‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 63 sur 77 · GENRE DE MALADIES · texte numérisé non relu

GENRE DE MALADIES

Entrés.

Morts.

Entrés.

Morts.

Entrés.

Morts.

Maladies chirurgicales. . .

Fièvres (gastriq. bil. typh.) .

Maladies inflammatoires..

— chroniques. . .

Folie (maladies mentales) .

Maladies cutanées . . . .

— syphilitiques. . .

Totaux. . . .

Quelque restreint que soit ce relevé, il tend cependant à faire ressortir quelques erreurs qui ont assez cours sur la pathologie de l'Egypte. Ainsi, on dit généralement que la folie est tellement rare dans ce pays qu'on a de la peine à y en rencontrer quelques cas ; tandis que les maladies de la peau y seraient extrêmement communes. Or, d'après le tableau cidessus, il y aurait une affection mentale sur a5 malades, tandis qu'il n'y aurait qu'une maladie cutanée sur 4o ma-

lades. Encore faut-il remarquer que les fous indigents, de toutes les provinces de l'Egypte, sont concentrés dans un asile commun, qui est au Caire, et que ce n'est qu'exceptionnellement que l'hôpital arabe d'Alexandrie en contenait. Nous les retenions le plus que nous le pouvions, surtout quand nous avions des formes aiguës. C'est peut-être ici l'occasion de rappeler que, sur ces huit cas, il y avait une démence sénile et deux cas d'idiotie; les autres formes de maladies mentales rentraient dans la manie puerpérale, dont nous avons reçu quatre cas; l'autre forme rentrait dans le délire partiel.

S'il est vrai que les maladies de la peau se présentent assez rarement dans les hôpitaux égyptiens, cela ne veut pas dire que cette classe d'affection soit réellement rare en Egypte. Nous savons que les Arabes aiment trop peu l'hôpital pour y venir chercher des soins contre leurs maladies de la peau, qui les tourmentent peu et dont on ne les guérit que rarement.

La syphilis est très-répandue dans les villes échelonnées sur les rives du Nil, depuis Alexandrie, ou plutôt le Caire, jusqu'à la deuxième cataracte ; et Karthoum même, dans le Soudan, serait fortement envahi par la vérole, d'après les renseignements du médecin sanitaire de cette ville. Si nous tenons compte de l'origine des femmes syphilitiques que nous avons soignées à l'hôpital arabe d'Alexandrie, nous trouvons que, sur 38 malades, il y a eu :

Egyptiennes ou fellah a5

Négresses 5

Turques 3

Syriennes 2

Moldaves i

Juives 2

Les ophthalmies sont très-fréquentes en Egypte, comme on Je sait partout, et parmi les étrangers presque autant que parmi les indigènes. Le rapport des maladies de l'œil, traitées à l'hôpital européen d'Alexandrie , à celui des malades de toute autre affection est comme i : 17; cette proportion est presque aussi forte que celle des maladies du foie et de la dyssenterie. Cependant il est bien évident que les maladies des yeux sont aujourd'hui moins fréquentes et moins graves parmi les indigènes, qui ont appris, au contact des Européens, à soigner mieux et plus tôt les ophthalmies dont l'issue était si grave autrefois (1).

§ III. Des affections de la poitrine , de La tuberculose et de la scrofule, en Egypte.

Dans les pays chauds, dit Hippocrate, quelque part, dans son traité des airs, des eaux et des lieux, les habitants sont condamnés aux diarrhées, aux dyssenteries, aux convulsions et aux ophthalmies humides, tandis que les affections pulmonaires n'y sont pas fréquentes ; encore faudrait-il ajouter que la physionomie de ces maladies est bien différente de celle qu'elles présentent dans la zone tempérée et dans les contrées septentrionales de l'Europe. Le relâchement des tissus et le peu de tonicité des organes, qui résultent du séjour dans un climat chaud, garantit l'organisme animal des

^1) Nous aurons occasion de prouver ailleurs que l'oplithalmie d'Egypte est un mythe ; que les inflammations de la muqueuse de l'œil , quoique très-communes dans ce pays, rentrent tout naturellement dans les variétés des conjonctivites admises et décrites partout ; qu'elles sont liées peut-être moins aux conditions climatériques qu'à l'hygiène, et qu'enfin elles réclament le même traitement en Egypte qu'ailleurs. Dr B. S.

