OBSERVATEURS
M. Schnepp.
M. Griesinger.
M. Schnepp.
M. Mitchell.
M. Broussais.
M. Finot.
M. Moreau.
M. Mitchell.
M. Mitchell.
M. Barrai.
M. Pitta.
M. Kampfer.
M. Vivenot.
M. Clark.
M. Journé.
M. Journé.
M. Bricheteau M. Ollivier.
M. Taylor.
M. Barth.
M. Francis.
Statisq. gle.
Statisq. gle.
Si nous avons rapporté les phthisiques à la totalité des malades et des décès, et non pas à l'ensemble de la population de chacune des localités, c'est que ce dernier terme de comparaison nous manquait pour la plupart de ces localités. Nous avons donc mieux aimé nous tenir à ce qui est connu, que de risquer, en cherchant à satisfaire à toutes les conditions rigoureuses de la statistique , d'introduire une cause complexe d'erreurs.
En jetant les yeux sur le tableau ci-dessus, on est frappé, tout d'abord , de l'énorme différence qu'on y découvre , quant aux décès par phthisie, entre les unes et les autres de ces localités. Tandis que la mortalité, parmi les phthisiques des hôpitaux spéciaux de Madère et de Palerme, ne laisse, pour ainsi dire, échapper personne, nous trouvons dans les diverses villes de l'Algérie une si faible proportion de décès par phthisie, surtout à Bone et à Alger, qu'on peut compter jusqu'à 80, 100 et même 102 décès, avant de rencontrer 1 cas de tuberculose. Ces données, qui ont été fournies par les médecins militaires, sont acceptées et complétées par M. Mitchell (1), qui examine successivement les ravages que cette maladie fait parmi les diverses races qui peupleut la colonie française ; le médecin anglais est amené à conclure que la phthisie, qui est le fléau habituel dans la Grande-Bretagne, tout comme en France, ne se montre qu'exceptionnellement dans l'Afrique française. MM. Bonnafont et Guyon n'ont constaté, dans la population civile, pendant six ans, qu'un décès par phthisie sur 4o morts de maladies diverses. Le docteur Foley affirme non-seulement que
i ) Al ger , son climat et sa valeur curative. Paris, 1837.
la tuberculose est excessivement rare à Alger, tant chez les Européens que chez les indigènes , mais qu'importée même dans le pays, elle cesse de progresser, et que, parfois, elle cède la place à une amélioration.
Cette cause morbide étant considérée en Egypte, en Algérie et à Madère, on voit qu'elle agit en Algérie avec une intensité dix fois moindre qu'en Egypte et sept fois moindre qu'à Madère. Les décès parmi les indigènes de la vallée du Nil sont quatre fois plus nombreux que parmi ceux de l'Algérie, et les Européens qui viennent en Egypte sont deux fois plus exposés à mourir phthisiques , toutes les autres conditions étant égales d'ailleurs, que ceux qui se rendent dans l'Afrique française. M. le docteur Bertherand a été appelé à donner des soins à quinze poitrinaires seulement, en cinq années de séjour en Algérie. Sur ce nombre de malades, dont tous ont apporté avec eux la phthisie en arrivant dans cette colonie, cinq seulement sont morts et dix ont continué de vivre. Nous sommes loin de pouvoir donner un pronostic aussi favorable sur l'issue des phthisiques que nous avons traités en Egypte, et qui, pour une période de moins de quatre ans, s'élèvent à treize individus, sur lesquels nous ne comptons plus qu'un seul survivant : encore celui-ci n'a-t-il offert, jusqu'à présent, que des hémoptysies avec une laryngite chronique, et en outre il n'a passé en Egypte qu'un seul hiver, d'où les hémorragies l'ont chassé dès la fin d'avril. Ces treize malades sont d'origines différentes ; il y a eu :
Des Italiens établis depuis 8, 10 et i5 ans en Egypte. . . 3
Des Français depuis plusieurs années en Egypte 4
Des Grecs levantins 2
Des Grecs-Hellènes 2
religieuse copte 1 protégé anglais i
Egyptiens
Nous ne rappellerons que pour mémoire le résultat que M. le docteur Reil (1) a obtenu dans un seul hiver, au Caire. Sur 25 malades entrés dans sa maison de santé , 9 sont morts; et, sur 10 tuberculeux, il en a perdu 7 en moins d'un an. Et probablement, nous avons hâte d'ajouter, ces phthisiques auraient succombé plus vite et en plus grand nombre encore, s'ils n'avaient trouvé une hospitalité confortable et des soins entendus dans la maison de notre confrère allemand.
