‹ Du colobome congénital des paupières [electronic resource]Chapitre 53 sur 58 · DISCUSSION ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

DISCUSSION ET CONCLUSIONS

Nous venons d'exposer, d'une façon aussi complète que possible, les diverses opinions que les auteurs ont émises sur la genèse du colobome congénital des paupières. On nous reprochera peut-être de n'avoir pas groupé ces théories d'après leur parenté : nous avons préféré suivre Tordre chronologique, afin de mieux monti'er les différentes phases par lesquelles a passé cette question.

Il résulte donc de toutes les opinions reproduites dans les pages précédentes, que l'on se trouve en présence de quatre grandes théories auxquelles peuvent se rattacher* les idées des auteurs qui ont écrit sur la matière.

Pour les uns (Ammon, 0. Becker) il s'agit d'un vice de formation « vitium primœ formationis. »

D'autres y voient un arrêt, de développement (Dfsmarres, Tillaux, Gillette, Pozzi, Sghiess). Heypelder appelle même à son secours l'anatomie comparée et prétend que les yeux à colobome sont arrêtés au point de développement embryonnaire des yeux des lézards et des tortues.

Osio se déclare pour une inflammation pendant la période fœtale d'évolution.

Enfin Van Duyse, et d'après lui, PpLUGERot Panas l'attribuent à l'influence de brides amniotiques.

Pour nous, nous n'admettrions un vice de primœ formationis, que si l'arrêt de développement normal n'expliquait pas mieux les faits.

Nous sommes d'accord avec tous ceux qui ont admis l'arrêt de développement, mais jusqu'ici personne n'avait donné un appui à sa manière de voir. Chacun s'est trouvé arrêté, pour ainsi dire, par ce fait qu'à aucune période de la vie fœtale, la paupière n'était formée de deux parties, comme le sont la choroïde et l'iris par la fente fœtale. La plupart se sont basés sur la similitude des becs-de-lièvre, sans donner la raison anatomique, et ce n'est que depuis que MoRiAN nous a démontré qu'il y avait dans la fente oblique de la face des colobomes ou d'autres altérations des paupières, que nous avons adopté notre opinion.

Nous n'avons pas à réfuter les théories de Manz et de Wegker, pour lesquels le colobome palpébral est secondaire, par rapport à la formation du lambeau ou de la tumeur dermoïde. Pour nous, au contraire, il est le fait primordial, et Nuel est de notre avis, mais pour lui la cause en demeure inconnue.

Cependant, nous dirons un mot de la théorie de Manz (hétérotopie). C'est une opinion que l'on pourrait soutenir au besoin pour les dermoïdes et même pour la bride du symblépharon, mais qui ne peut s'appliquer au cas de colobome simple, puisqu'il n'y a aucun tissu déplacé, mais qu'on trouve au contraire une absence de tissu.

Quant à V inflammation pendant la période d'évolution, il n'y en a aucune trace dans le cas de colobome simple, et elle ne pourrait également, à la rigueur, s'appliquer qu'aux dermoïdes et au symblépharon.

Pour nous (et les idées que nous développons sont aussi celles de notre maître, M. le professeur Dor), il résulte, soit de l'examen de notre cas, soit de l'étude des observations publiées jusqu'ici, soit enfin des travaux ayant trait aux fentes faciales pathologiques, qu'il s'agit évidemçient d'un arrêt de développement dû à une occlusion incomplète de la fente oblique de la face, et cette idée, nous en réclamons toute la priorité.

Cette opinion était d'ailleurs déjà justifiée dès qu'on eut observé le premier cas de colobome symétrique aux deux yeux. Aujourd'hui que nous possédons onze observations semblables, il nous est impossible d'admettre que la bride amniotique ait pu causer ces anomalies sur les deux yeux, dans des points exactement correspondants.

N(^tre manière de voir troi||;p son plus solide appui dans la belle étude que Morian a publiée sur les fentes faciales obliques, lesquelles vingt-trois fois

snr trente-six cas (dont sept lui appartiennent), intéressent la paupière, et même dans un cas (Seiler), nous voyons les deux yeux diparaître dans la fente fœtale.

Dans quelques cas exceptionnels, comme dans les observations III et IV de Morian, le colobome serait peut-être dû, en partie, à la compression des cordons amniotiques.

Nous ne devons donc pas prétendre que la théorie do Van Duyse ne puisse pas être juste dans quelques cas exceptionnels, mais elle ne saurait expliquer ni la symétrie parfaite des deux colobomes de notre observation personnelle, et des observations de Wilkinson, Streatfield, Gillette, Sleich, Schiess, ni surtout les nombreux cas donnés par Morian,

La seule objection que l'on pourrait nous faire, c'est que dans notre cas, comme dans plusieurs autres observations de colobome simple des paupières, il n'y a ui bec-de-lièvre, ni aucun vice de conformation attribuables à la non-occlusion du reste delà fente fœtale. Mais nous rappellerons que Vrrneuil (22) a expliqué d'une manière analogue la présence des kystes dan^î la queue du sourcil.

Les faits, comme celui de Sghiess-Gemuseus, dans lesquels on observe en même temps d'autres lésions (colobome de la choroïde et de l'iris), que tout le monde s'accorde de nos jours à considérer comme le résultat d'un arrêt de développement, viennent encore à l'appui de notre manière de voir.

Nous concluons donc, comme nous l'avons dit plus haut, que le colobome congénital des paupières

s'explique d'une manière absolument satisfaisante, en admettant qu'il est dû à un arrêt de développement résultant de l'occlusion incomplète de la fente oblique de la face.

Vu : Le Doyen, LORTET.

Le Président de la Thèse, B. MONOYER.

vu BT PERMIS D IMPRIMER :

Lyon, le 25 juillet 1888.

Le Recteur,

Em. CHARLES.

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