inflammations aiguës et franches. Les pneumonies sont extrêmement rares; c'est à peine si l'on en signale quelques eas pendant les mois d'hiver, à la suite de brusques variations dans les conditions météorologiques. Ainsi, M. Pruner-Bey n'en a observé, pendant son séjour en Egypte, que dans les hivers de i83a et de 1 844? qui se caractérisaient surtout par une constitution inflammatoire. Ce sont principalement les nègres qui sont atteints d'inflammations aiguës de la poitrine ; les indigènes en souffrent moins, et les Européens ne contractent que très-rarement des affections franchement aiguës des voies respiratoires. Nous-même, depuis quatre ans que nous habitons ce pays, nous n'avons jamais rencontré de pneumonie franche. Il existerait, suivant M. Primer, une forme adynamique qui frappe les constitutions affaiblies, et, d'une manière particulière, les noirs ; les malades qui en sont atteints tomberaient dans un état de torpeur, presque semblable à la stupeur typhique. C'est probablement cette variété qui a fait admettre à M. Griesinger une fièvre broncho-pneumo-typhique, distincte des autres espèces de fièvres continues. Ces sortes de distinctions n'ont aucune raison d'être, et le savant professeur de Tùbingen, qui avait été amené à créer ces subdivisions, après un séjour de dix-huit mois en Egypte, y a sagement renoncé depuis. Nous ajouterions même volontiers que les pneumonies secondaires sont encore très-rares en Egypte; il est tout exceptionnel de voir se développer une fluxion de poitrine, dans le cours même d'une fièvre typhique.

De toutes les affections de la poitrine, les bronchites sont évidemment les plus fréquentes dans les pays du Nil, tant parmi les indigènes que parmi les étrangers. Ces affections.

plus ou moins catarrhales, se déclarent plus particulièrement parmi les noirs qui immigrent en Egypte des contrées méridionales de la Nubie, du Soudan et de l'Abyssinie. C'est ainsi qu'il faut expliquer cette forte proportion d'affections de la poitrine observées à Kéneh, en 1860, d'après le tableau XLII. Le rapport entre cette maladie et l'ensemble de toutes les autres est comme 1 : 8. La mortalité même a été trèsgrande, cette année-là, parce que des régiments de nègres venus du Soudan avaient été casernes à Kéneh. Dans les autres villes de la haute Egypte, il existerait à peine quelques cas de bronchite, d'après les documents que les médecins des provinces adressent à l'intendance sanitaire d'Alexandrie.

Les proportions de cette maladie sont différentes dans la mortalité du Caire et dans celle d'Alexandrie; il y aurait, dans la première de ces villes, 1 cas de maladie de la poitrine sur 100 décès, mais, à Alexandrie, le rapport est de ii,5 sur 100, d'après les relevés des hôpitaux indigènes. Dans l'hôpital européen d'Alexandrie, le nombre des affections de la poitrine esi à l'ensemble des admissions comme 1 : 32,27, et la mortalité, parmi cette classe de malades, est à la mortalité générale comme 1 : 34,33, ou bien il y a 3 décès parmi les malades affectés de la poitrine sur 100 décès. La proportion est moins forte, par conséquent, parmi les Européens que parmi les indigènes d'Alexandrie, mais elle est bien plus faible encore au Caire, comme cela ressort des tableaux XL et XLI.

La dyscrase sanguine qui constitue la base de la production hétérogène qui forme le tubercule, ne diffère pas, suivant les pathologistes modernes, de celle qui engendre la scrofule ; la diathèse scrofuleuse est à la tuberculeuse ce que

l'enfance est à l'âge adulte. Dans toute constitution où le système lymphatique prédomine, comme dans l'enfance, la masse tuberculeuse tend à se déposer dans les ganglions lymphatiques, surtout dans ceux du mésentère, comme aussi dans ceux du poumon, de la rate, dans les os et dans les cavités articulaires; d'un autre côté, il arrive très-souvent aussi, dit M. le professeur Bock (i), que la scrofule finit par une méningite tuberculeuse. En outre, la constitution élémentaire de ces produits hétérogènes, leur symptomatologie et leur thérapeutique sont absolument identiques; ce qui distingue la tuberculose de la scrofule, c'est seulement le terrain. La pathologie de l'Egypte servira de preuve à l'appui de l'opinion que nous venons d'avancer.

