi les indigènes, nous amène naturellement à parler du chiffre des malades qui souffrent du foie. Les maladies hépatiques sont un peu moins nombreuses que les dyssenteries, puisque, d'après le tableau XLIII, le rapport de celles-ci est à la totalité des malades de l'hôpital européen, comme 1 : i5,i3, tandis que celui des maladies du foie est comme i : 16,74. Le rapport devient inverse quant à la gravité de ces maladies ; ainsi les décès par dyssenterie sont à la totalité des malades atteints de cette affection comme 1 : 5,98, et ceux par maladies du foie comme 1 : 5,86.

Si nous empruntons au relevé des malades que nous avons soignés à l'hôpital arabe d'Alexandrie, en 1860, la proportion des décès parmi les dyssentériques, nous obtenons le rapport énorme de 1 décès pour 1 , 1 1 malades atteints de dyssenterie.

Il nous suffira d'ailleurs, pour prouver combien le mouvement des hôpitaux égyptiens exprime peu l'état de la constitution médicale d'une localité, de renvoyer au tableau relatif au mouvement qui a eu lieu dans la division des

femmes et des enfants de l'hôpital arabe d'Alexandrie pendant que nous en avions la direction.

Tabl. XLIV. — mouvement des malades de (a division des femmes et des enfants de l'hôpital arabe d'Alexandrie en 1860.

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