Comme en Egypte, les nègres de nos possessions africaines paient une large part à la phthisie. Le docteur Foley et le docteur Martin assurent qu'il est rare de rencontrer à Alger 1 cas de phthisie, si ce n'est chez les nègres. Cette opinion a été soutenue, depuis longtemps, par M. Boudin, à l'aide de documents de statistique.
Quoique M. Bertherand ait reconnu, comme ses confrères de l'armée française, que les chaleurs hâtent la marche d'une tuberculisation avancée, il n'est pas moins arrivé, après un séjour de nombreuses années en Algérie, à cette conviction intime que la phthisie est une maladie rare dans cette partie de l'Afrique. Notre tableau comparatif montre qu'elle y est plus rare que dans n'importe quelle autre station hibernale. Nos médecins militaires de l'Algérie soutiennent une opinion bien plus sérieuse encore, opinion que M. Bertherand (2) résume ainsi : « Le climat algérien arrête, ou du moins ra-
(1) Loc. cit.
(2) Alger, son climat, etc., par Mitchell.
« lentit manifestement les progrès de la tuberculisation nais- « santé. » Rien, certes, ne nous porte à en dire autant de la vallée du Nil. Voyons comment se comporte l'île de Madère. Les avantages que présente le séjour dans cette île aux individus dont la poitrine est menacée, dit M. le professeur Andral, ne dépendent pas de ce que ceux qui l'habitent respirent l'air de la mer, mais de ce que son climat est doux, tempéré et uniforme. Madère est bien loin de rentrer dans ces districts privilégiés dont nous avons parlé, où la phthisie est absente. Gourlay (i) qui, le premier, a insisté sur les avantages que le climat de Madère offre aux phthisiques des contrées septentrionales, arrive à cette étrange conclusion : « Si bienfaisant, dit-il, que soit ce climat pour les phthisi- « ques étrangers, il n'en est pas moins vrai qu'il n'y a pas « d'affection plus fréquente parmi les indigènes que la
« phthisie L'espèce prédominante est celle qui a des
« rapports avec la scrofule, maladie aussi commune dans « cette île que dans les pays les plus ravagés. » Il se présenterait dans cette île, suivant cet auteur, ce que nous avons constaté en Egypte, à savoir, la coexistence , sur le même terrain, de la scrofule et de la tuberculose. Ainsi cet auteur a rencontré chez des enfants des tubercules dans le poumon et l'engorgement scrofuleux du système glandulaire. Mason qui, sur la foi des admirateurs de Madère, est allé lui-même redemander la santé à cette île, sans l'y trouver, s'accorde avec son compatriote, que nous venons de citer, et déclare que la phthisie est aussi commune à Madère que la scrofule. Par une statistique rigoureuse, Kampfer a pu constater à Funchal un décès par phthisie sur 9,7(1 décès !
1 Loi. cit.
Aux médecins qui pratiquent dans cette île, pour laquelle ils n'ont que des éloges, nous n'opposerons pas seulement les résultats navrants de la statistique étrangère, que nous venons de citer et qu'ils cherchent d'ailleurs à réfuter; nous leur emprunterons leurs propres documents et nous en ferons usage pour critiquer les opinions qui leur sont personnelles. Ainsi il y a à Madère un hôpital consacré exclusivement aux malades qui souffrent d'affections de la poitrine , et c'est M. Pitta qui est le médecin traitant de cet établissement hospitalier. Ce praticien a soigné, à cet hôpital (Maria-Amelia), 354 malades, sur lesquels il a compté 287 phthisiques, c'est-àdire 1 sur 1 ,49 malades ; et la mortalité, parmi ces poitrinaires, s'est élevée à 78 décès, ou 1 sur 3 phthisiques. Après de pareils faits, cet admirateur quand même du climat de Madère ose encore s'écrier : « N'est-ce pas une preuve de plus, un « témoignage décisif en faveur de l'utilité du climat de Madère « dans la phthisie (1)? » N'est-il pas tout aussi surprenant d'entendre ce même médecin déclarer gravement que le climat de Madère paraît réfractaire à la génération du tubercule pulmonaire? Mais, à tout cœur bien né, que la patrie est chère !
