INTRODUCTION
L'étude des questions coloniales prend chaque jour une importance plus considérable en raison du besoin d'expansion des diverses nations européennes, et aussi, depuis quelques années des États-Unis d'Amérique.
Les puissances qui possèdent déjà un empire colonial, non contentes de le garder jalousement s’efforcent de l’agrandir; les autres de s’en créer un. Toutes répondent en cela à des besoins divers, mais impérieux.
Pour les pays à natalité puissante, les colonies constituent un déversoir précieux en recevant le trop plein d’une population trop dense, que le sol de la mère patrie ne suffit plus à nourrir.
Pour ceux, dont la richesse industrielle suffit à assurer la vie de leurs habitants, elles ne sont pas moins nécessaires. De nos jours, il faut produire à bon marché et l’on ne produit de cette manière que
La
par grandes masses; comme le marché métropolitain ne suffit pas à épuiser la production ; comme le marché international se resserre à mesure que la politique générale s'oriente de plus en plus vers le protectionnisme, il faut trouver à toutes forces des débouchés nouveaux, sinon, c’est la ruine par la pléthore : celle qui menaça l’industrie anglaise lors du blocus continental.
Le remède à la surproduction sera fourni par les colonies. Chez elles, la métropole aura un marché qu'elle se réservera par des taxes prohibitives sur les produits de l'étranger qui pourraient concurrencer les siens ; par elles, le pays pourra conjurer à la fois et la crise de surproduction et celle de la baisse des prix. Ù
D’autres pays rechercheront dans les colonies un marché d’approvisionnement. Ils réclameront d’elles les matières premières que leur sous-sol ne peut leur fournir, ou dont le climat est impropre à assurer la production. Sans elles, la métropole sera tributaire de l’étranger et, selon la politique douanière de la nation qui exporte, leur industrie pourra prospérer ou devra rapidement péricliter. Les dangers de cette dépendance se sont manifestés sous une forme particulièrement violente à propos du coton, lorsque les Etats-Unis d'Amérique, premiers producteurs du monde ont voulu en suspendre l’exportation.
Les pays,où les capitaux trop considérables ne trouvent plus d'emploi, auront aussi un débouché dans les
colonies. Ils contribueront au développement de la
richesse nationale, au lieu d’aider au développement de celle de l'étranger.
Tels sont les principaux besoins d'expansion à l'heure actuelle. Alors qu’au xvur' siècle avec le Pacte Colonial, on cherchait surtout dans les colonies un moyen d'aider l’industrie naissante, en leur vendant fort cher les produits manufacturés de la métropole ; on leur demande aujourd’hui, sauf le cas exceptionnel des colonies de peuplement, d’être un consommateur dont on sait garder la clientèle par certaines mesures prohibitives à l’égard des concurrents, ou d'être un fournisseur ; le plus souvent les deux. Car pour importer, la colonie doit avoir un pouvoir d’achat et elle ne peut l’obtenir que par la vente de ses produits. Aussi peut-on dire que le signe de la richesse d’une colonie : c’est son commerce extérieur.
Nous avons l'intention dans cette courte étude de faire un examen des rapports commerciaux d’une des plus importantes de nos colonies : l’Indochine. Nous voulons examiner les relations qu’elle entretient avec la France et avec ses voisins d’'Extrême-Orient, les causes qui peuvent les favoriser ou les restreindre, les services qu’elle rend et qu’elle est appelée à rendre à la métropole, l’avenir auquel elle peut prétendre, enfin les moyens de développer ses richesses agricoles et industrielles, facteurs de la prospérité écono-
mique d’un pays.