OBSERVATION XLIII
Despagnet. — Recueil cV ophtalmologie, novembre 1887, page 67 i. Observation recueillie par M. Kœnig. — Coloboma congénital de la paupière supérieure gauche.
Ernest Ch... est amené par sa mère à la consultation de la rue Dauphine,le 2 novembre 1887. Il présente l'absence congénitale d'une portion de la paupière supérieure gauche. L'arrêt de développement se trouve à cheval sur la moitié interne de la paupière. L'échancrure est très régulière et en
forme de V à sommet tronqué à l'état de repos ; mais dès que l'enfant se met à pleurer, les efforts qu'il fait élargissent la paupière, et l'extrémité interne du coloboraa se luxe et fait saillie sous forme de bourrelet.
Les bords du coloboma sont un peu anguleux. La peau de la paupière se continue normalement avec la muqueuse, mais semble s'étendre plus loin qu'à l'état normal. Le bord du coloboma dans la partie tronquée du sommet présente deux cils. On n'en trouve nulle autre part sur toute l'étendue des bords du coloboma, mais ils sont en nombre ordinaire sur le reste du bord palpébral. Le coloboma présente 9 millimètres de largeur et 3 de hauteur.
La conjonctive bulbaire ne présente aucune bride la réunissant au coloboma. La cornée est régulière et transparente, sans saillie d'aucune sorte. L'iris réagit assez bien à la lumière.
Il n'y a aucune autre anomalie, soit dans l'œil, soit dans le reste du corps, ni bec-de-lièvre, ni division de la voûte du palais.
L'enfant est venu à sept mois et dé ni. La mère est bien portante. Réglée à quinze ans : menstruation régulière. Elle a eu un autre enfant venu à terme, sans anomalie des paupières, et mort à seize mois. Une hernie double inguinale s'était produite à l'âge de treize mois.
Père bien portant. Pas de consanguinité entre les parents. Pas d'anomalie chez les ascendants. Pas d'antécédents syphilitiques.
Aux détails ci-dessus publiés par M. Kœnig, M. Despagnet ajoute : « Dans lo cas que nous avons observé, le coloboma était monoculaire et supérieur. Il n'y avait ni bec-de-lièvre, ni division de la voûte palatine. Le V, dont le sommet est tronqué, occupait la moitié interne delà paupière supérieure, se rapprochait par conséquent du grand angle. Nous n'avons retrouvé à son sommet aucune trace de la membrane nictitante. Les deux bords étaient bien libres, et séparés du sommet à la base. La seule remarque que nous ayons faite, c'est
que sur les bords, la peau semblait se continuer, en dessous de la paupière, plus loin qu'à l'état normal, et paraissait, sur une étendue de deux millimètres environ, occuper la place de la conjonctive. Les bords du coloboma étaient plus fins, plus aplatis que les bords normaux. 11 n'y avait aucune anomalie de saillie, aucune transparence sur le globe oculaire . Aucune trace de derraoïde. Lorsque l'enfant fermait la paupière on apercevait nettement la pupille à travers la fissure palpébrale.»