Pour apprécier la valeur du climat de Madère, quant à la phthisie, M. Barrai invoque trois ordres de preuves : celles des médecins de l'île, avec lesquels il conclut, quoique plus sagement qu'eux, en disant que les praticiens n'osent affirmer que les malades chez lesquels la marche s'arrête soient entièrement guéris. Quant à l'opinion des médecins étrangers qui ont constaté dans cette île les ravages de la phthisie et de la
(1) Du Climat de Madère, par le docteur Mourao-Pitta. Montpellier, 1809. Page 228.
scrofule, avec Gourlay, Mason et Burgess, le médecin admirateur cherche en vain à la réfuter. Hélas ! il est forcé de convenir que, parmi les indigènes de Madère, il y a i phthisique sur 84 malades, proportion qui se rapproche beaucoup de celle que nous avons constatée plus haut pour l'Egypte. Ce médecin n'est cependant pas parmi les optimistes exclusifs, puisqu'il reconnaît, dans une de ses conclusions, que « le climat de Madère paraît sans influence favorable « sur quelques phthisiques dont l'état continue à s'aggraver, «comme dans leur pays (i). » Quant à la statistique des décès par phthisie, celle de Renton, citée partout, est peu favorable au séjour des phthisiques dans cette île ; il en est de même de celle des autres médecins anglais, et que nous résumons par cette sage opinion de sir James Clark , si compétent en pareille matière. Ce savant déclare que le séjour de Madère, pendant plusieurs hivers, peut produire des effets bienfaisants, non pas comme moyen curatif, mais simplement comme moyen préventif. Mais quels sont les signes positifs qui autorisent un médecin instruit et consciencieux à affirmer une prédisposition à la phthisie? et, dans l'état actuel de nos connaissances, peut-on dire, de ce qu'une personne, ainsi soupçonnée par un médecin, ne devient pas réellement phthisique après avoir séjourné dans telle ou telle localité, qu'elle n'aurait pas été également épargnée dans tout autre climat? Mittermaier dit parfaitement bien que de pareils cas sont sans valeur, et que ce sont précisément ceux-là qu'invoquent les gens du monde quand ils parlent de cures merveilleuses opérées par le climat de Madère (2).
(1) Le Climat de Madère. Paris, 1 858. Page 217.
(2) Madeira und seine Bedeutung-als Heilungsoi t. Heidelberg, 1 855 .
Nous croyons volontiers, avec M. Barrai, et, avant lui, avec M. Mittermaier, que le climat de Madère n'a pas plus d'action salutaire contre la phthisié déclarée que le ciel de l'Egypte, et nous admettons, avec le médecin allemand surtout, qu'il peut être utile dans les cas de bronchites, de laryngites et de pleurésies chroniques, pourvu qu'il n'y ait pas de catarrhe ; ce sont les climats secs de Nice, d'Alger, de Malaga et de l'Egypte que nous recommanderions quand il y a, expectoration plus ou moins abondante.
Quant au troisième ordre d'arguments invoqués par M. Barrai, le témoignage des malades, nous ne croyons pas devoir nous arrêter à cette catégorie de preuves , ni en faveur de Madère, ni en faveur d'une localité quelconque.
A quelques degrés au sud de Madère, au milieu des mêmes eaux de l'Océan, s'élèvent les Canaries, dont l'île de Ténériffe formerait un point extrêmement important comme résidence pour le genre de malades qui nous occupe aujourd'hui. Orotava , port de cette île , offrirait , suivant l'appréciation peut-être un peu enthousiaste d'un homme du monde (i), le meilleur remède contre les maladies du poumon. La ville d'Orotava, dans l'île de Ténériffe, présenterait un climat plus doux, plus égal et plus uniforme que Madère et Alger? Mais quel que soit le charme qu'on éprouve à la lecture de ce petit opuscule, on n'y trouve que peu d'arguments relatifs à l'hygiène et à la médecine, ce que, d'ailleurs, nous ne demanderions pas à l'esprit ardent et à la vive imagination de l'auteur, s'il ne nous les promettait pas sur la couverture même de sa publication. Néanmoins , sachons gré à ce touriste d'avoir ;ippelé l'attention des observateurs et des médecins climatolo- (i) De la vallée dOrotava, par M. Gabriel de Belcastel. Paris, 1861.
