PULMONAIRES
Entrés.
Morts.
Après avoir constaté que la phthisie sévit en Egypte, on trouve qu'elle agit d'une manière différente, suivant qu'on porte ses investigations sur un grand centre de population, comme la sale ville du Caire, ou bien sur de simples bourgs,
comme Kéneh, Esneh, Assouan; nous pouvons même tenter de chercher quels sont les mois auxquels correspond la plus forte proportion de décès, par suite d'affections de la poitrine et de phthisie. Nous voyons , d'après les tableaux cidessus, qu'au Caire et à Alexandrie ce sont les mois d'hiver qui sont le plus funestes à ces malades. M. Pruner-Bey dit que, dans les hivers de i832 et de 1837, le tiers des cadavres , dans les hôpitaux militaires du Caire, provenait de tuberculeux! Mais il ajoute que la mortalité, parmi les phthisiques, quoique étant plus considérable en hiver, a lieu également en été, surtout quand la constitution médicale est inflammatoire; nous disons, toutefois, que c'est là une condition anomaie en Egypte.
Le médecin allemand ne peut guère trouver salutaire l'influence du climat de l'Egypte sur les étrangers, puisqu'il dit qu'il ne connaît aucun cas où des malades venus du dehors , avec une phthisie déclarée , se soient rétablis. Depuis quatre ans que nous sommes en Egypte, nous avons vu un grand nombre de malades européens, soit à l'hôpital, soit dans notre dispensaire, soit en ville, et, nous le déclarons avec toute franchise, jamais nous n'avons vu un phthisique se remettre , nous ne disons pas guérir. Nous tenons à honneur d'ajouter que la maladie déclarée prend, dans ce pays, une marche rapide et arrive promptement à une terminaison funeste. La fonte tuberculeuse une fois commencée, la désorganisation s'accélère avec une vitesse effrayante, en même temps aussi l'appétit se perd complètement, et des selles collicatives viennent mettre fin à l'existence.
L'humidité jointe à la chaleur semble surtout être trèsfuneste aux malheureux phthisiques qui viennent passer
l'hiver en Egypte. Mais ce sont surtout les malades prédisposés aux hémoptysies qui doivent redouter le séjour sur les rives du Nil ; s'ils étaient surpris, sur ce fleuve ou même dans les villes de ce pays, par les vents du désert, ils pourraient être enlevés par des hémorrhagies foudroyantes. Nous avons vu des phthisiques qui ont été chassés, par ces vents de Sud, dès la fin de février. D'ailleurs l'air, qui est presque constamment chargé d'une poussière fine, pour ainsi dire impalpable, a une action fâcheuse sur les affections du larynx, comme sur celles des bronches (i). M. Pruner-Bey considère cette poussière fine comme ayant une grande part dans la dégénérescence tuberculeuse qu'on observe en Egypte, tant parmi les hommes que parmi les espèces animales.
En nous basant donc, d'une part, sur les conditions climatériques de l'Egypte, et, d'autre part, sur les données de l'observation pathologique, nous croyons, après les détails dans lesquels nous sommes entré, pouvoir formuler et poser en principe cette proposition que nous adressons à nos confrères qui savent entendre et qui veuillent comprendre : Dès que votre malade montre des signes non équivoques de la tuberculose, gardez-vous de l'envoyer en Egypte. Cette proposition ainsi formulée ne s'éloigne pas beaucoup des conclusions suivantes du travail de M. Rochard : « Les pays « chauds, envisagés dans leur ensemble, exercent une in- « fluence fâcheuse sur la marche de la tuberculisation puise monaire et en accélèrent le cours.
« Ceux qui sont situés sous la zone torride ( les pays
(i) Nous pourrions rappeler plus d'un cas malheureux de ce genre; mais, cependant, nos faits ne sont pas assez nombreux pour que nous puissions en former la base d'une statistique imposante.
« chauds proprement dits) jouissent surtout de cette fà- « cheuse prérogative, et le séjour doit en être formellement « interdit aux phthisiques. L'opinion unanime des médecins « en chef de nos colonies et des colonies anglaises, les sta- « tistiques comparées des troupes coloniales et des régi- « ments d'Europe dans les deux pays, la fréquence de la « phthisie dans nos stations intertropicales, dans les com- « mandements anglais, situés sous la même latitude, une «foule d'observations particulières, le démontrent de la « manière la plus positive : l'examen de chaque localité en « particulier le confirme (i). » L'Egypte entre en partie dans cette zone; nos relevés de la mortalité le prouvent bien.
Nous n'ignorons pas quelle large part il convient de faire aux erreurs de diagnostic. Que de malades sont envoyés en Egypte, ou dans d'autres pays chauds, avec la triste épithète de poitrinaires, et qui cependant se remettent, après une ou plusieurs saisons, sous l'influence de l'exercice physique que la douceur du climat leur permet de faire journellement, et par suite du retour de l'appétit et d'une alimentation substantielle ! C'est que là il ne s'agissait pas de phthisiques, et il nous est arrivé, plus d'une fois, de visiter de ces prétendus échappés à l'inexorable tuberculose, chez lesquels nous n'avons pu constater que des désordres se rapportant à une dyspepsie arrivée au second et au troisième degré, tandis que le poumon, dont la capacité normale nous était donnée par notre spiromètre, ne présentait nulle trace de tuberculisation, soit ancienne, soit récente ! Nous ne craignons pas de dire que les phthisiques qui sont venus en Egypte, dans un état où la
T Lac. cit.
diathèse était évidente, y sont morts ; que ceux qui ont recouvré la santé, après y avoir passé un hiver ou deux, n'étaient pas atteints de tuberculisation, et que ceux qui ont bien supporté l'influence de ce séjour se trouvent simplement dans une prédisposition à la phthisie, plus ou moins éloignée. Il existe donc des malades pour lesquels le climat de l'Egypte semble ne pas être funeste?
