OBSERVATION XXXII
Van Duyse. — Annales d'oculistique, t. LXXXVIII, p. 101, 1882. - Bride dermoïde oculo-palpébrale et colobome partiel de la paupière.
Le sujet est une jeune fille actuellement âgée de 20 ans. Le développement de la face s'est fait d'une façon asymétrique. C'est la moitié gauche qui, à première vue, paraît la moins développée. La bosse frontale est manifestement moins proéminente de ce côté ; l'os de la pommette est moins saillant qu'à droite. Les rebords osseux des orbites ont une conformation normale.
Voilà pour les saillies osseuses principales. Une exploration attentive de la moitié gauche de la face ne fait pas découvrir de sillons ou cicatrices du tégument externe avec dépression du tissu osseux sous-jacent. Toutefois, la région palpébro-malaire gauche est manifestement déprimée.
La racine du nez est large : une distance de 4 à 5 centimètres sépare les deux points lacrymaux inférieurs. L'aile du nez est nettement dessinée, normale du côté droit. L'orifice de la narine représente de ce côté une ouverture elliptique dilatée do 10™"" en son milieu, tandis qu'à gauche c'est une fente beaucoup moins large (6""°), mais plus longue que la droite. Du côté le moins développé, l'aile nasale n'a pas la forme arquée habituelle. Son bord libre est une ligne droite qui, de la pointe du nez, se dirige do bas en haut et d'avant en arrière vers le sillon naso-labial, à peine indiqué. Au point où il se confond avec ce sillon, le bord libre de l'aile est distant de deux centimètres du point lacrymal inférieur ga uche, tandis qu'à droite la distance qui sépare le point correspondant de raille nasale du point lacrymal inférieur est de trois centimètres. D'une manière générale, l'aile gauche du nez, comparée à celle du côté opposé, est rudimentaire.
La bouche est large. Le coin de gauche se relève légère-
ment, mais les lèvres ne présentent pas de fissure. La toussure du palais n'est nullement asymétrique et la denture est régulière.
La configuration des deux sourcils n'est pas la même. Normal à droite, le sourcil gauche suit l'arcade orbitaire dans ses deux tiers internes, mais la portion externe fait défaut.
A l'union du tiers externe avec les deux tiers internes, quelques-uns des poils du sourcil sont implantés plus haut, de sorte que le sourcil, trop court, se relève en aile d'oiseau à son extrémité.
Les limites du cuir chevelu (cheveux châtains) semblent normales. Il faut néanmoins signaler une disposition qui n'est pas commune à un grand nombre de sujets, à savoir le développement de cheveux courts et blonds occupant la région temporo-frontale, entre la queue du sourcil et la limite normale de la chevelure. Cette particularité s'observe mieux du côté gauche; elle ne fait pas défaut du côté droit, qui se montre normal à tous égards.
Œil droit: Cornée et iris normaux. Dilatation pupillaire: 4 1/2°"° à un éclairage modéré. Milieux clairs; fond oculaire normal; myopie: Monoyer, 0,9 à 5"" avec — 5 D. Snellen, 0,5 à 20 centimètres.
Œil gauche: Opacités cornéennes légères ; courbures et circonférence cornéennes normales. Iris sans anomalies; diamètre pupillaire = 5 1/2"". Snellen, 1 à peine à 8 centimètres. Myopie — D. approximativement (examen objectif). Staphylôme choroïdien, macula et périphérie du fond oculaire sans lésions.
L'œil gauche et les parties immédiatement voisines sont situés plus bas que l'œil congénère. Ainsi, le centre pupillaire gauche est situé très approximativement à 6°"° audessous de la ligne horizontale passant par le milieu de la pupille droite. Tandis qu'à droite le bord palpébral inférieur confine au bord de la cornée ou le recouvre de l"", la paupière inférieure gauche, moins développée en hauteur, reste
distante de 3"°" du limbe scléro-cornéen ; c'est la disposition de cette paupière qui mérite principalement notre attention : on peut dire qu'indépendamment de la bride cutanée oculopalpébrale, qui semble à première vue en être une émanation et qui est l'objet de nos recherches, cette paupière inférieure est peu développée dans son ensemble.
Dans ses deux tiers externes, sauf une très légère éversion, sa configuration est naturelle, car on y distingue les cils et les ouvertures des glandes de Meibomius, un cartilage tarse, une conjonctive non adhérente et un cul-de-sac normal, mais l'aspect se modifie à mesure qu'on se rapproche du grand angle. A partir de l'union du tiers interne avec le tiers moyen de la paupière, c'est-à-dire dans toute la portion située en dedans de la bride oculo-palpébrale, on n'aperçoit ni cils, ni ouvertures glandulaires, comme cela existe au même niveau de l'autre côté.