gistes sur une île qui est si peu éloignée de l'Europe, qui paraît être un des plus beaux jardins du monde, et qui est peut-être appelée à rendre quelques services à l'intéressante classe de malades dont nous nous occupons en ce moment. L'avenir nous dira ce que nous devons attendre de cette île. L'opinion répandue, en Sicile, de la contagion delà phthisie, a été certainement le motif principal de la fondation de l'hôpital deVOlivuzza, à Palerme, consacré exclusivement au traitement des phthisiques. Il n'y a donc rien d'étonnant qu'on y trouve cette effrayante mortalité de i décès sur i,55 malades. Ainsi il existe des tuberculeux à Palerme, et ceux-ci y meurent dans une proportion plus grande qu'à Madère et à Malte. 11 est toutefois à remarquer que ce genre de malades est recruté dans toute l'île, et que le nombre de i,iii, qui représente la quantité des affections de la poitrine traitées, dans l'espace de dix ans, dans cet hôpital, ne donne que 1 1 1 malades pour une année, et sur une population de plus de deux millions d'habitans. Cela tient, d'une part, à ce que les malades qui souffrent peu n'entrent pas dans un hôpital, où ils craignent de contracter une maladie réputée contagieuse, et, ensuite, à ce que ceux qui y entrent sont arrivés déjà à un état avancé de la dégénérescence tuberculeuse. M. Vivenot trouve dans le climat de Palerme une action bienfaisante sur des individus qui montrent des prédispositions à la phthisie, mais il le croit nuisible à ceux qui présentent des signes non équivoques de tuberculisation. Le séjour dans cette ville ne serait pas plus favorable aux malades qui souffrent d'autres affections de la poitrine. Nos recherches, à cet égard, nous portent à croire que la station de Palerme peut être recommandée, au printemps et à l'automne, à certaines
formes de phthisies accompagnées de peu de catarrhe et d'une toux sèche. Les documents précis laissent d'ailleurs beaucoup à désirer, pour cette station comme pour bien d'autres.
Fie ciel enchanteur de Naples est capricieux et inconstant, comme les flots qui se brisent aux pieds et contre les flancs du Vésuve ; les tourmentes célestes, les sourds et profonds orages du sol semblent converger vers le même but, qui est l'ébranlement de l'organisme vivant. Si la nature est séduisante à Naples, il faut se défier de ses séductions. Il suffit de se reporter à notre tableau XL VIII, pour se convaincre combien les ravages de la tuberculisation se font sentir dans cette région méridionale de l'Italie. Ce qui est certain, dit Taylor, c'est qu'il ne faut pas envoyer de phthisiques à Naples.
Si le climat de Rome n'était pas dominé par la malaria, la tranquillité de son atmosphère et l'absence des grands vents feraient, suivant Clark, de la ville Eternelle un séjour salutaire aux maladies de consomption, pourvu que ces malades n'aient pas dépassé le premier degré de cette cruelle affection. D'un autre côté, le docteur Weatherhead, quia exercé longtemps à Rome, dit formellement : « Pour ce qui est des avance tages que ce climat présente aux phthisiques, je ne puis « approuver les conseils erronés que plusieurs personnes ont « donnés à ce sujet. » Suivant le docteur Johnson, le climat de Rome est surtout très-hostile au cerveau et au système nerveux.
Quoiqu'il meure chaque année un grand nombre de phthisiques à Pise, la douceur de son climat, toutefois un peu humide et oppressif, fait rechercher cette station par un certain nombre de malades prédisposés à la phthisie. Il ne faut cependant pas oublier que si la consomption y est rare, les
bronchites y sont fréquentes et graves ; mais les affections nerveuses y sont moins communes qu'à Rome.
Le peu de perturbations atmosphériques que doit ressentir à Venise l'économie vivante, la faible proportion de phthisiques (i sur i5o, d'après les relevés de l'hôpital de la ville), feraient de cette charmante reine de l'Adriatique un séjour favorable aux poitrinaires, pendant une partie du printemps et pendant l'été. Nous ne saurions en dire autant de Nice, dont la réputation usurpée semble baisser de jour en jour. En effet, on ne peut pas perdre de vue que cette ville est baignée par les flots de l'Ionie et caressée par l'air vif, sec et tonique qui lui vient des Alpes. « La grande objection que l'on fait contre « Nice, dit le docteur Farr, est tirée de la sécheresse et de la « nature irritante de son atmosphère. »
Tout le monde sait combien les maladies de la population niçoise présentent de caractères aigus et inflammatoires ; les affections catarrhales et les inflammations du poumon y seraient, suivant Clark, les maladies les plus communes, surtout au printemps. Ce savant climatologiste est convaincu qu'il n'y a que peu de bien à espérer, pour les affections de la poitrine, du climat de Nice; il déclare formellement qu'il n'y a que très-peu de phthisiques qui doivent être envoyés dans cette station. De son côté, M. le Dr Wahu, médecin principal, chef de l'hôpital militaire de Nice, auteur d'un livre sur le climat de cette ville, formule nettement son opinion dans cette conclusion : « Le climat de Nice produit un « funeste effet sur les phthisiques arrivés au second et au o troisième degré, car il accélère la fonte des tubercules. Il
(1) On the Cliinate ofNice.