Il n'est pas rare, suivant M. Pruner-Bey, de voir en Egypte la scrofule coexister avec la tuberculose, et cela sans qvie la phénoménisation et la marche de la forme morbide complexe offrent des caractères distincts de ceux de l'évolution simple d'une diathèse tuberculeuse. Cet auteur va même jusqu'à poser en principe cet antagonisme, qui lui fait dire que plus une race est disposée aux ravages de la scrofule, plus est bornée chez elle la tuberculisation. Ce sont surtout les pays à nègres, les quartiers humides, malpropres et mal aérés des centres populeux de l'Egypte qui présentent le plus de scrofuleux. Le tableau suivant donne un faible aperçu du rapport de la mortalité par scrofule, par phthisie et par d'autres affections chroniques dans les races blanches et noires :

(i) Lehrbuch der patfiologiichen Analomie. Leipzig. i852.

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Dans la population égyptienne qu'on nous représentait heureuse autrefois, sous les dynasties des pharaons, sévit de père en fils, avec son hideux aspect, cette scrofule meurtrière qui ravage l'enfance, à tous les degrés de l'échelle sociale, et qui laisse échapper à peine quelques victimes que la tuberculose atteint, dans une période plus avancée de la vie, souvent alors seulement qu'elle a transmis en germe son triste héritage à une nombreuse famille. Celle-ci, à son tour, végète péniblement et arrive rarement à maturité. De là vient qu'on dit, avec une apparence de raison pour des esprits vulgaires et superficiels, que les maladies tuberculeuses sont moins communes dans ce pays que dans bien d'autres. Mais les observateurs non prévenus, les critiques indépendants et consciencieux, qui ne se laissent pas éconduire par des apparences, sont amenés, par des données moins vagues, à soupçonner que les climats chauds doivent délabrer les constitutions et que, par conséquent, ils prédisposent aux cachexies tuberculeuses et scrofuleuses. « La plupart des médecins, dit M. Michel Lévy (i), qui ont pratiqué dans les climats intertropicaux, ont constaté le maléfice pour les personnes affectées de phthisie naissante, ou simplement prédisposées à cette maladie. » Nous ajouterions volontiers qu'il arrive souvent, dans ces cas, que la tuberculisation a agi comme moyen destructeur, secondaire ou supplémentaire de la scrofule, et que, naturellement, elle ne peut sévir que sur la proportion de ceux que cette dernière maladie n'a pas emportés. Or nous avons démontré plus haut que plus de la moitié des enfants qui naissent en Egypte meurent avant l'âge de dix ans.

(i) Traite d'hygiène publique et privée. Paris, 1857.

Si done nous nous reportons aux tableaux (XL et XLI), qui donnent le relevé des décès dans les hôpitaux indigènes du Caire et d'Alexandrie, nous voyons que, dans la première de ces villes, il y a eu, en i85g, i décès d'enfant sur 2,21 décès de la mortalité générale; dans la seconde même sur i,58; que les causes de cette forte proportion de mortalité paraissent pouvoir être rapportées, en grande partie, à des désordres qui occasionnent des convulsions, expression vague qui ne nous apprend rien, si ce n'est que les phénomènes ultimes qui accompagnent la mort des enfants consistent très-souvent dans des mouvements convulsifs. Il est vrai que nous ne possédons aucun document qui nous permette de déterminer, avec quelque exactitude, quelle est la proportion des enfants qui meurent par suite des désordres de la scrofule et de la phthisie, en Egypte. Dans les relevés ci-dessus, nous ne trouvions enregistrés, parmi les 14,986 décès du Caire, que 3o scrofuleux, soit 1 sur 499? et> Parmi 'es 6,3 1 3 décès d'Alexandrie, 16, ou 1 scrofuleux sur 3g4 décès. Mais la plupart des décès par convulsions, par marasme, et même beaucoup de ceux rapportés aux diarrhées chroniques et aux dyssenteries peuvent être attribués à la diathèse scrofuleuse. Que d'enfants on rencontre dans ce pays avec d'énormes ventres et des membres grêles, décharnés, qui peuvent à peine soutenir leur corps informe! Ce sont autant de scrofuleux. Ainsi grossi, le chiffre de la mortalité des enfants, par vice scrofuleux , nous semble l'emporter sur toutes les autres causes probables de décès. Des faits analogues ont conduit M. Pruner-Bey à professer également cette même opinion.