Bride oculo-palpébrale. — L'extrémité bulbaire ou supérieure s'insère, suivant une base circulaire, sur la sclérotique, en empiétant d'un tiers environ sur la cornée à la façon des dermoïdes épibulbaires. L'insertion a lieu exactement en dehors du méridien vertical de la cornée. Libre à sa partie postérieure, la bride cutanée se dirige de ce point de dehors en dedans et de haut en bas, pour s'implanter au-devant de la paupière inférieure, à l'union du quart interne avec les trois quarts externes. Elle se confond ici, suivant une base avalaire, à grand axe, dirigée tr ansversalement avec la peau de la paupière.
La bride a une consistance ferme, son aspect est on tout semblable à celui de la peau, et elle porte à sa partie antérieure des poils délicats visibles à la loupe. Sa largeur moyenne est de 4™"; sa longueur, entre les deux points extrêmes des insertions opposées, est de 11""". On peut attribuer à cette bandelette trois faces non adhérentes, soit au bulbe, soit à la paupière rudimentaire sous-jacente : une face postérieure libre, derrière laquelle une sonde se déplace depuis la soudure inférieure jusque contre la supérieure;
une face interne et une face externe qui se confondent en avant. Ces deux dernières rejoignent en arrière, suivant un angle arrondi, la face postérieure plus ou moins aplatie, légèrement convexe en arrière, de sorte que l'on se représente une coupe transversale de la bandelette comme un trigone. Le bord externe de la bandelette décrit une convexité en dehors, son bord interne une concavité en dedans. La face postérieure de la bride repose, par sa moitié inférieure, dans un triangle creusé aux dépens de la face antérieure de la paupière, et qui n'est devenu aisément visible qu'au moment de l'opération.
C^est une perte de substance en forme ' de V, la pointe tournée en bas, dont la base a 6 millimètres de largeur, et dont le sommet est distant de cette base, c'est-à-dire du bord palpébral, de 5 millimétrés. Ce V ne correspond donc pas à un colobome proprement dit, à une fente ou fissure intéressant toute l'épaisseur des tissus palpébraux. Il est comblé par une membrane muqueuse épaisse, semblable à celle qui revêt la face postérieure de la bride. Sur les bords du V, la peau de la paupière se confond avec la muqueuse qui en garnit le fond, suivant un bourrelet ou léger relief dépourvu de cils. Sur le bord palpébral aminci, qui limite la base du V, il n'existe ni cils, ni ouvertures de glandes méïbomiennes. Cette remarque s'applique aussi à toute la partie de la paupière située entre le V en question et le grand angle. Il serait extrêmement difficile d'affirmer s'il existe un cartilage dans le colobome que j'ai désigné sous le nom de partiel. Quant au cul-de-sac inférieur gauche, il est moins profond que le droit. La raison en est surtout dans la diminution en hauteur de la paupière; cependant, au niveau de la pointe du V, le cul-de-sac est relativement moins profond. Si on attire la paupière inférieure en bas, on observe que, vers la pointe en question, le cul-de-sac est moins profond que sur les parties latérales, c'est-à-dire que la muqueuse de la paupière inférieure, descendant moins bas au niveau du colobome, se jette plutùt sur la sclérotique, de sorte que, sur les deux
côtés, le cul-de-sac a de 1 mill. 1/2 à 2 milliinètres de profondeur de plus. La paupière supérieure gauche n'est anormale qu'au niveau du grand angle. On n'a point vu ici de commissure interne arrondie encadrant la caroncule. En approchant du cauthus, l'extrémité interne de la paupière descend, suivant une courbe à concavité en dehors, au dedans d'une caroncule rudimentaire, et se confond, à 4 millimètres au-dessous de la terminaison interne du bord palpébral inférieur, avec la peau qui avoisine le grand angle. C'est donc un épicauthus monolatéral d'un certain degré. Le point lacrymal supérieur se trouve à la pointe d'une éminence papillaire peu accusée, normalement située et en contact avec le globe oculaire. Quant au point inférieur, il est situé au-devant de la paupière, à 1 millimètre en dehors et un peu au-dessus du point où la paupière supérieure vient aboutir, soit à 3 mill. 1/2 au-dessous du bord palpébral inférieur. C'est une simple ouverture en forme de fente, par laquelle une injection pénètre, aussi bien que par le point supérieur, dans l'arrière-gorge ou le nez, preuve de la parfaite perméabilité des voies lacrymales. L'élimination des larmes n'est point parfaite à gauche. La raison est facile à saisir. La fente palpébrale gauche a une direction plus inclinée en dedans que la droite. Longueur de la fente palpébrale d'un angle à l'autre : à gauche, 27 millimètres; à droite, 28 millimètres. Hauteur de l'intervalle des paupières d'un même côté, ou distance séparant les points milieux des bords palpébraux : à droite, 9 millimètres; à gauche, 12 millimètres (après l'opération). . Le rapprochement des deux paupières gauches se fait, dans l'occlusion non forcée, sans ascension de la paupière inférieure, dont la peau se fronce à peine, tandis que la supérieure exécute un mouvement de descente absolument normal, et vient se placer au-devant de la partie supérieure de la bride. La partie interne de la fente reste béante, et ne s'efface que lors d'une contraction forcée de l'orbiculaire.