« est défavorable aux personnes chez, lesquelles le système « nerveux prédomine (i). » Clark ne recommande le séjour de cette ville que dans le cas d'atonie, quand il y a relâchement dans l'organisme vivant; il le croit plus salutaire encore dans les bronchites chroniques, qui ressemblent si souvent à la phthisie. C'est ainsi, également, que M. Wahu dit que les malades prédisposés à la phthisie, les enfants, les jeunes gens, dont il s'agit de modifier la constitution, se trouveraient bien du climat de Nice. Il ne faudra, d'ailleurs, jamais perdre de vue que le printemps est toujours une saison difficile à passer dans cette station, autant pour de simples valétudinaires cpie pour des malades.
Sur la limite de cette région méridionale de la zone tempérée, nous voyons se placer, à côté et au-dessus de toutes ces localités préconisées et vantées comme séjour hibernal, la ville d'Hyères. Non-seulement les conditions climatériques si recherchées dans cette station, mais encore la constitution médicale qui lui est propre, rendent le séjour dans cette localité favorable aux malades. Nous apprenons, par l'excellent travail de M. Barth, que ses habitants sont bien constitués et généralement bien portants; qu'ils ne sont ni rachitiques, ni scrofuleux, et que la phthisie parmi eux est assez rare. Cependant, cette dégénérescence, suivant Taylor, serait encore moins commune à Pau. Le climat de cette dernière ville aurait surtout une action sédative sur l'économie vivante, ainsi que celui d'Hyères, qui lui ressemble à tant d'égards, et qui est si opposé au climat de Nice, quelque voisines que soient ces deux villes. M. Barth croit que le séjour calme, l'air
(ij Conseiller médical de l'étranger a Nice. Paris, i86r.
doux et pur, la chaleur tempérée d'Hyères, doivent convenir principalement à des désordres de l'appareil respiratoire; le climat de cette ville lui semble favorable pour les catarrhes pulmonaires et les pleurésies chroniques.
La ville de Pau, suivant Taylor, n'a pas de maladies épi— démiques ni endémiques, et les dégénérescences scrofuleuses et tuberculeuses sont dans une très-forte proportion, surtout parmi la population indigente; c'est ce qui porte cet auteur à cette conclusion, que le climat de Pau est indiqué rationnellement chez les enfants dont la constitution est plus prédisposée à la scrofule, tout comme chez les jeunes gens dont la santé est délabrée, les forces débilitées, et chez lesquels le pouls est accéléré. Le praticien anglais a remarqué que, chez les étrangers qui arrivent dans cette localité, l'irritabilité nerveuse diminue, que les mouvements du cœur se ralentissent, et que, même après un séjour de peu d'années, il se manifeste un changement analogue dans le moral : l'activité, l'énergie intellectuelle baissent et se remplacent par plus ou moins d'apathie et d'indécision dans l'esprit. D'un autre côté, cet auteur croit aussi devoir prévenir ses confrères que le climat de Pau n'est pas favorable à ces constitutions qui ont été affaiblies par un séjour prolongé dans des pays chauds, aux malades dont les fonctions du foie sont troublées, aux catarrheux et aux personnes prédisposées aux hémorragies passives.
Il ressort pour nous, de ce long parallèle, que, de toutes les stations hibernales recommandées aux phthisiques, celles de l'Afrique française présentent à la fois la moins faible proportion de maladie de poitrine et le chiffre le plus minime des décès par phthisie; que ni Madère, ni l'Egypte, ne peuvent
être comparées, sous ce rapport, à la station d'Alger, et surtout à celle de Bone. Quant aux localités moins méridionales, groupées autour du bassin méditerranéen, Palerme, Venise, Hyères et Pau semblent devoir offrir un séjour temporaire à des malades menacés de la tuberculose, mais pendant des saisons autres que celle d'hiver. A cet égard, bien des lacunes restent à combler, et nous devons attendre de nouvelles et plus sérieuses études, avant de chercher même à nous prononcer, et sur l'opportunité du déplacement des poitrinaires, et sur le choix du climat qui leur convient le plus.