Les quelques fragments d'écrits que nous ont laissés les

(irecs et les Romains, sur les anciens Egyptiens , nous apprennent que ceux-ci avaient non-seulement des médecins particuliers pour les maladies de chaque région dn corps, mais qu'ils possédaient aussi des médicaments pour chaque variété de maladie ; nous savons, par exemple, qu'ils opposaient à la phthisie l'huile de raifort. L'existence de cette maladie, en Egypte, remonte donc à une époque reculée. Mùhry admet vaguement que la phthisie est rare en Egypte, tandis qu'il dit que la scrofule y est commune. C'est précisément la rareté réputée de cette affection qui a porté M. Pruner-Rey à rechercher dans quelle proportion cette maladie se présente dans la population variée de ce pays. 11 donne, comme résultat de ses investigations, que la phthisie atteint les étrangers qui viennent de contrées plus méridionales du Nil, les nègres, les Abyssins, les Nubiens, etc. ; que, parmi les indigènes, ce sont surtout les soldats qui deviennent phthisiques ; que les juifs y sont moins prédisposés, mais que la plus faible proportion se présente parmi les Européens, les Turcs, les Syriens, etc. M. le professeur Griesinger a rencontré, sur 1 087 malades traités à sa clinique de l'hôpital arabe du Caire, 16 phthisiques; il y avait donc 1 phthisique sur 67,94 malades; la plupart, ditil, sont morts dans l'année. Des statistiques qui arrivent à de tels résultats prouvent combien le séjour en Egypte est peu favorable aux poitrinaires.

M. Rochard fait remarquer, à cette occasion, que cette proportion dépasse celle des troupes anglaises aux Antilles, à Sainte-Hélène, à Maurice, à Malte, dans tous les points considérés comme nuisibles aux tuberculeux. Nous ne rechercherons pas comment il se fait que le médecin allemand, si peu

soucieux de la saine logique, recommande néanmoins le climat de l'Egypte aux phthisiques, pendant l'hiver.

La lecture que nous venons de faire d'un compte rendu que M. le docteur Reil a publié dans les Archives de R. Virchow (i), sur les malades qu'il a reçus et soignés dans sa maison de santé du Caire, depuis l'automne de 1860 jusqu'au printemps de 1861, ne nous engage pas à préconiser le séjour en Egypte pour les phthisiques; ce travail confirme, au contraire, notre manière de voir sur le climat de ce pays.

Le rapport du docteur Reil est basé sur 25 observations dont il reproduit un résumé beaucoup trop succinct pour qu'on puisse se former une opinion propre et personnelle sur le diagnostic qu'il pose. Nous croyons volontiers au caractère d'honorabilité du médecin allemand, qui nous est personnellement connu (a), et nous n'hésitons pas à admettre son diagnostic, regrettant seulement de ne pas le trouver toujours assez nettement formulé pour chacun de ses malades.

Les malades que le médecin allemand a soignés dans sa

1 | Arcliiv fur palhologische Anatomie unrl Physiologie, und fur klinische Médian. T. XXIV, Hft. I et II, p. 33. Berlin, 1862.

(2) M. Reil dit qu'il s'abstient de porter un jugement sur des malades qui se sont confiés à des médecins français, anglais, grecs et italiens, parce que les relations confraternelles sont impossibles en Egypte. M. Reil se trompe. Les rapports entre médecins, il est vrai, sont difficiles un peu partout; mais, malgré cela, nous avons réussi, comme promoteur de l'Institut égyptien, à effacer bien des aspérités et à réunir, deux fois par mois, nos confrères honorables et dévoués à la science, qu'ils fussent Italiens, Grecs, \nglais ou Français. Seuls, les médecins allemands qui exercent en Egypte n'ont rien l'ait pour la prospérité de cette institution scientifique. Dr B. S.

— 3*9 — maison de santé ont tons souffert pins ou moins de la poitrine; il y avait :

m affections tuberculeuses, 8 catarrhes chroniques, 3 pleurésies chroniques, i bronchite chronique, 2 syphilis constitutionnelles, i hémoptysie.

Sur ce nombre de malades il y a eu (j décès, savoir : 7 par suite de tuberculose nettement dessinée, et 2 où l'on n'avait constaté que les signes d'un catarrhe chronique. Y avait-il également des tubercules chez ces individus? M. Reil, qui n'a pas pratiqué d'autopsie, ne peut l'assurer (1). Six de ces décès ont eu lieu dans la maison de santé même, et cela déjà durant l'hiver; les trois autres décès sont arrivés dans le courant de l'année 1861 , mais hors de l'Egypte.