Au premier rang des voyageurs que nous n'hésiterions pas d'envoyer en Egypte, pendant la saison froide, nous plaçons cette grande classe de valétudinaires dont la constitution a été détériorée par les maladies, les excès de travail et autres, et qui, sans lésion apparente, ont besoin de trouver, dans le milieu ambiant, une température douce, supplémentaire de celle que leur économie est capable de produire. Voilà les genres de consomption qu'on peut envoyer avec avantage sur les bords du Nil, comme du reste dans la plupart des stations hibernales préconisées ; voilà les phthisiques qu'on a vus guérir en Egypte. N'oublions pas cependant que, parmi ces valétudinaires mêmes, il faut exclure ceux qui seraient disposés à contracter des diarrhées, la dyssenterie, et surtout ceux qui seraient menacés d'affections du foie, ou qui présenteraient des désordres dans le système circulatoire.
Au point de vue des conditions climatériques de l'Egypte, on pourrait encore en conseiller le séjour, pendant l'hiver, à des malades qui souffrent d'affections catarrhales des voies respiratoires, comme aussi de l'appareil uro-poétique. Les bronchites chroniques simples ou catarrhales se trouveraient bien d'un voyage sur le Nil, pendant l'hiver, s'il était possible d'allier à ces excursions un peu de ce confortable dont
les malades européens ont besoin d'être entourés. Il est inu tile, croyons-nous, d'insister davantage sur toutes les contreindications que présente le climat de l'Egypte; elles ressortent des généralités que nous avons exposées dans les chapitres précédents.
§ IV. De la mortalité par phthisie, en Egypte, comparée avec celle d'autres stations d'hiver.
Le résultat qu'attendait Laënnec de l'anatomie pathologique pour confirmer ses vues sur la marche de la phthisie, dans les zones différentes, ne nous a pas encore convaincu que la maladie de poitrine soit plus manifeste dans les pays froids, comme le pensait ce grand maître, ni qu'elle soit latente dans les pays chauds. « Les médecins anglais, dit M. « le professeur Andral, qui ont écrit sur les maladies des « pays équatoriaux, sont tous d'accord pour affirmer que les « étrangers qui abordent en particulier aux Indes occiden- « taies, avec une disposition phthisique, voient très-promp- « tement leurs accidents de poitrine s'exaspérer. » Le savant professeur ajoute même qu'en Europe l'été des contrées chaudes est funeste aux affections de poitrine. Il professe, depuis longtemps , que la phthisie pulmonaire se montre sous toutes les latitudes ; que sa fréquence n'est en rapport direct ni avec l'abaissement, ni avec l'élévation de la température ; cette maladie, dit-il, acquiert son maximum de fréquence dans les contrées où existent continuellement de grandes et irrégulières variations de température (i). Toute-
(i) Traité de l'auscultation médiate, commt. T. II, p. 162.
fois la géographie médicale nous indique, dans les différentes zones terrestres, des étendues variables qui semblent être exemptes de maladies tuberculeuses. Ainsi, sous les tropiques, la phthisie serait absente à Ceylan et dans l'Hindoustan ; elle manquerait même sous le ciel tempéré de l'Europe, dans les steppes de Kirgis; et, vers le pôle nord, l'Islande et le pays des Esquimaux ne renfermeraient point de phthisie. Mais qui a jamais songé à envoyer, dans ces pays si fortunés, des poitrinaires ou des malades prédisposés seulement à la phthisie ?
Fodéré, ayant observé la marche de la phthisie à Nice, croit que cette maladie s'accommode mieux des climats tempérés que des climats chauds; et le docteur Johnson ajoute : « Quoique je ne partage pas l'opinion émise, en thèse générale, par Fodéré, je ne doute pas cependant que cette cause ne précipite la fatale catastrophe, après une certaine période de développement des tubercules, surtout lorsque la suppuration a commencé (i). »
Pour apprécier le degré d'influence que peuvent avoir sur le développement de la phthisie les climats partiels dont nous avons étudié successivement les éléments constitutifs, nous allons rapporter, dans un tableau sommaire, les ravages que cette maladie fait, d'après des relevés généraux, dans les diverses stations recommandées, comme séjour hibernal, pour les poitrinaires.
(i) Loc. cit., Taylor, p. i36; Change of air, by J. Johnson.
Tabl. XLVHI. — malades et décès par phtliisie dans diverses localités.
STATIONS
Algérie. Alger.,
Egypte. Caire. Sur la popul. entière. .
— — A l'hôpital arabe. . .
— Alexandrie. Indigènes. = . .
— — Colonie europ. .
Population agglom. .
Européens civils. . .
Armée
Musulmans
Pour la popul. entière.
Hôpital militaire. . .
— Blidah
— Bône
— Alger, Bône, Oran, Constantine
— Tlemcen, Blidah, Orléans-Ville, Undéah, Constantine
Madère , à Funchal
— à l'hôpital Maria- Amelia.. .
— sur la population civile. . .
Païenne, hôpital des phthisiques. . .
Malte
Naples ». .
Borne
Nice
Venise
Pau
Hyères.
Malaga.
Londres .
Paris. .