‹ Du colobome congénital des paupières [electronic resource]Chapitre 40 sur 58 · OBSERVATION XLIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLIV

Un cas de colobcme congénital des deux paupières supérieures. — Observation personnelle. (Clinique de M. le docteur Dor. — Août 1887.)

L'enfant T..., âgée de 5 ans, présente aux deux paupières supérieures un colobome symétrique, comprenant un tiers environ de la longueur de chaque paupière. Si l'on suppose la paupière supérieure divisée en 6 parties égales, le colobome comprendrait sur les deux yeux les deuxième et troisième sixièmes, à partir de l'angle interne, de telle sorte que nous aurons un premier sixième de paupière normale, comprenant le point lacrymal supérieur normalement formé , puis % de colobome et les ^/e du côté temporal de paupière normale. Les bords internes et externes des colobomes sont perpendiculaires et comme tranchés avec des ciseaux ; le bord supérieur un peu irrégulier est situé à environ 3 millimètres de la ligne normale qui devrait terminer la paupière. Le colobome comprend ainsi toute la région des cils avec leurs bulbes, la peau, le cartilage, la conjonctivej et même quelques-unes des fibres inférieures du muscle orbiculaire.

La position des yeux est normale, ainsi que la vision, autant du moins qu'on peut l'apprécier sur un enfant de cinq ans. La cornée est un peu trop petite, un peu irrégulière et opacifiée sur les parties inférieure et supérieure du limbe.

Les mouvements des paupières sont normaux, et lorsquo les yeux sont fermés, on aperçoit les deux cornées dans la fente du colobome ; les mouvements des globes oculaires sont également normaux, sauf dans la vision en bas où l'excursion est limitée. En soulevant la paupière, on constate que cet arrêt du mouvement est dû à un symblepharon , existant sur les deux yeux, entre le bord supérieur de la cornée, le cul-desac conjonctival et la face interne de la paupière.

Le 26 août 1886, M. le professeur Dor pratiqua sur les deux yeux l'ablation du symblepharon et la Iransplanlaliun, sur la partie dénudée de la sclérotique, d'une portion do conjonctive normale, attirée des deux côtés de la perte de substance résultant de l'opération. Il ne lui fut pas possible de faire la même opération sur la conjonctive palpcbrale, de telle sorte qu'il se reforma entre la paupière et le cul-de-sac conjonctival un symblepharon filiforme, que M. Dor opéra au mois d'août 1887 par la méthode de la ligature, au moyen d'un cordonnet de soie écrue, préparé spécialement à Zurich dans un but chirurgical, et qui avait été rendu antiseptique par un bain de sublimé au Viooo-

Quant au colobome lui-même, la perte de substance était trop considérable (et, en outre, il n'existait aucun lambeau de peau médian comme, pat* exemple, dans le cas décrit par Horner) pour qu'on pût penser à une simple suture après avivement. M. Dor eut donc recours au procédé suivant : Après avoir préalablement avivé les bords de la plaie, il fit d'un coup de ciseau, du côté du nez aussi bien que du côté de la tempe, et dans toute l'épaisseur de la paupière, une section parallèle au bord libre et à 3 millimètres de ce bord, p;iis il joignit d'abord par deux points de suture les deux faces opposées ot perpendiculaires de l'ancien colobome; il unit par 6 points de suture la plaie horizontale qui séparait en deux moitiés la paupière supérieure.

Le résultat fut absolument parfait sur l'œil droit, comme on peut le voir sur la figure II de l'héliogravure ci-contre. Sur l'œil gauche, par contre, un des points médians de la

suture ayant déchiré les tissus, il reste une petite cicatrice en forme de V, à peine visible et trop peu importante pour admettre une opération correctrice.

Je mentionnerai en terminant que l'enfant ne présente pas d'autres anomalies que celles décrites ci- dessus. D n'y a ni dermoïde de la conjonctive et de la cornée, ni colobome de l'iris et delà choroïde, ni bec-de-lièvre, ni fissure de la voûte palatine. Quant au colobome, il est congénital sans aucun doute, mais quant au symblepharon, il est impossible de se prononcer, les parents n'ayant fait aucune attention, car l'on peut supposer que le fait de l'absence de protection de la cornée et du globe de l'œil a pu produire, par une inflammation légère, lente et insidieuse, et l'opacité du limbe cornéen, et la conjonctivite qui, à la longue, aurait amené la formation du symblepharon.

Enfin, quant à la cause première du colobome, je n'hésite pas à y voir un arrêt de développement en rapport avec la fente oblique de la face, tel qu'il a été démontré par Morian pour des cas plus graves, car la parfaite symétrie de la défectuosité palpébrale ne peut guère s'expliquer, comme l'admet VanDuyse, par la présence de bandelettes amniotiques. Il ne s'ensuit pas que pour cela je veuille nier cette étiologie pour d'autres cas.

Gomme l'on verra plus loin que nous rattachons l'origine du colobome à une persistance partielle de la fente oblique de la face, nous publions ci-dessous quelques observations de cette anomalie congénitale accompagnées de lésions palpébrales.

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