Si un compte rendu de cette nature est peu fait pour attirer des malades, surtout des phthisiques, en Egypte , il prouve du moins un certain courage chez le médecin allemand ; et nous, qui connaissons aussi le pays, le peu de res-

(1) Parmi les excuses que donne M. Reil de n'avoir pas fait d'autopsie, il cite le mauvais vouloir de ses confrères du Caire et surtout la difficulté de les pratiquer à l'hôpital arabe, parce qu'il faudrait « demander l'autorisation au directeur, qui est un médecin français [c'était alors M . Burguiires) qui est opposé aux allemands et qui est absent d'ici souvent des semaines entières, voyageant à la suite d'un pacha dont il est le médecin. » Ces motifs non-seulement ne sont pas dictés par des sentiments de bonne confraternité, et prouvent le peu de cas que M. Reil fait des rapports confraternels, mais encore ils ne peuvent être acceptés par ceux qui connaissent l'Egypte.

sources qu'il offre à des malades et à des valétudinaires, nous lui savons gré d'avoir fondé un établissement d'une utilité incontestable, si ce n'est pour les poitrinaires que nous n'enverrons jamais sur les rives du Nil, au moins pour le grand nombre de malades qui souffrent d'affections catarrhales, principalement des voies respiratoires, et qui se trouvaient bien en Egypte.

Quel que soit le degré de confiance qu'on puisse accorder aux documents que nous avons empruntés à l'administration égyptienne, qui est loin d'être sous Said-Pacha ce qu'elle était, grâce à Clot-Bey, sous Méhéniet-Ali , nous y faisons appel néanmoins, faute de mieux. On est vraiment frappé, en jetant les yeux sur le tableau XL, de l'énorme proportion des phthisiques qui meurent au Caire, i sur 7,1 5 décès, rapport plus grand que celui de Londres, et peu inférieur à celui de Paris, où cette maladie sévit cependant avec une si grande intensité! Il est juste de rappeler, à cette occasion, «pie la population du Caire est un mélange des nationalités les plus diverses et des peuplades les plus disparates, les plus éloignées par leur origine; ce sont surtout les noirs et les étrangers venant du haut cours du Nil qui affluent dans cette capitale. Il nous paraît ensuite certain qu'on a compris parmi les phthisiques presque la totalité des décès causés par les affections de la poitrine. En effet, la colonne affectée à ce genre de maladies ne contient que des chiffres insignifiants, tandis que dans le tableau XLI, qui se rapporte à Alexandrie, la proportion des décès attribués aux maladies de la poitrine esta la mortalité générale comme 1 : 8,67. I^a phthisie, parmi les indigènes de cette ville, quoique ne faisant pas de ravages aussi considérables que ceux relevés au

Caire, figure encore dans la proportion de i sur 26,52 décès. Ces rapports diffèrent parmi les populations européennes, car nous trouvons, d'après le tableau XLIV, que les malades traités à l'hôpital européen, pour des maladies du poumon, sont à l'ensemble des admissions comme 1 : 32,27, et les décès attribués à ces maladies sont à la mortalité entière comme 1 : 34,33. Les ravages de la phtbisie, parmi les étrangers, d'après les relevés de l'hôpital européen d'Alexandrie, paraissent être encore légèrement plus forts que ceux que M. Griesinger a constatés à l'hôpital arabe du Caire; le nombre des malades qui y ont été traités, pour la phthisie, est à toutes les admissions comme 1 : 64,80, et le nombre des décès parmi les phthisiques est à celui de la mortalité entière de cet hôpital comme 1 : 1 1 ,o3.

Nous ne possédons que des documents insignifiants sur les autres localités de l'Egypte, et nous pouvons à peine rappeler que nous avons rencontré, dans notre voyage de la haute Egypte, des poitrinaires à toutes les stations, à Kéneh, à Esneh et à Assouan. Ce que nous regrettons le plus, c'est de ne pouvoir déterminer, quant à présent, le rapport dans lequel succombent les races des noirs, des juifs, des Levantins, des Turcs, etc., qui peuplent les divers points de la vallée du Nil. Toutefois, voici .dans quelle proportion la phthisie et les maladies de la poitrine se sont présentées, à l'hôpital européen d'Alexandrie, suivant les diverses nationalités :

Tabl. XLVI. — Classement, par nationalités , des plithisics et maladies pulmonaires, traitées à l'hôpital européen d'Alexandrie pendant iS années.

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